Etoile jaune, lettre d’un ami

Je reproduis ci-dessous la lettre que j’ai reçu d’un ami en 2011. Je viens de la retrouver en cherchant dans mes archives.

Il faudrait m’atteler à leur classement…

C’est ici (cf billet sur « l’incursion « ) que je retrouve ces lettres. D’une époque où les claviers crépitaient sans esbroufe, avant d’invasion des réseaux sociaux qui ont transformé le peuple en immense Penseur du Tout…

Il venait cet ami de voir chez moi la photo d’un gosse portant l’étoile jaune…

« La modération, la compréhension de bon aloi, le consensus gélatineux ne peuvent être de mise lorsque l’image brute d’une étoile jaune cousue sur le revers d’une veste vient frapper nos neurones endormis.

L’oubli, le pardon, concomitants de l’analyse historique ou géopolitique sont, par ailleurs autant d’injures à la constitution de l’humanité dont le tribut, à l’égard de ses composantes doit rester éternel.

Le monde des hommes auquel la pensée a été donnée est, dans sa totalité, débiteur de ce tribut, pas seulement les allemands ou les français à képi.

Les arabes aussi, sauf à considérer que l’humanité est fractionnable, relative, morcelée.

Le discours iranien ou arabe sur l’injustice d’un paiement dont seul l’Occident barbare en uniforme serait seul débiteur ne peut dès lors convenir, tout comme celui, mou et infame de l’effacement de l’histoire au profit d’une paix adulte et responsable.

Si j’étais né arabe ou même « palestinien », ce qui, au demeurant, n’est pas très loin de ma réalité, j’aurais tenu le discours simple suivant :

« Je suis là parmi les hommes qui ont commis ce forfait, solidairement responsable de l’infamie. Et ce bout de terre sans Etat considéré comme sacré par les victimes leur revient. L’honneur m’oblige à les laisser en paix, et à trouver avec eux des solutions économiques et viables pour ceux (les réfugiés palestiniens constitués par les états pour dramatiser les guerres et les discours) qui sont parmi les hommes sans porter d’étoile, mais simplement leur misère. »

Je regrette de ne pas avoir consacré ma vie à lutter pour empêcher l’ignominie de « l’étoile jaune invisible » que les nations et les journalistes font encore porter à mes frères.

Je suis furieux de ne pas voir, tous les jours, l’image de l’étoile jaune, au fronton de tous les édifices, pour rappeler ce qui ne peut être qu’un épisode historique et doit marquer, jusqu’à la fin des temps l’humanité.

Je suis confus de ne pas avoir été plus froid, plus intransigeant, plus violent dans le discours lorsque les minuscules insectes gauchistes, aidés par les microscopiques journalistes névrosés et hargneux osent, encore, continuer dans l’horreur, enrobant leurs discours d’un zeste d’humanitaire plongé dans le bouillon psychotique de l’antisémitisme.

Je suis encore furieux de ne pas avoir accroché sur un grand mur blanc du salon la photo d’une étoile jaune. Tous les discours historiques, révisionnistes, germanophobes ne valent rien devant cette image. L’étoile a précédé les camps et l’image de cette étoile est, mieux que celle des corps entassés qui peine les âmes christiques et les amoureux des chiens, la marque de la barbarie.

Je prends donc, à compter de ce jour le parti de l’intransigeance.

le chien et la fleur

On sait, comme le rappelle Spinoza que le « concept de chien n’aboie pas » (voir par recherche, un billet sur ce thème)

L’dée nous catapulte dans l’image produite par le photographe.

Le photographe, le vrai, pas l’accumulateur d’images ni cadrées, ni pensées envoyés, toutes les minutes à ses amis de Facebook, cherche à abstraire la réalité, en trouvant son noeud, son centre, presque son nombril.

Comme le mot, la photographie réussie est un concept inventé de la réalité laquelle, écrasée par l’image n’est donc plus elle même, simplement reproductible.

C’est la définition de l’art.

Chercher l’essence de la réalité devant notre objectif, en faire un mot imagé, un concept est le travail, j’allais dire facilement « l’objectif » du photographe. Sans cette recherche du « centre » du concept de la réalité, la photographie n’est qu’une reproduction documentaire.

Il y parvient quelquefois.

Il y parvient encore mieux lorsque l’image ne correspond plus à ce qu’elle donne à voir, par le passage au noir et blanc, par exemple.

Ici, dans le noir et blanc, la réalité et transformée. Et si le travail est réussi, l’image devient ce concept éblouissant rempli de tous les mystères de la création.

Ma fleur en noir et blanc en tête de ce billet est presque réussie dans cette recherche.

Ce n’est plus une fleur, c’est son concept. Celui qui nous entraine dans la beauté pure, presque lemonde intelligible platonicien, qui se détache du monde sensible du vivant visible et donné à voir.

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