A la manière de …

J’avoue, sans le feindre, mon étonnement. Dans le 1/4 h qui a suivi la mise en ligne de mon précédent billet sur « la fécondité des malentendus »,  j’ai reçu un message d’une trop chère amie, trop admirable, trop gentille, une vraie gentille, qui m’a posé la question de savoir qui était ce Professeur Libellule auquel Levi-Strauss faisait allusion lorsqu’il écrivait avec « ironie » à Roland Barthes qui s’en était (le malentendu) délecté.

Je réponds donc immédiatement.

À la manière de... sont des petits ouvrages écrits par Paul Reboux et Charles Muller. Ce sont des « pastiches classiques » qu’on peut se procurer en Poche.

Je livre ci-dessous, plutôt que de paraphraser la présentation de l’Editeur pour l’un des ouvrages (il y en a eu plusieurs)

« Faveur critique et enthousiasme public ont accueilli la publication des  » A la manière de… « , entre 1908 et 1950. Aujourd’hui encore, ces pastiches, oeuvres de deux lettrés humoristes, demeurent des classiques du genre. Le présent recueil en rassemble dix, qui sont autant d’invitations au voyage dans l’histoire littéraire, de La Fontaine à Conan Doyle, en passant par Chateaubriand, Hugo, Baudelaire, Flaubert, Zola, Daudet, Verlaine et Loti. Esprits ironiques, préparez-vous à rire ! Nul doute que ces dix pastiches séduiront les élèves par leur verve et leur humour indéfectible. Véritables critiques littéraires par imitation et variations, ils permettent de travailler plaisamment les différents ressorts du comique, ainsi que les notions de genre et de courant, tout en s’inscrivant parfaitement dans la thématique des réécritures. Un groupement de textes sur quelques-uns des auteurs pastichés, moins familiers des élèves, complète utilement leur étude. Nieaux 3 et 4 : recommandé pour les classes de troisième, seconde, première et terminale (enseignement général), et pour les classes de seconde, première et terminale (enseignement professionnel). »

Je copie encore un extrait d’un critique blogueur dénommé Gill :

« La littérature est ici passée à la moulinette !
« A la manière de … » de Paul Reboux et de Charles Muller.
Derrière les deux hommes de lettres se cachent l’insolence, l’irrévérence et l’impertinence.
Paul Reboux est écrivain et critique de théâtre.
Charles Müller est journaliste.
Une fois de plus, en 1913, à quatre mains, ils vont contrefaire, tricher et mentir …
C’est sur le premier acte d’une pièce inconnue jusque là que s’ouvre cet étonnant recueil.
La pièce a été colligée, annotée et interpolée par Mr Libellule, professeur de troisième au lycée de Romorantin.
Quoi de très étonnant si ce n’est le titre et l’auteur de ce morceau de scène jusque là négligé ?
« Cléopastre » de Jean Racine !
Auguste, empereur de Rome y côtoie Antoine le général romain, qui est l’amant de Cléopastre, la reine d’Égypte, elle même amante d’Auguste …
Voilà ce que nous offrent Paul Reboux et Charles Müller : du théâtre, de la poésie, de la littérature et du faux-semblant.
Car dans ce livre les moulures sont magnifiques – ou pas.
Mais elles sont en toc !
Mais pour s’aventurer dans ce décor, il faut connaître quelque-peu les auteurs choisis.
Car, comme quand j’imite tante Berthe autour de moi, l’exercice pour réussir nécessite quelques petites références.
Sinon le soufflet ne lève pas.
Pourtant quand il lève, alors, quel plaisir !
Gabriele d’Annunzio aurait écrit « le mythe de Pasiphae » …
Chateaubriand « Troulala » et Paul Déroulède « le salut du drapeau » …
Georges d’Esparbès aurait cru en l’amour avec « Nativité », ce petit conte de noël …
Henry Bataille aurait jeté sur la scène « la marâtre en folie » …
Paul Fort, le prince des poètes, aurait fait « la sieste à Fouillis-en-Lézois …
G. Lenotre aurait vécu « la nuit de Ferney » …
Max et Alex Fischer aurait joué quelques « variations sur un thème connu » …
Stéphane Mallarmé aurait chanté de petits « Sonnets » …
André de Lorde, réveillant les pires de toutes nos peurs, aurait convoqué « le docteur Coaltar » …
Charles Péguy y aurait psalmodié « les litanies de Sainte-Barbe » …
Marcel Prévost aurait envoyé une « Lettre à Françoise adultère » …
Brieux y aurait jeté sur la scène « Les déserteurs » …
Albert Bonnard y ferait « La chronique de la pluie et du beau temps » …
Rudyard Kipling y conterait « La plus belle chanson de la jungle » …
Émile n’y aurai qu « Une idée par jour » …
Henry Bernstein y offrirait une pièce en trois actes : « La triche » … 
Paul Reboux et Charles Müller s’amusent aux dépens de grands noms de la littérature.
En faut-il du talent pour briller dans ce périlleux exercice.
Il l’ont !
Et plus encore …
Pour finir, ils posent une question :
« que pensez-vous de l’automobile ? »
Auguste RodinJules Claretie, Mariani, Octave Mirbeau, Cécile Sorel, Bérenger, le docteur Doyen, le directeur du « Mâtin », Léon Frapié, Rotschild, Colette et Mme Séverine vont tenter d’y répondre.
Mais ont-ils vraiment entendu la question ? …

Pastiche et humour décapant. CLS n’était pas très gentil en faisant allusion au Professeur Libellule. Barthes pris en délit de pasticheur, pastiché par un pasticheur de haut niveau.

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