Du plomb dans l’aile

Débat, à l’occasion de la petite résolution d’une question professionnelle, sur la supériorité de l’abstraction et la voie déductive . Je défends, évidemment, le propos.

Et voilà que s’approche, en souriant, un collaborateur, qui, d’emblée, se proclame »empiriste » et nous sort la fameuse phrase de Francis Bacon :

« Ce ne sont pas des ailes qu’il faut à notre esprit, mais des semelles de plomb. »  Prépondérance de l’expérience sur l’abstraction, selon l’empirisme.

J’en suis resté bouche bée, tant l’entreprise n’est plus un lieu de réflexion. J’ai apprécié, mais ne pouvait acquiescer ou entrer dans un débat trop long. On m’aurait coupé la parole.

J’ai cependant gagné la petite partie, sans aborder le fond (l’empirisme est une tautologie du réel) en trouvant le jeu de mots : le titre de ce billet.

L’esprit a absorbé la chose.

Agacement

Je vais coller un extrait d’un commentaire sur le dernier bouquin dirigé par Philippe Descola qui a pu nous intéresser un temps dans la recherche de l’origine de la distinction construite entre nature et culture.

Mais il en a tellement fait dans la théorisation de l’idéologie écologiste primaire,violente, irréfléchie et dangereuse qu’on l’a abandonné.

On n’a pas eu tort lorsqu’on lit des extraits ou des commentaires qui ressortent de la BD philosophique inventée pour de nombreux humains, fainéants, lecteurs de rien, écouteurs de malheur, pourfendeurs de tout, y compris d’un petit bonheur de l’écoute d’une mauvaise chanson de variétés, bref les ennuyeux du Monde. (le journal et le cosmos)

Je colle et ne commente pas. Le week-end est consacré au repos de l’esprit qui, calme, cherche hors du convenu. Lequel est devenu vraiment fatigant tant les lignes ou les pages qui suivent celles qu’on aborde, avide d’une nouvelle connaissance, deviennent plus que prévisibles : agaçantes. Lisez. Vous allez peut-etre adorer. Ce qui vous permettra de vous éloigner facilement d’ici.

« la mise au point d’outils analytiques qui permettent de passer d’un monde uniforme ordonné par une division majeure entre la nature et les cultures à des mondes diversifiés dans lesquels humains et non-humains composent une multitude d’assemblages. L’abandon de nos schèmes d’analyse naturalistes permettraient de mieux déchiffrer ces rapports de monde. Il serait alors plus évident de concevoir que lorsque les communautés autochtones défendent un volcan andin, menacé par une compagnie minière, il ne s’agit ni de la manifestation de superstition folklorique ou puérile, ni de la volonté de protéger une ressource mais de la défense d’un « membre de plein exercice du collectif mixte dont les humains forment une partie avec les montagnes, les troupeaux, les lacs et les champs de pommes de terre » (p. 134). Un tel changement de perspective peut alors « offrir matière à réflexion quant à la transformation de nos propres institutions politiques » (p. 126) dans la mesure où nous pourrions alors envisager les rapports de mondes sous l’angle du « collectif » : « ce ne sont pas les individus humains qui constituent les sujets politiques, ni même les assemblages autonomes au sein desquels les êtres de chaque espèce s’associent avec leurs congénères pour exister souverainement. Non, les véritables sujets politiques, ce sont les relations entre les collectifs » (p. 133).« La nature n’est plus ce qu’elle était » : ce n’est donc pas de nostalgie dont s’il s’agit, mais d’un deuil des représentations et des usages de la nature dans la pensée occidentale. Si la conception de la nature s’étiole, c’est pour mieux en retrouver l’existence, notamment par une conceptualité renouvelée portée par les notions de « relations », de « rapports au monde » et de « collectifs » dont la valeur est aussi théorique que pratique. Compte tenu de la diversité des domaines convoqués, la lecture de l’ouvrage est, certes, très exigeante mais elle offre de nombreuses pistes pour envisager les relations entre les collectifs humains comme non-humains afin de « penser à nouveaux frais l’action politique et le vivre-ensemble dans un monde où nature et société ne sont plus irrémédiablement dissociées » (p. 135).Les Natures en question, sous la direction de Philippe Descola, Paris, Éditions Odile Jacob, octobre 2018, 336 p., 26,90« 

La philosophie n’est pas une sagesse

C’est ce qu’on n’arrête pas de clamer contre les petits socratiques et autres Pol-droit orientalistes grecs.

Claudine Tiercelin : la philosophie ?

« Ce n’est pas une sagesse, elle ne protège et ne console de rien, et c’est fort bien ainsi. Elle ne doit surtout pas être oraculaire : un
philosophe est un animal social, pas un animal grégaire, et il ne
saurait servir de mouton de tête. Comme toute entreprise rationaliste
dont le but est la connaissance, la philosophie se pratique sur le mode
de l’enquête, non pas dans le silence du cabinet, mais dans un esprit de
laboratoire, en testant ses hypothèses. Elle doit donc se tenir prête à
jeter par-dessus bord toutes ses croyances, si des chocs avec le réel
la forcent à en douter. »

Est-ce soi ?

Minuscule retour.

La seule question de la philosophie est, évidemment le problème « corps/esprit » ( dualisme cartésien ou monisme spinoziste). Et, partant, le seul problème qui mérite une réflexion, hors du tapage d’un bruit et de la circonvolution, est celui du sujet et du libre-arbitre.

Tout le reste n’est que passe-temps ou poésie du monde (évidemment appréciables).

Cependant, les affirmations péremptoires précitées ne peuvent faire l’impasse sur les neurosciences. On ne peut aborder le sujet du »sujet » sans leur apport pour la connaissance….

Au beau milieu d’une contribution un peu fouillis que je m’efforce de mettre en forme sur cette question, j’offre un texte paru dans la revue en ligne « La vie des idées ».

Sa clarté introductive est assez remarquable.

L’auteure se nomme Vanessa Wisnia-Weill

Le lien :

https://laviedesidees.fr/Pouvoir-d-agir-et-neurosciences.html

Je reviendrai trop longuement sur ce … Sujet.