Sourire, l’émotion qui s’entend

Je colle ici un article de la dernière livraison de Sciences et Avenir.

Assez fascinant. Je reviens plus tard commenter…

« Le sourire comporte des caractéristiques acoustiques typiques qu’ont pu modéliser l’Ircam et le CNRS pour leur étude.
« Un sourire, cela s’entend. » Ce poncif du démarchage téléphonique n’a en fait pas souvent été étudié scientifiquement, les émotions étant surtout scrutées par le biais des expressions du visage et des réactions faciales. Or, deux chercheurs de l’Institut de recherche et coordination acoustique musique (Ircam) et du CNRS viennent de montrer, dans un article publié fin juillet 2018 dans Current Biology, qu’il existe un signal acoustique propre au sourire, au point qu’un auditeur peut y réagir inconsciemment, sans avoir accès aux émotions faciales correspondantes.

Les chercheurs ont commencé par constituer une base de données de voix humaines prononçant des phrases de deux secondes (une vingtaine) qui ont ensuite été manipulées par des algorithmes de l’Ircam. Les chercheurs ont en effet modélisé les caractéristiques de l’acoustique d’une voix qui sourit pour les appliquer aux sons de leur base de données. Soit pour provoquer un « effet sourire » soit, au contraire, pour retirer cet effet. « On joue sur les caractéristiques du timbre et du spectre de la voix, différents de la prosodie [l’intonation] et de la fréquence vocale qui sont les signaux les plus importants de la communication vocale humaine » explique Pablo Arias, doctorant de l’Ircam au sein de l’équipe Perception et design sonores.

Les chercheurs ont fait écouter ces voix à trente-cinq personnes volontaires mais ignorant, bien sûr, que l’étude portait sur le sourire. Croyant participer à une expérience en électromyographie (étude des muscles et des nerfs), ils ont été équipés de capteurs sur les zygomatiques et le muscle corrugateur du sourcil (celui qui permet de froncer les sourcils). L’idée étant de pouvoir capter même d’infimes mouvements musculaires, imperceptibles à l’œil nu ou pour une caméra. « En plus, du maquillage ou de la barbe pouvait parasiter une captation visuelle ». Il a ensuite été demandé aux participants de juger positivement ou négativement les sons qu’ils entendaient et de dire si les phrases étaient prononcées avec ou sans sourire.

Au final, 63% des participants ont donné un jugement positif aux phrases avec « effet sourire » mais les chercheurs se sont aussi aperçus que, pendant l’écoute, leurs muscles suivaient le mouvement de l’effet algorithmique appliqué aux voix, par une sorte d’imitation. Ils sourient, ou cessent de sourire, en même temps que la voix entendue. « Ce n’est pas automatique, et parfois, c’est très discret » précise le doctorant.

D’un point de vue purement applicatif, on imagine assez facilement les enseignements d’une telle recherche sur les assistants vocaux. Mais d’un point de vue plus fondamental, elle ouvre des pistes sur les aspects inconscients du mécanisme du sourire et sur la combinaison entre signaux audios et visuels. « Cela pourrait aussi permettre d’essayer de détecter le sourire chez des aveugles congénitaux, pour savoir si le sourire peut s’exprimer même si on n’en a jamais vu ! »

MON LIEN Pocket

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La mer de Courbet

Comme tous, j’ai construit depuis de nombreuses années mon « musée imaginaire « , bien au chaud désormais dans mon nuage -stock. À ma disposition par un mini-clic (765 œuvres). Pour des nuits et des jours dans le Beau, comme dirait un platonicien.

Je l’ai ouvert ce petit matin. Juste pour chercher mes Courbet. À la suite d’une conversation fortuite sur les paysages de mer. Peu connaissent les « seascape » de Gustave Courbet.

Évidemment,il n’a pas fait que ça ce peintre incroyable, l’un de mes préférés.

Vous pouvez, en tous cas, si vous ne l’avez encore fait, commencer à construire votre musée avec El Greco (cf supra) et Gustave Courbet. Conseil d’ami terroriste (paraît-il)

J’en donne 4 à voir, ci-dessous, de ses mers. Sans commentaires superfétatoires.

Si vous les découvrez, ces tableaux, vous avez de la chance.

PS1. Turner, pour l’eau, ça fait plus chic. Et pourtant, quand on connaît Courbet…

Il est vrai que pour des posters dans les toilettes, l’anglais fait plus chic.

On se lasse des autres, jamais de Courbet.

1 –

2 –

3 –

4 –

romantica

C’était autour d’une table, entre vrais amis, sur la terrasse d’un mas provençal, l’été finissant.

Les convives sont joyeux, les voix se mêlent, se coupent, s’interpellent, le chahut est sincère et les rires entiers. Le ton monte régulièrement d’un cran dans la dégustation d’un rosé délicieux mais pas assez frais. C’est ma voisine, une belle chipie, une vraie amie, qui me le fait remarquer en m’enlaçant un peu, assez langoureusement, mais nos hôtes n’ont pas entendu.

A cet instant, mon téléphone vibre, un message. Je le prends en main et avant même que je n’accède à cette maudite messagerie, elle me dit :

  • Mais tu es romantica! Je le savais ! Je m’en doutais !

Et elle ajoute, sur un ton de vraie caporale, fort, destiné à interrompre toutes les conversations éparpillées, qu’elle vient de voir sur mon smartphone, la pochette du disque que j’ai écouté, seul, sous les arbres dans l’après-midi, casque hi-fi de dernier cri collé sur les oreilles, que c’est Procol Harum, que c’est Whiter shade of pale, que je suis un romantica, que d’ailleurs, il suffit de voir mes photos, un vrai romantica.

Avant même que je ne fasse semblant de la réprimander, de lui rappeler l’impolitesse des regards indiscrets au-dessus des épaules pour voler des images d’écran d’accueil des téléphones des voisins, l’un des invités prend la parole et lui dit :

  • Tu veux parler de romantisme, de romantique ? N’est-ce-pas ? Très chic ta traduction italienne.

Et c’est là qu’elle le regarde droit dans les yeux pour lui asséner, presque méprisante, avant de se servir un verre entier de rosé :

  • Toi, tu ferais mieux de te taire, tu ne comprends rien. J’ai bien dit romantica. Si tu veux nous sortir tes petites connaissances, piquées pendant tes insomnies dans Wikipédia, sur le mouvement romantique, les Musset et les Nerval, tu le feras quand je serai partie. Romantica, ok ? Rien à voir, ok ?

Et puis, se levant, elle nous chante la chanson de Dalida,

« Tu es étrange, tu n’en laisse rien paraître/Et nul ne peut te connaître

Tu es étrange, jamais tes yeux ne s’enflamment/Mais j’ai deviné ton âme

Tu es romantica, romantique et Bohème/Tu t’en défends parfois

Mais moi je sais, je sais tout ca/Tu es romantica voilà pourquoi je t’aime

Tes yeux sont malheureux/Quand notre ciel paraît moins bleu

Elle chantait très bien et, toujours son verre à la main elle s’interrompt une seconde pour affirmer à tous, un peu médusés, en me prenant le bras pour me lever de ma chaise que, bien évidemment, je la connais par cœur cette chanson…

Nous avons chanté ensemble le dernier couplet :

Le rire d’un enfant, une fleur au printemps/Le chant d’un feu de bois

Au fond tu n’aimes que ça/Et quand tu viens vers moi

Tu sais rester toi même/De peur qu’on rit tout bas

Tu n’aimes pas montrer tes joies/Car tu veux les garder pour toi

Ils ont tous applaudi, peut-être un peu jaloux d’une complicité parallèle, mais je dois me faire des idées.

Nous avons fini la soirée dans le salon à danser le boléro, du moins ceux qui possèdent juste un peu, un tout petit peu, ça suffit, le sens du déhanchement. Lequel peut parfaitement ou même exactement être romantica.

C’est avant de tous nous quitter qu’un ami est venu me voir pour me demander de lui expliquer ce que voulait dire une photo « romantica ».

Je n’ai pas su lui répondre et lui ai juste donné, silencieusement, mais virilement l’accolade, à l’espagnole. Je crois qu’il a aimé ce geste.

Mais j’ai décidé d’écrire le concept de romantica qui n’est donc pas le romantisme, ni le romantique.

Il me faut un peu de temps. Je reviens donc bientôt le soumettre. L’affaire est trop sérieuse pour proposer un texte bâclé.

Les regardeurs

Plage de Mahabalipuram, à 100 kms de Chennai (Madras). L’homme ne voit pas le photographe, il est dans l’extase la plus radicale, celles des yeux véritablement fermés. Avez-vous remarqué que sa bouteille d’eau, la même certainement que celle que la femme tient dans sa main gauche, est appuyée sur le sexe ?. Juste appuyée, immobile et invisible pour accompagner et sentir l’extase. Rien ici de choquant, de pervers.

La femme me regarde. Je suis loin. Je ne veux voler la photo. J’espère l’affirmation de son bonheur, de sa jouissance de tenir son homme sur ses cuisses, heureuse du toucher, caressante dans sa joie, je veux une pose de cette évidence. De petits gestes convenus, un doigt montrant l’objectif, un index vers eux, je sollicite l’autorisation de prendre la photo. Elle acquiesce par le sourire, celui que je chope, dents blanches patentes, sourire inouï, un paradis sous son front. L’étoffe rose, de fausse soie créponnée, tombe parfaitement dans ses plis, se posant avec élégance, survolant l’avant-bras, sur un sol sablonneux. Comme si elle ne voulait pas être en reste, cette écharpe de tradition, jouant le jeu de l’éclat esthétique et du sentiment aéré.

Lorsque je montre cette photo, je regarde le regardeur. Beaucoup sourient, ouvrent grand leur front, envahis par ce bonheur simple qui n’a pas besoin de littérature. Ce sont des humains. On sourit avec eux.

D’autres lâchent l’image et baissent les yeux. Ils pensent à leur grand amour perdu ou à celui qu’ils n’ont pas réussi à trouver. Ce sont ceux qui méritent l’accolade, qu’on leur donne entre deux verres de vin.

D’autres, enfin, nous disent que c’est sûrement en Inde. Ce sont les documentalistes, ceux qui ne voient que de près, les myopes de l’amour. On leur dit que que l’eau dans la bouteille est parfaitement potable.