le chaud, le froid, l’hypolepse et le commentaire

Quelquefois les archives nous aident à revenir à l’essentiel. Nous voilà, dans un vieux disque dur, à la recherche d’un texte paru dans le Monde des Livres, à l’époque où je lisais encore ce journal, version papier, que mon ami le kioskiste déposait, dès son arrivée, vers 13:35 au pied de ma porte.

Je ne trouve pas mais m’arrête sur un article du Monde des Livres, rédigé par Maurice Sartre datant du 07/10/2010, donc pas encore dirigé par Jean Birnbaum (un homme, comme son père, intelligent et juste), que j’avais copié/collé (une manie) sur du PDF.

Il s’agissait de relater la sortie en français d’un bouquin d’un grand égyptologue allemand qui  selon le chroniqueur « montre le rôle décisif de la discussion des textes sacrés dans la mémoire culturelle des civilisations. »

Le bouquin : LA MÉMOIRE CULTURELLE. ECRITURE, SOUVENIR ET IMAGINAIRE POLITIQUE DANS LES CIVILISATIONS ANTIQUES (DAS KULTURELLE GEDÄCHTNIS) de Jan Assmann. Traduit de l’allemand par Diane Meur. Aubier, « Collection historique », 372 p

La question posée était la suivante :

« Pourquoi les cultures de la Grèce antique ou de l’ancien Israël continuent-elles d’irriguer la pensée contemporaine alors que les civilisations de l’Egypte (ou de la Mésopotamie) nous paraissent comme mortes, en tout cas étrangères et sans incidence réelle sur notre propre culture ? »

L’égyptologue allemand Jan Assmann, s’inspirant de Maurice Halbwachs fait appel aux  notions de « mémoire collective » et de « construction sociale du passé ».

Assmann, invente, à partir des notions précitées, celles de « figures-souvenirs », de « mémoire communicationnelle » ou de « mémoire culturelle ».

Puis, il s’arrête à Lévi-Strauss (en réalité c’est pour un travail sur CLS que j’avais copié l’article). Il fait, en effet appel à la fameuse opposition entre sociétés « froides », qui annulent « de façon quasi automatique l’effet que les facteurs historiques pourraient avoir sur leur équilibre et leur continuité », et les sociétés « chaudes », qui manifestent un « besoin irrépressible de changement ».

Assmann s’intéresse aux  trois cultures dites « livresques »: la Grèce, Israël, l’Egypte (même si son écriture est restée indéchiffrable pendant quatorze siècles, jusqu’à la découverte de Champollion en 1822).

Ces trois cultures « canonisaient » leur littérature. Mais l’Egypte, elle, la « pétrifiait »

On cite Maurice Sartre :

« A la mémoire chaude des juifs ou des Grecs, pour qui l’injonction « souviens-toi »constitue à la fois un impératif de l’identité collective (sans mémoire, les juifs en exil à Babylone se seraient fondus dans les populations indigènes) et un point de départ pour une compréhension du passé et du présent, Assmann oppose la mémoire froide de l’Egypte, qui se borne à consigner. La mémoire chaude, qui est à l’origine de l’histoire, repose sur un lien indissoluble entre l’explication des événements et la notion de justice et de faute : la faute justifie le malheur, le succès découle du respect du contrat avec Dieu. Cette mémoire chaude n’a donc rien à voir avec les annales royales, égyptiennes ou assyriennes, qui enregistrent une chronologie pour établir des généalogies, non pour donner un sens à une histoire en mouvement.

Ainsi, nous dit Assmann, « l’Egypte a canonisé ses arts figuratifs et leur grammaire « au service de la répétabilité, non de la prolongeabilité (c’est-à-dire de la variation maîtrisée des règles) ». C’est ainsi que « tous les grands temples construits durant la période gréco-romaine peuvent être vus comme les variantes d’un type unique dont le temple d’Horus à Edfou serait la réalisation la plus complète ».

Or, comme l’indique Maurice Sartre,  » le plan de ces temples traduit un profond sentiment de menace, qui s’exprime ailleurs, dans les textes tardifs, par une xénophobie exacerbée. Dans le même temps, l’écriture hiéroglyphique, écriture sacerdotale aussi ésotérique que le savoir qu’elle codifie, conduit à une cléricalisation de la culture, à sa sacralisation. C’est certes par ce moyen que l’Egypte, seule région du Proche-Orient hellénisée, a pu survivre à la « rupture culturelle majeure provoquée par l’hellénisation », mais elle n’a pas su fonder sur cette tradition canonisée une culture exégétique qui aurait permis de lui conserver un sens jusqu’à aujourd’hui.

Tout le contraire pour Israël et la Grèce.

Israël a créé « la religion au sens fort », qui devient « résistance », et le passé, réel ou supposé – ce qu’Assmann nomme une « figure-souvenir » – fonde la mémoire collective.  Mieux, « Les événements sont des manifestations de la puissance divine », qui peut se traduire aussi bien par le châtiment que par le salut. C’est de cette façon que naît en Israël une histoire charismatique, où tout ce qui advient « devient lisible à la lumière de (…) l’alliance » conclue entre Dieu et son peuple. L’histoire n’est pas simple curiosité, elle « relève du travail civilisateur opéré sur l’homme ». Un souvenir « sémiotisé » nous dit Maurice Sartre.

Quant aux grecs, s’ils veulent aussi canoniser et stabiliser les textes, ils innovent. Point d’écritures saintes : comme l’observait déjà Flavius Josèphe au Ier siècle de notre ère, alors que les juifs se contentent de 22 livres « qui contiennent les annales de tous les temps » et sont cohérents entre eux (du moins le croit-il), les Grecs disposent d’innombrables livres qui se contredisent. 

Maurice Sartre fait état ainsi d’une  « polyphonie discordante ».

C’est ici qu’Assmann nous dit la condition qui permet à une culture de rester vivante :  c’est l’hypolepse.

De quoi s’agit-il ?

On laisse Maurice Sartre expliquer :

Sur un corpus de textes stabilisés (chaque lecteur a sous les yeux le même texte d’Homère, de Platon ou d’Euripide), chacun introduit le doute que lui inspire sa propre recherche de la vérité. Les textes, contradictoires, invitent en quelque sorte à la joute, à l’agôn, notion centrale dans l’hellénisme : on entre dans une culture du conflit, une « intertextualité agonistique » pour reprendre une expression d’Heinrich von Staden. En ce sens, le discours « hypoleptique » consiste à repartir de ce qu’ont dit les prédécesseurs afin d’approcher la vérité, avec la conscience de l’impossibilité de pouvoir jamais y parvenir. 

Ce qui est  aux antipodes de la conception égyptienne, où l’écrit est ancré « dans les institutions de la cohérence rituelle, dont le principe est la répétition, non la variation disciplinée ». A partir de la tradition canonique, Israël et les Grecs ont fondé le commentaire, l’Egypte la vénération rituelle. C’est toute la différence.

Cette recherche est passionnante.

Elle nous permet de considérer à sa juste mesure « l’éthique de la discussion » (concept d’Habermas, loin du débat national, mais que par bonté l’on jette dans la besace des théoriciens de la démocratie directe ou délibérative pour permettre sa continuation cathartique).

A sa juste mesure, c’est à dire toujours convenir que la joute, la disputatio, le commentaire, la guerre du sens, sans violence, le conflit textuel sont concomitants de l’histoire et de l’avancée.

Chaud devant ! crie le garçon de café qui n’a rien de sartrien, qui ne joue aucun rôle puisqu’il rappelle une vérité : chaud devant !!!

 

l’isme, pas l’ishtme

J’avais écrit que j’arrêtais sur l’antisémitisme.

Je suis cependant rattrapé par la lecture d’un édito du Point, à vrai dire la seule revue (de par la présence de Giesbert) lisible, avec les Echos.

L’Express vend du boniment, à la petite semaine, Valeurs actuelles est trop idéologique, d’un seul tenant et même Paris-Match, que j’ai essayé pour m’amuser une fois, vend du pleur empaqueté dans un papier doré. Quant au Nouvel Obs, le France-inter en revue, la prévisibilité de ses articles anti-tout dès qu’il s’agit de piquer les lecteurs de Libé qui ne peuvent plus plonger dans les Inrocks est risible, la navigation entre le beau (la belle BMW dans ses publicités et l’ignoble (le libéralisme français) assez hilarante. On se demande qui peut encore lire cette bonne conscience consommée abondamment, comme les produits de luxe qui l’accompagnent. Mais on aime les malheureux, il le faut.  Un mot sur les Inrocks, la revue du cadre sur Harley-Davidson. Elle est malmenée par une méchante affaire (ligue du lol) laquelle, au demeurant donne la mesure de l’intelligence de ces « journalistes » qui rêvent de Libé, mais ont raté leur entretien d’embauche et qui ont donné, en pérorant, pendant des années, sous couvert de déhanchement rockeur, la leçon de la démocratie qu’ils foulaient au pied. Enfin, Médiapart. Le pompom, à vrai dire un torchon qui ne brûle même pas, tant ses articles sont comme de la cendre, déjà remisés avant d’être lus et son directeur (Edwy Plenel) un violeur des libertés qui fait mettre en taule des individus, en leur volant leurs conversations privées (Benalla que je n’ai jamais défendu dans ce site, très loin de là, mais qui devrait chercher un bon avocat parmi mes amis pour mettre à terre, idéologiquement s’entend, le Plenel, fraudeur du fisc et haineux de service. Etant observé que républicain sans failles j’en chercherai un meilleur (avocat) pour Edwy, non pas qu’il mérite mais sa cause est bien difficile. On défend les âmes qui ne se croient pas perdues).

Je ne crois pas avoir été aussi violent dans un billet, mais aujourd’hui, le ciel bleu aidant et le Printemps donnant des ailes qui sont de désir et de fougue, je n’hésite pas. Faudra que je revienne à plus de sérénité, mais que voulez-vous ces esbroufeurs m’énervent…

Donc un article, édito du Point écrit par Etienne Gernelle. Juste (je hais ce mot qui vient des USA) juste (j’aurais pu écrire exact, mais la redondance du juste est plaisante).

Suggestions compassionnelles à l’usage des « antisionistes » français

ETIENNE GERNELLE

« Qu’est-ce qui fait courir nos « antisionistes » ? Des conflits territoriaux, des guerres d’indépendance, des disputes pour des terres et des capitales, il en existe des dizaines dans le monde. Pourtant, rares sont les gens qui ont une opinion réfléchie et des convictions ancrées sur les cas de l’Abkhazie (Géorgie), du Sahara occidental (Maroc), de la Casamance (Sénégal) ou du Haut-Karabakh (revendiqué par l’Azerbaïdjan). Même si l’on restreint la recherche à des événements où des musulmans souffrent particulièrement, on ne constate pas beaucoup de mobilisation à propos du Xinjiang (Chine), de la région séparatiste de Pattani, dans le sud de la Thaïlande, ou encore du Jammu-et-Cachemire, que le Pakistan dispute à l’Inde. Assiste-t-on souvent à des manifestations dans les rues de Paris où l’on professe son « cachemirisme » ou son « pattanisme » ? Même si au centre du conflit israélo-palestinien se trouve Jérusalem – dont personne ne peut nier l’effet de loupe –, les « antisionistes » sont visiblement moins motivés sur d’autres sujets.

Par ailleurs, il est étonnant de voir autant de belles âmes ressentir le besoin de se déclarer « antisionistes » pour exprimer leur désaccord avec la politique du gouvernement israélien en Cisjordanie et à Gaza. Proclamer son attachement aux accords d’Oslo (1993) ou aux pourparlers de Taba (2001) pourrait se matérialiser par une étiquette d’« osloïste » ou de « tabiste ». On peut aussi être favorable au rétablissement des frontières de 1967 en se disant « soixante-septiste ». Pourquoi alors porter cette bannière de l’« antisionisme » et donc laisser planer le doute sur son désir de réduire à néant Israël ? Curieux. Il est également surprenant de voir nos « antisionistes » français brandir régulièrement comme caution une poignée de juifs orthodoxes dont la lecture très particulière – et marginale – des textes sacrés les conduit à refuser la création d’Israël tant que le Messie n’est pas arrivé. Incroyable, ces gens qui se découvrent épris de théologie…

Ou comment, avec un intérêt profond pour la géopolitique, une compassion débordante et à peine sélective, ainsi qu’une pincée d’exégèse biblique minoritaire, certains en arrivent à cette conclusion : ils sont passionnément « antisionistes ». Mais circulez, cela ne saurait avoir un rapport avec l’antisémitisme... »

PS1. Le titre, un très mauvais jeu de mots comme dans les titres de Libé qui s’essaye depuis des décennies à l’humour à quatre sous pour faire croire à ses lecteurs qu’ils sont intelligents, peut cependant, même sans humour trouver sa place dans le sujet de ce billet qui gravite autour d’Israel. En effet un isthme, comme celui de Panama est une « bande de terre resserrée entre deux mers ou deux golfes et réunissant deux terres ». Mais Israel, même s’il s’agit d’une minuscule bande de terre n’est pas un isthme. Suez est un isthme. Etant observé qu’Israel est bien « une bande terre resserrée ». Mais pas entre deux mers. Simplement entre des pays hostiles. A vrai dire, lorsque l’on parle de « vague d’antisémitisme », l’inconscient entend des vagues de mer (toujours la mer, et la mère nous dirait Lacan) déferlant sur une terre à bannir. Mais cette incursion dans les mots nous amène trop loin, nous empêche même de respirer, tant le terrain est nauséabond. Ce qui ferait dire à Julia Kristeva qu’on passe de l’isthme à l’asthme…Ouf !

PS2. Les « isme » que j’ai trouvé en ligne sont des abréviations d’organismes s’occupant de microbes ou de microbiologie. On n’est pas loin des antisémites, mais je dois, très vite,  revenir à du « moins-polémisme »…

Le ciel introuvable

Le ciel est donc devenu bleu, après, comme disent les météorologues, dissipation des brumes matinales..

Cependant, certains ne le voient pas.

Ce sont les alités, les handicapés, les impotents, les malades qui ne peuvent sortir de chez eux ou d’une chambre d’hôpital dans les étages inférieurs. Ce qui est injuste.

A vrai dire, tout dépend du lieu où ils se trouvent. Et là encore, l’injustice est de mise.

En effet, rares sont ceux qui, dans les villes (à la campagne, la chose est plus facile, bien que…) peuvent, de leur lit ou de la cuisine où ils se trainent, la chance de voir le bleu du ciel. Rares, car en effet l’immeuble d’en face, l’étage inférieur, la vue grise sur cour les en empêchent.

Curieusement, nul ne peut imaginer que le manque de ciel bleu constitue un problème. Et, pourtant même s’il n’est pas social, il est humain.

A côté de l’aide sociale, on devrait créer un bureau d’aide humaine et débloquer des fonds pour faire venir le ciel bleu (on pourra se passer du gris- bien qu’au dessus des nuages le ciel est toujours bleu- pour comprimer les coûts) aux alités.

Drôle de billet…

Fin de l’incursion

L’épisode anti antisémite nous aura occupé deux billets. Ce qui est beaucoup pour un site qui se vante de ne pas être une tribune polémiste ou politique.

Evidemment qu’on aurait pu faire plus que de s’en prendre au journal Le Monde et mieux analyser, revenir sur l’histoire des antisemitismes. On ne le regrette pas. Ailleurs, et plus efficacement, les plumes ont fonctionné.

J’ai employé le pluriel car, en réalité, à ce jour, ils trouvent leurs sources dans deux terreaux distincts :

– d’abord l’ antisémitisme chrétien (les juifs ont tué le Christ) devenu marginal qui s’est transformé en antisémitisme anticapitaliste (un juif est un exploiteur ou un financier qui suce l’argent du monde). On est ici à droite chez les électeurs de feu Fillon et, évidemment chez les Le Pen, même si, au risque de déplaire à mes amis et à moi-même, je distingue père et fille, sans évidemment encenser cette dernière. Un humain ne fait pas un parti. C’est le parti qui fait son chef.

– ensuite l’antisémitisme islamo-gauchiste que l’on connaît désormais assez bien, dont l’existence et la doctrine sont alimentés par nos partis staliniens et melenchonistes, qui court dans les esprits de notre périphérie nationale, mais pas que là. Il va de pair avec la négation d’Israël. On est ici à gauche ou dans les mosquées et leurs bars à limonade environnants.

Il faut cependant noter que les choses ne sont pas si simples.

En effet, à gauche les choses se compliquent et se redoublent. A l’islamo-gauchisme qui est le succédané de la recherche de la victime nodale (le palestinien a remplacé le prolétaire dans l’imagerie constituante), s’ajoute une haine non christique, non bourgeoise (celle de Drieu, Céline, Morand) qui est anticapitaliste et ouvrière. Et ici, l’on est dans l’antisémitisme prolétarien.

Et quand l’on sait que la classe dite ouvrière s’est déplacée vers le RN de Le Pen, les choses deviennent plus claires. En réalité (je reviens sur ma première affirmation) il y a trois antisémitismes : l’islamiste et ses compagnons de route, celui de la moyenne bourgeoisie, celui du prolétaire.

On comprend mieux à travers cette grille pourquoi les gilets jaunes accueillent de l’extrême droite et de l’extrême gauche : le prolétariat (pas peur des mots) tête à l’antisémitisme islamo-gauchiste et anti capitaliste. Dans le premier cas, on est « a gauche ». Dans le deuxième (nécessairement anti islam, puisqu’anti-immigration) « à droite » (anti capitaliste). Et, sûr : le gilet jaune est un prolétaire.

On ne résiste pas dans cet embryon d’analyse de coller sans commentaire l’article de P. A Delhommais dans la dernière livraison du Point, revue hebdomadaire.

Connaissez-vous le Jaurès, le Proudhon, le Fourier, le Blanqui antisémite ?

Bonne lecture.

L’anticapitalisme nourrit l’antisémitisme
PIERRE-ANTOINE DELHOMMAIS

Si le mouvement des gilets jaunes continue d’inspirer de la sympathie à de nombreux Français, il suscite chez beaucoup d’autres une hostilité et une inquiétude croissantes. Bien sûr à cause des violences des manifestations et des dommages infligés aux commerces des centres-villes, mais aussi peut-être en raison des interrogations sur la santé mentale de ceux qui s’en revendiquent et qui adhèrent visiblement à des thèses conspirationnistes.

Selon une enquête de l’Ifop pour la fondation Jean-Jaurès, 57 % des personnes se définissant comme « gilets jaunes » sont ainsi persuadées que l’accident de voiture au cours duquel Lady Di a perdu la vie était en fait un « assassinat maquillé », ce qui est anecdotique, ou, ce qui l’est beaucoup moins, 44 % d’entre elles sont convaincues qu’« il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale ».

La haine du capitalisme, partagée par l’ultragauche et la droite extrême, nourrit cet antisémitisme des ronds-points de la même façon qu’elle avait déjà, au XIXe siècle, alimenté les dérives antisémites de plusieurs grandes figures du socialisme français ayant directement contribué à la diffusion, dans l’opinion publique, de la figure du juif banquier, parasite et oppresseur du peuple.

Comme l’a écrit l’historien Serge Berstein, « avec la révolution industrielle et la naissance de la question ouvrière, l’antisémitisme trouve un nouveau fondement : l’anticapitalisme. D’abord parce que les juifs sont assimilés aux Rothschild et considérés comme capitalistes par essence, bien que la grande majorité d’entre eux appartiennent à la petite bourgeoisie ou aux classes moyennes et qu’à Paris on compte un quart d’indigents dans la communauté juive ».

S’ajoute à cela, selon Berstein, la participation enthousiaste de plusieurs personnalités juives (Léon Halévy, Olinde Rodrigues, les frères Pereire) au mouvement saint-simonien qui fait l’éloge de l’industrie. « Du même coup, les juifs servent de boucs émissaires aux socialistes utopistes qui rejettent la révolution industrielle avec ses injustices sociales. »

Promoteur du socialisme collectiviste des phalanstères, Charles Fourier décrit, dès 1829, une « nation juive » qui « s’adonne exclusivement au trafic, à l’usure et aux dépravations mercantiles ». En 1843, l’inventeur du mot « socialisme », Pierre Leroux, présente, dans « De la ploutocratie ou du gouvernement des riches », « les plus grands capitalistes de France » comme « des juifs qui ne sont pas des citoyens français mais des agioteurs de tous les pays ». Il évoque l’«Hébreu capitaliste », s’en prend « à l’esprit juif, c’est-à-dire à l’esprit de gain, de lucre, de bénéfice, à l’esprit de négoce et d’agio ». Deux ans plus tard, Alphonse Toussenel, disciple de Fourier, publie « Les juifs, rois de l’époque », un article dans lequel il dénonce la mainmise de la haute banque juive – des Rothschild en particulier – sur l’économie, mais aussi sur la presse et la politique françaises. « J’appelle, comme le peuple, de ce nom méprisé de juif tout trafiquant d’espèces, tout parasite improductif vivant de la substance et du travail d’autrui. Juif, usurier, trafiquant sont pour moi synonymes. »

Le socialiste révolutionnaire Auguste Blanqui, de son côté, n’hésite pas à écrire : « La Bourse est en rut (…), l’agiotage, l’industrialisme, la juiverie sont en liesse. » Quant à Pierre Joseph Proudhon, théoricien du socialisme libertaire, il va plus loin encore dans sa haine du juif : « Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie ou l’exterminer. »

Le grand Jaurès lui-même n’échappe pas à cet antisémitisme de nature anticapitaliste : dans un article de 1889 en faveur du protectionnisme, il explique que le libre-échange « sacrifie les producteurs aux échangeurs, aux transporteurs, aux manieurs d’argent, à la banque cosmopolite. Il livre aux frelons juifs le miel des abeilles françaises »….

Ce rappel historique nauséabond aide du moins à mieux comprendre pourquoi s’entremêlent de nos jours, sur les ronds-points, la haine du « capitalisme mondialisé et libre-échangiste » avec la croyance en un complot juif international. Il explique l’omniprésence, dans les défilés du samedi, d’amateurs de « quenelles » et de casseurs d’agences bancaires, unis dans l’hystérie et l’abjection pour insulter Alain Finkielkraut et le traiter de « sale sioniste de merde ».

Il explique que lors d’un débat public Emmanuel Macron se soit fait interpeller d’un ton fielleux sur son passé professionnel chez Rothschild.« Il y a dans votre réflexion des relents de choses que je n’aime pas beaucoup, parce que derrière, elle s’appellerait la banque Dupont, il y aurait certainement moins d’arguments », avait répondu le chef de l’Etat.

De fait, ce n’est pas seulement l’odeur des gaz lacrymogènes et des scooters brûlés qui se dégage des manifestations des gilets jaunes, mais aussi celle, particulièrement infecte et persistante, de l’antisémitisme.

FIN.

PS. (MB). Une amie que je viens d’avoir longuement au téléphone (elle avait lu le billet sur la « dilution du Monde ») m’a posé « la seule question qui vaille d’être posée » (ses mots) : un juif peut-il défendre, sous le drapeau du geste humanitaire l’immigration de musulmans antisémites ? Si un bateau interdit d’accostage sur une de nos côtes était rempli de personnes hurlant « mort aux juifs », pourrait-il ce juif bienveillant oeuvrer pour leur débarquement ? Et me connaissant trop bien, elle a ajouté « ne réponds pas qu’il faut distinguer théorie et pratique, idéologie et quotidienneté, que c’est selon, qu’il faut voir, réfléchir à l’anéantissement de la pensée des peuples qui ne peuvent que répéter des slogans et autres foutaises. Tu réponds oui ou non ».

Je n’ai pas répondu. Elle me connaît vraiment trop bien. C’est frustrant.

La dilution du Monde

Dans un billet précédent et récent (Le retournement du Monde) on avait constaté les manipulations exécrables, nauséabondes, du journal Le Monde.

Ça continue. Ce journal ne peut s’empêcher de, comme nous le disions, se faire le complice documentaliste de l’instauration d’une concurrence victimaire que, pendant cette période, l’islam ou le Cran n’ont pas osé mettre en œuvre, laissant en paix les juifs et ceux qui ne tolèrent pas l’antisémitisme organiser la mini-défense. Chacun son temps et sa solution.

Dans un article consacré à la soirée du Crif du 20/02/2019, il nous renvoie à un « décryptage » titré ACTES ANTISÉMITES ET ISLAMOPHOBES. UN DECOMPTE DÉLICAT À ÉTABLIR.

La typologie (antisémitisme et islamophopbie) est un avatar de l’antisémitisme. Ou, pour faire œuvre de petite sociologie et être moins saillant et catégorique, un succédané de la tactique dite de la DILUTION d’un fait ou d’une notion dans un magma prétendument unificateur pour lui ôter sa spécificité. Comme l’a si bien compris Mr Melenchon, lequel dans sa déclaration qui se devait de plaire à ses affidés, ses partisans, décoloniaux, genristes, islamo-gauchistes et, disons le sans ambages, vrais antisémites, a donc rangé dans le même sac du Mal (comme un américain) racisme, homophopie, islamophopbie, antisémitisme, sexisme, pour justifier sa présence près de rabbins ou citoyens qui défendent l’existence (rien de plus) de l’état d’Israël, des sionistes donc dans leur vocabulaire de haine puisé dans Libération (même si ce journal s’offre sa Une avec une femme rabbin Horvilleur, très chic, pendant 24 h, le juste temps de la bonne conscience pour les haineux d’Israël et des non-chômeurs riches en général.

Donc Le Monde récidive et dilue encore avec ses « pour aller plus loin ».

L’on ne veut insister sur l’instillation du doute sur l’augmentation des actes antisémites fabriquée par la locution du « décompte délicat », lequel ne peut être placé aux frontières de l’antisémitisme, eu égard à l’insidieuse égalité de traitement entre les deux « faits (antisémitisme et islamophopie) considérés, ici aussi par dilution, comme historiquement équivalents…

Ce journal devrait changer son titre. Je n’ose le proposer ici. Mais pas la typographie dudit titre. Je n’ose en indiquer le motif. De peur de remonter d’un Anschluss à Torquemada.

Beuve-Mery, un géant, doit se retourner dans sa tombe.

Ci-dessous la capture d’écran, vite stockée avant qu’elle ne disparaisse (cf « le retournement du Monde »)

PS1. Il est fait état dans l’article pour tablette et smartphone du « raout » annuel du Crif, objet de l’article. Disparu sur version ordi. Tout comme le « décryptage » en capture ci-dessus également absent de la version ordi… J’ai la chance d’avoir une tablette pour apprécier Le Monde.

PS2. La photo en tête du billet a été prise à Grenade. Le boutiquier se vante (« ici, on a tout, presque », clame t-il). Comme le Monde pendant 24 h. En réalité, le boutiquier n’a pas grand-chose. Comme Le Monde. Rien à part une minuscule idée, toujours la même, qui tourne en rond, pour des lecteurs rassurés par un manège grinçant, donc veritablement plein qui a de tout dans ses creux, presque…

PS3. En racontant les histoires de retournement et de dilution du Monde, j’ai bien ri en apprenant dans la bouche d’un ami qu’il était surnommé depuis longtemps par des gens intelligents « L’immonde »

PS4. Ci-dessous une caricature, un dessin de Willem à qui je boxerai bien le nez-non-juif qu’a osé publier Libé le 16/08/2018. Il a été transformé en tract par les islamistes…

Dans la haine d’Israël et la défense de l’Iran, sans mentionner que ce grand pays démocratique a juré de rayer le petit état qui ne doit pas être démocratique de la carte du monde, Libé a publié en Mai 2018 le dessin collé ci-dessous.

Les dessins de Willem sont très prisés par les islamistes qui ont, à bons frais, les supports médiatiques de l’antisémitisme. Comment ne pas être antisémite lorsqu’on sait qu’Israel est un état juif ? Libé est complice de la haine antisémite. Comme Le Monde.

Ce dessin (plus bas) me fait penser à une histoire de table du dimanche.

Je dis, lors d’un déjeuner presque campagnard, calmement, qu’un juif orthodoxe , à l’inverse d’un islamiste engagé, ne commet jamais un attentat au couteau ou la ceinture d’explosifs ou tout autre moyen. Bref, qu’un juif ne tue pas, sauf lorsqu’il est, comme des individus dans tous les peuples, meurtrier de droit commun. Et encore : c’est un meurtrier et pas « un meurtrier juif ». On ne dit pas un meurtrier « chrétien »

J’entends un silence et aperçoit quelques moues dubitatives. Je ne comprends que quelques secondes plus tard. Mes amis (oui, mes amis) considérant que, lors d’une marche de palestiniens vers la frontière israélienne l’armée (Tsahal) avait tiré, ne pouvaient donc pas entendre qu’un juif ne tue pas. Tous les israéliens (sauf les 23% d’arabes israéliens) sont juifs. Tous les juifs sont israéliens. On se croirait chez Aristote.

Je regarde les convives silencieux, lèvres en cul-de-poule et leur demande, fermement, s’ils sont sérieux dans ce doute, esquissant, théâtralement un geste de sortie de table. Je les vois baisser les yeux. Je me consacre, ébranlé, mais conforté dans ma conviction sur l’idéologie à l’œuvre qui transpire sur la peau des liseurs de Libé, à mon délicieux Coulommiers, celui qui fait oublier la bêtise qui ne dépasse pas les nappes des tables des bourgeois antisémites qui ne sont plus « vieille France » mais, désormais vieux gaucho-bobos…

Le voici enfin le dessin annoncé plus haut. Je me suis laissé entraîné par moi.

Les mots et le tableau

Discussion avec un ami. Il me raconte que les touristes visiteurs de Paris, s’arrêtent au Louvre, s’agglutinent devant La Joconde et s’en vont vite vers la Tour Eiffel. Je lui dis l’épopée des touristes japonais à Madrid qui vont à la corrida assister à la mise à mort d’un seul toro sur les six au programme (le tour operator leur dit que c’est comme les films permanents au cinéma, une répétition, qu’il est inutile de rester) et qui s’en vont vite au Prado envahir la salle où se trouve Les Ménines de Velasquez, en se marchant sur les pieds.

Il me voit faire la moue et me demande la raison de ma réserve : n’aimerais-je pas cette merveille ?

Évidemment que non, c’est un de mes tableaux préférés. Cependant, je lui dis, un peu honteux, qu’il m’a fallu choisir entre Velasquez et Foucault. J’explique.

Michel Foucault (1926-1984), dans son ouvrage phare (« Les mots et les choses) décrit, dans son introduction, dans un style et une hauteur théorique exceptionnels, le tableau de Velasquez, « Les Ménines ». Certains considèrent que ces pages sont un modèle, en rupture, de l’analyse picturale.

Le tableau donne à voir l’infante Marguerite d’Espagne, entourée de demoiselles d’honneur, de courtisans et de nains. Au fond, sur la gauche, le peintre est là devant une grande toile dont on ne voit que le châssis de dos. A l’arrière-plan, sur le mur du fond, un tableau, note Foucault, « brille d’un éclat singulier », dans lequel apparaissent deux silhouettes. Il s’agit, en réalité d’un miroir. Qui reflète les souverains, à l’extérieur du tableau, « retirés en une invisibilité essentielle », « qui ordonnent autour d’eux toute la représentation ».

Sans eux, le tableau n’est pas possible.

Et Foucault d’ajouter que « Peut-être y a-t-il, dans ce tableau de Vélasquez, comme la représentation de la représentation classique », qu’il s’agit aussi de « la disparition nécessaire de ce qui la fonde ». Il conclut en indiquant que « Libre enfin de ce rapport qui l’enchaînait, la représentation peut se donner comme pure représentation. »

Il s’agirait donc du principe qui organise les savoirs à l’âge classique. Chaque époque se caractérise par un « champ épistémologique » particulier, qui constitue le « socle » des diverses connaissances et structure leur apparition. Ce que Foucault appelle « épistémê » cet « a priori historique » constitutif des sciences de la période considérée avec une théorie propre de la représentation.

La Renaissance, elle, était fondée sur la ressemblance. « Le monde s’enroulait sur lui-même », écrit Foucault. Don Quichotte en apparaît, sur le mode de la dérision, comme l’incarnation. « Tout son chemin est une quête aux similitudes », mais celles-ci tournent au délire.

Au XIXe siècle vient l’âge de l’histoire, qui devient « le mode d’être fondamental des empiricités » et qui introduit dans la pensée moderne « cette étrange figure du savoir qu’on appelle l’homme ». Voici l’homme « au fondement de toutes les positivités », en cette place du roi « que lui assignaient par avance Les Ménines, mais d’où pendant longtemps sa présence réelle fut exclue ».

Mais cette époque se finit et l’homme, une « invention récente », est  en voie de disparition. La nouvelle « épistémê » devrait être concomitante de la mort de l’homme (« alors on peut bien parier que l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable »). C’est la dernière phrase du livre.

Le livre a fait jaser (fin de l’humanisme, existence douteuse de l(homme, mort de l’homme, antihumanisme théorique, structuralisme exacerbé qui fait passer les structures avant les sujets, etc.

Mais je reviens à la discussion avec mon ami et à ma moue.

Il est vrai que je m’arrête plus devant les Ménines (« les suivantes », traduction de Foucault ou Las Meninas en VO.

Car, en effet, je ne peux plus goûter le tableau sans me référer à l’analyse de Foucault, ce qui me place dans l’analyse et non dans l’art.

Or, le musée ne peut que servir d’accrochage de l’œil et non du cerveau pensant; Lequel œil, peut, comme dans l’amour s’éloigner de la pensée pour approcher les rivages du sens. Rimbaud contre Platon en quelque sorte.

Ce qui me fait donc regretter d’avoir lu le Foucault des Ménines qui a brisé l’approche non pas « pure » (elle n’existe pas mais expurgée de la théorisation. D’où ma moue.

Elle est d’autant plus flagrante que je ne suis plus certain de la pertinence du propos de Foucault. Et, mieux encore de l’avoir bien compris.

Il serait donc dommage de gâcher un plaisir par des mots (éventuellement creux qui éloigneraient de l’éventuelle belle chose.

Je préfère ne pas y penser, Ce qui fabrique une nouvelle grimace que je cache à mon ami.

Le retournement du Monde

Non, il ne s’agit pas d’une nouvelle conséquence des comportements erratiques des humains qui génèrent l’inversion des pôles et les basculements écologiques.

C’est du Monde, notre grand journal national dont il est question.

Faisons bref :

Alain Finkielkraut se fait agresser verbalement en pleine rue par des gilets jaunes éructant de haine contre ce « sale sioniste » qui doit « finir en enfer », « parole de peuple que nous sommes », qu’il « doit partir en Israel ».

Le Monde.fr (le journal gratuit en ligne) diffuse la vidéo, expose les premières réactions de soutien. Au milieu de l’article, comme c’est l’usage « pour aller plus loin » dans tous les articles de tous les journaux, Le Monde sous-titre « LIRE AUSSI LA TRIBUNE DE DOMINIQUE VIDAL : NON L’ANTISIONISME N’EST PAS UN ANTISEMiTISME »

Quelques heures plus tard, je recherche le lien. Simplement pour me démontrer qu’en toutes occasions, insidieusement, comme par ce « lire aussi », Le Monde tombe dans les travers sans nuances, de la défense de la cause palestinienne, de l’antisionisme, de biais dans la haine d’Israël, fournissant aux extrémistes qui nient son existence leurs cautions intellectuelles. Le monde nourrit l’antisémitisme qui est presque toujours, désormais couvert par celui de l’antisionisme. En tous cas dans ce qui l’alimente, du côté de l’islamisme raciste. Et les cris d’orfraie de ses journalistes qui s’en défendent, ne peuvent rien y changer. Oui, Le Monde, comme Libération au demeurant est depuis si longtemps le complice de l’antisémitisme.

Son lectorat juif a d’ailleurs, majoritairement, pour ce motif, quitté ses colonnes.

Le parti pris de ce journal qui regrette le temps de sa morale à quatre sous, est donc patent, insupportable, même pour ceux qui, comme moi, ne tombent pas dans la caricature idéologique et le soutien à tous crins à une cause, en faisant la part des choses, osant critiquer les gouvernements israéliens, à partir du moment ou l’existence du pays (Israel) n’est pas déniée.

Donc je cherche et cherche encore le « lire aussi ». Il avait disparu, remplacé par un article sur la montée « insidieuse (sic) de l’antisémitisme en France ».

Ca a du chauffer: la peur de la perte de quelques milliers de lecteurs a du l’emporter sur la ligne éditoriale habituelle.

Je ne veux insister, sauf à tomber dans la lourdeur de l’attaque alors qu’il ne s’agissait que de montrer l’insidiosité (je reprends le mot) qui frôle la lâcheté. J’aurais préféré, sincèrement, le maintien, droit dans la conviction première (et dernière s’agissant du Monde).

PS1. Capture d’écran de l’article en ligne (le deuxième), où l’on peut lire l’opportun « lire aussi »

L’article originel, lui a disparu.

Sauf dans le titre d’un historique de recherche Google.

Cependant dans le résumé, Google fait apparaître le début du « lire aussi » sur l’anti etc… On n’a donc pas rêvé. Ci-dessous la recherche Google :

«  Alain Finkielkraut sifflé et insulté par des « gilets jaunes » à Paris – Le Mondehttps://www.lemonde.fr/…/16/alain-... il y a 1 jour … Alain Finkielkraut a été pris à partie par des manifestants, le 16 février, à Paris, avant que les forces de l’ordre ne … Lire aussi la tribune de Dominique Vidal : « Non, l’antisionisme n’est pas un ... »

Mais si l’on clique sur le lien, on se retrouve sur le deuxième « lire aussi » (l’insidieux antisémitisme) et non sur l’originel avec « I’antisionisme n’est pas un antisémitisme »

Ps2. L’antisionisme est un antisémitisme. Du moins il le camoufle d’un manteau honorablement politique. Il devrait être interdit (un projet critiqué par Le Monde) puisqu’aussi bien on nie à un État constitué et membre des Nations-unies le droit d’exister. Imagine-t-on dans les banlieues un « antifrancisme »? Ce n’est pas un « antifranquisme qui, lui, est ideologiquement et ontopolitiquement acceptable…

épigénèse


Débat, débats. Le débat national, (instauré par notre Président en bras de chemises dans les salles de fêtes béates), comble flagrant de la démagogie, quand il prétend instaurer les citoyens en savants et en économistes et la doxa en support de la grande réflexion ferait mieux d’être remplacé par des conférences d’informations sur les humains et leur devenir..

La réflexion m’est venue dans la minuscule approche, à mon niveau, de l’épigénétique, une incursion dans les fonctionnements des gènes, dans l’histoire dans laquelle se bagarrent Darwin et Lamarck.

Ici, le débat est, inutile tant les faits sont têtus, les données inébranlables. Et les préaux d’école qui donnent à voir des tribuns du rien devraient plutservir à rassembler les citoyens et parfaire leur connaissance du monde.
Épigénétique. Pour ceux qui ne connaissent pas la notion, on la rappelle.

Jusqu’à présent, les généticiens ne se référaient qu’au gène, auquel ils conféraient un rôle unique pour expliquer la construction d’un organisme.

Cependant, la chose n’est pas si simple.

D’abord, un fait : chacune de nos cellules contient l’ensemble de notre patrimoine génétique : 46 chromosomes hérités de nos parents sur lesquels on compte environ 25 000 gènes. Chaque cellule contient la même information, l’usage qu’elle en fait peut différer : une cellule de la peau ne ressemble en rien à un neurone, une cellule du foie n’a pas les mêmes fonctions qu’une cellule du cœur. De même, deux jumeaux qui partagent le même génome ne sont jamais parfaitement identiques ! Dans ces exemples et dans bien d’autres, la clé du mystère de la différenciation se nomme « épigénétique ».

En effet, un même génome peut réagir différemment tant en fonction de sa fonctionnalité intrinsèque que de modifications extérieures à lui-même, notamment celles induites par son environnement, modifications dénommées « épigénétiques »

On peut se référer, pour appréhender la notion, outre le Wikipédia de service, à une étude absolument excellente de l’Inserm même si l’exposé est plus scientifique et médical que cognitif ou philosophique ( ce à quoi nous nous attachons ici).

Lire : (https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/epigenetique) :

Un extrait (l’introduction)

« Alors que la génétique correspond à l’étude des gènes, l’épigénétique s’intéresse à une « couche » d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule… ou ne pas l’être. En d’autres termes, l’épigénétique correspond à l’étude des changements dans l’activité des gènes, n’impliquant pas de modification de la séquence d’ADN et pouvant être transmis lors des divisions cellulaires. Contrairement aux mutations qui affectent la séquence d’ADN, les modifications épigénétiques sont réversibles »

On peut encore citer cet extrait d’article :

Hardware et software

De manière imagée, le génome humain peut être comparé à la partie «hardware» d’un ordinateur. «Les gènes sont comme des informations codées qui déterminent les traits généraux de la personne, ses aspects physiques et ses particularités», explique Ariane Giacobino, chercheuse et médecin adjointe agrégée dans le service de médecine génétique des Hôpitaux Universitaires de Genève et auteure de Peut-on se libérer de ses gènes? L’épigénétique (Ed. Stock). L’épigénome, quant à lui, fait partie du «software», cet ensemble de logiciels qui contrôlent les opérations et sont capables de moduler l’expression des gènes – de les rendre actifs ou au contraire silencieux –, sans pour autant modifier la séquence d’ADN.

Les mécanismes épigénétiques sont par exemple indispensables au développement embryonnaire afin de permettre la différenciation des cellules. Ils expliquent également pourquoi des jumeaux monozygotes, qui partagent un patrimoine génétique identique, peuvent présenter des variations morphologiques ou des susceptibilités différentes aux maladies. Ils permettent par ailleurs d’éclairer pour quelles raisons certaines abeilles, qui possèdent toutes le même ADN à la naissance, deviennent reines et d’autres ouvrières, seules les futures pondeuses étant nourries à la gelée royale.

De fait, les modifications épigénétiques sont générées par l’environnement qui bombarde, sans cesse, les cellules de toutes sortes d’informations qui leur permet de s’adapter à telle ou telle situation, de « s’ajuster » aux comportement du porteur desdites cellules.

Et cette adaptation peut être soit temporaire, transitoire, (réversible), qui disparaît soit pérenne, installée, transformatrice du gène, même lorsque le signal qui les a générés a complètement disparu. Et ces marques épigénétiques fabriquées par de l’information environnementale vont, éventuellement, se transmettre à la génération suivante.

A vrai dire, tous savaient l’influence du milieu généraient des différences dans les comportements. Les cellules s’ajustaient au temps de l’envoi des informations (temps réversible).

Mais nul n’osait, prétendre que l’influence du milieu pouvait se transmettre à la génération suivante.

En 1999, des chercheurs observent chez une plante (la linaire péloria) une mutation acquise du fait de l’environnement puis transmise à sa descendance.

En 2002, c’est le tour d’un petit ver (Caenorhabditis elegans). Il est attiré par une odeur. C’est son expérience propre. Il a été démontré qu’elle pouvait être transmise sur plusieurs générations.

Et chez les humains ? En 2002, des chercheurs suédois et britanniques ont pu démontrer que les petits enfants d’une génération d’un village suédois qui avait connu la famine dans les années 1940 présentaient une meilleure résistance à certaines maladies cardiovasculaires. La résistance acquise, du fait de cette lutte des grands-parents contre la famine avait été transmise aux petits enfants…

On sait donc aujourd’hui que les gènes peuvent être « allumés » ou « éteints » par plusieurs types de modifications chimiques qui ne changent pas la séquence de l’ADN, des « marques épigénétiques » induites par l’environnement au sens large : la cellule reçoit en permanence toutes sortes de signaux l’informant sur son environnement, de manière à ce qu’elle se spécialise au cours du développement, ou ajuste son activité à la situation. Ces signaux, y compris ceux liés à nos comportements (alimentation, tabagisme, stress…), peuvent conduire à des modifications dans l’expression de nos gènes, sans affecter leur séquence. Et qu’un simple changement d’environnement peut modifier le fonctionnement des gènes dont nous héritons à la naissance, et donc de notre « phénotype » [4].

Désormais, si l’on ose dire, la chose est acquise : L’épigénétique (du grec ancien ἐπί, épí, « au-dessus de », et de génétique) est une discipline de la biologie essentielle en ce qu’elle étudie la nature des mécanismes modifiant de manière réversible, transmissible (lors des divisions cellulaires) et adaptative l’expression des gènes sans en changer la séquence nucléotidique (ADN)2. Une recherche, donc de ces couches d’information modificatives et transmissibles.

Une preuve de ce que des mécanismes peuvent lier des facteurs environnementaux et l’expression du patrimoine génétique, qui permet d’expliquer comment des traits peuvent être acquis, éventuellement transmis d’une génération à l’autre ou encore perdus après avoir été transmis., les modifications chimiques de l’ADN (déclenchées quelquefois par des situations de stress…) pouvant donc être transmises aux descendants pendant quelques générations.

L’on parle alors de mémoire épigénétique ou d’effet transgénérationnel.

Un extrait, sur ce point d’un article en ligne, CLIC ICI /

Modèle de la souris Agouti

Figure 3.


Figure 3. La couleur du pelage dépend de l’état de méthylation d’une petite séquence dans le gène Avy présente à proximité du gène responsable de la couleur : à l’état méthylé, le gène agouti est réprimé, la couleur sera brune, mais à l’état déméthylé, le gène sera actif et la couleur, jaune. Plusieurs versions de ce gène Agouti existent, ce qui conduit à des couleurs de pelage différentes, en modifiant le niveau et le type de pigment de la fourrure.
Il a fallu attendre la fin du XXe siècle pour découvrir un type de souris qui permet aux scientifiques à mettre en évidence les connexions complexes qui lient l’alimentation à l’épigénétique. Parmi les nombreux gènes qui contribuent à la couleur du pelage chez la souris, l’un d’entre eux se nomme « Agouti ». La version la plus intéressante du gène Agouti est connue sous le nom de « Agouti viable yellow » ou Avy (figure 3). Si le gène Avy présente peu ou pas de méthylation, il est alors actif dans toutes les cellules, et les souris sont jaunes. Ces souris jaunes présentent une susceptibilité à l’apparition de pathologies comme l’obésité, le diabète ou certains cancers. Mais si Avy est hyperméthylé, son expression « s’éteint », ce qui implique que la souris présente une couleur brune, et n’a aucun problème de santé, même si elle possède exactement le même gène Agouti que les souris jaunes. Entre ces deux extrêmes, Avy peut être méthylé à différents degrés, ce qui affecte le niveau d’activité du gène [5]. Il en résulte un beau dégradé de souris tachetées, chez lesquelles l’activité du gène Avy diffère même d’une cellule à une autre. Une même portée génétiquement identique varie en couleur selon ce spectre, en raison de variations épigénétiques établies dans l’utérus. De plus, indépendamment de la couleur du pelage, cela met en évidence les effets du régime alimentaire sur la méthylation.
Randy Jirtle, un chercheur américain a réussi une expérience remarquable avec ces souris porteuses du gène Agouti. En les nourrissant avec des vitamines B, il n’a pas « soigné » ces souris génétiquement malades, mais l’effet bénéfique s’est manifesté sur la descendance [6]. En d’autres termes, les descendants de souris porteuses du gène Agouti nourries avec des vitamines B ne sont plus malades ni même beiges (le gène Agouti est toujours là, mais il n’est plus exprimé), alors que les descendants de celles qui n’ont pas reçu de vitamines B restent malades de génération en génération !

Un autre extrait :

Les drosophiles et les yeux rouges

Les drosophiles sont des insectes communément utilisés au laboratoire. Leur génome est relativement simple à comprendre et du coup, elles sont les « stars » de la recherche génétique…En avril 2009, le Dr Renato Paro, de l’Université de Bâle, a annoncé une nouvelle découverte formidable les concernant : si un œuf de drosophile est chauffé à 37° degrés avant éclosion, la mouche a les yeux rouges. Sinon, elle a les yeux blancs…. Mieux ! Le caractère « yeux rouges » est passé de génération en génération. Il s’agit donc d’une caractéristique acquise par l’influence d’un facteur externe (la température) qui devient héréditaire [7].

Ces études chez l’animal, comme les études suivantes, semblent soutenir la théorie scientifique que représente le Lamarckisme. Selon sa célèbre publication – l’« Influence des circonstances » – publiée en 1809-1810 [8], Lamarck soutient l’idée que des changements physiques acquis au cours de la vie d’un individu pourraient être transmis à sa descendance [9]. Cependant chez l’homme nous n’avons pas de preuve de la persistance de ces effets épigénétiques au-delà de quelques générations. Ces résultats ne remettent donc pas réellement en cause la conception Darwinienne de l’évolution à long terme des espèces par l’action de la sélection naturelle sur les variations héréditaires fortuites. (lire Théorie de l’évolution : incompréhensions et résistances & Adaptation : répondre aux défis de l’environnement).

Encore un extrait :

Le maternage chez la souris : au-delà de l’utérus

De simples caresses auraient-elles aussi le pouvoir d’influencer les gènes ? Chez le rat, le léchage remplit la même fonction que la caresse chez l’humain. Or des études montrent que les bébés rats souvent léchés par leur mère sont plus calmes. Mais à l’Université Mc Gill de Montréal, l’équipe du Pr Michael Meaney (Canada) est allée beaucoup plus loin en révélant des empreintes de ces soins maternels jusque dans cerveau des jeunes rats, au niveau de l’hippocampe [10].

En fait c’est bien le « léchage » qui influence l’activité d’un gène prémunissant les rats contre le stress. Ce gène, appelé NRC31, produit une protéine (récepteur aux glucocorticoïdes GC) qui contribue à diminuer la concentration d’hormones de stress (cortisol) dans l’organisme [11]. Il faut cependant activer une portion bien précise de ce gène, grâce à l’interrupteur épigénétique que représente la méthylation de l’ADN. L’analyse des cerveaux de rats qui n’ont pas reçu assez d’affection par léchage l’a démontré : l’interrupteur lié au gène NRC31 (gène codant pour le récepteur aux glucocorticoïdes) était défectueux (gène ayant subi la méthylation, donc inactif) dans les neurones de l’hippocampe des rats (zone au niveau cérébral qui intègre les stress ambiants). En conséquence, la quantité d’hormones du stress (cortisol) augmente au niveau du sang et donc, même en l’absence d’éléments perturbateurs, ils vivent dans un état de stress constant.

Figure 5b. Le comportement maternel de léchage, toilettage et allaitement chez la ratte va moduler en fonction de son intensité la régulation épigénétique du locus du récepteur aux glucocorticoïdes chez les petits. Des différences stables du comportement maternel durant la première semaine de vie qui est une période critique pour le développement du système nerveux, vont induire des phénotypes différents chez les petits au niveau de la réponse au stress.

Les espèces s’adaptent donc à leur environnement et je dois ici m’arrêter. En effet, lorsqu’il y a un certain temps, j’ai pu lire ce qu’on entendait par épigénétisme, je me suis posé la question de savoir quelle était l’apport par rapport au darwinisme que tous connaissent et qui démontre (hors des écoles créationnistes américaines) l’évolution par adaptation, notamment à son environnement. La chose me paraissait acquise. Mais non.

Il a fallu faire un tour du côté de Lamarck et Darwin. En analysant leurs divergences puisqu’aussi bien, je n’arrêtais pas de lire sous la plume des savants ou philosophes que l’épigénétique était « la revanche de Lamarck.

Et j’ai découvert que, comme beaucoup, je faisais du lamarckisme que je croyais être du darwinisme. J’explique.
Darwin, Lamarck. Lamarck (1744-1829) est le premier à avoir élaboré une théorie cohérente de l’évolution du vivant. Ce n’est que 50 ans plus tard que Darwin (1809-1882) faisait paraitre son « Origine des espèces. Ce qui suit est fortement inspiré d’un remarquable article trouvé en ligne : https://www.encyclopedie-environnement.org/vivant/lamarck-darwin-deux-visions-divergentes-monde-vivant/

Darwin et Lamarck

Les deux théories ont un point commun : l’affirmation du phénomène de l’évolution (le fait évolutif) contre le créationnisme.

Mais leurs visions divergent fortement lorsqu’il s’agit d’expliquer les mécanismes.

Pour l’un (Lamarck) les modifications évolutives se produisent sous l’influence plus ou moins directe de l’environnement. Et c’est d’ailleurs sur ce mode que nous comprenons le « darwinisme » (la girafe a un long cou parce qu’elle a du aller chercher sa nourriture dans des arbres très hauts et la couleur de la peau est générée par l’adaptation au soleil).

Or, ce n’est pas ce que dit Darwin, lequel considère que des variations génétiques fortuites (des hasards) sont à la base de transformations biologiques importantes. Position qui a tellement heurté le sens commun (le fortuit dans les mutations) que tous se réfèrent ainsi (comme je le faisais) en disant « darwinisme » à Lamarck. Curieuse, cette désappropriation pour conforter la doxa. Encore un exemple de la malfaisance de la prégnance de l’opinion commune.

De fait, même les scientifiques et les philosophes chevronnés rejettent le darwinisme, eux ne confondant pas Darwin et Lamarck.

Mais, revenons aux divergences entre les deux scientifiques :

D’abord sur l’apparition de la vie.

Lamarck, après avoir considéré qu’il pouvait exister des « générations spontanées », ce qui n’expliquait rien et faisait sourire indique que ces organismes primitifs se complexifient peu à peu au cours des temps géologiques pour aboutir à tous les êtres vivants existants. Une complexification qui est synonyme pour lui de perfectionnement et qui résulterait d’une propriété inhérente au vivant (en considérant par ailleurs que le monde vivant est composé de lignées successives indépendants, sans affirmer qu’il y aurait un ancêtre commun entre le végétal et l’animal)

Darwin, quant à lui zappe sur l’apparition de la vie (il fait bien, les connaissances de son époque ne permettait pas de gloser sur le sujet) mais réfute l’idée de génération spontanée, en considérant qu’une même forme est à l’origine de la vie (« tous les êtres organisés qui ont vécu sur la terre descendent probablement d’une même forme primordiale dans laquelle la vie a été insufflée à l’origine »)

Donc, deux visions de la structure du monde vivant qui va se retrouver dans l’explication des mécanismes.

Car Lamarck, lui, à l’inverse de Darwin considère donc que les variations des individus qui sont à la base de la transformation des espèces se produisent sous l’effet de circonstances extérieures entraînant des « besoins », eux-mêmes à l’origine d’« actions » ou « efforts », qui vont créer des « habitudes ». Il énonce ainsi que :

« La seconde conclusion est la mienne propre : elle suppose que, par l’influence des circonstances sur les habitudes, et qu’ensuite par celle des habitudes sur l’état des parties de l’animal, et même sur celui de l’organisation, chaque animal peut recevoir dans ses parties et son organisation, des modifications susceptibles de devenir très considérables. ».

Et que :

« Dans tout animal qui n’a point dépassé le terme de ses développements, l’emploi plus fréquent et soutenu d’un organe quelconque, fortifie peu à peu cet organe, le développe, l’agrandit (…) ; tandis que le défaut constant de tel organe, l’affaiblit insensiblement, le détériore, diminue progressivement ses facultés et finit par le faire disparaître ».

Tout Lamarck se situe hors de l’extinction des espèces, loin du hasard, dans une nature vivante qui porte en elle, naturellement une « volonté », une « tendance » à la complexité, ainsi qu’à l’influence du milieu sur les modifications. Ce qui fonctionne comme un antihasard. La part d’aléatoire dans la transformation des espèces est donc limitée chez Lamarck. C’est d’ailleurs ce qui a séduit beaucoup de gens dans sa théorie, y compris des biologistes et des philosophes des sciences.

Rien de tel chez Darwin :

Darwin, personne ne le croit tant l’on a confondu avec Lamarck, conteste fortement que les conditions extérieures soient la cause des variations. Dans l’introduction de L’Origine des espèces, il écrit :

« Les naturalistes assignent, comme seules causes possibles aux variations, les conditions extérieures, telles que le climat, l’alimentation, etc….Cela est peut-être vrai dans un sens très limité, comme nous le verrons plus tard ; mais il serait absurde d’attribuer aux seules conditions extérieures la conformation du pic, par exemple, dont les pattes, la queue, le bec et la langue sont si admirablement adaptés pour aller saisir les insectes sous l’écorce des arbres…. ».

Darwin s’oppose donc à la thèse d’une « force » générant la complexité croissante, qu’il trouve « sotte ».

Pour lui, les principales forces en jeu sont des variations héréditaires « spontanées et accidentelles » à partir desquelles opère la sélection naturelle. C’est cette dernière qui joue le rôle de ‘moteur’ de l’évolution, Les variations accidentelles ne constituent que le ‘matériau’ de base. Darwin écrit :

« Je suis convaincu que la sélection naturelle a joué le rôle principal dans la modification des espèces, bien que d’autres forces y aient aussi participé ».

Cette transformation, ces modifications s’opèrent sans aucune finalité ou cause.

Comme l’indique l’auteur de l’article de l’Encyclopédie de l’Environnement cité plus haut, re-cité ici, pour la commodité (https://www.encyclopedie-environnement.org/vivant/lamarck-darwin-deux-visions-divergentes-monde-vivant/)

« Le couple variation accidentelle/sélection n’a d’autre résultat que la meilleure adaptation d’une population à un moment donné dans un environnement donné, avec une part non négligeable d’aléas . Par lui-même, ce processus n’implique aucune tendance à la complexification, encore moins à la perfection. Il peut y avoir acquisition de nouvelles fonctions mais aussi perte de fonctions, donc simplification, ce qui est souvent observé chez des parasites. Sans compter les extinctions d’espèces, voire de groupes zoologiques entiers, non admises par Lamarck. Les évolutionnistes darwiniens disent volontiers que si l’évolution devait recommencer, il n’y a aucune raison de penser qu’elle suivrait le même chemin. Là encore, le fossé est grand entre les visions lamarckienne et darwinienne »

Mais c’est dans l’hérédité des acquis (ce qui nous ramène à notre sujet) que les divergences sont profondes entre les deux.

Dans le lamarckisme, les variations se produisent donc sous l’influence du milieu, sans être, d’emblée, héréditaires Cependant, pour qu’elles jouent un rôle dans la transformation des espèces, il faut absolument qu’elles soient héritables, transmissibles…

D’où l’affirmation de Lamarck :

« Tout ce que la nature a fait perdre ou acquérir par l’influence des circonstances où leur race se trouve depuis longtemps exposée (…) elle le conserve par la génération aux nouveaux individus qui en proviennent, pourvu que les changements acquis soient communs aux deux sexes ou à ceux qui ont produit ces nouveaux individus ».

Les caractères acquis sous l’influence du milieu sont donc transmis aux descendants. L’hypothèse, déjà émise par d’autres, déjà depuis l’antiquité, allait de soi. Elle était cependant contredite par les recherches effectuées depuis un siècle.

Darwin, lui, n’excluait pas totalement que certains caractères acquis sous influence directe du milieu deviennent héréditaires. Cependant il considérait que l’in était là dans le spéculatif, le provisoire, et mieux encore, dans le secondaire. Il considérait que les seules variations importantes pour la transformation des espèces sont celles qui sont héréditaires, celles que l’on dit aujourd’hui « génétiques » Il écrit, dès le premier chapitre de L’Origine des espèces :

« Toute variation non héréditaire est sans intérêt pour nous ». Une phrase que peuvent reprendre à leur compte les éleveurs et les agronomes qui créent de nouvelles races et variétés.

En résumé, l’hérédité des caractères acquis est absolument nécessaire à la théorie de Lamarck. Dans l’optique darwinienne, elle ne fait pas partie intégrante de la théorie, même si Darwin ne l’exclut pas totalement dans certains cas.

C’est ici qu’en revenant encore plus à notre sujet (l’épigenèse), l’on a pu clamer qu’il s’agissait, par l’apparition de cette nouvelle discipline d’une revanche de Lamarck, un auteur en ayant fait même le titre de son ouvrage Lamarck’s Revenge. How epigenetics is revolutionizing our understanding of evolution’s past and present . (La Revanche de Lamarck. Ou comment l’épigénétique révolutionne notre compréhension de notre évolution) Peter Ward, Bloomsbury Publishing, 2018.

Et alors ?

Une fois l’épigénétique un peu connue, quel est donc l’intérêt de cette découverte ?

Elle est immense.

1 – D’abord, sur un plan général, il s’agit d’un concept qui dément en partie la « fatalité » des gènes qui était devenue depuis quelques années une tarte à la crème encombrante, tous les comportements étant expliqués par un gène transmis et immuable, contre le quel l’on ne pouvait rien. Ce qui bouleversait l’assise de beaucoup de sciences humaines (en faisant peur à ceux qui fondent les comportements sur la volonté et l’action, désormais enfermés entre les murs des gènes (notons- cf un billet précédent- qu’un structuraliste n’est jamais ébranlé dans ses convictions lorsqu’il s’agit de fatalité, d’invariant, de géométrie non variable dans le comportement, comme les spinozistes d’ailleurs.

2 – Puis sur un plan médico-biologique :

Extrait de l’article précité

« Alors que le génome est très figé, l’épigénome est bien plus dynamique. Les modifications épigénétiques permettraient aux individus d’explorer rapidement une adaptation à une modification de l’environnement, sans pour autant « graver » ce changement adaptatif dans le génome. Les enjeux de l’épigénétique concernent non seulement la médecine et la santé publique (Lire L’épigénétique, le génome et son environnement) mais aussi les théories sur l’évolution (lire Théorie de l’évolution : incompréhensions et résistances). En effet, elle jette le soupçon sur l’environnement qui pourrait moduler l’activité de certains de nos gènes pour modifier nos caractères, voire induire certaines maladies potentiellement transmissibles à la descendance. A l’évidence la famine hollandaise de l’hiver 1944-1945 démontre que des changements permanents se sont produits dans le patrimoine génétique des femmes alors enceintes, ensuite transmis de génération en génération. Cela signifierait que les traumatismes touchent également les cellules germinales (spermatozoïdes et ovules), seul lien biologique entre les générations.

Il est désormais largement admis que des anomalies épigénétiques contribuent au développement et à la progression de maladies humaines, en particulier de cancers. Les processus épigénétiques interviennent en effet dans la régulation de nombreux évènements tels que la division cellulaire, la différenciation (spécialisation des cellules dans un rôle particulier), la survie, la mobilité… L’altération de ces mécanismes favorisant la transformation des cellules saines en cellules cancéreuses, toute aberration épigénétique peut être impliquée dans la cancérogenèse. Des anomalies épigénétiques activant des oncogènes (gènes dont la surexpression favorise la cancérogenèse) ou inhibant des gènes suppresseurs de tumeurs ont pu être mises en évidence. De même, des mutations affectant des gènes codant pour les enzymes responsables des marquages épigénétiques ont été identifiées dans des cellules tumorales. Reste à savoir si ces phénomènes sont la cause ou la conséquence du développement de cancer. Il semble néanmoins qu’ils participent à la progression tumorale (évolution du cancer).

Par ailleurs, le rôle de l’épigénétique est soupçonné et très étudié dans le développement et la progression de maladies complexes et multifactorielles, comme les maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, sclérose latérale amyotrophique, Huntington…) ou métaboliques (obésité, diabète de type 2…). De la même manière que l’on sait aujourd’hui obtenir la séquence d’un génome complet, il est aussi possible de connaître l’ensemble des modifications épigénétiques qui le caractérise : on parle d’épigénome. C’est ce type d’approche globale et non biaisée qui permettra de mieux appréhender l’implication de l’épigénétique dans les maladies humaines…

Et les télomérases ?
En marge des processus épigénétiques abordés il y a plus de 50 ans par le biologiste britannique Conrad Waddington (1905-1975) [15] et mentionnés plus haut, il faut citer un phénomène d’une importance cruciale, et sensible à notre environnement. Il s’agit d’une découverte majeure en biologie moléculaire qui a valu le prix Nobel de médecine à Elizabeth Blackburn et Carol Greider : l’identification par ces chercheurs d’une enzyme appelée la télomérase. Cette enzyme régule la longueur des télomères, qui sont des segments répétés d’ADN non codant, situés à l’extrémité de chaque chromosome (cf focus). On peut figurer ces télomères comme les petits bouts de plastique qui protègent les embouts de vos lacets et qu’on appelle « aglets ». Ces télomères forment des petits capuchons aux extrémités des chromosomes, empêchant le matériel génétique de « s’effilocher ». Ce sont, entre autres, les aglets du vieillissement et ils ont tendance à raccourcir avec le temps. Ainsi sous l’influence de la télomérase, les télomères peuvent cesser de se raccourcir, et même s’allonger. Le vieillissement est donc un processus dynamique qui peut être accéléré ou ralenti. Les travaux d’Elizabeth Blackburn et du médecin nutritionniste Dean Ornish ont clairement montré les effets des changements des modes vie sur l’allongement de ces télomères (voir focus Ralentir le vieillissement : la piste de la télomérase ?) [16].

En conclusion l’importance du rôle de l’environnement dans l’hérédité épigénétique est loin d’être résolue, malgré les effets d’annonce qui ont conduit à un regain d’intérêt pour la thèse de Lamarck de » l’héritabilité des caractères acquis » (voir Lamarck et Darwin : deux visions divergentes du monde vivant). L’interrogation ultime est celle de l’importance des processus épigénétiques dans l’Évolution. La communauté scientifique reste très partagée et une question centrale demeure: les états épigénétiques sont-ils transmis sur un nombre suffisant de générations pour donner prise à la sélection naturelle ? « . Les médecins et les sociologues en posent une autre, qui nous intéresse à court et moyen terme : « Notre mode de vie compte t-il plus que notre hérédité ? »

3 – Et sur l’approche philosophique de l’intelligence artificielle

La pensée commune dans les années d’émergence de la notion d’intelligence artificielle (1950-1960) donnait la part belle à toutes les métaphores de la puissance et d’abord celle du calcul et des techniques algorithmiques. Les programmes informatiques pouvaient calculer comme le cerveau, mais encore plus vite et sans erreur (« humaine »).

L’on commençait néanmoins, naturellement, à poser la question, dans la lignée d’Alan Turing, de savoir si une machine pouvait « penser ». L’apprentissage profond (« deep learning ») qui a permis, par la suite, à développer des programmes « surpassant » les humains dans certains domaines (jeux d’échec et de go, poker, etc..) a contribué à forger l’image de la machine puissante, simulant peut-être un peu mécaniquement et sur la base de données sans cesse ingurgitées le cerveau humain. Et donc un peu « pensante ».

Mais là ne se terre pas l’intelligence artificielle, encore confondue avec la puissance robotique ou l’outil phénoménal. Le concept, dans sa réalité presque ontologique, émerge au début du 21ème siècle, dans la mouvance de la pensée « biologique ».

En effet, dans le domaine de la biologie, dans ce début du 21ème siècle, l’heure était à l’analyse de « l’intelligence ». Il s’agissait de s’interroger sur les gènes et leur place. L’idée d’un déterminisme génétique (nos comportements sont générés par nos gènes possédés de manière innée, à notre naissance) dominait. Et la biologie s’enfermait ainsi dans le tout génique, le « préformationnisme », favorisant « l’innéisme ». La pensée était « génétique » Mais « l’épigénétique » allait faire son apparition, critiquant les tenants du déterminisme génétique et démontrant, dans un nouveau paradigme, la « plasticité » de l’intelligence, se gavant de son environnement, pour son développement. Le gène, non immuable et rigide se transformait, jusqu’à même sa transmission, dans son environnement.

Comme l’écrit Catherine Malabou (« Les métamorphoses de l’intelligence. Que faire de leur cerveau bleu ? » Editions du PUF 2017) en faisant état du passage du paradigme génétique au paradigme épigénétique dans la biologie du début du XXIe siècle,

« Ce passage permet de remettre en cause l’idée d’un déterminisme génétique aveugle et ouvre l’espace d’un questionnement concernant l’action de l’environnement sur la constitution du phénotype. Le développement cérébral est pour une grande part épigénétique, ce qui veut dire que l’habitude, l’expérience, l’éducation jouent un rôle déterminant dans la formation et le destin des connexions neuronales. Le rapport entre biologie et histoire apparaît alors sous un jour nouveau, et permet de dégager le concept d’intelligence de sa gangue innéiste, préformationniste ou génique »

L’on découvrait ainsi que la structure cérébrale était évolutive et, surtout, adaptative. En transmettant cette adaptation.

Le concept (l’épigénétique) révolutionnait l’approche du fondement de l’I.A puisqu’aussi bien l’idée d’une machine-cerveau aussi évolutive et adaptative que la structure neuronale, dans une simulation parfaite, y compris celle de la plasticité jusqu’ici réservée au cerveau humain prodigieusement naturel, est explosive.

Et elle entraine les chercheurs dans un champ qui n’est pas celui de la puissance ou de la vitesse, encore collées aux bases de données monstrueuses. Il fallait trouver la matière et pour tout dire des puces « douées de plasticité ». Ce qui a été fait. Ce sont les puces « synaptiques ». Conçues par IBM, ces puces encore appelées « neuro-synaptiques » (IBM’s Neuro-Synaptic Chip Mimics Human Brain)59 », n’imitent pas le cerveau et son fonctionnement synaptique. Elles sont un cerveau et fonctionnent de facto comme un branchement synaptique. Elles sont une synapse. (« Baptisée « TrueNorth », désormais fabriquées par Samsung Electronics à une échelle de 28 nm, elles sont dotées de 5,4 milliards de transistors entrelacés qui permettent de reproduire l’équivalent d’un million de neurones programmables (pour le calcul) et 256 millions de synapses pour la mémoire » (Catherine Malabou. op cit)

Ainsi, cette introduction de la plasticité rend encore plus ténue l’opposition entre le cerveau dit naturel et la machine. Elle a permis l’invention des réseaux de neurones profonds sur lesquels l’on se doit de revenir.

Le projet européen « Blue Brain » (cerveau bleu) s’inscrit dans cette mouvance. Celle, encore une fois de la « plasticité ». La machine s’adapte et évolue. Ce n’est plus la puissance brute dans tous les sens du terme. Elle évolue, naturellement si l’on ose dire.

Ce qui fait donc peur (ce n’est pas notre cas) à certains détracteurs (vains) de l’intelligence artificielle dont la plasticité, l’adaptabilité, la transmission sont de nature à dépasser et, partant à dominer l’homme dit « naturel ».

On peut encore citer C. Malabou

« J’ai longtemps pensé que la plasticité neuronale interdisait toute comparaison entre le cerveau « naturel » et la machine, en particulier l’ordinateur. Or les dernières avancées de l’Intelligence Artificielle, avec le développement des puces « synaptiques » en particulier, ont rendu cette position plus que fragile. La détermination des rapports entre vie biologique et vie symbolique ne peut plus faire l’économie d’une réflexion sur le troisième genre de vie qu’estn la simulation de la vie. Le projet Blue Brain (Cerveau Bleu), basé à Lausanne, a pour objectif la création d’un cerveau synthétique, réplique de l’architecture et des principes fonctionnels du cerveau vivant. Or où situer, entre vie biologique et vie symbolique, la vie artificielle ? Est-elle une intruse, qui leur demeure étrangère, hétérogène et n’existe que comme leur doublure,menaçante ? Est-elle au contraire leur nécessaire intermédiaire qui permet leur mise en relation dialectique ? Ceci revient à se demander si le trajet qui mène de Que faire de notre cerveau ? à Que faire de leur cerveau bleu ? se réduit au constat d’une dépossession (passage du « nôtre » au « leur ») ou aboutit au contraire à la découverte d’une nouvelle forme d’hybridation entre le vivant et la machine. Une nouvelle identité – qui ne serait ni la « nôtre », ni là « leur ».

4 – La culpabilité de la transmission héréditaire.

La première fois que j’ai lu un article sur l’épigénétique, l’influence de l’environnement, l’inclusion d’un comportement transmissible aux enfants, aux futures générations, par l’épigenèse, j’ai pensé immédiatement à un roman que je n’ai pas commencé à écrire dans lequel le héros ne sort pas de sa chambre, pendant toute une vie, de peur de « choper » dans l’environnement un trait de caractère, un élément nuisible générant une modification du corps (une maladie) ou de l’esprit (un mental altéré) pour ceux qui font cette stupide distinction.

Evidemment, à ce compte, il n’a pu rencontrer la femme qui lui aurait permis de se planter comme un « héros bienveillant » pour ses futurs enfants qu’il n’a donc pu avoir.

Il est vrai que plusieurs études ont pu démontrer une transmission aux générations suivantes de certaines altérations épigénétiques. Et ce, alors même que des mécanismes de reprogrammation, destinés à faire table rase des marques épigénétiques acquises, ont lieu systématiquement après la fécondation, notamment.

Dans son laboratoire, Isabelle Mansuy a étudié, sur des souris, les conséquences sur le long terme de traumatismes psychiques durant l’enfance.

On la cite :

«A l’âge adulte, ces animaux présentent des altérations de leur épigénome dans de nombreux tissus, et des symptômes tels que dépression, comportements antisociaux, davantage de prise de risque, ainsi que des affections du métabolisme. Nous avons pu observer que ces troubles se retrouvaient également chez leurs descendants jusqu’à la troisième, voire la quatrième génération, bien que ces derniers n’aient pas vécu d’événements traumatiques.»

L’existence de tels mécanismes héréditaires pourrait expliquer pourquoi de nombreuses affections résultant d’expériences de vie, dont les maladies psychiques, se perpétuent dans certaines familles. Ce que la génétique classique n’a toujours pas permis d’élucider.

Là aussi, la peur s’installe et la culpabilisation, normalement dans son sillage.

Et à vrai dire, ce long billet avait peut-être, dans son inconscient, la volonté d’en arriver là, à ce paradoxe que je vais tenter d’expliquer :

Les maladies génétiques ne faisaient même pas peur. Bon, on avait dans la famille (première question des médecins) un gène reproductible. Pas de notre faute. Et quelquefois, mieux encore, une certaine fierté de cette transmiussion qui coagulait le lien familial. N’avez-vous jamais vu le visage épanoui et le front lisse de ceux qui racontent leur maladie génétique familiale, du grand-père à l’enfant, un soupir de satisfaction presque tribal. La confortation clanique.

Désormais, l’environnement qui est aussi celui dans lequel l’on plonge avec notre volonté (la ville, l’alccol, le stress, l’angoisse, la dépression) peut modifier nos gènes et être transmis aux futures génrations.

Et, ici, croit-on, la volonté doit être de mise : notre environnement doit être sain et préserver son être, non dans sa nécessité immuable, mais dans sa possible transformation transmissible.

Les moralistes vont s’en donner à coeur joie (s’ils ne sont pas trop déprimés par un stress de leur père survenu pendant quelques mois, dans sa jeunesse, à l’occasion de ses premiers émois amoureux, modifiant ses gènes de l’amour et transmis audit fils).

Ces moralistes vont nous refaire le coup de la responsabilité, de la volonté, de la conscience , du choix, de la liberté, de l’autonomie du sujet libre et conscient, nous ramener presque du coté de chez Sartre, démolissant la structure configurée par des gènes devenus très faibles puisque modifiables par un simple coup d’environnement.

Et il faut donc craindre Orwell et sa prévision d’un totalitarisme : celui, dans les siècles suivants qui ne sera pas pas le petit « politiquement correct » mais « l’environnemental adéquat ».

Au commencement était le verbe, le merveilleux verbe. A la fin, était la peur.

On arrête, on sombre dans un environnement de soi qui côtoie. la crainte de la peur, laquelle peut provoquer une modification de l’un de mes gènes dont l’on va découvrir bientôt qu’il peut se transmettre à un proche, avant la mort et sans fécondation…

Je crains le pire.

Et puisqu’en tête du billet, j’ai inséré une oeuvre du Douanier Rousseau, il n’y a aucune raison pour qu’à la fin, je n’en insère pas une autre. Comme on le sait, la répétition rassure. La voici.

Pourquoi je suis structuraliste…

Pour répondre au titre, il me semble, dans un premier temps de coller ci-dessous un extrait que Françoise Héritier (elle a rencontré l’ethnologie en même temps que l’enseignement de Claude Lévi-Strauss, auquel elle a succédé à la tête du Laboratoire d’anthropologie sociale. Elle est décédée en 2017) a accordé en 2008 à Nicolas Journet :

La pensée de Claude Levi-Strauss a été critiquée notamment au nom d’un culturalisme qu’il passe pour avoir lui-même introduit en France. Comment est-ce possible ?

Qu’il ait fait des déclarations antiracistes est une chose. Qu’il ait défendu l’égale dignité des cultures est également un fait. Mais cela n’avait rien à voir avec le culturalisme radical. C. Lévi-Strauss a toujours défendu l’idée qu’il n’y a pas de variation culturelle qui ne prenne place à l’intérieur de structures universelles de l’esprit humain. Je pense exactement la même chose. Si les critiques des culturalistes ont été virulentes, c’est parce qu’au fond ils contestent que l’on puisse affirmer des universaux, et même comparer des sociétés entre elles. En fait, ils rejoignent une certaine tradition académique. Pendant longtemps, les hellénistes n’ont pas supporté l’idée que l’on puisse comparer la tradition grecque avec quoi que ce soit d’autre venant d’Afrique ou d’Asie.

…..

Mais à partir du moment où l’on dit qu’« échanger des femmes » est le fondement de la société, est-ce que cela ne suggère pas que l’on ne peut rien y changer ?

Disons que C. Lévi-Strauss ne voulait tirer aucune leçon de l’inégalité des sexes. Pour lui, c’était une donnée, et pas un objet de réflexion, pour la bonne raison qu’il ne voyait rien de scandaleux là-dedans. Il faisait le constat que dans la plupart des sociétés pratiquant le mariage, les femmes ont été traitées comme des ressources. C’est tout.

Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas y réfléchir. Aujourd’hui, dans la société moderne, le mariage et la reproduction sont les produits de choix individuels : la notion d’échange ne s’applique même pas. Donc les hommes n’échangent pas de femmes. Mais la domination masculine existe tout de même. C’est pourquoi j’ai développé l’idée que la différence des sexes était un invariant encore plus fondateur que la nécessité d’échanger. 

 

Vous considérez-vous comme une anthropologue structuraliste ?

Je suis structuraliste dans la mesure où je crois en l’existence d’invariants humains.

Reste à savoir ce que l’on entend par là. C. Lévi-Strauss a travaillé sur des corpus homogènes, comme des terminologies et des mythes, et compare essentiellement des formes, des armatures logiques. Ce qu’il appelle « structure » est quelque chose de très abstrait.

Ce n’est pas comme cela que je pratique : ce que j’appelle un invariant est une donnée du monde qui pose problème. Par exemple, la différence des sexes est d’abord un fait observable, concret. Leur conjonction est nécessaire pour faire des enfants, mais il se trouve que ce sont les femmes qui portent les enfants, pas les hommes. De nombreuses sociétés ont réagi à cette asymétrie en la retournant : en affirmant que ce sont les hommes qui fabriquent les enfants, et que les femmes n’y sont pour presque rien, ou bien en les tenant dans l’ignorance de leur rôle. En tout cas, il est clair que nulle part l’humanité n’échappe à cette question : c’est cela que je considère comme un invariant. J’aime beaucoup rappeler cette idée de Georges Devereux qu’il n’existe pas de fantasme présent dans la culture d’un psychiatre viennois qui n’ait été incarné par une institution dans quelque société amérindienne, et réciproquement.

Françoise Héritier

(article) Professeure honoraire au Collège de France, auteure de Masculin, féminin, 2 t., Odile Jacob, 2002

Einstein chez les indiens

Le titre sonne comme un de ceux d’Hergé. Et pourtant, rien n’est moins vrai. Albert Einstein et son épouse ont rendu visite aux indiens Hopi dans les années 1930.

Ci-dessous la photo :

Affublé du couvre-chef à plumes, il sourit. Les indiens ne sourient pas.

A vrai dire, cette photographie, dans mes archives, avait illustré un très ancien billet introuvable, certainement dans une corbeille d’un vieil ordinateur jeté dans une poubelle, à une époque ou le tri n’existait pas.

Il s’agissait de lier la conception du monde d’Einstein, son intuition d’une transcendance immanente et celle des naturalistes, ceux qui voient, dans une sorte de panthéisme exacerbé ladite transcendance dans la beauté et l’éclat du grandiose dans la nature. Et les indiens d’Amérique, dans leurs contes et grands récits que j’avais découvert (comme pour me déculpabiliser de la lecture de mes illustrés de gamin , les « Kit Carson » et autres « Blek le Roc » dans lesquelles les indiens étaient de violents ennemis à décapiter),avaient cette intuition. J’avais osé comparer et unir les indiens et Einstein dans les frôlements de la vérité du monde. Des athées croyants avais-je titré, du moins, je le crois. Assez idiot.

J’ai retrouvé la photo dans un vieux disque dur. Je la cherchais, non pas pour refaire le billet, mais pour le « fun » comme on disait il n’y a pas très longtemps (l’expression est passée de mode).

En effet, il s’agissait de dire simplement : ne pas confondre les indiens et les hindous ou, encore les indiens de Calcutta et ceux du Grand Canyon, dont l’on sait qu’ils ont été nommés comme tels par une erreur occidentale de colons fainéants.

Car, en effet, les hindous (les indiens d’Inde) eux, s’attaquent à Einstein…!

On n’arrête ps le progrès, lequel est, évidemment très relatif...

Je livre ci-dessous un article paru dans le point 

« Inde : Einstein et Newton remis en cause par l’hindouisme

Le Congrès de la science indien a permis à plusieurs universitaires locaux de s’en prendre aux théories des deux hommes au nom de la religion, relève la BBC.

Par 

Publié le  | Le Point.fr
Mort en 1955, Albert Einstein est notamment connu pour son equation E=mc?.
Mort en 1955, Albert Einstein est notamment connu pour son équation E=mc².

Il est des personnages que l’on pense immuables, inscrits dans l’histoire. Albert Einstein et Isaac Newton en font partie. Mais un groupe de scientifiques indiens s’est mis en tête de remettre en cause leurs théories en s’appuyant sur des textes issus de la mythologie hindoue, révèle la BBC.

valeur, principe, paradoxe

Mr Christophe Castaner, Ministre de l’intérieur, a donc reçu à diner, ce 11 Février, les représentants des principales obédiences maçonniques françaises. 

Il s’agissait d’évoquer le sujet « laïcité » dont l’on sait qu’il préoccupe, à juste titre ajoute-t-on, les francs-maçons. La séparation entre les églises et l’Etat est un marqueur de la modernité,  un rempart contre les totalitarismes de la pensée et, partant, de la religion des Torquemadas  ou de toutes celles, prégnantes comme une colle vieillie, qui encombrent l’espace d’une pensée aérée.

On est, par ailleurs en plein accord avec les mots lumineux, prononcés à cette occasion, par l’un des convives, Mr Edouard Habrant, grand maître de la Grande Loge Mixte de France (GMLF) qui fait état d’une « confusion », de « tâtonnements » sur cette question et le projet en cours de la réforme de la Loi de 1905, regrettant par ailleurs que « la laïcité soit apparue au menu du grand débat national dans la lettre du Président de la République, au titre d’une valeur, donc relative, et non comme un principe, intangible… »

L’on ne sait pas encore ce qui va sortir de cette réforme. L’on espère vivement qu’il ne s’agit pas de faire de la place dans la République aux religions, de plus en plus décomplexées et avides d’immixtion dans le corps social ou idéologique. D’abord l’Islam certes. Mais pas que l’Islam. La Chrétienté devient assez revendicatrice, entrainée vers un retour par quelques phrases prononcées ici et là par notre Président et ses visites à la basilique de Saint-Denis, lieu « d’imprégnation » ou à Chambord, espace des rois catholiques. La judéité semble, ici tenir une place à part, peut-être marquée par ce pain « béni » que constitue l’interdiction d’un prosélytisme aigu. Même si, comme tous (mais il ne s’agit que de redistribution presque fiscale) elle sollicite l’aide de l’Etat pour ses écoles.

Donc, bravo à la franc-maçonnerie. Le religieux, immense concept, éminemment respectable, ne peut envahir que la sphère privée, l’intimité y compris passionnée. Il faut veiller à la distinction entre la conduite humaine et l’institution démocratique, plutôt républicaine, si l’on veut être précis.

Cependant, la lecture de la nouvelle (le diner chez le ministre) m’a laissé un brin gêné. Je n’ai compris cet embarras que dans l’heure qui suivait son annonce. Comme si l’évidence, dès qu’il s’agit du politique, a du mal à émerger. La réflexion, dès qu’il s’agit de la République, est curieusement freinée par le caractère brut de l’information rarement appréciée dans ses arcanes, ici potentiellement générateurs de troubles du côté de l’histoire des Institutions et de ses paradoxes.

Car il s’agit bien dans ce temps de la République d’un véritable paradoxe qu’on a du mal à formuler sans subir la critique du « hors-sujet » mais que l’on se risque à exposer :

La franc-maçonnerie qui prône encore une fois à juste titre, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, dans sa défense de la laïcité, se voit invitée à diner avec l’Etat, juste avant les Eglises reçues dans la foulée. Invitée et s’immisçant dans la conduite de l’Etat. Ce qui, tous l’admettent, la franc-maçonnerie au premier rang, ne saurait être du ressort desdites Eglises traditionnelles. Or, qu’est-ce que la Maçonnerie, sinon une Eglise (certes contre l’Autre) avec ses principes, ses rites, ses temples, ses réseaux. Evidemment, les cris d’orfraie sont déjà entendus.

Mais non, mais non, nous dira-t-on, la franc-maçonnerie n’est pas une Eglise, elle défend la laïcité. Comme un parti qui défend âprement le principe républicain. 

Mais, dans ce cas, il faudrait que la franc-maçonnerie se transforme officiellement en parti public et ouvert.

Et le paradoxe s’évanouira, emporté dans les limbes diaboliques du politique.

On ne poursuit pas car l’on entend derrière nous les hurlements devant une telle infamie d’humeur les murmures de mes amis qui me somment de laisser parler, sans les censurer, ceux qui défendent les principes auxquels nous sommes, nous les républicains, très attachés. Paradoxal.

                                                                                                                                                                                                                                     

 

Quarto Cohen

 

 

 

 

 

On colle ici un article paru dans la République des Livres, l’excellent site (un clic pour y accéder sur ce lien site) de Pierre Assouline, intitulé « LE VRAI ALBERT COHEN, ENFIN » (ici)Il faut savoir s’effacer quand d’autres disent mieux que vous.

L’usage du « Copier /coller », à condition de citer est une aubaine pour la mémoire et l’apologie…

« Les lecteurs de la Comédie humaine, des Rougon-Macquart, des Hommes de bonne volonté ou de la Recherche du temps perdu ont toujours su qu’en en lisant séparément l’un des volumes, il s’agissait de la partie d’un tout, laquelle en principe pouvait se comprendre et s’apprécier sans connaître l’ensemble. Mais combien de lecteurs d’Albert Cohen (1895-1981) se sont-ils jamais doutés que c’était également le cas ?Enfin, ils peuvent vraiment lire son œuvre. Ceux qui connaissent plusieurs de ses livres diront que c’est déjà fait de longue date – à l’exception des allergiques, des indifférents à son verbe étincelant, Alain Finkielkraut par exemple ne cache pas à propos de Belle du seigneur notamment, hymne à la femme qui désespère autant qu’elle fascine le narrateur : « Je déteste son lyrisme. Je n’y reconnais rien du sentiment amoureux » écrit-il dans Et si l’amour durait ? (Stock).

Pour d’obscures raisons éditoriales, qu’il serait lassant et répétitif d’énumérer, Solal, Mangeclous, Les Valeureux, Belle du seigneur ont paru non seulement dans le désordre mais privés d’une précision qui ne relève pas du détail. Une simple mention. Car dès 1935, soit peu après la parution du premier volume Solal, Albert Cohen avait fait figurer le sur-titre en couverture de Mangeclous « Solal et les Solal ** ». On n’aurait su mieux en dire la continuité.

Avant-guerre, Gallimard était passé outre en raison de l’énormité du manuscrit et n’avait pas hésité à demander à l’auteur de couper, ou plutôt d’en distraire une bonne partie pour la publier ultérieurement, ce qui sera fait. Il est vrai que Cohen était non seulement fécond mais bavard, sa prose fut-elle inspirée, étincelante ; lui-même reconnaissait que son art de la composition reposait sur sa capacité à en rajouter ; à propos de son inspiration, il parlait même d’une « prolifération glorieusement cancéreuse ». Marcel Pagnol, son meilleur ami depuis leur adolescence au lycée à Marseille, lui faisait remarquer que dans ses romans, il y en avait trop :

albert_marcelP

 

« Trop de tout et dans tous les genres ! »

Avec la parution ces jours-ci du Quarto (1664 pages, 32 euros, Gallimard) regroupant les quatre romans dans l’ordre, enrichis de notes érudites, de présentations éclairantes, d’un glossaire de mots rares et typiques, et d’une biographie illustrée, sous la direction de Philippe Zard, spécialiste de littérature comparée à Paris-X-Nanterre, la faute est enfin pardonnée en même temps qu’elle est avouée. Le lecteur a enfin la conscience d’être en présence d’une véritable volume déclinée en une suite de volumes qui ne font qu’un. Ne manquent à ce pavé que sa pièce de théâtre Ezéchiel ainsi que ses récits autobiographiques Le Livre de ma mère, Ô, vous frères humains, Carnets 1978. Mais à quoi ressemble désormais cette œuvre ? Qu’est-ce qui apparaît qui n’apparaissait pas ? Autrement dit : qu’est-ce que cela change 

Solal brille toujours par sa juvénilité, sa spontanéité, ses fulgurances. C’est d’autant plus remarquable qu’il s’agit de la matrice de l’œuvre. Autrefois, explique le maitre d’œuvre de ce Quarto, les épisodes dramatiques et comiques donnaient une sensation de foisonnement étouffant ; désormais, ils gagnent en équilibre, l’alternance de burlesque et de tragique est moins déroutante (Pagnol aurait apprécié) et le rythme de l’ensemble y gagne. Les présentations de chaque roman permettent également de mieux déceler ses influences : Rabelais bien sûr auquel il emprunte son sens de l’hénaurme mais aussi Proust qui l’a sidéré dès la découverte en son temps d’A l’ombre des jeunes filles en fleurs dans une librairie d’Alexandrie, ville où il effectuait un stage dans un cabinet d’avocat. A ses yeux, Proust incarnait par excellence le-grand-romancier. N’empêche que sa fiction, la part autobiographique est limitée. Ariane a eu plusieurs modèles agrégés, ce qui ne manqua pas de susciter de vaines polémiques longtemps après. Solal quant à lui n’est pas Cohen. La Céphalonie (île grecque où il n’avait jamais mis les pieds) de sa saga n’est pas une transposition de la Corfou de sa petite enfance, d’autant qu’il n’y aura passé que ses cinq premières années avant l’émigration familiale à Marseille, n’y revenant que pour le temps bref de sa bar-mitzva.

On sait que rien n’horripilait Philip Roth comme d’être présenté à l’égal d’un « écrivain juif » dépendant d’une fantasmatique « école juive new yorkaise », de même que Graham Greene ou François Mauriac se disaient « écrivain et catholique » mais certainement pas « écrivain catholique ». Et lui ? « Cohen est un écrivain juif comme Césaire est nègre et Claudel catholique : ces adjectifs portent, idiomatiquement, le tout de la question humaine » écrit Philippe Zard. Il est vrai que Cohen, lui, s’est toujours réclamé d’une inspiration juive. D’autant qu’il fut un sioniste engagé, fondateur de l’éphémère Revue juive chez Gallimard, proche de l’Agence juive et de Chaïm Weizmann, le président de l’Organisation sioniste mondiale (mais, déçu, jamais l’ancien activiste ne se rendit dans la Palestine du mandat britannique ni en Israël). En fait, il vivait son sionisme comme l’aventure séculière du peuple juif. Il a toujours écrit sur des sujets juifs à travers lesquels il réussissait à viser l’universel. Mais malgré cette puissante revendication identitaire, qui le poussa à baptiser dans un premier temps sa saga romanesque « La geste des Juifs » comme s’il entendait marquer le territoire de son imaginaire, il n’en demeurait pas moins fermement agnostique.

3106287Désormais, lorsqu’on demandera quel est le chef d’œuvre d’Albert Cohen,, il suffira de répondre Solal et les Solal en montrant ce Quarto. Même si, comme le rappelle Me Karine Jacoby, son chef d’œuvre dans l’ordre de la non-fiction demeure le passeport des réfugiés. Car lorsqu’il n’écrivait pas, il était diplomate à la Société des nations à Genève. Et c’est ès-qualités, en tant que conseiller juridique au Comité intergouvernemental ad hoc, qu’il élabora l’accord international portant sur le statut et la protection des réfugiés (15 octobre 1946), lequel remplaça le passeport Nanssen. Preuve s’il en est, selon Philippe Zard, qu’Albert Cohen appartient à la catégorie d’écrivains qui placera toujours l’éthique au-dessus de l’esthétique.

« (Albert Cohen » ; « Albert Cohen et Marcel Pagnol et lycée » ; « Diplomate à Genève » photos D.R.)

 

micro-créature

Le néo-féminisme peut énerver, tant la confusion des comportements, le totalitarisme qui émerge de la pensée unique, les amalgames qui brûlent les différences et les nuances sont à l’œuvre dans ce discours simplificateur et, partant simpliste. La cause n’est pas aidée.

Tous ceux qui militent, sans hurler, très simplement pour l’instauration de l’universel, lequel se compose, presque au centre, de l’égalité entre hommes et femmes n’ont aucun besoin de ce discours saturé de puritanisme correct et américain.

Il suffit, dans la quotidienneté, de se débarrasser des tares historiques. Ce qui, pour ceux qui naviguent un peu dans l’intellectualité (il n’est nul besoin d’être un lettré ou un intellectuel pour cette navigation, il suffit de s’extraire quelques minutes du confort du vide) est chose assez aisée. Même s’il faut, constamment, combattre les travers et les tendances à la rechute. Les empreintes, même factices et de circonstance historique ont du mal à s’effacer. Comme les méchants tatouages, prégnants, souvent regrettés, gravés dans un temps, lequel, revêche et jaloux, lutte contre son effacement.

Nul besoin de clamer ou mal gesticuler. Il faut juste agir, encore une fois, dans les heures, au quotidien,sans trop s’en vanter ou en faire un fonds de commerce ou un étal de soi

L’on peut ainsi, dans cette petite posture des affirmations béates et caricaturales, trouver assez suspects les faiseurs mâles qui font du soutien criard et prévisible au féminisme leur crédo journalistique, ceux qui s’ancrent dans la pensée idéale, devenue presque majoritaire, du temps présent en Occident. Elle est, au demeurant, assez proche des poètes, même des grands qui pouvaient se donner à voir plutôt qu’à lire, et qui faisaient, de la femme, pour la beauté du mot, un avenir de l’homme. L’esbroufe était déjà en marche.

Bref, quelques nouvelles mégères gâchent le combat. Et quelques hommes douteux achèvent le travail de l’ennui des discours connus et assez ressassés.

Donc, à bas les féministes de tribune et vive la douce égalité universelle des sexes (des mots qui apaisent), doucement affirmée. Douce. Non la femme, ce qui serait une nouvelle rechute (cf supra), mais l’égalité.

Cependant, il est des jours où la colère peut devenir légitime.

Elle surgit à la lecture de cet article paru dans plusieurs journaux français qui ont repris la même dépêche :

« Le 4 février 2019, Hamid Askari, chanteur iranien à succès, a été contraint d’interrompre sa carrière car il a volontairement laissé chanter l’une de ses musiciennes lors d’un concert à Téhéran, une pratique interdite en Iran.

En République islamique d’Iran, « le chant solo d’une femme » constitue « une infraction » à la loi. C’est ce qu’a rappelé le responsable musical du ministère de la culture et de l’orientation islamique après avoir annoncé lundi 4 février sa décision d’interdire toutes les activités musicales du chanteur pop à succès Hamid Askari, comme le rapporte un blog du Monde.

Les organisateurs coupent son micro…

Le 30 janvier, alors qu’il donnait son dernier concert dans la grande salle de la Tour Milad, à Téhéran, la guitariste d’Hamid Askari, Negin Parsa, s’est lancée dans une interprétation en solo. Indignés par autant d’audace, les organisateurs ont aussitôt décidé de couper son micro.

…le chanteur lui offre le sien

Malgré la censure, Hamid Askari donne alors le sien à la chanteuse pour qu’elle termine son show. Très enthousiasmé par la performance, chanteur indique que la jeune artiste, « dotée d’une jolie voix », est « l’un des meilleurs musiciens du groupe ».
Cet échange, enregistré dans une vidéo qui a fait le tour du web en Iran, a suscité les réactions vivement indignées des conservateurs proches des gardiens de la révolution, l’organisation paramilitaire dépendant directement du chef de l’État iranien.
Ainsi, à peine une semaine après l’incident, le gouvernement a décidé de suspendre Hamid Askari de toutes ses activités musicales, sans donner plus d’indications »

Sauf à tomber dans les travers dénoncés plus haut, il nous semble assez inutile de commenter, de gloser, d’entrer dans un débat national, d’enlever sa veste pour débattre en chemise dans des salles des fêtes humides. S’il n’était l’oppression des femmes en Iran et ailleurs, la nouvelle pourrait être rangée dans le comique qui fera rire, bientôt ou presque, nos arrières petits enfants.

Cette nouvelle nous permet cependant ici de formuler quelques observations de circonstance :

1 – Mais d’où vient cette interdiction du « solo de la femme »? Impossible de trouver son fondement en ligne. Alors, on interroge autour de nous, y compris par téléphone. Et tous s’accordent à considérer que la femme qui chante seule donne trop à voir sa sensualité. Ce à quoi je rétorque que je ne crois pas à cette explication puisqu’en effet la femme qui chante en duo avec « un monsieur » peut faire preuve d’une sensualité torride, lorsque regardant le duettiste mâle, elle traverse son corps des mille feux du désir, comme dirait le magazine « Nous deux ». Dans ce cas, il faudrait interdire la femme sur une scène, seule ou accompagnée, ce qui ne semble être le cas, étant ici observé que la femme précitée était donc la guitariste du groupe pop iranien et se produisait sur scène sans censure, en plaquant, si j’ose dire ses accords.

Serait-ce, peut-être, l’apologie de la chorale, évidemment exclusivement féminine en Iran qui fond le sujet dans le tout ? Après quelques recherches, on peut abandonner l’hypothèse. Elle n’existe pas cette chorale en Iran. Heureusement. Cette explication m’aurait éloigné des chorales occidentales, y compris religieuses qui flirtent avec la beauté universelle (encore) des sons presque divins.

Peut-être une haine des sunnites dont les grandes chanteuses à la voix de désir, langoureuse, éclatantes dans leur corps pourtant droit sur scène qui laissait cependant apercevoir la jouissance en suspens, lisse ou violente, sous leurs tuniques brodées d’or ?

Comme Oum Kalsoum, ci-dessous eternisée ?

Il est vrai que l’on ne connaît pas vraiment de chanteuses chiites célèbres.

Mais l’on peut douter de cette explication, nonobstant la prédominance du noir dans le monde chiite…

En réalité, le fondement n’existe pas dans le fondamentalisme. Et l’absence d’explication renforce donc la constitution du comique. À dire vrai, l’on frôle ici une grande vérité dans la proximité entre la religion totalitaire et l’absurde qu’elle génère. Mieux encore, l’explication doit ici être bannie. C’est la loi du genre religieux. Le motif officiel est de nature à être décortiqué, critiqué, et, partant, démantelé. D’où cette nécessité de la praxéologie dans certaines religions qui accordent le droit à la pensée théologique qu’à ceux qui peuvent, dans les cloitres, les arrières cours de mosquée, dans les yeshivas, l’appréhender pleinement.

Au peuple, on dit « tu fais et tu n’as pas à comprendre« .

L’épisode iranien serait donc le comble de la religion qui se fonde non seulement sur le « Mystère général » mais également sur celui, moins unique, de la pratique sans cause. Vaste sujet que celui de l’aliénation (au sens philosophique s’entend, le terme dans le sens commun ne pouvant être employé ici, sauf à discréditer son voisin assidu aux messes du dimanche.

2 – Deuxième observation. Elle est provoquée par une conversation avec une amie laquelle lorsque j’ai proposé une mobilisation de femmes par millions pour déferler, pacifiquement dans les grandes artères de Téhéran, s’est montrée, à mon grand étonnement, assez dubitative.

J’ai pu, en la pressant de motiver ce doute, entendre dans sa bouche qu’elle en avait marre de défendre dans le monde la liberté des femmes alors que ces dernières accordaient, par le vote, démocratiquement, un siège au pouvoir qui les opprimait. Ce qui était le cas en Iran. Et que c’était faire injure à l’intelligence des humains que de considérer que leur liberté avait été entamée. Ces femmes étaient aussi des êtres de raison. Et la leur s’exprimait ailleurs.

Le propos m’a surpris, même s’il me ramenait à ce cher Etienne de la Boétie, l’ami cher de Montaigne et son maître-ouvrage, son « Discours sur sur la servitude volontaire » écrit en 1574 et dans lequel il analyse la relation entre domination et servitude, en démontrant comment les « drogueries » (les jeux de Rome, les spectacles, les théâtres, les gladiateurs, la religion, les médailles) participaient à organiser, en l’appâtant, la servitude dudit peuple engourdi et endormi, comment lesdites drogueries constituaient une compensation à la liberté volée et l’adhésion subséquente à la servitude volontaire, corollaire de la tyrannie.

Pourtant, me disais-je, rien de tout cela en Iran. Même pas de la récréation ou des jeux de cirque. Et, pourtant encore, le volontariat de la servitude chez les femmes qui votent pour les mollahs.

Mais non, non, on ne peut s’en tenir là. Il nous faut, décidément, même si on a tenté plus haut d’esquiver le propos, revenir à l’aliénation que Marx décrivait avec ses opiums des peuples. Une extériorité à soi, provoquée par un autre extérieur qui est celui de la Société organisée pour le provoquer ( « le travail est extérieur à l’ouvrier, c’est-à-dire qu’il n’appartient pas à son essence, que donc, dans son travail, celui-ci ne s’affirme pas mais se nie, ne se sent pas à l’aise, mais malheureux (…) le travail dans lequel l’homme s’aliène, est un travail de sacrifice de soi, de mortification ».

Marx parle du travail et l’aliénation pour le transposer dans l’idéologie et la servitude fabriquée par les opiums.

L’ouvrier n’était pas responsable, n’en déplaise au Sartre pré-soixante-huitard.

Les femmes non plus en Iran.

On arrête ici, de peur de sombrer dans la théorie aride de l’histoire du sujet en Occident et en Orient, en convoquant trop de philosophes qui ne ne feraient que brouiller les pistes.

Tenons nous en aujourd’hui à l’essentiel : une femme ne peut chanter en solo en Iran. Les amoureux du seul réel dans la lignée de Clément Rosset ou de l’empirisme anglo-saxon ont raison de s’en tenir à ce qui est.

Comme quoi, un simple micro peut nous faire dériver vers mille autres choses essentielles.

Mais, nous dira le malin, c’est bien le rôle du micro que d’amplifier

faraud

À l’occasion d’une lecture non décisive, j’ai redécouvert l’adjectif « faraud ».

Il est inusité. En réalité, c’est un mot de colonisé, de celui qui veut s’approprier, comme dans un sac de billes, plus de mots que le colon n’en possède. Ou un mot de prolétaire qui croit pouvoir sauter de part et d’autre des ravins pour se donner à voir, au-dessus des volcans.

Quand le mot est employé par le bourgeois, il devient périmé et ridicule. Il ne peut donc surgir qu’à côté de sa place originelle…

Le tenant des mots subit l’histoire sociale.

On colle les définitions du CNTRL, tellement complètes qu’elles nous transforment en scaphandriers.

FARAUD, AUDE, subst. et adj.

A.− Vx, pop. Personne (en particulier homme) qui affiche des prétentions à l’élégance. Synon. fat, freluquet, gommeux.Un pantalon de casimir… qu’il avait acheté à la Belle Jardinière − le faraud! − (Vallès, Insurgé,1885, p. 144).Son costume de faraud imbécile, le mauvais goût de ses cravates à galons d’or, ses pantalons gris-perle à bandes noires, ses redingotes à gigots, ses gants crispins, le carnaval enfin qu’il promenait toute l’année dans les rues sur sa personne! (Goncourt, Journal,1889, p. 964).
Loc. Faire le faraud, la faraude. Afficher des prétentions à l’élégance, tirer vanité de son aspect physique. Synon. parader, pavaner (se), plastronner.Va, poudre-toi, coiffe-toi, brosse-toi, fais le faraud, aie du linge, sois pincé, frisé, calamistré, tu n’en iras pas moins en place de Grève… (Hugo, Quatre-vingt-treize,1874, p. 151).D’autres, qui ont déjà touché les nouvelles capotes bleu horizon font les farauds. On dirait qu’ils vont faire la guerre en habit des dimanches (Dorgelès, Croix de bois,1919, p. 65).
B.− Usuel, fam.
1. Personne infatuée d’elle-même, en particulier homme qui se donne des airs avantageux auprès des femmes. Synon. bellâtre, fanfaron, prétentieux.Je ne connais personne qui soit plus fort que moi! dit-il en battant les cartes avec une prétention à la grâce, digne de ces farauds d’estaminet si bien rendus par Bellangé dans ses caricatures (Balzac, Œuvres div.,t. 2, 1830, p. 25).Vexée de voir sa favorite valser, malgré ses objurgations, avec un grand faraud blond qui la serre, qui l’effleure de ses moustaches et de ses lèvres, sans qu’elle bronche (Colette, Cl. école,1900, p. 315).Il est enfermé, malade, ne veut pas se laisser voir. Cela n’étonne pas. Il a du beau-de-village, du faraud. Du héros, il ne veut pas être vu diminué (Barrès, Cahiers,t. 7, 1908, p. 127):
1. Il [l’homme] marche lourdement, avec assurance, en se dandinant… Il a ce mouvement des épaules que gardent toujours les farauds de village. La Varende, Roi d’Écosse,1941, p. 167.
Loc. Faire le faraud, la faraude. Se donner des airs avantageux. Synon. crâner, faire le malin, fanfaronner, poser.Les gars, dans les rues, font les farauds pour elle (Colette, Cl. école,1900, p. 79).Il parlait à tort et à travers, il riait, il faisait le faraud (Rolland, J.-Chr., Buisson ard., 1911, p. 1295).Remerciez donc ceux qui s’emploient à vous aider plutôt que de faire la faraude (Druon, Loi mâles,1957, p. 89).
2. Emploi adj. [En parlant d’une pers. ou de son comportement] Qui manifeste la fatuité, en particulier le souci qu’a un homme de paraître à son avantage auprès des femmes. Airs farauds. Un homme à bonnes fortunes, un peu faraud, beau marjolin et faisant grande fricassée de cœurs (France, Vie littér.,1891, p. 97).Ils la regardaient avec des sourires farauds (Hémon, M. Chapdelaine,1916, p. 12):
2. Il avait une façon à lui de prendre un air crâne, de rejeter son chapeau en arrière, de marcher les mains dans les poches, faraud, les épaules balancées. Il portait des cravates voyantes, une blouse bien repassée dont il laissait le col entr’ouvert, il ramenait sur son front ses boucles soigneusement arrangées. Et il regardait les filles sous le nez avec une telle effronterie que les plus délurées baissaient les yeux… Moselly, Terres lorr.,1907, p. 10.
Rem. La docum. atteste les dér. rares a) Farauder, verbe intrans., fam. Afficher un comportement faraud. Un morveux qui faraudait comme un homme! (Richepin, Glu, 1881, p. 196). b) Farauderie, subst. fém. Caractère suffisant et ostentatoire. J’ai un domestique mâle, une voiture au mois, et je ne suis pas plus faraude que ça? Pour Mélie, la farauderie doit se porter à l’extérieur (Colette, Cl. ménage, 1902, p. 99).
Prononc. et Orth. : [faʀo], fém. [-o:d]. Ds Ac. 1878 et 1932. Homon. faro. Étymol. et Orth. 1725 arg. Faraude « Madame, Mademoiselle » (Grandval, Vice puni, p. 108); 1740 faraud « jeune fat » (Caylus, Hist. de Guillaume ds Œuvres badines, t. X, p. 29). Empr. à l’esp. faraute, d’abord « messager de guerre, interprète » (dep. 1492, Nebrija d’apr. Cor., s.v. heraldo), puis « celui qui récitait le prologue d’une comédie » (dep. 1611, Covarrubias, ibid.) d’où « faraud » (dep. 1620, Quevedo, ibid.), l’esp. étant empr. au fr. héraut*. Pharos « gouverneur » (1628, O. Chéreau, Le Jargon au Lang. de l’arg. réformé), donné comme 1reattest. du mot fr. par Esn., est à rattacher au lat. pharao (pharaon*; v. FEW t. 8, p. 366a).

Revel

Dans le P.S du précédent billet, j’ai collé un extrait d’un article de Jean-François Revel, honni à son époque par la majorité des intellectuels post-soixante-huitards ou pro-mitterandistes qui le constituaient, hurlements à l’appui, comme le chantre de la droite presque extrême…

Cet extrait, je l’ai retrouvé dans cet ouvrage très bien concocté avec une préface de Vargas Llosa et une postface de Philippe Meyer « L’abécédaire de J. F Revel » . Allary éditions.

Une plume définitive dans ses jugements, un talent de transformation de l’acerbe rampant en proposition claire et saillante. Son « polémisme » est vivifiant.

Je livre ici quelques perles qu’on croit noires et qui peuvent être lumineuses.

Aragon [Louis] Quand j’étais en khâgne, on lisait Le Crève-coeur : c’est grandiloquent, et très bien pour faire des paroles de chansons. Pas plus. Dans ses poèmes comme dans ses romans, Aragon m’est toujours apparu comme un fabricant de faux meubles anciens. Je préfère, si j’ose dire, le vrai Louis XVI ! Interview

Argent Les Français n’aiment pas beaucoup le libéralisme et aspirent tous plus au moins à se brancher sur le tuyau d’arrosage de l’argent public. En France, s’il est mal vu de gagner de l’argent, il est bien venu d’en toucher.

Quand on me dit que tel chef d’État « méprise l’argent », et que je le vois mettre au service de ses plaisirs personnels des moyens publics qu’aucun milliardaire n’oserait étaler en les payant lui-même, je songe à un vieux dessin du caricaturiste Maurice Henry. À la terrasse d’un café, deux « poules de luxe », comme on disait jadis, bavardent : « Oui, c’est vrai, murmure l’une d’elles rêveuse, il n’y a pas que l’argent dans la vie ; il y a aussi les bijoux, les fourrures, les voitures. » Toutes les nomenklaturas du monde « méprisent l’argent », pardi ! Elles se contentent de palais, de villas, de transports, de vêtements, de soins médicaux, de villégiatures et de festins gratuits. Le Regain démocratique

Critique d’art Là où le critique du XVIIIe siècle loue immanquablement « la nature admirable dans l’expression des passions », celui du XXe soulignera tout aussi immanquablement chez tous les peintres « la lente conquête d’une structuration de l’espace », ou « l’anéantissement systématique des cadres habituels de référence », ou encore « l’efficacité exemplaire d’un message qui transcende sa propre signifiance en affirmant la puissance du continu (ou du discontinu) ». Contrecensure

Fausse excuse En 1954, à son retour d’URSS, Sartre déclare […] qu’une « entière liberté de critique » règne en Union soviétique. Un encenseur attitré ose en 1990 excuser cette phrase en arguant que l’écrivain était souffrant quand il la prononça. Faux-fuyant piteux ! Imagine-t-on Newton affirmant que la terre est plate parce qu’il a une crise de foie ? Le Voleur dans la maison vide

Gâteau (part de) Selon le cliché en vigueur, c’est à bon droit que les peuples pauvres nous réclament « leur part du gâteau ». Sous cette forme, l’expression traduit une indigence de la pensée économique. Un dixième de l’humanité ne peut pas fabriquer du gâteau pour les neuf autres dixièmes. La seule solution, c’est que ces neuf autres dixièmes adoptent les systèmes politiques et économiques grâce auxquels l’Occident s’est enrichi. Le Regain démocratique

Lacan [Jacques] Disons tout de go que la manière de s’exprimer du docteur Lacan nous paraît recouvrir un tissu de clichés pseudo-phénoménologiques, un ramassis de tout ce qu’il y a de plus éculé dans la verbosité existentialiste, et que chacune de ses phrases se ressent d’une aspiration forcenée au grand style, à la pointe, à l’inversion, au détour recherché, à la formulation rare, à la tournure prétentieuse, mais n’aboutit qu’à une pesante préciosité, à un mallarméisme de banlieue. Pourquoi des philosophes

chanteur d’opérette Luis Mariano. Luis Mariano entrouvre le rideau et s’avance, complet blanc, cravate bleu ciel. Il s’avance lentement, en chaloupant quelque peu, à la manière d’un mannequin qui présenterait une nouvelle coupe de pantalon. Le sourire tout blanc accompagne cette démarche ; ce sourire restera là toujours, à peu près de la dimension et de la forme d’une pièce de cent sous, découvrant les incisives, les canines et, m’a-t-il semblé, une partie des pré-molaires. […] « Toutes mes chansons, vous vous en doutez, vont avoir un point commun : l’amour. » Il glousse et se dandine un peu, nous regarde avec tendresse, du ton dont une maman dit à sa fille le jour de sa fête : « Et maintenant, j’espère que tu te doutes du dessert : c’est celui que tu aimes, des œufs à la neige. » […] Il est insignifiant. Bien plus : il a une manière insignifiante d’être insignifiant. Il n’est ni odieux ni hystérique. Il est minuscule dans la vulgarité, imperceptible dans la stupidité. Il décourage l’indignation. Les paroles de ses chansons n’ont même pas assez d’existence pour pouvoir être idiotes. La musique n’atteint jamais le degré de consistance où l’on pourrait s’apercevoir qu’elle est mauvaise.

Mitterrand [François] […] La gérance Mitterrand (je dis bien gérance et non gestion, car Mitterrand a géré la France comme on gère un bar : à son profit). Le Voleur dans la maison vide

Chaque époque a ses mots passe-partout. La nôtre a l’exclusion. L’exclusion est partout et tout est exclusion […]. Lorsqu’un terme veut tout dire, il ne veut plus rien dire. Nous assistons à l’apparition d’un type humain nouveau, qui est l’Exclu devant l’Éternel, l’Exclu en soi, même quand c’est lui qui chasse les autres. L’émergence de l’exclusion dans le discours est désormais le signe sûr du zéro absolu de la pensée. […] Lorsqu’un homme politique est dépourvu de toute idée sur la manière de résoudre un problème, lorsque son cerveau est un espace vide, un vaste courant d’air, cet homme annonce alors avec solennité qu’il est contre l’exclusion. Il se décerne ainsi un certificat de noblesse morale, mais il étale sa paresse intellectuelle. Article

Politiquement correct À la fin des années quatre-vingt, aux États-Unis, sévit dans les écoles et les universités un nouveau genre de terrorisme moral et intellectuel, le « politiquement correct » ; en abrégé le « PC ». Un sigle qui, décidément, n’a pas eu de chance au vingtième siècle. En 1988, le cours d’initiation à Stanford élimine donc Platon, Aristote, Cicéron, Dante, Montaigne, Cervantès, Kant, Dickens ou Tolstoï, pour les remplacer par une culture « plus afrocentrique et plus féminine ». Les inquisiteurs relèguent par exemple dans les poubelles de la littérature un chef-d’œuvre du roman américain, le Moby Dick d’Herman Melville, au motif qu’on n’y trouve pas une seule femme. Les équipages de baleiniers comptaient en effet assez peu d’emplois féminins, au temps de la marine à voile… Autres chefs d’accusation : Melville est coupable d’inciter à la cruauté envers les animaux, critique à laquelle donne indéniablement prise la pêche à la baleine. Et les personnages afro-américains tombent à la mer et se noient pour la plupart dès le chapitre 29. À la porte Melville ! Le Voleur dans la maison vide

P. S Il faut, ici, rendre hommage à Jacques Almaric qui, en 1997, à l’occasion de la parution des Mémoires de JFR a publié un article presque élogieux qui a du faire grincer les dents des petits soldats de la rédaction du journal. Mais Almaric était Almaric. Je le reproduis ci-dessous :

Seul l’homme peut se fixer des rendez-vous à lui-même, et seul il a le pouvoir de s’y rendre.» «Pourquoi des philosophes?» interrogeait naguère Jean-François Revel. «Pourquoi Revel?» se demandent encore certains. Ils n’ont qu’à plonger dans les Mémoires de l’iconoclaste pourfendeur de lapins. Non seulement ils n’y rencontreront jamais l’insipide et la cuistrerie, mais ils pourront aussi y goûter la liberté d’un esprit appliquée à toute une vie. La liberté d’avoir raison ­ lorsque l’opinion provient d’une analyse des réalités ­ comme celle d’avoir tort ­ lorsque la vision des réalités provient d’un a priori. Car, nous dit encore Revel, qui ne craint pas d’en revenir aux évidences oubliées, «le propre du préjugé, c’est justement que nous n’avons pas conscience que c’est un préjugé (…) Le préjugé (« ) établit une cloison insonorisée (« ) entre la conviction et la connaissance. Que notre cervelle recèle trois grammes ou trois tonnes d’intelligence, le préjugé les tient de la même manière à bonne distance de notre faculté de penser.»

Revel en vieux sage égrenant ses leçons à l’usage des jeunes générations? Que nenni! En vieux singe, plutôt, tout couturé des bagarres dans lesquelles il a donné au moins autant de coups qu’il en a reçu. Un Revel tonique, souvent jubilatoire, qui ne nous fait pas le coup du «bilan globalement positif», même si la modestie ­ vraie ou fausse ­ ne fait pas partie des qualités qu’il revendique. Il lui préfère la lucidité acide, tempérée par de multiples gourmandises, et aggrave son cas en faisant preuve d’une allergie quasi pathologique à la bêtise, ce qui en exclut tout autant l’oubli que le pardon. On comprendra que ça ne plaise pas à tout le monde, et que les avocats masqués de ses victimes préfèrent lui intenter un énième procès en hargne, aigreur et autres méchancetés. Ces fausses vierges effarouchées seraient cependant plus crédibles si elles avaient fait preuve hier, à l’égard de Revel, des mêmes vertus chrétiennes qu’elles lui reprochent aujourd’hui de ne pas pratiquer. Mais personne n’ose plus reprocher à Revel d’avoir eu raison trop tôt dans sa dénonciation du totalitarisme communiste, de ses mensonges, de ses complices et de ses «idiots utiles» si chers à Lénine. Ne pouvant plus s’en prendre au chat parce qu’il course les souris, on feint de découvrir que Revel a des griffes…

Le problème pour ces esprits chagrins, c’est que «FR» a autant de mémoire que de talent. Curieux de tout et de tous ­ sa galerie de portraits, d’Althusser à Eric Rohmer, sans oublier le colonel Rémy, les frères Servan-Schreiber, Goldsmith et tant d’autres, vaut la visite à elle seule ­, c’est un infatigable boulimique qui transforme son érudition en culture et fait son miel dans son coin, avant de nous en proposer quelques bocaux. Ici, c’est une pleine jarre de sa vie, mais aussi de son temps que nous propose ce raconteur hors pair. L’histoire commence à Marseille, avec un père qui virera au pétainisme, alors que le fils se fait «coursier» en Résistance. Autodidacte clandestin chez les Jésuites, Revel achève sa double vie scolaire à 19 ans, en 1943, sur un exploit qui résume bien ce surdoué rétif: reçu à la Rue d’Ulm dès sa première tentative, il est dernier de sa promotion. Commencent alors ce qu’il appelle ses «années picaresques», un mariage précoce d’abord, le refus de la routine universitaire, ensuite, qui va le condamner à la bohème cinq années durant. Le voltairien cédera même un moment, «sous l’impulsion de la Chair», aux «fadaises ésotériques» d’un Gurdjieff, le gourou russo-géorgien qui escroquait le beau monde parisien depuis les années 20. Peut-être est-ce cette escapade en charlatanisme qui a vacciné Revel contre «la tentation totalitaire»? Notre esprit fort ne s’en veut pas moins de gauche et va le vérifier lors d’un bref séjour comme enseignant à Tlemcen. Ce sera ensuite le lycée et l’Institut français de Mexico, l’amitié avec Buñuel, et une autre vaccination,: la détestation du présidentialisme sans contraintes, qu’il vitupère dès 1952 dans un article d’Esprit consacré à dénoncer » les méfaits du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) mexicain. Après le Mexique, l’Institut français de Florence, les amis André Fermigier et Jacob Bean, qui vont «métamorphoser» sa culture artistique , le brouillon de Pourquoi les philosophes? Puis le retour en France, en1957, la démission de l’enseignement, une nouvelle vie, triple cette fois-ci, de journaliste-écrivain-éditeur, France Observateur, Julliard, Laffont, le Figaro littéraire, l’Express, dont Revel prendra la direction en 1977 avant de démissionner pour fuir les errements d’un Goldsmith dont il avait sous-estimé les humeurs et la nocivité des «surdoués de la courbette». C’est à l’Express que Revel peaufinera «à l’explosif» sa réputation de bête noire de la gauche. Son crime sera jugé d’autant plus impardonnable qu’il avait entretenu des relations cordiales avec Mitterrand dans les années 1960-1970 (il fut même candidat à la députation en 1967 et contre-ministre de la Culture dans le cabinet fantôme de la gauche en 1965) avant de combattre sans relâche le programme commun. Un renégat, dit-on alors. Rattrapez-vous, lisez Revel.
Jacques AMALRIC

Sous les images.

Commenter une image ? Écrire sur une œuvre d’art ? L’œuvre ne se donne-t-elle pas par elle-même, sans metadiscours ?

C’est mon sujet du jour.

Pendant des années, je suis resté en lutte contre la pléthore des commentaires qui s’installaient dans tous les domaines. Profus et diffus, ils sonnaient creux et, sous couvert de complexité du monde ou de sa théorisation, ils tarissaient, en les encombrant, les quelques vérités simples qui pouvaient encore fonctionner dans un discours construit.

Dans une tentative de recherche synthétique de ces quelques affirmations inébranlables, une sorte de table des essentiels, le commentaire superflu d’une image photographique me semblait ressortir d’une imposture alimentée par de multiples théories configurées laborieusement par les nouveaux théoriciens de l’image (Barthes, Deleuze, Sartre), lesquels érigeaient souvent en analyse indépassable le lieu commun et la tautologie.

La lecture d’une image ne pouvait valoir, disais-je. Elle n’était pas efficiente. Un peu précieux par provocation, j’affirmais lutter contre « l’ekphrasis », le terme grec signifiant « l’explication jusqu’au bout », presque jusqu’auboutiste. Et ici, dans le domaine de l’image un commentaire discursif seyait éventuellement au critique d’art qui analyse l’œuvre, de manière linéaire, temporelle, technique ou historique mais certainement pas au « regardeur » qui prétend chercher une lisibilité, en soi, d’un objet (ici une représentation de la réalité par un déclenchement photographique). L’image se suffisait à elle-même et si l’émotion émergeait, elle n’avait aucunement besoin d’un discours qui la soutenait, la lecture ou le commentaire ne pouvant se substituer au regard.

Un certain agacement à l’endroit de la prétention discursive et théorique de la photographie dite « contemporaine » me confortait dans cette affirmation d’un regard exclusif d’un discours. L’invention de la contemporanéité dans la photographie (mise en scène, hors des canons du « beau » et de sa technique, intimisme, dérangement dudit regardeur, recherche du sublime) fournissait aux esbroufeurs les armes sémantiques d’une démolition surannée et inutile de l’esthétique, de la « mélodie de l’image ». Dans un mouvement dans lequel la prise de pouvoir intellectuel, la recherche d’un lieu d’une rupture valorisatrice d’une nouvelle intelligence du monde qu’ils s’appropriaient, supplantaient toute autre considération potentiellement admissible, notamment artistique.

Partant, dans une sorte de terrorisme parfaitement assumé et clamé, je bannissais, honnissais le commentaire sur l’image, y compris par ceux qui vantaient la fécondité de la recherche de son « dehors ».

Puis un jour, je me suis surpris à chercher une légende pour l’une de mes photos. Et ce alors que, dans la même logique de l’abolition du langage autre que celui autonome et exclusif de l’image, je prenais à mon compte la volonté de ne pas dire et nommer.

« Silence de l’image, silence sous l’image », disais-je encore.

C’est une photographie dans le hall de l’hôtel Gellert, à Budapest reproduite en tête. J’ai trouvé une légende (« le frisson »). Et l’on m’a demandé d’expliquer. Je l’ai écrit.

L’enchainement a été, naturellement, de mise.

Désormais, peut-être un peu confus, dans tous les sens du terme, je commente, m’abritant, théoriquement, derrière Bataille, Michaux, Baudelaire. Et l’affirmation d’une « poétique de l’image », adhérant au mot de Georges Bataille qui avait le front de clamer qu’une image devait nous faire « saigner intérieurement ». Mots-larmes.

Je suis donc, en l’état, convaincu qu’aller chercher dans l’image son « dehors », son illisibilité primaire, rechercher sa dicibilité intrinsèque peut constituer un acte fécond.

Il ne peut passer que par le discours et l’écriture peut-être personnelle. Sous les images.

PS 1. A vrai dire, si j’ai reproduit ici un texte que j’ai écrit, il y a assez longtemps, c’est que le doute s’est à nouveau insinué en moi à la lecture d’un texte, cependant, peut-être pas décisif de Jean-François Revel que je colle ci-dessous

« Il est possible que la création plastique s’accompagne d’une si forte angoisse qu’elle inspire le besoin d’une justification pseudo-théorique, accompagnée de la conviction illusoire qu’on est le seul artiste véritable de son temps. L’objet sculpté ou peint étant détaché du verbe, il ne peut pas, contrairement à l’écrit, argumenter en faveur de sa cause en même temps qu’il se montre. Il ne peut que se montrer, et d’emblée, ainsi, s’exposer à l’amour ou au mépris, sans filtre ni bouclier. D’où la frénésie d’ergoter hors de l’œuvre. Le Voleur dans la maison vide

Revel, Jean-francois. L’Abécédaire de Jean-François REVEL (pp. 35-37). Allary éditions.

PS 2. Je colle ici le texte qui m’a fait basculer dans le commentaire ponctuel. J’avais donc trouvé le titre de la photo : « le frisson ». Un diable m’a demandé d’expliquer, de « développer ». Il ne faut jamais quitter un mot et l’engloutir dans d’autres. C’est ce que je me dis, un jour sur deux…

« Budapest. Hôtel Gellert. C’est l’image qui m’a fait plonger dans le commentaire. L’on était debout, regardant le plafond du hall, suspendu comme une coupole, presque une soucoupe, tentant avec l’appareil de capter un détail, une courbure esthétique, juste une forme, la courbe du haut en suspens, sa prétendue essence, rivé vers le haut. Et on baisse les yeux, vers le hall. La femme passe, vite. Le flou, encore de l’esthétique, est assuré par le mouvement rapide et les hommes sont exactement placés.
On déclenche, on a chopé le flou de la vitesse, toujours fantasque. On est assez satisfait du cadrage et de la configuration, un triangle, trois têtes, dont deux comme des piliers dans l’espace et une femme en blanc qui passe, poussant du blanc. Puis par l’ambiance, un peu mystérieuse, vitesse et obscurité mordorée. L’image est un peu améliorée, à peine recadrée et rangée dans les collections. Ici Budapest. C’était dans le hall de l’hôtel Gellert, là où se trouvent les fameux bains qui font la réputation de la ville, hôtel désormais désuet mais toujours et justement photogénique.
Plusieurs fois, on y est revenu à la photo. On a peut-être compris son centre signifiant. On livre ici cette petite compréhension.
Cette femme en blanc, c’est peut-être la mort qui passe entre deux hommes, chauves, absorbés à oublier le monde, l’un dans son livre, l’autre dans son smartphone. Chacun son monde d’absorption. Non, nous ne sommes pas dans un hôpital, mais bien dans un hôtel, encombré de piscines et de bains publics.
Mais la femme est vêtue comme une infirmière, dans ce blanc gériatrique, presque décisif et final. Et les hommes vont bientôt mourir.
Triste ce commentaire? Mais non, mais non, jamais triste le sublime (encore) dont l’on rappelle ici, pour ceux qui l’avaient oublié, qu’il ne s’agit pas, lorsqu’on place le mot dans le champ esthétique, du beau puisqu’il le transcende, le détrône, y compris dans l’horreur qui soulève un sentiment, pour le figer dans un grandiose qui peut ne pas être beau. Mais qui « soulève » le regardeur.
L’image dans ce hall est ailleurs, elle fait passer, flou et obscur dans ce blanc maléfique, le frisson ».

FIN.

Virgule mortelle

Dieu que les règles de la ponctuation française sont difficiles, surtout dans l’usage de la virgule, m’a dit un ami féru de littérature et qui s’y essayait depuis peu.. Je me suis souvenu d’un mot de Jean-Francois Revel sur le sujet. Je l’ai retrouvé.

Je ne résiste pas à reproduire ici sa petite plaisanterie grammaticale.

« Je connais des simplificateurs qui voudraient supprimer toutes les virgules. Mais prenons la phrase suivante : « Untel n’est pas mort comme on l’a dit » ; et celle-ci : « Untel n’est pas mort, comme on l’a dit. » La première signifie : « Untel est mort, mais pas comme on l’a dit » ; la seconde : « On a dit qu’un tel était mort, mais c’est faux. » La virgule est une question de vie ou de mort. »

J-F. R