Bombance

Lorsque je lis cette Tribune de Sylvain Fort, que je ne connais pas, je pense à la chanson d’Antoine “Cheveux longs et idées courtes”. Je ne sais pourquoi. Ou plutôt si, à l’instant même. L’idée développée est acceptable. Et même intéressante sur l’impérialisme de l’affect qui supplante les réalités. Comme sur un campus americain, avais-je balbutié.

Mais a-t-on besoin de ces boursouflures de langage pour dire ? Je peux les aimer, sauf à étouffer le texte, comme un œdème

Il fait, me semble-t-il, trop “bombance “, comme il dit, de mots. Ce qui se conçoit quand on s’attaque à une question sur l’ontologie ou l’Être chez Plotin ( à ne pas confondre avec Platon). Ou si l’on commente un texte sur l’Anthropologie structurale.

Mais là, il s’agit juste de dire le petit romantisme nostalgique des grands soirs d’une France qui s’ennuie. On en a fait un texte, en miroir de ce qui est dénoncé (le romantisme de pacotille) presque du De Nerval.

Je viens de voir en ligne. Je colle Wiki :

Sylvain Fort est un conseiller en communication, germaniste, traducteur, essayiste et critique musical français, né le 31 janvier 1972 à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne). Sylvain Fort. Il est conseiller auprès du président Emmanuel Macron de mai 2017 à septembre 2018, chargé des discours et de la mémoire, puis promu à la responsabilité du pôle communication de l’Élysée jusqu’en janvier 2019, où il démissionne de ses fonctions.

Bon, je donne le texte. Je dois être de mauvaise humeur. Il dit vrai. Ça doit être Brocéliande, Boorman, le Roi Arthur, Merlin, Ossian et Siegfried qui m’énervent. Bigre quelle culture ! Bon, on va pardonner.

Ps. J’oubliais : l’affect prend le dessus de la raison.

LA SUPRÉMATIE DE L’AFFECT, Sylvain Fort

Il y eut ce passage à tabac d’un homme par des policiers incapables d’arrêter leurs bras, meute frénétique. Scène filmée. Scène de film. Puis il y eut, place de la Bastille, ces lueurs vertes et ces feux d’incendie dans la nuit, ces écrans de fumée où se découpent des silhouettes guerrières, ces hommes en cuirasse roulant au sol, se relevant, abattant leurs défenses sur l’ennemi, repoussés, roués de coups. Scène de film, là aussi. D’un film précis, retrouvé dans un coin de notre mémoire. Cette scène, celle de l’ouverture d’ Excalibur, de John Boorman.
Les mêmes corps-à-corps ivres de haine à la lueur des torches, la même mort qui rôde, les mêmes cris, les mêmes coups, et ce sang. 2020 : bienvenue dans les temps obscurs.
Au printemps 1981, au moment même où Boorman sortait son film d’ombres et de magie, François Mitterrand arrivait au pouvoir. Dans son sillage se formait un groupe de réflexion, la Fondation Saint-Simon. A la Table ronde du roi Arthur chez Boorman répondait le cercle de la raison d’Alain Minc.
Résultat : quarante ans après, nous sommes plus proches des maléfices de Brocéliande que de la philosophie des réseaux. Nous nous sommes crus contemporains du triomphe de la démocratie, du dialogue social, de la globalisation à visage humain, du libéralisme régulé, et nous nous retrouvons dans un univers marécageux que dominent la croyance en la magie, la défiance à l’égard des savants, la foi en des dieux vengeurs, le culte du clan, l’angoisse de la fin des temps, le goût de la guerre, la mystique du chef, la soif de vengeance. La pandémie semble réveiller des instincts enfouis. Le combat central devient un combat pour la survie. Or on ne survit pas par la raison, mais par la ruse, la brutalité et une méfiance viscérale des uns vis-à-vis des autres.
De là le retour en force de la tribu, de la race, et même de la couleur de peau comme signe d’appartenance. De là l’engouement pour une démocratie référendaire, apanage et héritage des anciens clans. De là la torsion d’un langage moins inclusif qu’exclusif, redevenant idiome communautaire. De là l’Histoire émiettée en récits particuliers, faisant surgir des mythologies nouvelles qui se croient véraces parce qu’elles fanatisent.
De là une culture redevenue fermée à l’autre, et appelant appropriation ce qui était transmission et compassion.
Nous voici en pleine décompensation passionnelle !
Allergiques à la rationalité, nous nous fascinons pour l’obscurité et ses sortilèges. Nous encensons les nouveaux Merlin. Adorons les épopées qu’on appelle complots. Nous prêtons les vertus de la vérité rationnelle aux vaticinations des faux prophètes. L’esprit se dévore lui-même. Certains parlent de subversion néomarxiste.
Ce serait encore trop beau. Du marxisme ne restent plus que les idiots utiles.
L’idée que la raison discipline les désirs individuels et les met au service du bien commun, rendant possible la cité, n’a plus cours. L’injustice sociale, les scandaleuses divergences de destin, les préjugés et les peurs, l’inculture ont miné l’idée même d’universalité. Les moteurs de la citoyenneté sont en panne. Le ressentiment et la revendication ont pris le relais, et avec eux la suprématie de l’affect et le dernier mot laissé au sentiment d’offense.
En Europe, nous avons déjà connu ce phénomène. Cela s’appelait le romantisme.
Pendant quelques décennies, on fit bombance de grands sentiments, de messianisme sucré, d’enchantements médiévaux. On aima la violence mâtinée de dépression suicidaire, on se berça de rêveries puritaines. La raison semblait faible, l’émotion seule était vraie. On eut des révolutions morales et politiques, des guerres sanguinaires et des délires identitaires.
On réinventa la langue, et on réécrivit des mythes anciens, d’Ossian à Siegfried. Et puis, à la fin, on trouva que la République bourgeoise, ça n’était finalement pas si mal.
Sylvain Fort, essayiste.

Le grand soir

Madame Françoise Dreyfus, professeure émérite de science politique à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, devrait, plutôt que publier une Tribune dans le Monde daté du 17 décembre, s’occuper de chercher de beaux petits cadeaux pour ses petits-enfants. Pour Noël.

Quand on est “émérite”, on est supposé avoir acquis compétence et expérience. Pourtant son propos, dans sa Tribune du Monde est presque collégien, irresponsable. Mais les collégiens, eux ont le droit à l’irresponsabilité (théorique, s’entend)

Madame le Professeur Dreyfus, après avoir durement critiqué le gouvernement, sur le confinement et l’entrave aux libertés, le critique encore sur son attaque du « séparatisme ». Je cite :

Le séparatisme visant à euphémiser la mise au ban de l’islamisme radical. Alors que les individus fichés « S » seraient environ 8 000, que 50 000 enfants sont scolarisés à la maison – sans que l’on sache précisément combien le sont pour des raisons confessionnelles ou pour d’autres motifs –, on recourt à l’arme lourde de la loi, une de plus dans un arsenal déjà très fourni de textes répressifs restreignant plus particulièrement les libertés de conscience et d’expression.

On ne veut ici entamer la discussion tant il serait trop facile de contrer l’argument. Un collégien pourrait lui dire que la peine de mort ne concernait que 2 ou 3 individus…

Là où il faut un peu la tacler, c’est sur son propos sur « la nuit de Noël », une « dérogation » qui serait, selon elle « extrêmement problématique au regard du principe de laïcité et de neutralité de l’Etat à l’égard des cultes »

Je cite, encore, sans couper, pour bien donner à lire la perfidie théorique. Il n’y pas d’autre locution qui vient sous mon clavier.

Lisez :

En effet, ajoute-t-elle, « Noël est une fête religieuse chrétienne qui est indifférente notamment aux juifs, aux musulmans, aux athées et agnostiques, qui ne célèbrent rien ce jour-là et ne fréquentent pas les messes de minuit. Quant au 31 décembre du calendrier grégorien, bien qu’il ne corresponde pas à la fin des années juive, musulmane, zoroastrienne, chinoise, entre autres, il a été adopté globalement par la majorité de la population, des croyants de toutes confessions et des non-croyants en particulier, comme un jour, ou plutôt une nuit festive, sans aucune connotation religieuse, marquant le passage symbolique à une nouvelle année calendaire.

Le choix de la dérogation opéré par le gouvernement en faveur de la soirée de Noël au détriment de celle du 31 décembre est gravement discriminatoire. Il marginalise en particulier tous ceux et celles qui ne fêtent pas Noël, quels que soient les motifs de cette abstention, mais qui fêtent habituellement l’année nouvelle.

Cette discrimination peut être vue comme une manifestation d’un séparatisme d’État qui n’accorde qu’à une supposée majorité le privilège de retrouver, le 24 décembre, un nombre, certes restreint, de familiers avec lesquels partager des moments de convivialité masqués. Pour les autres, les non-chrétiens, la « fille aînée de l’Eglise » impose la solitude le 31 décembre puisque rares sont ceux qui, en raison de la taille de leur logement, peuvent héberger quatre ou cinq parents ou amis interdits de circuler après le couvre-feu.

Les dangers de la promiscuité incontrôlée ne sont pas moindres le 24 décembre que le 31
, soirées pour lesquelles le couvre-feu aurait pu être fixé de 2 heures à 6 heures du matin ; le choix effectué par le gouvernement est lourd de sous-entendus, il ne peut être fondé sur des arguments scientifiques et manifeste une profonde inconnaissance de la société française. S’il était besoin, rappelons que les grandes envolées rhétoriques sur la laïcité auxquelles se livrent hommes et femmes politiques, entrepreneurs de morale et donneurs de leçons de tout bord n’ont pas de réelle portée argumentative quand il s’agit d’appliquer sur le terrain les principes dont ils se réclament. Quelque chose s’apparentant au retour du refoulé saisit les décideurs régissant l’organisation de notre vie quotidienne : imprégnation de la religion dominante, conformisme social, méconnaissance de l’autre dans sa diversité, insidieusement tissés ensemble, conduisent à des choix douteux dont il n’est pas même certain qu’ils favorisent l’approbation politique du plus grand nombre.

Madame le Professeur Dreyfus, donneuse de leçon « émérite » n’a rien compris. Ni de la société dans laquelle vit (elle est pourtant professeure de science politique) ni des enjeux et des réalités de la France. On a déjà dit que le nombre n’a rien à voir avec les valeurs républicaines, s’agissant du séparatisme. On précise ici que le soir de Noel est le seul soir, au demeurant souvent boursouflé de toutes les rancœurs que tous les romanciers ont pu décrire, de la rencontre des familles.

Noel est une fête devenue païenne, comme le nouvel an qui ne veut rien dire, comme elle l’écrit. Et même des juifs achètent la bûche pour Noel, pour la réunion de la famille. Les juifs de Tunisie (ceux que je connais le mieux) achetaient même le sapin qui trônait dans le salon, pour les jouets du 24 décembre. Son caractère religieux ne persiste que pour une minorité, très respectable (la religion est respectable) de croyants catholiques. Et puis, qu’on le veuille ou non, la France est une nation d’origine chrétienne. Et si, en France, à l’inverse de la Pologne ou de l’Italie, son caractère religieux n’est pas autant exacerbé, c’est justement le devoir de la laïcité que de permettre aux majorités religieuses (sociologiques et historiques, devenues minoritaires dans l’arithmétique) que de pouvoir s’exprimer. Sans évidemment substituer un pouvoir spirituel au pouvoir politique, on le sait, Madame la Professeure.

Son propos est idiot (désolé de la petite insulte).

Il offre, par ailleurs, un porte-voix, sous prétexte de « séparatisme d’État » à la critique d’une tradition française qui devrait donc être enfouie dans le magma du relativisme qui est toujours l’allié de la « neutralité », dont l’on connait les méfaits. Elle fait fleurette chez certains radicaux qui veulent interdire le beau sapin dans les halls de mairie. Le type de critique qui mène à la haine de l’Etat français et à la bombe.

Le gouvernement a eu raison de laisser, dans ces temps improbables, les familles se réunir, sans laisser libre cours à « la fête » échevelée du 31 décembre.

C’est une respiration pour les familles qui se réunissent. Sans continuer à la messe, sauf pour une minorité. Une réunion païenne, comme l’œuf de Pâques. L’interdire, l’altérer aurait été un « fascisme d’Etat », un déni sociétal, déconnecté de la réalité.

Madame le Professeur Dreyfus a, curieusement, oublié la sociologie de la France. Curieux pour un professeur de Science politique, d’abord sociologue.

Je viens de consulter sa « bibliographie ». Elle est spécialiste de la bureaucratie. On comprend mieux : c’est une bureaucrate de la laïcité, celle entrevue par de petites lorgnettes opaques et, partant, justement dangereuses pour notre démocratie, qui passe aussi par la famille. Et surtout l’enlacement d’un fait social qui ne peut être écrasé.

J’ai failli écrire que j’étais anti-dreyfusard. Je m’abstiens. Je garde mon titre : un grand soir, non de la révolution, mais de la famille. Ce qui n’est aucunement honteux, ni séparatiste.

étourdi

Il nous faut, ce soir, malgré le temps qui nous manque, évoquer un sujet qui me semble assez important. Celui de la relation entre religion/rite et idéologie éco-animale.

Les faits

Une décision a été rendue hier 17 décembre par La Cour de justice de l’UE, problématique dans la relation qui se noue entre tradition (et religion) et nouvelles idéologies (ici celle du droit de l’animal, dont les souffrances ne peuvent être tolérées, citoyens selon les antispécistes). Voir sur ce sujet nos précédents billets.

On rappelle que dans la tradition juive et musulmane, l’abattage des bêtes s’opère selon une technique spécifique que des millénaires de pratique n’ont pas altérée. L’animal est abattu, sans un « étourdissement préalable », revendiqué par les défenseurs de la cause animale, qui serait de nature à minorer les souffrances.

La Cour de justice de l’UE, établie au Luxembourg a donc jugé, hier, à la suite de sa saisine consécutif à un décret pris en 2017 par la région flamande en Belgique, lequel imposait cet étourdissement préalable au nom du bien-être animal.

La Cour a décidé, saluée par Brigitte Bardot, que le texte ne « méconnaît pas » la liberté des croyants juifs et musulmans.

Le Consistoire central israélite de Belgique (CCIB), rejoint par d’autres organisations juives et musulmanes, avait, en effet, contesté devant la justice belge la légalité de ce décret flamand (dit de l’étourdissement préalable « afin de réduire les souffrances des animaux ») qui bouleversait le rite.

L’on rappelle ici que, dans ce rite millénaire, l’égorgement doit être opéré en un seul geste, sans cisaillement, et l’animal doit être immobilisé jusqu’à la fin de la saignée.

« Nous ne pouvons manger que des animaux intègresOr, l’étourdissement par gazage, par tige perforante ou par électronarcose leur inflige des blessures », indiquait le Consistoire central israélite de France. « Trancher les veines abrège les souffrances », estime de son côté Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

L’avis de la Cour était donc requis.

La Cour de Luxembourg a jugé que l’adoption dans l’UE de législations nationales protégeant d’abord le bien-être animal pouvait effectivement constituer « une limitation » à l’exercice de la liberté de conscience et de religion garantie par la Loi.

Mais que cette limitation n’était pas « disproportionnée »« La Cour conclut que les mesures que comporte le décret permettent d’assurer un juste équilibre entre l’importance attachée au bien-être animal et la liberté des croyants juifs et musulmans de manifester leur religion », dit la CJUE dans un communiqué.

Elle indique, en outre, que le législateur flamand s’est appuyé sur « un consensus scientifique » établissant que « l’étourdissement préalable constitue le moyen optimal pour réduire la souffrance de l’animal au moment de sa mise à mort ».

Enfin, ajoute-t-elle, dans le même communiqué, « la Cour constate que le décret n’interdit ni entrave la mise en circulation de produits d’origine animale provenant d’animaux qui ont été abattus rituellement lorsque ces produits sont originaires d’un autre État membre ou d’un État tiers ».

Les autorités religieuses ont réagi : « L’Europe ne protège plus ses minorités religieuses », indique le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), qui contestait le décret flamand. Son président, Yohan Benizri, dénonce « un déni de démocratie », rappelant que dans ses réquisitions, l’avocat général de la Cour avait soutenu « la préservation de rites essentiels » pour certaines religions.

La loi française, on le rappelle, autorise, dans le cadre de la liberté des cultes, la pratique de l’égorgement sans étourdissement préalable.

Dans un article du Monde publié le 28 juin 2016, le débat était déjà en germe,  en réalité sur le temps qui sépare le coup de couteau de l’inconscience, puis de la mort.

Et déjà encore, certains pays avaient adopté d’autres règles: les Pays-Bas : les abattoirs halal et casher sont, depuis janvier 2017, obligés d’étourdir l’animal si celui-ci n’a pas perdu connaissance dans les quarante secondes qui suivent l’égorgement. La Suisse, le Danemark ou la Norvège avaient déjà purement et simplement interdit l’abattage rituel sans étourdissement préalable.

En 2016, Joël Mergui, président du Consistoire indiquait que « Revenir sur cette pratique millénaire, c’est une forme d’atteinte à notre liberté de conscience ».

Position

Je prends position pour le millénaire contre 14 secondes dont nul, sauf à tomber dans l’anthropomorphisme, ne peut décrire.

Je prends position pour le rituel contre le Marais et les biobos.

Je prends position pour des humains, dans la droiture de leur moralité ancestrale religieuse, contre des parisiens qui veulent nous enfermer dans la correction.

Je prends position pour le spécisme.

Je prends position contre l’hypocrisie de bonne conscience. Il y a loin entre des humains qui pensent leur religion, s’attachant au rite pour consolider leur humanité et la souffrance animale, éventuellement à l’œuvre, quelques secondes avant sa mort, qui est moins que celle de l’homme dans son désarroi et sa souffrance dans la certitude de sa finitude.

Non, je n’aime pas voir souffrir un animal. Ni un humain. Ni un homme auquel on arrache de sa peau ancestrale, le rite qui le construit, nuque roide.

Mon pseudo ne me protège pas. J’ai toujours pris position pour la splendeur du rite, et la recherche des logements des forces supérieures (j’ai bien écrit logement et non action). Que je ne confonds pas, par ailleurs, avec des pratiques sans réflexion, de religieux quelquefois obtus. C’est un autre débat. Ici, c’est celui de la lutte contre le nivellement généré par une nouvelle morale qui s’appuie sur la cause animale, pour tenter de ne pas s’ennuyer, en manifestant dans quelques années, non masquée contre le racisme anti-oie et le SMIC pour les ratons laveurs, pas au même niveau que celui des ouvriers bretons.

Georgia

Je ne savais pas que l’écoute du « Georgia » du grand Ray pouvait, à ce point d’exacerbation du sentiment, explosif, dans sa force ineffable, ébouriffante, féérique, miraculeuse, mirifique, amener à faire pleurer ceux qui le peuvent. Plus que la petite nostalgie des moments d’errance ou des slows d’adolescent ébahi par le corps collé d’une fille aux yeux verts. Encore un « serrement. Un « Georgia on my mind » enlaçant, prodigieusement le corps jusqu’à le ligoter dans la vérité profonde de son centre, sans l’étouffer.

Écoutez, écoutez. Et même si c’est la millième fois, vous comprendrez mes mots. Vous serez ébahis par les soubresauts indicibles de votre peau.

Pleurez, si vous le pouvez écoutez, pleurez, seuls ou, mieux avec d’autres.

J’offre ci-dessous la chanson et les paroles.

Pleurez, si vous le voulez, chantez. Et vous dormirez bien.

Georgia, Georgia
The whole day through
Just an old sweet song
Keeps Georgia on my mind (Georgia on my mind)

I said Georgia
Georgia
A song of you
Comes as sweet and clear
As moonlight through the pines

Other arms reach out to me
Other eyes smile tenderly
Still in peaceful dreams I see
The road leads back to you

I said Georgia
Ooh Georgia, no peace I find
Just an old sweet song
Keeps Georgia on my mind (Georgia on my mind)

Other arms reach out to me
Other eyes smile tenderly…

La vanité de l’homme, CLS

J’avais publié ici,il y a longtemps, un extrait des Tropiques de Lévi-Strauss. J’avais effacé. On me l’a demandé. J’ai retrouvé. Je livre. Ceux qui n’ont pas lu devraient lire. Dans”Tristes tropiques”, que tous vantent, prétendent avoir lu, tout n’est pas génial. Et même souvent ennuyeux. C’est un livre que beaucoup citent, pour se “marquer”. Un peu le”Belle du seigneur” de l’anthropologie. Et tous, au moment du passage au dessert la fameuse première phrase (“je hais etc.”)

Mais bon,la page qui suit, d’un autre style que celui décrivant les couchers de soleil vus du bateau qui l’emmenait vers les tropiques, est assez remarquable. Même si elle est facilement récupérable par les biobos…

Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. Les institutions, les mœurs et les coutumes, que j’aurai passé ma vie à inventorier et à comprendre, sont une efflorescence passagère d’une création par rapport à laquelle elles ne possèdent aucun sens, sinon peut-être celui d’y jouer son rôle. Loin que ce rôle lui marque une place indépendante et que l’effort de l’homme – même condamné – soit de s’opposer vainement à une déchéance universelle, il apparaît lui-même comme une machine, peut-être plus perfectionnée que les autres, travaillant à la désagrégation d’un ordre originel et précipitant une matière puissamment organisée vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour définitive. Depuis qu’il a commencé à respirer et à se nourrir jusqu’à l’invention des engins atomiques et thermonucléaires, en passant par la découverte du feu – et sauf quand il se reproduit lui-même – l’homme n’a rien fait d’autre qu’allégrement dissocier des milliards de structures pour les réduire à un état où elles ne sont plus susceptibles d’intégration. Sans doute a-t-il construit des villes et cultivé des champs ; mais, quand on y songe, ces objets sont eux-mêmes des machines à produire de l’inertie à un rythme et dans une proportion infiniment plus élevée que la quantité d’organisation qu’ils impliquent. Quant aux créations de l’esprit humain, leur sens n’existe que par rapport à lui et elles se confondront au désordre dès qu’il aura disparu. Si bien que la civilisation, prise dans son ensemble, peut être décrite comme un mécanisme prodigieusement complexe où nous serions tentés de voir la chance qu’a notre univers de survivre si sa fonction n’était de fabriquer ce que les physiciens appellent entropie, c’est-à-dire de l’inertie. Chaque parole échangée, chaque ligne imprimée établit une communication entre deux interlocuteurs, rendant étale un niveau qui se caractérisait auparavant par un écart d’information, donc une organisation plus grande. Plutôt qu’anthropologie, il faudrait écrire « entropologie » le nom d’une discipline vouée à étudier dans ses manifestations les plus hautes ce processus de désintégration.
Pourtant, j’existe. Non point, certes comme individu ; car que suis-je, sous ce rapport, sinon l’enjeu à chaque instant remis en cause de la lutte entre une autre société, formée de quelques milliards de cellules nerveuses abritées sous la termitière du crâne, et mon corps, qui lui sert de robot ? Ni la psychologie, ni la métaphysique, ni l’art ne peuvent me servir de refuge, mythes désormais passibles, aussi par l’intérieur, d’une sociologie d’un nouveau genre qui naîtra un jour et ne leur sera pas plus bienveillante que l’autre. Le moi n’est pas seulement haïssable : il n’a pas de place entre un nous et un rien. Et si c’est pour ce nous que finalement j’opte, bien qu’il se réduise à une apparence, c’est qu’à moins de me détruire – acte qui supprimerait les conditions de l’option – je n’ai qu’un choix possible entre cette apparence et rien. Or, il suffit que je choisisse pour que, par ce choix même, j’assume sans réserve ma condition d’homme : me libérant par là d’un orgueil intellectuel dont je mesure la vanité à celle de son objet, j’accepte aussi de subordonner ses prétentions aux exigences objectives de l’affranchissement d’une multitude à qui les moyens d’un tel choix sont toujours déniés.
Pas plus qu’un individu n’est seul dans le groupe et que chaque société n’est seule parmi les autres, l’homme n’est seul dans l’Univers. Lorsque l’arc-en-ciel des cultures humaines aura fini de s’abîmer dans le vide creusé par notre fureur ; tant que nous serons là et qu’il existera un monde – cette arche ténue qui nous relie à l’inaccessible demeurera, montrant la voie inverse de celle de notre esclavage et dont, à défaut de la parcourir, la contemplation procure à l’homme l’unique faveur qu’il sache mériter : suspendre la marche, retenir l’impulsion qui l’astreint à obturer l’une après l’autre les fissures ouvertes au mur de la nécessité et à parachever son œuvre en même temps qu’il clôt sa prison ; cette faveur que toute société convoite, quels que soient ses croyances, son régime politique et son niveau de civilisation ; où elle place son loisir, son plaisir, son repos et sa liberté ; chance, vitale pour la vie, de se déprendre et qui consiste – adieu sauvages ! adieu voyages ! – pendant les brefs intervalles où notre espèce supporte d’interrompre son labeur de ruche, à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au-delà de la société : dans la contemplation d’un minéral plus beau que toutes nos œuvres ; dans le parfum, plus savant que nos livres, respiré au creux d’un lis ; ou dans le clin d’œil alourdi de patience, de sérénité et de pardon réciproque, qu’une entente involontaire permet parfois d’échanger avec un chat.

Claude Lévi-Strauss

Tous des roitelets, petits empereurs

Une de mes minuscules attaques, assumées dans sa récurrence, contre les philosophies du sujet conscient, libre, agissant, maître de lui et de son destin, est passée, dans l’un de mes derniers billets, par une critique “sous-jacente”, m’a-t-on dit, de ce que j’ai nommé, paraît-il, le “marché sartrien”. L’expression a du tomber sous ma plume, en pensant à de la soupe. Les mots ne viennent jamais par hasard.

Évidemment que l’existentialisme sartrien ne constitue pas l’un des socles fragiles sur lesquels je peux me planter pour lutter contre le vide, seul fondement de la recherche philosophique qu’il ne faut confondre, comme le fait la doxa adolescente, avec la recherche de la sagesse. Grecque, bien sûr, comme on le pense dans les hors-séries des revues hebdomadaires..

Beaucoup ont pu tordre le cou à cette philosophie sartrienne du sujet, roi de tout et de lui, dans sa volonté miraculeuse. Notamment avant que Sartre n’apparaisse à Saint-Germain des Prés, le maître Spinoza. Et l’autre maître , Claude Levi-Strauss. Mais on m’a demandé d’écrire ma critique de la philosophie sartrienne (pas celle de Sartre et de sa compagne dans la mise en œuvre de l’attribut (le tribut ?) de leur pouvoir dans leur relations avec leur jeunes étudiantes. Ca serait trop facile et “Facebookien” dans la culture du “cancel “, le nouveau “truc” à la mode )

Si on veut aborder sérieusement le sujet (…), il faut plonger dans le texte. Sartre, pour être bien compris avait donc écrit un court résumé de la philosophie existentialiste qu’on peut facilement trouver en ligne, mais que je donne ci-dessous dans sa version intégrale en PDF.

J’extrais, désormais le passage central et souligne en gras :

L’existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c’est l’homme ou, comme dit Heidegger, la réalité-humaine. Qu’est-ce que signifie ici que l‘existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après. L’homme, tel que le conçoit l’existentialiste, s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien. Il ne sera qu’ensuite, et il sera tel qu’il se sera fait. Ainsi, il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir. L’homme est non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut, et comme il se conçoit après l’existence, comme il se veut après cet élan vers l’existence, l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait. Tel est le premier principe de l’existentialisme. C’est aussi ce qu’on appelle la subjectivité, et que l’on nous reproche sous ce nom même. Mais que voulons-nous dire par là, sinon que l’homme a une plus grande dignité que la pierre ou que la table ? Car nous voulons dire que l’homme existe d’abord, c’est-à-dire que l’homme est d’abord ce qui se jette vers un avenir, et ce qui est conscient de se projeter dans l’avenir. L’homme est d’abord un projet qui se vit subjectivement, au lieu d’être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur ; rien n’existe préalablement à ce projet ; rien n’est au ciel intelligible, et l’homme sera d’abord ce qu’il aura projeté d’être. Non pas ce qu’il voudra être. Car ce que nous entendons ordinairement par vouloir, c’est une décision consciente, et qui est pour la plupart d’entre nous postérieure à ce qu’il s’est fait lui-même. Je peux vouloir adhérer à un parti, écrire un livre, me marier, tout cela n’est qu’une manifestation d’un choix plus originel, plus spontané que ce qu’on appelle volonté. Mais si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi, la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. Et, quand nous disons que l’homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l’homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu’il est responsable de tous les hommes. Il y a deux sens au mot subjectivisme, et nos adversaires jouent sur ces deux sens. Subjectivisme veut dire d’une part choix du sujet individuel par lui-même, et, d’autre part, impossibilité pour l’homme de dépasser la subjectivité humaine. C’est le second sens qui est le sens profond de l’existentialisme. Quand nous disons que l’homme se choisit, nous entendons que chacun d’entre nous se choisit, mais par là nous voulons dire aussi qu’en se choisissant il choisit tous les hommes. En effet, il n’est pas un de nos actes qui, en créant l’homme que nous voulons être, ne crée en même temps une image de l’homme tel que nous estimons qu’il doit être.

La lecture finie, le lecteur s’attend à une analyse fouillée et démonstrative, une construction exemplaire d’une critique philosophique de haut vol.

Pour tout dire, je m’y étais attelé, étant observé que le sujet (…) étant assez maîtrisé depuis des décennies, la chose s’avérait assez facile. Au-delà même de la guerre théorique entre structuralisme et spinozisme contre l’existentialisme sartrien (des milliers de pages en ligne, dont les miennes), l’adolescence des propos de Sartre dans le texte précité est assez patent. J’ai écrit des milliers de fois qu’il s’agissait d’un texte adolescent, la volonté et la possession de soi étant ses caractéristiques (“l’homme est responsable de ce qu’il est”, le pauvre de sa pauvreté, l’ouvrier de sa condition, le désespéré de son inaction, le suicidé de sa mollesse. Ici, je fais dans la facilité car dans le texte que j’aurais du écrire, je me devais de convoquer Spinoza et son immense réflexion sur le fait que “l’homme n’est pas un empire dans un empire” ou encore Lévi-Strauss sur la magnifique raclée qu’il donne à Sartre dans le dernier chapitre de la “Pensée sauvage”, par le biais de l’histoire et sa fin au regard de l’événement sartrien.

Je ne peux m’empêcher néanmoins, trop avide de rappeler l’essentiel (qui n’est pas l’essence) de citer Baruch Spinoza et un extrait de sa lette à Schuler

Une pierre reçoit d’une cause extérieure qui la pousse une certaine quantité de mouvement, par laquelle elle continuera nécessairement de se mouvoir après l’arrêt de l’impulsion externe. Cette permanence de la pierre dans son mouvement est une contrainte, non pas parce qu’elle est nécessaire, mais parce qu’elle doit être définie par l’impulsion des causes externes ; et ce qui est vrai de la pierre, l’est aussi de tout objet singulier, quelle qu’en soit la complexité, et quel que soit le nombre de ses possibilités : tout objet singulier, en effet, est nécessairement déterminé par quelque cause extérieure à exister et à agir selon une loi précise et déterminée.
Concevez maintenant, si vous le voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, sache et pense qu’elle fait tout l’effort possible pour continuer de se mouvoir. Cette pierre, assurément, puisqu’elle n’est consciente que de son effort, croira être libre et ne persévérer dans son mouvement que par la seule raison qu’elle le désire. Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d’avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron, vouloir fuir. Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire.

Et ainsi : “l’homme n’est pas un empire dans un empire”. L’homme peut avoir conscience de son acte, de ce qu’il fait, de ce qu’il veut. Mais il n’est pas la cause initiale de son action. Son action lui est extérieure. Il a l’illusion d’agir par lui-même mais il ne sait pas la cause derrière son action. Pour illustrer cela, Spinoza prend l’exemple précité d’une pierre qui tombe. Cette pierre a reçu son impulsion extérieure à elle-même, et chute, chute…

Et elle se croit libre de chuter, dans un mouvement magnifique et sublime qu’elle maitrise, dans ce mouvement qu’elle croit avoir généré et qui dépend d’elle.

Je m’arrête ici et constate que je viens de me laisser entrainer dans la démonstration de l’illusion de la liberté alors que je voulais m’arrêter et juste faire lire Sartre dont tous (sans liberté de pensée) peuvent constater l’inanité de cette pensée produite au Flore ou sur un bureau de style Louis XV, sur lequel trône une plume d’encre violette et chic.

Tant pis, je n’efface pas.

J’aurais pu citer Levi-Strauss et la structure, dans laquelle le sujet, “l’homme” se fond, sans en être malheureux, peut-être même au contraire, Sartre ayant bien vu, dans son bureau, entre deux relations avec ses fans, un peu jaloux de la vigueur et de la beauté de Camus, la relation entre responsabilité , liberté et “angoisse”. Mais c’était pour le roman- photo de la théorie. L’angoisse de la liberté n’existe qu’à Saint-Germain- des près. Et, encore, dirait Gréco, qui vient de mourir, c’est jouissif sur une musique de Miles Davis. L’angoisse n’a pas besoin de liberté et peut être même un “invariant’-“ (un concept structuraliste) de l’humain, dans le processus de son insertion dans le monde

Je vais donc arrêter ici, l’ennui étant en train de poindre. Et je ne colle même pas, comme à l’habitude, des textes sur le sujet qui sont dans mon ordi.

Je pose simplement la question au lecteur. Encore une fois, celui de son “placement”, comme je l’ai écrit dans un précédent billet. Où êtes vous, lecteur ? d’où parlez-vous, lecteur ? de la volonté suprême en vous, de votre maitrise du temps, de votre envol inespéré non pensé? Que dites-vous ? “je crois que” ou “Où puis-je me situer dans les théories du monde ? Suis-je dans l’idéalisme du sujet ? Dans le process de la structure qui n’exclut pas son détail immense (l’homme) ?

Placement donc., encore. Ce qui sauve et nous éloigne du charabia ou de la croyance en l’extraordinaire pensée que l’on possède “personnellement” (moi, “personnellement, je pense que …”

La question sartrienne a le mérite, au moins, de nous faire nous interroger sur une croyance en une essence (Dieu, peut-être), en sa responsabilité, en la détermination de nos actes qui n’est pas une plaie si on le sait, pour pouvoir (encore) jouir de la connaissance du vide. Ou du plein, c’est comme l’on voudra, en fonction de son humeur , laquelle n’est pas une liberté.

PS. Je reviendrai, encore plus sérieusement, sur la question. Certain qu’on attendait plus. Mais j’ai (un peu) évité la critique de la théorisation à outrance. La fatigue de la nuit a vaincu.

PS2. Je promets de coller dans un prochain billet ce qui a pu être écrit de plus pertinent sur ladite question. Juste pour se placer.

alibivirus

Mon titre n’est pas explicite. On veut simplement, par un billet très, très vite écrit, presque un coup de gueule, dire que le virus s’est transformé en prétexte. Plutôt en couverture, en alibi.

L’ennui existait avant le Covid, y compris celui des jeunes dont on veut nous faire croire qu’il s’agit d’une génération sacrifiée par le sauvetage des âgés, à grand risque pulmonaire. Les jeunes étaient dans le désarroi, par l’économie, ou par, peut-être, un effondrement prévisible et classique d’un maintien dans la lutte (« maintiens-toi », dit-on dans le Sud) inhérent à la jeunesse. Nous avons, aussi, été des idiots. Les jeunes ont « leur » idiotie, comme les « vieux” .

Des philosophes, des prétendus penseurs, que j’ai depuis abandonnés, tant leur réaction à la période était plus dans le champ du marketing de la formule provocatrice, que de celui de la pensée raisonnée (pas toujours raisonnable mais gagnante) ont vilipendé ce temps d’une génération prétendument « sacrifiée ».

Rien que de plus faux. Le conflit intergénérationnel, exacerbé par les phrases irresponsables de notre Président adolescent qui veut s’approprier les voix des « jeunes » («C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 »,clame-t-il, pour se faire réélire) est un mythe, un mensonge, une escroquerie. Les jeunes, comme il y a 10 ans ou 5 ans sont à la dérive, exclusivement par la dérive de l’économie et peut-être un « non-like » de la vie, appuyé par l’inculture et la facilité d’une opinion qu’ils estiment sidérale, soutenue par l’incommensurabilité de son amplification, de sa propagation en ligne. Le micro ne fait pas la pensée.

Quant aux « vieux » qui se plaignent de cette période d’isolation, de cette « souffrance » du confinement qui les empêcheraient de voir leur progéniture ou leurs « vieux » amis, ils se terrent dans la même idiotie.

Il y a un problème. Et il faut le résoudre. Et le confinement qui n’est pas, pour la majorité qui ne sont ni dans des EPAHD, ni dans la solitude, n’est qu’un moment, pas dramatique, ni définitif, à passer.

Le jeunes dans les tranchées de 1914-1918, étaient, eux, une génération sacrifiée, plus que celle d’aujourd’hui, laquelle, malheureusement écrasée par l’économie en mutation (non, le plein-emploi est un mythe et dans 20 ans, le travail ne sera plus une valeur) mais qui peuvent, aidés par parents et l’État, boire une bière, désormais au troisième étage d’un immeuble et non au café du coin ne sont pas « sacrifiés ». Ils sont, au demeurant moins que « les vieux » dans un trou qui n’est pas creusé par le virus qui est devenu le « prétexte » du malheur. Comme si l’on expliquait la tristesse par un coin de ciel gris.

Il faut donc stopper les lamentations.

Notre Président est un avaleur de voix électorales et un vrai adolescent. Et quand un adolescent se plaint de lui, le monde cesse de tourner. Juste pour lui.

Il faut combattre ce virus. Il faut accepter le confinement.

Et, surtout, ne pas le prendre pour prétexte d’un mal-vivre qui s’est installé depuis des années, explicable par mille fondements. Qui n’a pas pris naissance dans le Covid, à la rescousse de tous les malheurs du monde que les poètes ou plutôt les bons romanciers ont crié, depuis des siècles, du haut de leur toit lucide.

Le virus n’a pas de corps. Il est sans forme. Mais on le façonne, matériellement.

Il a « bon dos ».

1 = 8, le miracle

Hanouka. Ce soir, c’est la fête juive dénommée « Hanouka ». J’ai pu dire, à l’instant, qu’il s’agit d’un combat contre les grecs, dont tous, y compris moi, mais pas toujours si on me lit, vante les philosophes de la prétendue « sagesse ». Et qui, pourtant au deuxième siècle avant notre ère, contre la liberté dont tous clament qu’il s’agit de leur invention, étaient de vrais impérialistes. Empire oblige.

A cette époque, la Judée fait partie de l’Empire grec, mis en place par Alexandre le Grand.

Les juifs, dans l’Empire, pouvaient pratiquer leur religion, liberté de culte garanti par le roi Antiochus III, qui avait conquis la Judée, contre l’Égypte,

Mais son fils revient sur la tolérance et interdit aux juifs la pratique de leur religion qui va à l’encontre de l’hellénisation de l’Empire qui suppose le culte des dieux grecs dans le Temple de Jérusalem. La fête de Hanouka commémore la victoire du judaïsme contre cette interdiction, contre une “assimilation”.

Mais il ne faut pas croire que tous les juifs se sont révoltés et ont gagné leur liberté. Il ne faut pas hésiter à dire qu’une partie de la population juive était favorable à l’assimilation hellénistique, en soutenant le roi grec.

Les Macchabées. Les résistants sont les Hasmonéens, un groupe de prêtres, avec à sa tête Mattathias, son chef qui demande, par la suite à son fils Judah, surnommé le Macchabée, (« le marteau ») de la continuer. Les Macchabées, donc, nom de l’armée et nom du livre de la Bible qui relate cette histoire. Armée petite et déterminée, qui va vaincre les grecs, reconquérir Jérusalem, détruire les autels des dieux grecs et édifier les nouveaux temples juifs.

Inauguration. Un temple renait à Jérusalem. Et Hanoukah signifie « inauguration”, celle du Temple de Jérusalem reprise aux grecs.

8 branches. Pendant la fête de Hanoukha, on allume tous les soirs une bougie d’un chandelier à huit branches, la « hanoukhia ».

La Bible ne nous donne pas l’explication de cette pratique qu’il faut aller chercher dans le Talmud lequel, sur le mode du conte, décrit la scène : le temple est repris, déshellénisé, et dans les décombres, les Macchabées découvrent un flacon d’huile sainte qui a survécu dans les temps. Ils veulent utiliser cette huile pour rallumer le chandelier à sept branches, la ménorah, laquelle depuis l’instauration du judaïsme doit brûler en permanence.

Mais la fiole d’huile n’est pas suffisante, elle ne suffit que pour un jour. Et pour fabriquer de l’huile, à partir d’olives, les broyer, extraire le jus, il faut huit jours.

Que faire ? Simplement attendre le miracle qui vient :  l’huile de la fiole retrouvée va brûler pendant huit jours. C’est pourquoi, d’après la tradition juive, on célèbre depuis lors une fête de huit jours, hanouka, pendant laquelle on allume chaque soir une nouvelle lumière d’un chandelier à huit branches. Simple.

Fête des lumières, fête de l’attention, de la régularité, de la quotidienneté illuminée. Belle fête, dont les beignets et autres douceurs emplissent la table joyeuse du premier soir.

C’est une de mes fêtes préférées. L’allumage du soir de l’une des huit bougies est comme la création d’une galaxie nouvelle, des univers de lumières infinies. Le geste et le reflet de la lumoière sur un front concentré, un peu dans la pénombre se substitue à la prière. Le monde est en feu. De joie.

Je me souviens qu’adolescent, alors que je racontais cette histoire, j’ai donné un petit coup de poing dans le plexus d’un petit collégien, lequel, connaissant l’argot des romans de Frédéric Dard, auteur des San Antonio, m’avait crié que je me trompais, les Macchabées étant des cadavres. Désolé.

vocis bis

Flatus vocis

A l’instant même, il y a quelques minutes, on vient de me téléphoner. Juste pour me dire que j’avais effacé mon billet sur “l’air ébranlé” ou “un truc comme ça”. Et que c’était pas bien d’effacer ses billets. L’interlocuteur en avait besoin, immédiatement, pour alimenter une conversation dont il me disait que justement elle était tellement “creuse” (comme beaucoup en ce moment), qu’il fallait qu’il “case” la fameuse citation latine que j’avais donné à lire et à utiliser. Il avait oublié. Ce qui est normal pour un non-latiniste.

Je lui ai répondu que je n’effaçais jamais mes billets, sauf dans les minutes qui suivent une publication hasardeuse et inutile. Et que la fonction “recherche” de mon mini-site fonctionnait parfaitement. Je redonne le billet, écrit, il y a bien longtemps, mais toujours d’actualité, semble-t-il. Du moins à l’heure de l’apéro. Je ne sais ce dont il est question dans cette conversation. Sûrement du Covid, ou du vaccin, ou du floutage de visages de flics ou des manifs sur une Loi, qui permettent aux non-masqués de moins s’ennuyer. J’espère, qu’en retour, on va me la raconter, cette conversation dans le vent. Juste un clic ci-dessous pour l’accès à ce vieux billet…