le miroir

Imaginez-le, imaginez-le. Il est sur un banc, sur le trottoir d’une grande avenue. Il vient de fêter ses 91 ans. Dans un bar, avec les habitués. Pas de champagne. Bière et pâté de campagne. Sur le banc, il vient de se dire qu’il se découvre. Se découvrir. C’est comme si l’Avenue devant lui devenait un miroir. Il se dit que le bruit est un miroir. Il sourit. Devant lui passe une moto de banlieue. Il sourit encore.

perle

Une discussion assez simple (les meilleures) avec un membre de ma famille sur l’incroyable adoration de la Joconde, sur laquelle des milliards de yeux se sont posés et milliers de pages ont été écrites. Rien, à dire, la toile de De Vinci est admirable. On ne va pas tomber dans la sempiternelle critique des japonais au Louvre ou sur l’abrutissement des masses dont l’idiot se délecte, pour faire croire qu’il ne l’est pas.

Alors, on me pose la question, on a lu mon billet sur les femmes prises dans la rue, mon obsession de la prise unique d’un oeil inédit. On me demande s’il existe un tableau concurrent, une femme dans un tableau.

Je n’hésite pas une seconde, je crie presque dans le combiné : “la jeune fille à la perle” de Vermeer (1665). Je suis assez content : elle est allé voir en ligne un musée Vermeer. C’est ma B.A de la journée (il y a un autre mot en hébreu, plus dense)

Arrêtez tout et regardez les yeux de la jeune fille. Et ses lèvres magnifiquement entrouvertes, d’un rouge qui les sublime, sous un turban qui est exact. On ne voit pas la perle. Le titre a été donné pour répertorier.

PS. Je n’ai pas dit, trichant un peu, juste pour ne pas encore nous coller à De Vinci, que certains critiques nomment la jeune fille de Vermeer “la Joconde du Nord”. On m’aurait dit que ma réponse était convenue. Pourtant j’assure que non. Mais, j’ai évité par l’absence de mention de la précision, la déviation de l’essentiel : la jeune fille. A défaut, on aurait sombré dans la “discussion”. Encore. Ca discute, ça discute. Fatigant pour les oreilles qui voudraient se transformer en yeux bleus, pour voir un ciel sans bruit.

la France, c’est l’Amérique

L’Amérique… pour la CGT.

Le titre sonne comme un Tintin en Amérique. Le capteur de jeux du mot se risquerait à écrire “tintamarre”.

Dommage, il faut redevenir sérieux et frôler la tribune politique, exécrable, je la fuis, l’opinion de tous, grands spécialistes de tout partout, n’existant pas. Mais on a lu les mots d’ordre de la CGT, grèves, interdiction d’ouvrir, obtention en justice de la fermeture d’une usine, comportement fustigé par tous, même par les syndicalistes. Beaucoup insultent. Il ne faut pas. C’est une des France.

Comme l’écrit un éditorialiste du Figaro, Elle (la CGT) appelle à paralyser les commerces et tous les services publics. Le secteur automobile agonise ? Elle obtient – temporairement, pour des questions de forme – la fermeture d’une usine Renault. Rêvant d’une France éternellement à l’arrêt, le syndicat pyromane invoquera demain le droit de retrait pour bloquer les transports publics.

J’avais, au grand dam de mes interlocuteurs, dès le début de la crise sanitaire, appelé à une réduction drastique des salaires les plus élevés, pour relancer l’entreprise et l’économie. En aidant, par ailleurs, par une augmentation de l’impôt des plus aisés (non pas les milliardaires, mais juste les cadres moyens et supérieurs) ceux qui allaient subir l’après-Covid, de plein fouet. Des pauvres, beaucoup dans les campagnes, loin des subventions à la culture parisienne accordés par un Président démagogique en bras de chemise..

Les américains, eux ont compris. Pourtant, nous sommes le peuple de l’invention des droits de l’homme et de la redistribution. Il n’y a rien à comprendre. La CGT, pourtant non représentative, à peine quelques adhérents, casse le pays. Je ne commente plus, de peur de tomber dans la diatribe trop facile, je colle l’article. Mais je ne peux m’empêcher de hurler sans bruit devant l’idiotie. La France mérite mieux. Je suis désolé de ce billet, j’avais juré que non.

ÉTATS-UNIS Les réductions de salaire se révèlent une alternative intéressante pour de nombreuses entreprises américaines depuis deux mois plutôt que des pertes sèches d’emploi. 36 % des patrons de petites sociétés, employant moins de 500 personnes, ont ainsi réduit leur propre rémunération pour limiter leurs coûts, selon le sondage de CNBC/SurveyMonkey réalisé fin avril auprès de 2 220 entreprises. Et 8 % ont aussi diminué les salaires de leurs employés. Rappelons que les petites entreprises représentent plus de 40 % de l’emploi et du produit intérieur brut aux États-Unis. Une étude, réalisée en avril pour le Conference Board, auprès de 3 000 entreprises cotées en Bourse, donc de taille plus grande, montre que plus de 60 % d’entre elles ont réduit les salaires de leurs cadres dirigeants, tandis que 11 % ont également abaissé les rémunérations de l’ensemble des cadres supérieurs.

Ce phénomène s’explique d’abord par la conviction que la crise actuelle, née d’une décision sanitaire de confinement et non pas d’une crise financière, ne va pas se prolonger durablement. L’espoir d’un retour progressif à la normale d’ici quelques mois incite les Américains à consentir ces sacrifices. General Motors par exemple a demandé à ses 69 000 salariés, cols blancs, de réduire temporairement leur salaire de 20 %. Leur manque à gagner leur sera rendu, avec intérêts, au plus tard le 15 mars 2021.

Par ailleurs, les indemnités du chômage partiel sont moins automatiques qu’en France : il appartient aux chômeurs d’en faire la demande, non pas aux entreprises, même dans le cas de « furloughs », c’est-à-dire de mises à pied a priori temporaires, qui concernent la majorité des quelque 30 millions de nouveaux chômeurs. À cela s’ajoute une culture du travail très différente de la France, surtout pour les cadres qui jugent humiliant, voire indigne, de percevoir des subsides de l’État en période de crise.

Plus les entreprises sont grandes, plus la proportion de patrons ayant totalement renoncé à leur salaire est élevée. C’est le cas de firmes aussi différentes que des compagnies aériennes telles Delta, United ou Alaska, le conglomérat General Electric, la chaîne d’hôtels Marriott ou le géant de la restauration Darden Restaurants. Chez Disney, Ralph Lauren, ou encore le géant industriel Cummins, les patrons ont accepté une diminution de 50 %.

Baisse aussi dans la fonction publique 

Les baisses exemplaires des dirigeants sont plus marquées dans les secteurs directement affectés par le confinement, comme le transport aérien, l’hôtellerie, la restauration et les grands magasins. Exemple dans l’automobile, face à la dégringolade des ventes et les fermetures d’usines, les 300 plus hauts salariés de Ford reportent dans le temps le paiement de 20 à 50 % de leur rémunération.

La catastrophe frappe aussi durement des secteurs plus inattendus comme les équipements et services de santé. Les cabinets médicaux et cliniques se sont vidés, soit parce que les patients ne veulent pas courir le risque d’être contaminés, soit parce que les hôpitaux ont reporté de nombreux soins pour faire la place aux malades du Covid-19. Le personnel médical de ces établissements a souvent dû accepter des coupes de salaires. Même chez un géant des équipements radiologiques comme Boston Scientific, les 17 000 employés ont accepté une minoration de 20 % et une réduction du travail à 4 jours par semaine.

Les fonctionnaires des collectivités américaines ne sont pas épargnés. L’effondrement des recettes fiscales des villes, comtés et États déclenchent des coupures immédiates de budget. La ville de Los Angeles a demandé à ses employés de prendre 26 jours de congés sans solde. Le comté de Hamilton, dans l’Ohio, siège de la métropole de Cincinnati, demande par exemple à ses employés d’accepter des baisses de salaires de 10 %. De nombreux États comptent sur des aides massives de l’État fédéral dans les prochaines semaines pour éviter de licencier des fonctionnaires, notamment dans les écoles.

statistique de la méchanceté

J’ai enfin retrouvé, l’entretien accordé en 2013 par Daniel Kahneman à Philomag et son propos sur la méchanceté, entrevue statistiquement. Il faudrait que je finisse, enfin, mon classement des textes, par mot-clef. J’en avais besoin pour un long texte qui n’est pas un billet. Je donne l’extrait.

J’enseignais alors la statistique et elle s’avérait une matière très difficile à expliquer. C’est que les statistiques sont contre-intuitives : nous ne les prenons spontanément jamais en compte. Par exemple, le phénomène de « régression à la moyenne » qui fait que, dans une série de résultats, on peut observer ponctuellement un écart extrême suivi d’un retour à des résultats de valeurs moyennes. J’expliquais un jour à des officiers qu’il était plus efficace de récompenser une amélioration que de punir une erreur. L’un d’eux me répondit que je me trompais, puisque, lorsqu’il engueulait un aviateur qui avait raté une manoeuvre, celui-ci faisait mieux ensuite. Et qu’inversement, lorsqu’il félicitait une performance brillante, la suivante était moins bonne. Il voyait un lien de cause à effet qui n’existe pas : en réalité, il s’agit d’une simple fluctuation aléatoire de la performance avec régression prévisible à la moyenne. L’aviateur, après avoir commis une faute ou accompli un exploit, revenait ensuite à un résultat plus habituel. La vie nous expose donc à des informations perverses : statistiquement, elle a tendance à nous punir pour notre gentillesse et à nous récompenser pour notre méchanceté !

Bon, je vais pouvoir continuer dans mon texte sur l’intentionnalité. Cette retrouvaille me permet de saluer Daniel Kahneman, un psychologue (non freudien, il se dit empirique) que j’apprécie, Prix Nobel d’économie sans avoir ouvert un bouquin d’économie.

Chet sings. Like his trumpet

On offre ici une de mes chansons préférées, chantée par mille voix de Jazz. It Could Happen To You

Celle de Chet Baker, lequel, comme beaucoup le savent se considérait autant chanteur que trompettiste est remarquable, dans sa partie “impro-chant”. On ne sait plus en écoutant si on préfère sa trompette à sa voix, tant elles sont jumelles et accordées. Attendez patiemment son improvisation à la voix et vous allez comprendre ce qu’est une oreille et la musique dans le coeur.

Un vrai bonheur. Ecoutez, vous avez de la chance. L’impro au chant commence à la minute 1:21

Chet Baker. It could happen to me; (The legendary Riverside albums). Impro à 1:21

Le morceau est tiré de la dernière parution des disques de Chet BakerThe Legendary Riverside Albums, paru à l’automne 2019.

COPIE/ COLLE DU COMMENTAIRE DE QOBUZ (la meilleure application musique en streaming, haute résolution, qu’il faut soutenir en s’abonnant et en achetant des disques digitaux en HiRes) SUR L’ALBUM. En 1954, Chet Baker est élu trompettiste de l’année par la presse jazz américaine. Dans son autobiographie, Miles Davis écrira : « Je crois qu’il savait qu’il ne le méritait pas plus que Dizzy ou beaucoup d’autres… Mais il savait aussi bien que moi qu’il m’avait beaucoup copié. » Quoi que Miles ait pu dire ou écrire, le nom de Chet Baker est bien sur toutes les lèvres au milieu de cette décennie 50. Installé à Los Angeles, le musicien à la gueule d’ange a imposé son style aux côtés des plus grands, jouant notamment avec Charlie Parker, Gerry Mulligan et Russ Freeman. En 1958, il signe un contrat de quatre albums avec Riverside, label new-yorkais fasciné par ce son cool de la côte ouest dont il est alors l’un des artisans. Le coffret The Legendary Riverside Albums, paru à l’automne 2019, zoome sur ces sessions essentielles, montrant un musicien plus versatile qu’il n’y paraît, magnifiant le style cool de Californie mais capable aussi de croiser le fer avec les maîtres du hard bop de la côte est. En plus de ces quatre albums remastérisés en Hi-Res 24-Bit, il réunit sur un cinquième disque de nombreuses prises alternatives de ces sessions.

Premier de ces quatre albums, publié en octobre 1958, (Chet Baker Sings) It Could Happen to You souligne l’originalité de sa démarche qui dépoussière à sa manière des standards comme How Long Has This Been Going On ? ou Old Devil Moon. Contrairement à son associé Bill Grauer, le producteur Orrin Keepnews fut d’abord réticent à accueillir Chet Baker sur son label, et ne produira donc pas ce premier disque. Encadré par Kenny Drew au piano, George Morrow et Sam Jones à la contrebasse et Philly Joe Jones et Dannie Richmond à la batterie, le chant de Chet épatera pourtant Keepnews. Comme le prolongement de son instrument, Chet Baker innove face aux canons vocaux de l’époque. Un style bien à lui qui confirme sa singularité et confirme son statut…

Un mois plus tard, il retourne en studio pour préparer Chet Baker in New York, qui paraîtra en 1959 avec Johnny Griffin au saxophone, Al Haig au piano et Paul Chambers à la contrebasse. Le niveau monte d’un cran et chaque sideman s’applique à dérouler des solos sobres et d’une rare justesse sur des ballades langoureuses comme Polka Dots and Moonbeams ou des thèmes nettement plus uptempo comme le pétillant Hotel 49. Sans doute le plus impressionnant du lot, l’album Chet, enregistré le 30 décembre 1958 et le 19 janvier 1959, réunit cette fois le pianiste Bill Evans, le guitariste Kenny Burrell, le flûtiste Herbie Mann et le saxophoniste Pepper Adams. Le son de Chet atteint un zénith de langueur et son jeu incorpore comme jamais l’espace, donnant une sensation impressionniste inédite. Les phrases merveilleuses d’Evans font corps avec celles de Chet. Dès les premières secondes d’Alone Together, qui ouvre ce chef-d’œuvre à la pochette sublime (Chet avec la mannequin Rosemary “Wally” Coover, photographié par Melvin Sokolsky), ce décor aussi sensuel qu’épuré impose sa modernité. Enregistré en juillet de cette même année 1959, Chet Baker Plays the Best of Lerner & Loewe boucle cette parenthèse Riverside avec des reprises tubes concoctés pour Broadway par le parolier Alan Jay Lerner et le compositeur Frederick Loewe pour des comédies musicales comme My Fair Lady, Gigi, Brigadoon et Paint Your Wagon. Bill Evans, Pepper Adams et Herbie Mann sont à nouveau là, rejoints par le saxophoniste Zoot Sims. Là encore, avec un répertoire très typé, Chet Baker réalise un tour de passe-passe esthétique d’une classe folle, des relectures filtrées par la mélancolie de son phrasé. © Marc Zisman/Qobuz