Az, le magicien

Evidemment, je n’ai jamais été un fan d’un quelconque artiste. Evidemment. Ni un admirateur forcené d’un artiste, d’un écrivain vivant. Certainement l’orgueil au galop. J’ai, cependant écrit un jour, une longue  lettre à un écrivain, Ian Mac Ewan, pour lui dire que son « Samedi » était un chef-d’oeuvre. Ma lettre était sublime. J’avais même imaginé qu’elle aurait été publiée en nouvelle préface à la sortie du bouquin en poche.Mais j’ai du faire une erreur dans l’adresse du mail puisqu’il ne m’a pas répondu.

Tout ce que je viens d’écrire est vrai, sauf qu’évidemment, je me moque de moi.

Sauf aussi que je mens.

J’ai toujours adoré Aznavour. J’ai même gagné, jeune, un radio crochet dans une salle comble en chantant ses « deux guitares », la seule chanson où il insère un peu d’arménien. J’aime les arméniens et ma meilleure amie a été une vieille dame de près de cent ans qui savait dire 21 mots de français, mais avec laquelle, curieusement, j’ai passé des soirées éblouissantes. Elle était venue à pied de Turquie avec sa fille de quelques mois. On riait, elle pleurait aussi.

Mais je m’éloigne de mon sujet qui n’est pas celui du peuple arménien mais Aznavour.

C’était un roi.

Pour mon bouquin sur le « romantica », un peu en retard, pour mille motifs, j’ai demandé, c’est dire, à un ami dessinateur de me concocter une magnifique couverture : Dalida , languissante, regardant langoureusement Aznavour lequel, faussement bravache, soutenait le regard, la nuque roide et la cravate bien mise.

Aznavour était un prince de la bonne tristesse, celle de l’amour qui renait sans cesse, un talent énorme pour dire la vie amoureuse qui est, bien sûr, la vie tout court.

Rien, absolument rien, n’est nul chez Aznavour.

Quelques amis m’ont appelé aujourd’hui, certains de ma tristesse, tous ceux qui, dans des fins de soirée arrosée m’avaient entendu chanter comme Aznav et prendre la parole des heures pour vanter ses mots, sa voix, son immensité.

Ils m’ont rappelé qu’ici même je lui avais, comme une prémonition, rendu un hommage par son « aie, mourir pour toi » que je fredonne souvent aux feux rouges parisiens.

Dieu que son départ nous rend triste…

Je viens de rechanter ce soir, seul, pas sous la douche, droit dans mon salon, la chanson qui me l’a fait découvrir sur le Teppaz de mes parents , son « il faut savoir ».

Je la chante aussi bien qu’avant.

On n’excelle que dans ce qu’on aime.

J’organise dans ma maison, en Octobre une soirée Aznavour. Tous les invités devront chanter une de ses chansons.

Je suis donc un fan.

 

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