Barques lutteuses

Une relation assez ancienne, rencontrée sur les bancs de la faculté, et avec laquelle je corresponds de temps à autre, m’envoie une copie de ce que j’avais écrit, à l’occasion d’un exposé sur la « résistance au changement » et l’ancrage infructueux et exténuant dans le passé.

Il s’agissait d’une citation de F. Scott Fitzgerald, tirée de son fameux roman (« Gatsby le magnifique »)

Je livre, sans commentaires, la citation

« C’est ainsi que nous allons, barques luttant contre le courant, qui nous ramène sans cesse vers le passé »

J’avais ajouté paraît-il qu’il s’agissait d’une « constante » de la condition humaine.

Décidément, on ne se refait pas.

Venise, c’est fini

Un couple d’amis passe ce week-end à Venise. Ils me le disent, au téléphone, persuadés que je vais leur répondre qu’ils ont de la chance. Je ne dis rien. Ils s’étonnent. Je leur dis très vite que je dois raccrocher. Un appel pro… Je ne veux pas gâcher leur week-end…

Je connais bien Venise, y suis allé plusieurs fois.

Je ne l’aime plus. Tourisme exacerbé, ennui grisâtre et restaurants à la carte désormais traduite en coréen et en chinois.

Venise, même au temps des amours vivantes, est devenu triste.

Quand je le dis, sans vouloir trop épiloguer, de peur d’être traité de terroriste ou de faiseur, tous me regardent ahuris, ne comprenant pas.

Alors, pour faire diversion, j’affirme que je ne sombre pas dans le discours du petit bouquin de Regis Debray (« Contre Venise »), lequel affirmait que « Venise est la vulgarité des gens de goût ». La discussion vient sur Debray et ses paradoxes.

Ou bien, je me réfère au concept assez idiot, repris par Alain Juppé de la « tentation de Venise », celle de changer de vie, de faire autre chose en atterrissant à Venise. Et, là, la discussion s’enflamme sur les escrocs intellectuels du politique. J’echappe ainsi, encore à la justification et au discours de haine à l’égard de Venise.

Mais quelquefois, pour être sérieux et honnête, je dis que j’aime le tableau de Monet (Palazzo da Mula, Venise). Et que je le préfère à ceux du Titien ou du Tintoret.

Je le montre sur mon smartphone.

Et le tour est joué. Tous se taisent et moi aussi.

Le tableau est reproduit en tête du billet.

PS. Le titre est compris par les beaucoup plus que 20 ans qui connaissent Capri et Hervé Vilard. Ce qui est mon cas.

Puissance du doute

Les philosophes sérieux (ceux qui connaissent les grecs) sont unanimes pour affirmer que le scepticisme est la philosophie la plus accomplie, difficile à tenir, tant sa volonté d’écrasement de la pensée dogmatique est tenace.

S’inscrivant dans le but de toute philosophie (clarté de la pensée et maitrise des affects), le scepticisme nous donne les moyens de nous opposer au totalitarisme de la pensée, figée, aride , terroriste, celle qui nous fait croire à la certitude de ce qui existe ou de ce qui est donné à voir ou à penser. Cause de tous nos troubles selon les sceptiques, les pyrrhoniens (Pyrrhon, leur chef de file), tant il est vrai que nous nous attachons toujours à des choses dont la nature est incertaine.

Pour démontrer la pertinence de la critique permanente du « dogmatisme », les sceptiques passent par une méthode qu’ils nomment « principe d’isosthénie«  qui aboutit à la « suspension du jugement ».

A tout argument peut s’opposer un autre argument de force égale. Et presque toujours, entre deux thèses fortes (il ne s’agit pas de science mais d’idées), il n’existe aucun outil permettant de départager les tenants de ces deux thèses opposées.

Il vaut donc mieux « suspendre son jugement » et ne pas s’enfoncer dans l’illusion. Et là on est « tranquille » puisqu’aussi bien, rien ne vient contrarier ce qui peut ne pas être la vérité. Laquelle est impossible à capturer.

Ainsi, la philosophie ne peut avoir qu’un objectif : non pas rechercher la Vérité (insaisissable) mais, au contraire, démontrer son inexistence, en remettant systématiquement en cause la connaissance et le jugement de vérité.

Evidemment, les sceptiques n’affirment pas que la vérité en soi est inaccessible. Ils suspendent simplement leur jugement, en considérant d’abord que le langage nous mène vers une voie de l’affirmation assez infructueuse pour la connaissance .

Selon eux, toute chose n’est entrevue que subjectivement et au lieu de dire « ceci est ou n’est pas », le sceptique reformule en énonçant « ceci m’apparaît ou ne m’apparaît pas ». La réalité n’est que la résultante de son propre état subjectif, nécessairement interprétatif du monde.

Dès lors, seule la suspension du jugement nous éloigne de cette subjectivité ou la prétendue objectivité qui prétend atteindre la vérité.

Etant observé que la question de la vérité est secondaire et nous entraine dans l’exacerbation de nos affects qui accompagnent la volonté de la recherche d’une vérité pure ou première. Cet effort affectif de la recherche de la vérité est ravageur pour le penseur qui ferait mieux de se dire, (pour trouver la tranquillité de l’âme, but de la philosophie) , que la quête de la vérité, inaccessible est génératrice de troubles qui empêchent de l’atteindre cette tranquillité…

Tel est le propos du scepticisme.

On se demande pourquoi je viens ici rappeler les principes du scepticisme et faire petite oeuvre d’exposé de collège, en m’acharnant, certainement en vain, de le rendre le moins rébarbatif possible.

J’explique : une amie, au téléphone, assez tard dans la soirée, m’a raconté sa mésaventure du jour. Alors qu’elle disait toujours douter, sceptique naturelle, sans même se référer à Pyrrhon, un malotrus lui a rétorqué, assez méchamment a -t-elle ajouté, qu’elle faisait preuve « d’apraxie« , défini par l’impoli qui ne laisse pas les gens penser (un dogmatique) comme le « non-agir« . Le sceptique qui ne croit en rien ne peut pas agir. Il n’a aucune opinion et ne peut donc qu’être inactif. C’est ce qu’il lui a dit.

Elle a encore ajouté, mon amie, qu’elle a failli gifler le malotrus pour lui démontrer que son doute méthodique n’était aucunement exclusif d’une action violente provoquant une joue rougie ou bleuie par la violence d’un geste. L’homme a eu peur et s’est éloigné. Elle exagère.

Alors, elle a voulu m’entendre sur cette inaction intrinsèque au sceptique.

Je lui ai répondu que j’allais en faire un billet. Elle m’a raccroché au nez en me traitant de « faux-frère » et en m’interdisant d’écrire sa mésaventure. Elle voulait juste une phrase. Décidément, elle exagère.

Je lui réponds ici, ce qui me permet de me replonger dans cette merveilleuse philosophie qu’est le scepticisme qui a pu m’aider dans des moments difficiles (de pensée et d’affect).

Non, le scepticisme ne mène pas à l’inaction, il est simplement pragmatique, en s’adaptant à ce qui est , sans s’accrocher à une idée de ce qui « peut être », dont il n’est pas prouvé qu’il est.

Il vaut mieux, dans sa quotidienneté, s’attacher à suivre une norme, une croyance qui a dépassé le stade du possible plutôt que de se balancer avec des certitudes dogmatiques non avérées ni démontrées et trébucher lourdement lorsque la démonstration de l’inanité de ce qu’on a cru advient par la science ou la démonstration. Ou, plus simplement par le réel au sens où l’entendait Clément Rosset (cf supra dans des précédents billets)

La potentialité est un sentiment, il est hors de la vérité philosophique.

Et le pragmatisme du sceptique est toujours contextuel, du raisonnement ou de l’action, au cas par cas, sans dogmatisme.

Dur à tenir, tant le besoin de grand récit, de belle structure unique et explicative du Tout nous attire comme le marin grec avec ses ses sirènes.

Certes, la science nous a démontré que nous pouvons affirmer une vérité et que nous pouvons donc connaitre. Mais le scepticisme l’a aidé dans cette voie en s’en tenant à la notion d’expérience et son exclusion d’une vérité définitive non démontrée.

C’est le sceptique qui est rationnel, pas celui qui a tranché (le dogmatique) sans savoir où sans démontrer.

En effet, il n’est pas rationnel de faire un choix arbitraire.

Ds lors le sceptique est une vrai être d’action : il avance sans freins puisqu’il rejette ceux (les teneurs d’opinions) qui i’empêcheraient de rouler. Comme une pierre.

Le scepticisme n’est pas l’indécision, c’est justement le contraire, le sceptique s’oppose au dogmatisme et, partant, à l’inaction fainéante que provoque l’adoption d’une idée directrice de vie, dogmatique, laquelle, comme une couette sous laquelle on se protège, nous empêche de nous lever.

Bon, on va voir si cette réponse aidera mon amie chère à s’en sortir avec le goujat, sans le frapper.

Je n’ose pas conclure en susurrant que, malgré tout, il est souvent jouissif d’être dans le faux, le rêve, le sentiment, l’opinion, la potentialité.

Ca démolirait ma démonstration, me dirait-elle.

Ce à quoi je répondrai que la jouissance ne s’accommode que du faux, le vrai étant trop froid. Et qu’il faut savoir se placer dans différents espaces (philosophiques, théoriques, sentimentaux, amoureux, de plaisir et de désir) sauf à faire de sa vie un moteur frigide.

Ainsi, la pluralité des champs est une autre forme de scepticisme puisqu’aussi bien il démontre que le relativisme est une fausse idée même si elle accompagne, maligne et dogmatique le désir. On fait avec ce qu’on a, ce qui n’est pas toujours pensé…

Ouf…

Le kilo quantique

Une copie du prototype international du kilogramme, manipulé au LNE, le laboratoire national de métrologie et d’essais. — / Photo Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE)

J’ai failli titrer « le kilo se Planck et devient invisible « 

Je n’ai pas osé. Vous allez comprendre.

Extrait du « Monde », ci-dessous :

« La 26e réunion de la Conférence générale des poids et mesures (CGPM), qui se tiendra du 13 au 16 novembre à Versailles, doit avaliser une nouvelle définition du kilogramme.

A la différence de l’ancienne mesure inventée au moment de la Révolution française, le nouveau kilogramme n’aura plus pour référence son étalon, un objet de platine iridié conservé dans un lieu gardé secret, quelque part dans les locaux du Bureau international des poids et mesures, à Saint-Cloud. Désormais, c’est en fonction de la constante de Planck que le kilo sera défini. Grâce à la physique quantique, cette unité de mesure aura désormais pour définition une formule mathématique et non plus un objet matériel, tout comme les six autres unités de base du système international des mesures. C’est complexe, c’est technique.

Explication du changement : une nouvelle définition basée sur la constante de Planck

Donc une nouvelle définition du kilogramme qui ne reposerait non plus sur un objet matériel, altérable, mais sur une constante fondamentale de la physique. Autrement dit, une loi de la nature invariable, quoi que l’homme fasse. A l’instar du mètre, dernière unité de mesure en date à avoir fait la bascule, en 1983. « Auparavant, il était lui aussi défini à partir d’un étalon physique**, rappelle Thomas Grenon. On le définit dorénavant à partir de la vitesse de la lumière. Plus précisément, un mètre correspond au trajet parcouru par la lumière dans le vide pendant une fraction précise de seconde. »

Pour le kilogramme, l’idée est d’utiliser la constante de Planck. Définie par le physicien allemand Max Planck, celle-ci joue un rôle central dans la mécanique quantique et exprime le seuil d’énergie minimum que l’on puisse mesurer sur une particule.

« Il fallait fixer la constante de Planck de manière à ce que le kilogramme garde exactement la même valeur que nous lui connaissons aujourd’hui », reprend le directeur du LNE. Trente ans de recherches pour une « révolution en douceur »

Deux méthodes de calcul permettent de relier cette constante de Planck au kilogramme. La première, utilisée par les Français, les Américains et les Canadiens, utilise une balance de Watt, un appareil qui permet de convertir une masse physique en puissance électrique et vice-versa. La seconde consiste à compter le nombre d’atomes d’une sphère de silicium considérée comme la plus ronde au monde. C’est le projet Avogadro, option choisie par les Italiens et les Allemands.

« Tout est prêt aujourd’hui, reprend Thomas Grenon. Ces cinq laboratoires nationaux ont remis leurs résultats. Ils sont parvenus à une valeur avec une marge d’erreur très faible. » Il reste à la Conférence générale des poids et mesures de faire la moyenne de ces travaux et d’arrêter la nouvelle définition quantique du kilo. C’est ce qui se jouera cette semaine à Versailles.

Cette nouvelle définition du kilogramme devrait être officialisée le 20 mai prochain, journée mondiale de la Métrologie. Le « grand K », lui, restera en service plusieurs années encore, le temps d’assurer la continuité entre l’ancienne et la nouvelle définition. Avant une retraite bien méritée.

POUR CEUX QUI  VEULENT EN SAVOIR PLUS,  un clic ici (newsletter de France Culture assez claire)

C’est à moi : lorsque la nouvelle a été intégrée à mon « Flipboard » (mon journal sélectif d’articles que tous devraient télécharger), j’ai intuitivement considéré que la chose était importante, qu’elle allait générer des centaines de pages tant il est vrai que le passage de la matière à l’équation qui est immatérielle, non atomique, non solide est un point de départ extraordinairement fécond pour ceux qui, comme moi, s’intéressent à la relation entre le corps et l’esprit, dans une recherche comparant  le monisme matérialiste, spinozien (la matière et l’esprit ne n’ont qu’un, une seule substance), et le dualisme cartésien, déiste, naviguant dans les océans téléolologiques de l’âme errante hors de son corps, dans le navire religieux du monde extra-matériel).

On se disait donc : tiens, voilà un belle balançoire pour avancer dans le débat initié par Platon, le géant du dualisme, sur l’existence de cette dualité du monde sensible (le matériel insignifiant) et intelligible (l’immatériel structuré), les deux substances que tous, dans leur quotidienneté, considèrent comme une évidence. L’unicité de la substance est inconcevable pour un cerveau forgé pendant des siècles à la croyance spirituelle précitée, y compris louée dans le mot poétique par le sentimental qui confond  allègrement le sentiment (on reviendra sur Damasio et son homéosthasie) et l’esprit ou l’âme qui serait son support.

Bref, un magnifique tremplin pour réfléchir à ce que les anglo-saxons et ceux qui emploient leur langue nomme « the mind-body problem » (on renvoie le lecteur à des lectures en ligne. Il suffit de taper monisme ou dualisme dans la case du moteur de recherche.)

Un dégagement de la matière (l’étalon physique) qui annonçait une nouvelle ère, une rupture épistémologique comme disait le vieux Bachelard repris par Foucault et Bourdieu.

En effet, le paradoxe était signifiant : l’absence de besoin de matière pour fournir un étalon nécessairement matériel dans le kilo de viande ou de châtaignes constituait bien ladite rupture. En tous cas, encore une fois, une accroche théorique, du type de  celles qui se font rares.

Alors, on cherche, comme toujours, ce que j’aurais pu écrire, ce qui me permet, quand je l’ai trouvé, de justifier mon inaction théorique, pour me concentrer sur une nouvelle technique de conversion de mes photos en noir et blanc dramatique et sublime. En me faisant engueuler par des amis qui me reprochent une fainéantise concomitante d’un délaissement de mon site à billets…

Je ne trouve pas.

Ou plutôt si, je trouve une interview dans le Monde

Le titre « La nouvelle définition du kilo est une révolution théologique »

Par Simon Schaffer, professeur d’histoire des sciences à l’université de Cambridge, qui analyse la future dématérialisation du kilo. Propos recueillis par Nathaniel Herzberg Publié dans le Monde du 13/11

Simon Schaffer est professeur d’histoire des sciences à l’université de Cambridge. Il occupe un modeste bureau, dans l’ancien laboratoire Cavendish, où James Maxwell développa l’électromagnétisme et où furent fixés les standards électriques. C’est pourtant une sommité, en Grande-Bretagne, qui a notamment étudié l’établissement des systèmes d’unités à travers le monde. Il met en perspective la décision de la Conférence générale des poids et mesures de modifier la définition du kilogramme, de l’ampère, du kelvin et de la mole.

Que dit-il après un exposé historique sur la notion de mesure ?

Je cite :

« Les nouvelles définitions marquent la fin de l’incarnation. C’est une révolution théologique. Le grand principe de l’histoire de la métrologie aura été l’évolution très lente, très compliquée, souvent contestée entre incarnation et processus. Et la nouvelle définition du kilo sera un processus : on va mesurer avec une balance électromécanique la valeur de la constante de Planck. On pourra ainsi mesurer n’importe quel poids.

En exagérant un peu, on remplace l’esprit catholique par l’esprit protestant. L’idée que chaque croyant peut reconstituer tout le système, ici, maintenant et par lui-même, est au cœur de l’Eglise réformée. A l’inverse, l’idée qu’il y a des objets sacrés, préservés dans une Eglise à Sèvres – le Vatican de la métrologie – était fondamentalement catholique. Le système a certes été institutionnalisé sous la IIIe République, mais c’était une catholicisation assez explicite de la mesure.
Le Bureau international des poids et mesures ne présente pas sa réforme comme ça…

Il fait même le contraire. Dans son dernier communiqué de presse, il insiste sur le fait que rien ne va changer. Ça montre avec une clarté inouïe le rôle essentiel de l’invisibilité. Si l’on peut voir et débattre de ce qui se passe dans les institutions métrologiques, elles ont failli. C’est magnifique. Normalement, les institutions veulent établir leur importance et leur visibilité. Les métrologues font l’inverse : ce que nous faisons n’a aucune conséquence ! C’est pour ça qu’il faut nous soutenir. »

Suivent des digressions assez indigestes sur le capitalisme, le colonialisme, la place de l’unité de mesure dans l’exploitation de l’homme par l’homme. Bref du prêt-à-penser anglo-saxon dont l’idolâtrie de l’empirisme génére des textes ennuyeux mais certainement intéressants pour les « insecthéoriciens« , qui adorent le détail, et haïssent la structure, de peur de trouver un invariant qui démolirait l’accumulation, tellement rassurante. Mais le sujet Harpagon et sa jouissance ne constitue pas l’objet de ce billet.

Bref, assez inintéressant. Et rien sur the « mind-body problem »

Peut-être une idée à capter lorsqu’il nous dit que :

« La place de la science et de la physique contemporaines, repose sur le fait que l’on a des constantes de la nature qui ne changeront jamais. Et l’on peut définir nos unités sur cette base-là, et sous un régime qui lie ensemble relativité et mécanique quantique. C’est un acte de foi : dans un système nécessairement conjectural – mécanique quantique et relativité – il y a des constantes de la nature sur lesquelles on peut fonder la société moderne. Le probabilisme de la physique contemporaine retrouve ainsi, dans son cœur même, la notion de constance. C’est assez fascinant. »

A vrai dire, ça ne veut pas dire grand chose…

Mais la notion de constance s’approche de celle de l’invariant, laquelle se place, notion centrale dans la structure qui n’est que combinatoire, en laissant sur le trottoir matière et esprit.

Cependant, l’idée est maltraitée par une incursion dans le politique, dans le sociétal.

Donc rien ou un semblant de rien autour de ce nouveau kilo.

Il aurait pourtant été simple pour nos intellectuels de s’en emparer pour titrer :

« LE QUOTIDIEN DEVIENT CONCEPTUEL, LA MATIÈRE INVISIBLE, COMME L’ESPRIT : VICTOIRE DE L’UNITÉ DE LA SUBSTANCE DANS L’INVISIBILITÉ STRUCTURALE »

Clair, non ? Sûr, comme de l’eau de roche qui n’est ni eau, ni roche.

En réalité, je viens de l’écrire l ‘article que je cherchais.

         Simon Schaffer.

Virginia ou Woolf ?

Une très proche est en train de lire la magnifique Woolf. L’un des chefs-d’oeuvre, si tant est que l’un de ses ouvrages n’en soit pas un de chef-d’oeuvre. Immense, immense Virginia Woolf. Immense.

Le roman en question : « Vers le phare ».

Et elle me lit un passage, persuadée qu’une discussion presque ontologique peut s’engager à partir des mots écrits, lus à haute voix, dans une cuisine.

Je livre le passage ci-dessous :

« Tout en continuant à tricoter, bien droite sur sa chaise, c’était ainsi qu’elle se sentait être et ce moi qui avait laissé tomber ses attaches se trouvait affranchi et propre aux plus étranges aventures. Lorsque la vie baisse ainsi un moment il semble que le champ de l’expérience s’élargisse à l’infini. »

La discussion s’engage, en effet, tout aussi joyeuse que sérieuse, sur le moi dégagé de soi et la sensation de l’infini. Une discussion assez cosmique, comme on peut les aimer, un verre de bon vin à la main, qui nous entraine dans les plus grandes idées , à vrai dire pas plus de deux ou trois qui structurent la pensée réfléchie et, partant l’Univers, ce qui revient au même (pensée ou univers puisque les deux sont génératrices l’une de l’autre, baignant dans le même liquide aérien, poussières de matières, poussières de pensée. La pensée est matière, la matière est pensée et pense…)

Mais, à vrai dire, je viens de me laisser entrainer, comme à l’habitude dans des sphères d’ailleurs alors qu’il s’agissait, en effet, de n’écrire que sur les traductions des écrivains. Vous allez comprendre.

La nuit, assez intrigué par le passage, voulant peut-être plus l’analyser peut-être au regard de l’unité cosmique justement, dans un mouvement que de faux érudits nommeraient du « panthéisme spinozien » alors que Spinoza ne l’était pas, et parfaire notre discussion sereine et fructueuse, je me suis levé, pour ne déranger personne, suis allé dans le salon, j’ai ouvert le roman en question que j’avais acquis sur Amazon, titré différemment « la Promenade au phare » et non « Vers le phare » ( et j’ai cherché le passage, en tapant « infini » ou « champ de l’expérience »(j’avais photographié, comme je le fais souvent le passage lu sur mon smartphone).

Le moteur de recherche du Kindle me renvoie un échec. Ne trouve pas les mots lus et photographiés.

Je cherche et trouve le passage. Il est traduit comme suit :
« Bien qu’elle continua de tricoter, assise bien droite, c’est ainsi qu’elle se sentait elle-même; et ce moi qui, avait rompu tous ses liens était prêt pour les aventures les plus insolites. Quand la vie s’évanouissait un moment, le champ de l’expérience paraissait sans limites. »

Relisez les deux traductions. Relisez encore. Pour vous aider, je colle à nouveau ici le passage lu par une très proche, la première traduction,nonobstant la répétition :
« Tout en continuant à tricoter, bien droite sur sa chaise, c’était ainsi qu’elle se sentait être et ce moi qui avait laissé tomber ses attaches se trouvait affranchi et propre aux plus étranges aventures. Lorsque la vie baisse ainsi un moment il semble que le champ de l’expérience s’élargisse à l’infini. »

Dans la première, celle juste ci-dessus, les mots « attaches », « affranchi », « infini » nous renvoie, comme je l’ai déjà dit dans une sphère qu’on peut (encore) qualifier d’ontologique d’analyse du fondement de l’Etre. La traduction s’approche de l’analyse et de l’universel, l’individu n’est pas au centre. La traduction est transcendantale.

La traduction de mon bouquin numérique, à l’évidence plus plate, peut être qualifié d’empirique. Allez savoir pourquoi...

On peut aussi dire que la première traduction est européenne, la seconde anglo-saxonne. Il suffit de comparer les philosophies européennes et celles dites « analytiques » anglo-saxonnes, américaines désormais à vrai dire. Et on comprend ce grand écart dans l’analyse du monde qui transparait d’ailleurs dans le politique et la vision de l’univers….

Mais, là encore et à nouveau, je m’égare…

P.S On aura remarqué que je n’ai pas fourni la version originale. Il ne s’agissait pas de juger de la traduction bonne ou médiocre. D’abord mes compétences ne me le permettent pas. Mais, surtout, le sujet se trouvait dans le sujet. Et non dans l’objet.