Virgule mortelle

Dieu que les règles de la ponctuation française sont difficiles, surtout dans l’usage de la virgule, m’a dit un ami féru de littérature et qui s’y essayait depuis peu.. Je me suis souvenu d’un mot de Jean-Francois Revel sur le sujet. Je l’ai retrouvé.

Je ne résiste pas à reproduire ici sa petite plaisanterie grammaticale.

« Je connais des simplificateurs qui voudraient supprimer toutes les virgules. Mais prenons la phrase suivante : « Untel n’est pas mort comme on l’a dit » ; et celle-ci : « Untel n’est pas mort, comme on l’a dit. » La première signifie : « Untel est mort, mais pas comme on l’a dit » ; la seconde : « On a dit qu’un tel était mort, mais c’est faux. » La virgule est une question de vie ou de mort. »

J-F. R

Job

«Il fait le Job » avais-je sorti, un soir d’hiver, dans un diner.
Tous se sont retournés vers moi, perplexes. Le sujet ne se prêtait pas à cette répartie abrupte. Il n’était, en effet, question, dans cette discussion laborieuse, que d’un ami qui trouvait injuste son licenciement, après des années de loyaux services dans une Entreprise. Et ce alors qu’il était d’un dévouement et d’une compétence sans bornes, reconnue par tous, y compris quelques heures auparavant par le dirigeant.

On me faisait injonction de cesser la moquerie, l’ami était déprimé, malheureux. Je me souviens encore des yeux implorants du maître de maison, fixés sur moi, espérant l’évitement, par ma magnanimité, d’un débordement crispé, gâcheur de fin de soirée. Pourtant, il savait que je n’avais jamais gâché une soirée, mettant un point d’honneur méditerranéen à l’enjoliver.

Un prétendu concurrent dans le mot choisi et l’humour de circonstance, que tous, flagorneurs de service ou peureux de les subir, m’affublent, a même dit, je vous l’assure, tout en caressant, dans une mise en scène du ressort d’un film de série B, son verre vide et presque crasseux à cette heure avancée : « Non, il ne fait pas le Job, il n’en a plus… ! »

J’ai fait semblant de rire et d’apprécier le jeu sémantique et j’ai alors précisé mon propos, ajoutant que je venais de découvrir ce « Livre » de la Bible. Ce qui était évidemment faux. Mais il faut toujours faire semblant de ne pas connaitre pour éviter la critique contre celui qui « veut en mettre plein la vue ». Et quand on dit qu’on vient de découvrir, l’amortissement est de mise. Ce n’est pas le sujet et je n’insiste pas, ni n’explique plus avant. Mais vous m’avez compris.

Donc, il faisait le Job, celui de la Bible, celui qui demande à Dieu D’où vient le mal qui m’atteint ? Pourquoi me vise-t-il, moi qui ne suis coupable de rien ?” Et Dieu ne répond pas, ne donne pas d’explication, le laissant à sa plainte.

Job nous a toujours fasciné. Par son amour de Dieu, malgré le mal qui l’accable. Job accorde son pardon à Dieu. Et à l’injustice. Le mal est oublié. Il subit avec amour. Dieu ne peut être injuste, même s’il l’est. Fascinant ce versant humain, cette face cachée de Dieu.

Mieux encore, on a pu lire qu’en réalité Dieu est faible et il faut l’aider.

Que :« Face au mal, Dieu est faible. C’est même l’homme qui se retrouve parfois dans la position d’aider Dieu, de lui porter secours. Au fond, la puissance et la faiblesse de Dieu ne s’opposent pas. Pour les chrétiens, par exemple, Dieu se donne à travers son fils crucifié. Par ce geste, il manifeste à la fois sa faiblesse et la puissance de son amour. L’idée de Dieu ouvre donc des possibilités de vie en dépit de l’absurde et de l’injustifiable. Mais si Dieu est quelqu’un à qui l’on peut adresser ses plaintes, il est également quelqu’un à qui l’on peut exprimer sa gratitude les jours de joie. » (Nathalie Sarthou-Lajus, Philosophe, rédactrice en chef adjointe de la revue jésuite « Études ». Entretien avec Marcel Conche.

Mais je laisse le lecteur relire et réfléchir et je reviens à mon « il fait le Job ».

A vrai dire, et c’était mon propos, on devrait tous « faire le Job », du moins dans sa première lamentation, avant qu’il ne se plie à la raison divine, mystérieuse et donc acceptable.

A défaut :

– soit on est indifférent à l’injustice, y compris celle qui nous frappe. Et on est idiot.

– soit on n’est pas indifférent à l’injustice et on l’accepte, on ne se plaint pas, on mérite tout et son contraire. Là on est masochiste ou mystique. Ce qui peut être compatible, si l’on reprend l’histoire de la flagellation.

Il faut donc faire le Job. Question de survie.

Non ?

La discussion théologique sur le dessein de Dieu, son absence, son retrait du monde, ou encore comme le dit Hans Jonas dans son immense bouquin (« le concept de Dieu après Auschwitz) mérite évidemment autre chose que ce minuscule billet qui, encore une fois, n’est que d’humeur. Lilliputien dans la production.

On est prêt à l’aborder avec les croyants, les pratiquants, les seuls êtres intéressants, et que je respecte plus que les agnostiques qui ne prennent pas parti, les pleutres de la vérité, car eux au moins, mes amis religieux, caressent la périphérie de l’absolu ou de l’infini, deux mots, en réalité, équivalents qui peuvent, dans un mouvement presque céleste, être glorifiés par tous les recéleurs habités des beautés trop diaphanes.

On a compris que je ne plaisantais donc pas en affirmant qu’il « faisait le Job ». Rien n’est plus sérieux. Rien, s’agissant des hommes devant le souffle du néant et leur plainte lorsque le bleu se noircit.

Que vive le bleu du ciel…

Du plomb dans l’aile

Débat, à l’occasion de la petite résolution d’une question professionnelle, sur la supériorité de l’abstraction et la voie déductive . Je défends, évidemment, le propos.

Et voilà que s’approche, en souriant, un collaborateur, qui, d’emblée, se proclame »empiriste » et nous sort la fameuse phrase de Francis Bacon :

« Ce ne sont pas des ailes qu’il faut à notre esprit, mais des semelles de plomb. »  Prépondérance de l’expérience sur l’abstraction, selon l’empirisme.

J’en suis resté bouche bée, tant l’entreprise n’est plus un lieu de réflexion. J’ai apprécié, mais ne pouvait acquiescer ou entrer dans un débat trop long. On m’aurait coupé la parole.

J’ai cependant gagné la petite partie, sans aborder le fond (l’empirisme est une tautologie du réel) en trouvant le jeu de mots : le titre de ce billet.

L’esprit a absorbé la chose.

Agacement

Je vais coller un extrait d’un commentaire sur le dernier bouquin dirigé par Philippe Descola qui a pu nous intéresser un temps dans la recherche de l’origine de la distinction construite entre nature et culture.

Mais il en a tellement fait dans la théorisation de l’idéologie écologiste primaire,violente, irréfléchie et dangereuse qu’on l’a abandonné.

On n’a pas eu tort lorsqu’on lit des extraits ou des commentaires qui ressortent de la BD philosophique inventée pour de nombreux humains, fainéants, lecteurs de rien, écouteurs de malheur, pourfendeurs de tout, y compris d’un petit bonheur de l’écoute d’une mauvaise chanson de variétés, bref les ennuyeux du Monde. (le journal et le cosmos)

Je colle et ne commente pas. Le week-end est consacré au repos de l’esprit qui, calme, cherche hors du convenu. Lequel est devenu vraiment fatigant tant les lignes ou les pages qui suivent celles qu’on aborde, avide d’une nouvelle connaissance, deviennent plus que prévisibles : agaçantes. Lisez. Vous allez peut-etre adorer. Ce qui vous permettra de vous éloigner facilement d’ici.

« la mise au point d’outils analytiques qui permettent de passer d’un monde uniforme ordonné par une division majeure entre la nature et les cultures à des mondes diversifiés dans lesquels humains et non-humains composent une multitude d’assemblages. L’abandon de nos schèmes d’analyse naturalistes permettraient de mieux déchiffrer ces rapports de monde. Il serait alors plus évident de concevoir que lorsque les communautés autochtones défendent un volcan andin, menacé par une compagnie minière, il ne s’agit ni de la manifestation de superstition folklorique ou puérile, ni de la volonté de protéger une ressource mais de la défense d’un « membre de plein exercice du collectif mixte dont les humains forment une partie avec les montagnes, les troupeaux, les lacs et les champs de pommes de terre » (p. 134). Un tel changement de perspective peut alors « offrir matière à réflexion quant à la transformation de nos propres institutions politiques » (p. 126) dans la mesure où nous pourrions alors envisager les rapports de mondes sous l’angle du « collectif » : « ce ne sont pas les individus humains qui constituent les sujets politiques, ni même les assemblages autonomes au sein desquels les êtres de chaque espèce s’associent avec leurs congénères pour exister souverainement. Non, les véritables sujets politiques, ce sont les relations entre les collectifs » (p. 133).« La nature n’est plus ce qu’elle était » : ce n’est donc pas de nostalgie dont s’il s’agit, mais d’un deuil des représentations et des usages de la nature dans la pensée occidentale. Si la conception de la nature s’étiole, c’est pour mieux en retrouver l’existence, notamment par une conceptualité renouvelée portée par les notions de « relations », de « rapports au monde » et de « collectifs » dont la valeur est aussi théorique que pratique. Compte tenu de la diversité des domaines convoqués, la lecture de l’ouvrage est, certes, très exigeante mais elle offre de nombreuses pistes pour envisager les relations entre les collectifs humains comme non-humains afin de « penser à nouveaux frais l’action politique et le vivre-ensemble dans un monde où nature et société ne sont plus irrémédiablement dissociées » (p. 135).Les Natures en question, sous la direction de Philippe Descola, Paris, Éditions Odile Jacob, octobre 2018, 336 p., 26,90« 

Lieu

« La beauté d’un lieu n’existe pas en soi, si tant est que la beauté existe en soi. Ce qui est loin d’être certain. La beauté du lieu est toujours fabriquée par du sentiment. L’euphorie ou le blues génèrent le lieu, d’abord neutre, en suspens, dans l’attente de sa construction. Puis le sentiment caresse le paysage pour en faire un parmi les beaux ou un trou gris de tristesse. Aznavour a raison avec son Venise. Il faut aller dans un lieu quand on veut l’embellir et rester chez-soi si l’on n’est pas sûr de jouir de l’endroit »

C’est le texte du mail que je viens d’envoyer à une amie qui me demandait si une petite ville d’un pays du Sud, dont j’avais vanté « la beauté  » valait le coup pour une escapade amoureuse.

Elle doit être très amoureuse et a peur d’une évaporation de son sentiment dans un lieu triste.

Elle m’a envoyé dix mails pour d’abord me l’avouer et me remercier.

Pour me dire aussi qu’elle aimerait bien que le lieu du voyage entrevu avec je ne sais qui, soit laid, « pour fabriquer sa beauté « . Elle en est sûre. C’est cette certitude qui construit tous les instants à venir. Le futur embelli vaut tous les présents déjà ensevelis. Elle est en forme. Amoureuse.

C’est ma B.A du jour.

La question

Il y a quelques années, je voulais régler un compte avec Sartre et sa « question juive » texte que je trouvais assez idiot, Et dangereux. Presque antisémite…

J’avais ecrit des pages et des pages sur cette idiotie. Mais ma modestie (qu’à vrai dire, désormais, je regrette, quitte à paraître immodeste par cette observation) m’avait empêché de publier quelque part.

En résumé,je vilipendais ce faiseur de Sartre (un faiseur peut être talentueux, intelligent et lisible) qui niait l’existence même du peuple juif lequel, à le lire, n’existait pas en soi, mais n’était qu’une création de l’antisémite. Ici, si l’on veut jouer avec les mots de l’existentialisme, l’essence de l’antisémite précédait l’existence du peuple, en le laissant loin derrière, effacé.

J’ai abandonné les feuillets géniaux contenant ma pensée unique quelque part, je ne sais où. Sûrement sur un banc, ou plutôt une chaise, à l’époque payante du Jardin du Luxembourg.

Je suis tombé il n’y pas longtemps sur celui, sur le même thème qu’a écrit Comte-Sponville dans son bouquin « Le goût de vivre » paru en 2010.

Je trouvais ce texte assez spécieux, inégal, obscur, presque idiot.

J’avais aussi écrit et jeté.

J’ai retrouvé le texte de Comte-Sponville.

Je le colle ici.

Et je vais tenter de me souvenir de ce que j’avais, magnifiquement écrit à l’époque, il y a neuf ans.

Si ça ne me revient pas, c’est que je n’ai rien à dire. Ce qui m’étonnerait. Je suis dans des jours d’immodestie. Je teste la posture. Et j’avoue que ça fait un peu de bien. Une amie m’a soufflé la tare de l’effacement par principe. Je réfléchis à son effet. Elle doit avoir raison de dire que ma modestie est trop tenace. Et ce même si je lui réponds qu’il s’agit de politesse. Elle me répond immédiatement que c’est se moquer du monde et des autres qu’on trouve un peu bête. Le modeste dit-elle est un grand orgueilleux. Je laisse dire…

Donc le texte et je reviens plus tard.

« La question juive

André Comte-Sponville

La recrudescence de l’antisémitisme, en France comme en Allemagne ou en Italie, est un phénomène, pour quelqu’un de ma génération, aussi étonnant qu’inquiétant. Dans les années soixante ou soixante-dix, on pouvait croire ce danger-là, au moins, éliminé. Il n’y avait plus que les vieux cons pour être antisémites, et encore l’étaient-ils en cachette, presque honteusement. De toute ma jeunesse, je n’ai pas le souvenir d’avoir rencontré un seul antisémite, ni d’avoir entendu mes amis juifs, à quelques très rares exceptions près, se plaindre d’en avoir eux-mêmes été victimes. L’antisémitisme semblait ne concerner que leurs parents, ou les nôtres. Pour les jeunes, ce n’était qu’un objet historique, qu’il importait certes de ne pas oublier, mais dont on n’envisageait guère qu’il puisse renaître et se développer. Il y avait plus urgent à combattre, plus faible à défendre. Les vraies victimes du racisme, toutes ces années, et encore aujourd’hui, c’étaient d’abord les immigrés, surtout maghrébins ou africains. Les pogroms n’étaient plus un danger ; les ratonnades, si.
Il va de soi que la montée de l’antisémitisme, dans la dernière période, n’entraîne aucun recul, tant s’en faut, des autres formes de racisme. La haine nourrit la haine, et les bêtises s’additionnent. L’antisémitisme, dans ce concert atroce, reste pourtant singulier et mystérieux. Pourquoi haïr à ce point des gens qui nous ressemblent tellement ? L’étranger fait toujours peur, et d’autant plus qu’il est plus différent. Comment peut-on être Persan ou Malien ? Mais ce que montre l’antisémitisme, c’est que cette peur de la différence n’explique pas tout. Les Juifs français, dans leur très grande majorité, sont intégrés depuis des générations, autant qu’on peut l’être. Physiquement, socialement, ils ressemblent à n’importe lequel de nos concitoyens. Ils parlent la même langue, ils vivent la même vie, ils ont les mêmes métiers, les mêmes loisirs, les mêmes soucis, souvent la même irréligion… Il n’y a plus guère qu’eux et les antisémites pour savoir qu’ils sont juifs, ou pour s’en préoccuper. De là d’ailleurs la tentation d’expliquer ceci (leur être-juif) par cela (l’antisémitisme). C’était, on s’en souvient, la position de Sartre, dans ses Réflexions sur la question juive : « Le Juif est un homme que les autres hommes tiennent pour Juif. » Ce n’est pas parce qu’il y a des Juifs qu’il y a des antisémites, affirmait Sartre, c’est au contraire parce qu’il y a des antisémites qu’il y a des Juifs, ou qu’ils se considèrent comme tels : « C’est l’antisémite qui fait le Juif. »
Je ne m’arrête pas sur ce qu’il y avait là de proprement paradoxal. C’était faire naître l’antisémitisme du néant (si c’est l’antisémite qui fait le Juif, qu’est-ce qui fait l’antisémite?), et si Sartre est coutumier du fait (c’est à quoi se ramène aussi sa théorie de la liberté) cela ne rend pas l’explication plus satisfaisante… Je m’arrête davantage sur un point plus délicat. Sartre reprend, certes pour les
combattre, certains des préjugés traditionnels de l’antisémitisme, dont il semble accepter la vérité au moins factuelle et provisoire. C’est ainsi qu’il disserte assez longuement sur « le goût du Juif pour l’argent », qu’il explique, avec son talent habituel, par une réaction de défense contre l’antisémitisme. Mais le fait est-il avéré ? Pour ma part, je n’ai jamais rien remarqué de tel : ni une cupidité propre aux Juifs, ni (encore moins !) un désintéressement propre aux non-Juifs. Mais passons. L’essentiel, me semble-t-il, est ailleurs. Ce qu’il y a de plus dangereux, dans la position de Sartre, et quelque généreuse qu’en ait été l’inspiration, c’est qu’à force d’expliquer la judéité par l’antisémitisme, on aboutit intellectuellement, et avec les meilleures intentions du monde, au but même que vise l’antisémitisme : à la négation de la judéité ! Si « c’est l’antisémite qui fait le Juif », il n’y a plus de Juifs, ou il n’y en aura plus dès lors que l’antisémitisme aura disparu. L’antisémitisme ne peut donc au bout du compte que l’emporter : qu’il vainque ou qu’il perde, la judéité, elle, est appelée à disparaître, soit physiquement (« solution finale », si l’antisémitisme l’emporte), soit spirituellement (ce qu’on pourrait appeler la « dissolution finale », si l’antisémitisme disparaît et avec lui la judéité). Mais alors, combattre l’antisémitisme, et quand bien même on en est soi-même exempt, n’est-ce pas une façon encore de lui donner raison ?
En vérité, c’est le principe même de l’analyse sartrienne qui me paraît discutable. Je ne crois pas du tout que ce soit l’antisémitisme qui fasse le Juif. Je crois tout le contraire : que le peuple juif, de son propre fait, a introduit dans l’histoire humaine, ou en tout cas occidentale, une discontinuité radicale, ce que Nietzsche, pour le lui reprocher, avait bien vu, et dont nous devons au contraire, me semble-t-il, lui être infiniment reconnaissants. C’est avec les Juifs, explique Nietzsche, que « commence le soulèvement des esclaves dans la morale » et, par là, « la dénaturation de toutes les valeurs naturelles ». Le peuple juif ne se soumet plus à « son instinct vital », comme les autres peuples, mais à « une chose abstraite, contraire à la vie – la morale », non plus à la Nature, comme les Grecs, mais à la Loi. Si l’on ajoute à cela que, pour des raisons historiques, les Juifs, pendant des siècles, vivront étrangers en tous pays (peuple sans terre, peuple sans État, peuple sans autre patrie que de fidélité et d’espérance), et soumis en effet, même quand ils voudront s’intégrer ou rêveront de se dissoudre, à la menace toujours renaissante de l’antisémitisme, on comprend ce que les nationalistes de tous poils peuvent leur reprocher : d’être inassimilables, même parfaitement intégrés, même parfaitement ressemblants, tant qu’ils resteront fidèles, fût-ce de loin, fût-ce sans la pratiquer, à cette Loi qui se prétend absurdement au-dessus des peuples, au-dessus des nations, et même, Nietzsche a raison sur ce point, au-dessus de la vie. Car enfin la vie n’est pas morale (la vie dévore, la vie tue), et c’est pourquoi la morale, en effet, n’est pas naturelle.
Nietzsche reproche aux Juifs d’avoir introduit, dans l’histoire humaine, le poison de la mauvaise conscience. Mais c’est la conscience même, et le seul poison qui interdise de tuer.
La vie serait plus facile, penseront certains, sans les Juifs. Peut-être : parce qu’elle serait moins humaine, et que l’humanité toujours est difficile. C’est à cette difficulté-là que les antisémites s’en prennent. L’antisémitisme est une solution de facilité et de barbarie.
En ce sens, et y compris pour ceux comme moi qui ne sont pas juifs ni n’envisagent de le devenir, la question juive est bien une question, en effet, ou plusieurs, mais qui n’en font qu’une : à quoi es-tu fidèle ? À la nature ou à la culture ? À la force ou à l’esprit ? À la nation ou à l’universel ? À l’instinct, comme dit Nietzsche, ou à la Loi ?
À ces questions, chacun répondra comme il l’entend. Le judaïsme n’est qu’une réponse parmi d’autres, qui n’est pas la mienne. Mais les antisémites voudraient supprimer la question.

Image de l’âme

Il est assez rare de couper court à une conversation très tardive sur WhatsApp en écrivant : « bon ça m’énerve, j’ėteins ». Ce n’est pas mon habitude.

Et pourtant je viens de le faire après avoir lu dans le message de mon interlocuteur (il s’agissait d’une discussion sur la beauté) que « le visage est l’image de l’âme ».

C’est un mot de Cicéron.

Il est tellement facile qu’il énerve. C’est un mot d’écolier, une contrevérité, une idiotie.

Inutile d’épiloguer tant c’est flagrant et réservé aux wikipėdiens de service qui substituent l’anonnement à une minuscule réflexion.

Regardez bien les visages où que vous soyez. Et vous comprendrez.

Belles âmes, beaux visages.

Facile, imbécillité.

Les démons ne sont pas en enfer

Retour. Conversation hier avec un « ami » de très longue date que j’ai retrouvé après des décennies. Joyeux de ces retrouvailles et pourtant la discussion a porté sur la « méchanceté ».

Il faisait le tour des personnes qui ont pu, dans sa vie, comme il le dit simplement, « lui faire du mal ». En m’assurant, je le crois, qu’il ne s’agissait pas de moi, ni de ceux qui, frontalement s’en s’ont pris à lui. Ceux-là disait-il ne sont pas à considérer, déjà enterrés. Mais les autres, ceux qui ne le savent pas, la primarité de leur réflexion les empêchant de savoir qu’ils peuvent « faire mal ».

Vaste sujet, ai-je répondu, très vaste, puisqu’il faut aller chercher du côté de l’illusion perdue ou, plutôt de la désillusion permanente. Le mieux, disais-je (c’était un de mes jours de bonne humeur) est de s’étonner du bien qui vous est fait, par une image, une musique, un visage, un mot et le bénir.En maudissant le temps inéluctable qui effacera le moment fécond.

Puis, conscient du caractère assez simpliste de la réflexion et désirant l’emballer dans une pensée plus acceptable, enrobée de littérature ou de philosophie (ce qui, effectivement rend acceptable l’évidence), je me suis souvenu du mot de Shakespeare dans sa « Tempête » :

L’enfer est vide, tous les démons sont ici ».

Nous disions, adolescents, déformant le vers que « les démons ne sont pas en enfer ».

S’en est suivi une autre discussion sur l’antisémitisme notoire de Shakespeare, laquelle, à vrai dire, n’était pas d’un grand intérêt. C’est, en effet, une autre question, laquelle, elle, peut mettre de mauvaise humeur. Ce qui est inutile.

cru, cruel cruauté

Discussion mythologique aujourd’hui avec des amis. Levi-Strauss, Nature et culture, cru , cuit, cruauté. 

Le cru s’oppose donc au cuit, comme le rappelle Claude Lévi-Strauss lorsqu’il aborde dans « Mythologiques » le passage de la nature à la culture par la cuisson des aliments.

L’on s’est, donc, spécialement aujourd’hui, interrogé aujourd’hui sur la relation, nécessairement existante puisque étymologique, entre le cru et cruauté.

En effet, le terme de cruauté vient du latin crudelitas, lui-même issu de crudelis (cruel, méchant, atroce) et crudus (cru, sanglant).

La réponse est peut-être donnée par le sociologue Michel Wieworka qui voit dans l’acte de cruauté une volonté de déshumanisation de celui qui la subit.

On connaît la thèse : la victime, avilie dans sa dignité, aide le cruel à s’affranchir de toute culpabilité à son égard et de manière générale à s’affranchir dune faute.. En abolissant une humanité par la cruauté, en constituant l’autre en objet, le cruel peut ainsi se déculpabiliser et imaginer qu’il ne commet aucune « faute » à l’égard de l’autre et, partant, à l’égard du monde. Le cruel se blanchit. 

La cruauté d’accompagne ainsi de la brutalité presque animale et du mot avilissant, concomitant de la déshumanisation précitée.

Ainsi la cruauté qui expulse, absout les fautes, déculpabilise, a besoin d’être « sanglante », comme dans une chasse.

C’est donc ici qu’il faut chercher le lien non explicite entre le cru et la cruauté. Le sang et la faute.

Presque une imposture

C’est à l’arrêt, devant un feu rouge trop long qu’on m’a posé la question de savoir où trouver un résumé clair et fécond de la pensée de Spinoza.

La questionneuse (une vraie curieuse) me demande si le texte qu’elle vient de lire dans l’encyclopédie Universalis, signé par Robert Misrahi, est suffisant pour une première appréhension de la pensée du philosophe qui a inventé la modernité.

Je m’énerve un peu, pas trop (c’est fatigant) et lui réponds que je n’arrive toujours pas à comprendre comment ce Misrahi, certainement intelligent, lettré, cultivé, interessant (je ne plaisante pas ) a pu se voir confier, au lieu et place de Henri Atlan, un exposé sur la pensées de Spinoza.

On me demande pourquoi et je réponds immédiatement que je ne vois pas comment un sartrien (JP Sartre) notoire peut comprendre, en tous cas entrer dans la pensée de Spinoza à l’opposé du sujet existentiel sartrien. Mieux encore, son antinomie.

Je suis retourné voir le texte de Misrahi qui m’avait déjà choqué il y a quelques années lorsque j’ai décidé de me consacrer sérieusement à l’étude du Maitre;

Je colle ici un extrait :

Lisez, c’est presque Sartre, de la psychologie de très bas étage. De la transformation d’une structure en sujet, pour faire court.

Dommage, Misrahi  n’est pas un homme vain. Mais infesté par l’existentialisme, il détruit ses vertèbres..

Lisez.

Dans un prochain billet, j’écrirai, très sérieusement, à quel point cette vision du sujet joyeux inc-vent »é par Misrahi dans la pensée de Spinoza est une erreur, à la limite de l’imposture.

« L’homme libre et la joie

Souvenons-nous d’abord de la nature de la servitude : elle ne consiste pas dans la causalité stricte qui lie les idées aux idées et les événements matériels (ou corporels) aux événements matériels. Le déterminisme de la nature (si fortement affirmé par Spinoza) n’est jamais posé comme servitude : celle-ci n’est au contraire que l’ignorance des déterminismes et la soumission à des déterminations externes.

Il n’y aura donc pas contradiction entre déterminisme et liberté si celle-ci est définie non pas comme l’absence de cause et comme l’inintelligible libre arbitre, mais comme la connaissance réflexive de l’affect qui, dissolvant les images et les faux biens, transforme l’affect passif (hétéronome et aveugle) en affect actif (autonome et éclairé). La libération n’est pas la suppression du désir, mais sa transmutation par la réflexion : or cette réflexion sur le désir est toujours possible puisque l’affect est précisément l’idée d’une affection du corps, et que nous sommes toujours conscients de nos idées. Quand nous sommes « inconscients » (l’appétit remplaçant le désir), c’est que nous n’avons que des idées confuses et tronquées sur nous-mêmes et le monde où nous agissons.

Par la connaissance réflexive de la nature et de nous-mêmes, nous pouvons donc transformer le désir passif en désir actif, passant de la dépendance par rapport aux causes externes à l’autonomie qui nous réalise selon notre propre désir et notre propre causalité. Le pouvoir de l’individu se déploie alors effectivement ; son essence singulière se réalise alors authentiquement dans la joie et l’indépendance.

La liberté n’est donc pas la fuite hors de la nature ni la négation du corps, mais bien au contraire la réalisation, dans cette nature et selon ses lois, des puissances conjointes du corps et de l’esprit. Le spinozisme est le contraire d’un ascétisme. Libéré des valeurs transcendantes et objectives, libéré de la peur de la mort et de l’angoisse métaphysique (puisqu’un seul monde est donné, qui est le nôtre), l’homme devient effectivement ce qu’il désire être, et déployant son pouvoir, il accède à la joie.

Ce pouvoir, il est clair qu’il dépend de la connaissance adéquate (réflexive et totalisatrice), puisqu’elle seule peut rendre le désir à lui-même et l’homme à sa causalité immanente. C’est pourquoi la connaissance du troisième genre (qui est la philosophie même) sera la plus haute « vertu «  : la vertu, c’est-à-dire la perfection, n’est rien d’autre pour Spinoza que la réalité. Puissance, réalité, perfection sont identiques. Or seule la connaissance peut conduire le désir à sa plus haute réalité et à sa plus haute perfection. Seule elle est capable de définir, pour chacun, l’« utile propre », c’est-à-dire un bien qui soit à la fois spécifique et réel : seule, par conséquent, elle peut mener le désir à la plus haute joie, qui est de puissance, d’indépendance et de sérénité. La liberté n’est rien d’autre.

On le voit, elle est fondée sur la réflexion, seule capable de réaliser authentiquement le désir par la cohérence des buts finaux et des moyens termes. Et cette liberté réflexive, inséparable d’un authentique pouvoir, a pour contenu la joie même.

C’est pourquoi il n’y a pas de différence entre liberté et béatitude. La liberté comme joie et perfection souveraine est béatitude parce que, ainsi que le recherchait le Traité de la réforme de l’entendement, elle est permanente et continue. La béatitude est donc, comme liberté et joie, le salut même : c’est la plus haute perfection, la plus haute joie et la plus solide des réalités. C’est pourquoi elle est le plus haut contentement de l’esprit et du désir : l’acquiescientia in se ipso, à la fois satisfaction de soi, accord avec soi-même et le monde, et repos actif en soi-même.

Cette joie et cette liberté découlent, on l’a vu, de la connaissance du troisième genre, c’est-à-dire d’une « science intuitive » et rationnelle qui est la philosophie même. Elles découlent donc de la connaissance de l’unité de la Nature, ou Dieu. Comme elle est une joie, on peut la considérer comme un amour : l’amour n’est rien d’autre que la joie accompagnée de l’idée de sa cause. Le suprême pouvoir et la suprême vertu conduisent à l’« amour intellectuel de Dieu «  : relation réflexive au tout de l’Être, qui confère joie et satisfaction, indépendance et liberté.

Par-là, la conscience accède à une certaine espèce d’éternité : non pas l’immortalité empirique et imaginative (il n’y a pas d’âme), mais une manière d’être et de vivre selon la vérité des déterminations essentielles, détachée des contingences empiriques liées au temps ordinaire. Certes, cette « éternité » appartient à l’esprit par essence et par nature. Cependant, puisqu’au terme du long itinéraire que constitue L’Éthique la conscience accède à une joie et à une permanence qu’elle n’avait jamais éprouvées, tout se passe comme si « l’esprit commençait seulement à être » (Éth., V, 31, sc.) et commençait seulement à comprendre les choses sous l’aspect de l’éternité.

Il s’agit en fait d’une « seconde naissance » (comme le disait déjà le Court Traité) : cet amour intellectuel de Dieu, quoique éternel, « a toutes les perfections de l’Amour, comme s’il avait pris naissance » (Éth., V, 33, sc.).

Il s’agit (puisque Dieu, Nature, Vérité sont identiques) d’une naissance à soi, d’une entrée dans la liberté et la joie, et non pas d’une entrée ou d’un voyage dans un autre monde. Le langage même de Spinoza oblige à faire cette précision : c’est que l’allusion aux valeurs mystiques est seulement destinée à suggérer que l’enjeu existentiel du spinozisme (joie, liberté, repos actif en soi-même) est aussi important que l’enjeu métaphysique des mystiques ; la béatitude éternelle n’a, en fait, qu’un sens recevable et c’est, croyons-nous, le sens spinoziste, purement immanent, mais suprêmement exigeant, totalement réflexif et totalement existentiel à la fois.

Donc, lisez, je reviens donc bientôt, étant précisé qu’il y a des bribes de Spinoza dans ce texte, mais mâtiné de psychologisme, on écrase, sous le sujet, la pensée du Maitre. 

Un demi !

Rien ne vaut un bonne bière friche. Et l’on constate, aux terrasses de café qu’il s’agit (à par l’idiot cocktail Pritz à la mode et mauvais) qu’il s’agit de la boisson la plus consommée.

Je n’hésite donc pas à coller ci-)dessous un article de mon « Flipboard » qui m’a assez enchanté, ma consommation de cette boisson étant presque quotidienne.

« Les 6 bonnes raisons de boire de la bière selon la science !

 

De nombreuses études ont prouvé que la bière, à l’instar du vin, pouvait avoir des effets bénéfiques sur la santé, à condition d’une consommation modérée. Voici notre top 6 des effets positifs de la bière sur la santé selon la science. 

Boire de la bière, c’est bien. Mais que ça soit validé par la science, c’est mieux ! Non, vous ne rêvez pas, boire de la bière, d’après la science, c’est bon pour la santé. On savait déjà que boire un verre de vin rouge par jour était bon pour le coeur, mais on imaginait pas tous les effets bénéfiques de la bière sur la santé. Voici le top 6 des meilleures raisons de boire de la bière cet été, selon la science ! 

1. Les os 

Ne culpabilisez plus, après le boulot, pendant une partie de pétanque ou même en vous prélassant à la plage, vous pouvez boire une bière, c’est bon pour votre santé. À commencer par vos os ! La bière contient une importante quantité de silicium, qui permet le développement des tissus osseux. Grâce à une consommation modérée, la bière va donc prévenir l’ostéoporose. En 2009, une étude a démontré que les personnes s’autorisant un à deux verres de bière par jour avaient une densité osseuse plus élevée que les autres.

2. Le coeur  

Une petite mousse, à l’instar du vin rouge, c’est aussi bon pour le coeur. De très nombreuses études montrent l’importance de la consommation quotidienne de bière afin de prévenir des maladies cardio-vasculaires. Les chiffres sont impressionnants, puisqu’il s’agit d’une réduction de 20 à 40% des risques de subir une crise cardiaque. La bière contient également du « bon cholestérol » le HDL, qui va aider à prévenir l’obstruction des artères. 

3. Les reins 

En plus des os et du coeur, la bière serait également bénéfique pour les reins. Eh oui, on savait déjà que l’eau est importante pour permettre aux reins de bien fonctionner et que la bière est composée à 95% d’eau (en moyenne). Mais c’est grâce au houblon de la boisson que l’on va empêcher la formation des calculs rénaux. Pour les consommateurs réguliers, le risque de développer des calculs peut chuter de près de 40%.

4. Le cerveau 

Bien que pour certains, une bonne consommation de bière ne vous rend pas plus intelligents, cette dernière a tout de même des effets bénéfiques sur le cerveau. Oui, oui, sur le cerveau. D’après une étude, la bière réduirait les propensions à développer la maladie d’Alzheimer et les autres maladies neurodégénératives

5. Diabète et AVC.  

Diabète et AVC, vous pouvez lutter contre ces deux fléaux avec de la bière. En effet la bière va contribuer à augmenter votre sensibilité à l’insuline, ce qui aider à vous protéger du diabète. La bière va également diminuer les risques de formations de caillots sanguins.Ces derniers ne vont donc pas obstruer les flux sanguins vers le coeur et le cerveau, ce qui aidera grandement à réduire les risques d’AVC (accident cardio-vasculaire).

 
6. Les vitamines 

Enfin, si vous en doutiez, la bière, c’est plein de vitamines. Les consommateurs réguliers de bière ont un taux de vitamines B6 30% plus élevé que la moyenne, et une petite mousse contient également de la vitamine B12 et B9

 
 

Savoir du savoir

Le « je sais que je ne sais rien », la citation la plus connue de Socrate est assez exaspérante, puisqu’aussi bien, il y des choses que je sais, que nous savons.

C’est ce que j’ai dit hier à une personne qui avait osé la sortir cette citation (il s’agit aussi, évidemment d’une chanson de Jean Gabin), sans ajouter, pour ne pas la vexer, que beaucoup la sortent de leur besace pour, sous couvert du sésame que représente le nom même de Socrate, mettre sous le boisseau et camoufler leur vraie ignorance…

Pour faire bonne figure, ou plutôt bonne parole et ne pas rester dans la simple exaspération, j’ai ajouté que s’il s’agissait de rechercher la meilleure citation sur le savoir, autant prendre celle de Confucius, philosophe chinois que je n’aime pas du tout pour mille raisons, mais qui a peut-être dit une chose plus vraie lorsqu’il écrit que :

« Ce qu’on sait, savoir qu’on le sait ; ce que l’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas. Voilà le vrai savoir ».

Il est vrai que beaucoup ne savent pas qu’ils ne savent pas, ce qui est radicalement plus juste que le « je ne sais rien », un peu idiot…

J’avoue avoir été gêné par cette sortie tant le choix-de celle de Confucius est patent, malgré la pauvreté de cette pensée (je vais me faire assassiner par les sinologues, mais aucun ne m’a convaincu sur le dépassement par Confucius de la pensée (élitiste au demeurant) du sens commun…

Il faut savoir passer…

Ménile

Une amie arménienne s’appelle Méline.

Elle m’a raconté le « phantasme sémantique » de sa prime enfance.

Tous en ont un.

Elle, c’était Ménilmontant.

Quand elle « remontait » , assez péniblement, cette rue parisienne en hauteur et en pente, pour rentrer chez elle après l’école (primaire), elle trouvait très gentil que le maire de Paris ait donné à la dite rue son prénom et son action.

Elle lisait « Mélinemontant« …

On en rit encore. Ce genre d’histoire est vital.

Carrément

Une amie, pas vraiment proche, qui a obtenu, je ne sais comment, l’adresse de mon site, m’a envoyé un email, avec l’ objet suivant : « CARRÉMENT ‘!

Puis son mot :

« Ai lu ton carnet « traces » du billet précédent. Tu mens, c’est toi qui a écrit’. Pas carrément mėchant, toujours content. Le contraire de la chanson de Souchon. Tu devrais ajouter des personnages méchants. Le méchant est celui qui fait du mal en ayant conscience qu’il fait le mal, en le voulant. Toi, carrément pas méchant. Donc trop bleu, comme les photos qui entourent le texte. Lis les carnets souterrains de Dostoïevski et ajoute des « traces grises « .

Je n’ai rien compris. Et pourtant je connais la chanson de Souchon et Dostoïevski.

J’affirme que c’est vrai.

Je réfléchis et reviens demain.

idiotie

Dans la série des expressions qui reviennent en boucle sur les ondes ou dans les petits textes, on avait déjà repéré le « vivre ensemble » et le très vieux « dans ce pays »…

Il en existe une autre qui apparait, de manière récurrente, un peu plus « intellectuelle », puisqu’aussi bien à l’entendre, on s’y arrête et on tente de comprendre. Ce qui, dans le marketing du langage est une clef de la réussite idéologique.

« IDIOT UTILE »

Tous s’accordent, du moins dans le milieu adéquat, pour affirmer que l’expression viendrait de  Lénine. Mais il n’a jamais employé la locution, même si elle aurait pu tomber sur ses lèvres lorsqu’il évoque des imbéciles qui peuvent le servir ou servir la cause..

 Il écrit dans une lettre datée de 1922 adressée au commissaire soviétique des affaires étrangères, en mission,  à une Conférence internationale  à Gênes

« Henderson est aussi stupide que Kerensky, et pour cette raison il nous aide. […] 
En outre. C’est ultrasecret. Il nous convient que la Conférence de Gênes soit un fiasco, […] mais pas par notre faute, bien sûr. Réfléchissez-y bien avec Litvinov et Joffe et faites-moi une note. Bien sûr, cela ne doit pas être mentionné, même dans des documents secrets. Rendez-moi cette lettre et je la brûlerai. Nous obtiendrons un meilleur prêt en dehors des accords de Gênes, si nous ne sommes pas de ceux qui coulent Gênes. Nous devons mettre au point des manœuvres plus intelligentes pour que nous ne soyons pas de ceux-là. Par exemple, l’imbécile Henderson et Co. nous aidera beaucoup si nous les poussons intelligemment […]

Donc un imbécile (on ne dit pas encore « idiot ») qui peut aider…

Les soviétiques sont, décidément, les maitres de la propagande, pensée, structurée, sans cris ni salut léniniste.

En effet, on retrouve, dans l’histoire de ces « imbéciles qui servent », de grands philosophes,  lorsqu’il s’agit de vanter le régime par des intellectuels reconnus, comme par exemple notre inégalé Jean-Paul Sartre, allié des communistes et du régime soviétique, là où l’on mangeait plus qu’à sa fin et ou la liberté était totale (« dans ce pays »).

Il est acquis que Sartre déclara à ses proches qu’il ne fallait pas dire la vérité sur l’URSS pour « ne pas désespérer Billancourt », les ouvriers français et communistes de la CGT.

Sartre était ainsi un « idiot utile » de l’URSS (sans jeu de mots avec son ouvrage pas si majeur sur Flaubert intitulé « l’idiot de la famille »), un imbécile utilisé par le régime, un « idiot utile donc, lorsqu’il clame ainsi  :

« La liberté de critique est totale en URSS […] Et le citoyen soviétique améliore sans cesse sa condition au sein d’une société en progression continuelle. ». Sartre, de retour d’URSS, Libération, 15 juillet 1954.

Gide, lui, de retour d’URSS, n’a pas pu être l’imbécile de service.

Aujourd’hui, l’expression découverte par les petits chroniqueurs de Marianne, de Libé, dans les sous-directions des partis ou mouvements politiques fait florès.

Elle est mystérieuse et assassine l’individu, sans le traiter directement d’imbécile, même s’il est idiot, mais pas tout court, ce qui « amortit » l’invective, l’insulte en vérité.

Lisez, vous trouverez.

On donne ci-dessous quelques exemples :

  • « Loiseau accuse Mediapart d’être «l’idiot utile» du RN »

  • Michel Onfray : « Eric Drouet est l’idiot utile de Mélenchon, idiot utile de l’islamo-gauchisme… »

  • Jérôme Gleizes (EELV) : « Macron est l’idiot utile du fascisme »

  • Le Pape, idiot utile de l’islam ! (riposte laïque)

  • « Trump idiot utile de Daech » (BHL)
  • « Zemmour est un petit peu l’idiot utile de Marine Le Pen », selon Mamère

Bon, on aura compris l’utilité de la formule. A vrai dire, son inutilité, ne s’agissant que d’une formule.

idiorythmie

« Vivre ensemble ». On entend cette expression un peu énervante toutes les minutes dans nos postes. Elle est aussi énervante que la formule récurrente dans la bouche des membres du Parti communiste et du syndicat affilié le fameux « …dans ce pays… »

La locution préférée des multiculturalistes ou des politiciens de préau, en formation accélérée du discours radiophonique, trouve peut-être son origine dans la leçon inaugurale de Roland Barthes au College de France en 1977,  » « Comment vivre ensemble « , sous-titrée « Simulations romanesques de quelques espaces quotidiens ».

Même si le propos n’était pas le même.

c’est le concept d’idiorythmie, terme emprunté au langage monastique qui intéresse Barthes. Très chic à énoncer…

Dans sa définition originelle, c’est « le rythme propre » à une personne«  (« Appartenant au vocabulaire religieux, ce mot désigne précisément une autre organisation monacale, largement minorisée et radicalement critiquée en Occident. Il renvoie au mode de vie de moines orientaux vivant au mont Athos, chacun selon son rythme propre. Wiktionnaire)

Chez Barthes, il s’agit de littérature et des formes relatées des réunions entre individus, la quête d’une « solitude interrompue de façon réglée », dans une réunion qui n’est pas un groupe.

La collectivité est un fantasme selon Barthes, lequel, souvent, selon l’expression de Schopenhauer à l’endroit de Hegel, mettait les mots et le lecteur y mettait le sens…

Il faut quand même avouer que la posture ou l’énonciation de l’interruption de la solitude, programmée dans sa vie, sonne assez bien dans un dîner mondain.

Il faudra dans ce type de réunion autour d’une table, réglée par des hôtes empressés, éviter de lâcher l’expression d’idiorythmie.

Là, ce serait pédant. L’interruption de sa solitude n’autorise pas cet excès.

P.S Celui ou celle qui considérerait que l’idiorythmie serait un concept idiot ferait un jeu de mots assez  » téléphoné ». L’on rappelle la signification du préfixe selon le Littrė : idio(s). Préfixe qui signifie propre, spécial, et qui vient du grec ἴδιος.

Barthes, dans ses tentatives de se distinguer des autres, fait, ici, preuve d’une idiosyncrasie patente.

L’essentiel écrasé

Qui n’a pas rêvé de résumer le monde et les humains en une seule phrase décisive ?

Qui n’a pas considéré, un jour de petit blues secondaire, que l’acharnement des hommes à s’attacher à du rien, des riens, de l’insignigiant, était à la mesure de la petitesse des pensées qui errent dans des cerveaux rapiéciés et inféconds ? Que seule la synthèse pouvait, comme une fleur unique, au milieu d’un bouquet, provoquer une jouissance intellectuelle concomitante de la jouissance tout court. Du plaisir, pour faire bref. La synthèse.

Alors, je ne sais pas ce qui m’attire dans les écrits de Marcel Cohen dont j’ai vanté, ici et ailleurs, la luminosité des mots.

C’est curieux comme un « aficionado du holisme », dont je suis, selon de vieux amis rapides, revient sur les textes des amoureux des « détails », titre du bouquin de M. Cohen que je revisite sans cesse.

Comme si la vérité simple de l’essentiel, du monde synthétisé par une unique locution avait besoin de la prétendue complexité de l’empirisme, du détail détaillant. Comme si E=MC2 avait besoin d’un roman-fleuve d’un Balzac, pour pouvoir émerger.

Mais, là, je sais que j’exagère un peu.

Ci-dessous un extrait de « Détails » de M. Cohen.

« En fin de compte, l’homme se demandait si son intérêt pour d’aussi minces détails ne relevait pas d’une incapacité à aller à l’essentiel. Mais, en quête de l’essentiel, bien des hommes sérieux semblent s’acharner à vider des malles entières à la recherche de quelque chose que personne n’y a jamais mis. Et l’homme trouvait toujours de grands esprits pour abonder dans son sens : ils sont beaucoup trop heureux d’avoir agrippé un petit pan de réalité pour le lâcher au profit d’une totalité insaisissable.
Georg Christoph Lichtenberg avait remarqué que Mississipi, un mot de dix lettres, ne comporte en réalité que quatre lettres différentes : quatre s, quatre i, un p, un m. Encore l’illustre professeur de physique de l’université de Göttingen faisait-il une faute puisque Mississippi s’écrit en réalité avec deux p. On ne peut pas sérieusement penser que l’un des esprits les plus brillants de son temps n’ait vu là qu’une bizarrerie orthographique. Lichtenberg était visiblement très heureux de s’accrocher à cette évidence. Aurait-il noté, par exemple, qu’il ait fallu attendre l’année 2008 pour remettre à sa place, à Leipzig, la statue de Felix Mendelssohn abattue par les nazis en 1936 ? Ou que le magazine américain Life n’ait montré pour la première fois à ses lecteurs des cadavres de GI qu’en 1943, alors que les États-Unis étaient en guerre depuis plus d’un an déjà ? Trois fantassins, en l’occurrence, tués sur une plage du Pacifique. Peut-être Lichtenberg aurait-il préféré ironiser sur le cerveau humain, d’une telle complexité que les évidences les mieux établies peuvent s’y perdre comme dans un labyrinthe. Et Blaise Cendrars est-il un imbécile pour avoir noté que les roues des trains martèlent un rythme à quatre temps en Europe, mais à cinq ou sept temps en Asie ?
L’homme avait arrêté un jour sa voiture en rase campagne pour observer le compteur kilométrique indiquer 77 777,77. Voilà le type d’événement qui n’avait aucune chance de passer inaperçu à ses yeux. Il s’était félicité d’avoir pu se garer sur le bas-côté juste avant l’apparition du 8 intempestif. Le contact coupé, l’homme s’était demandé ce qu’il pouvait bien célébrer ainsi, seul derrière son volant. Les sept 7, en dépit des apparences, n’avaient aucune consistance et ne disaient que son étonnement. Cependant, il n’en restait pas moins qu’une limite venait d’être atteinte, qu’un nouvel espace s’ouvrait. L’homme ne se souvenait pas d’avoir eu, par le passé, une conscience aussi vive des minutes qui s’écoulaient. Il aurait été bien en peine de dire où il allait ce jour-là. Des années plus tard, il revoyait pourtant le gros chêne au pied duquel il avait coupé le contact, l’angle du champ de blé, le vert fragile des jeunes pousses qui levaient, droites sur la terre noire. Dans le silence, il entendait le vent et les craquements du métal qui refroidissait sous le capot. L’homme s’était demandé si une attention et une conscience à ce point dénuées de tout objet n’étaient pas l’expression d’une petite détresse congénitale que nous traînerions depuis l’enfance sans jamais l’avouer, pas même aux êtres chers, parce qu’elle glisse toujours entre les mots. »

La course

« Tant qu’il restera un Espagnol vraiment vivant, c’est-à-dire animé de la passion la plus sauvage, de la fureur de dépasser la réalité médiocre, un Espagnol habité d’une folie superbe – tant que cet homme existera, l’Espagne vivra« 

Ce sont des mots de Miguel del Castillo dans son « Dictionnaire amoureux de l’Espagne ».

Lorsqu’en Espagne, entrant dans un bar, un restaurant, un palais, une maison modeste, ébahi par la luxuriance qui rivalise avec l’exacerbation, laquelle curieusement, enlace la quiétude qui se terre dans une beauté ordonnée, lumineuse et obscure, on cherche le verbe adéquat, ces mots précités s’imposent.

L’Espagne est une fausse modeste. Sa fierté est folle. Elle habite tout l’espace, sans répit, dans une course folle contre la mort toujours présente et que, seule, elle donne à voir dans la corrida.

Là sobriété, la normalité, l’exagération se retrouvent absolument dans tout, y compris dans la nourriture entendue et conçue comme une lutte contre l’ennui et la mort du plaisir. Tapas, media-racion, racion. Crescendo en musique…

Téléphoné…

‘Téléphoné » est un mot que j’emploie souvent dans son sens que tous ne connaissent pas. A vrai dire, une action, un comportement, un mot prévisible.

Le grand Larousse donne cette définition

  •  » En parlant d’un tir, d’une passe, d’un coup, être trop prévisibles ou exécutés trop lentement pour surprendre l’adversaire ; en parlant d’une action, d’un mot d’esprit, ne pas créer l’effet de surprise attendu.

Mon précédent billet sur Calderon que j’ai pu, sans hésiter, comparer à Shakespeare, m’a valu, un coup de téléphone (sic) d’un ami de longue date. Il me dit qu’il est, justement, dans Shakespeare. Qu’il le « relit » (on sait que beaucoup de relecteurs n’ont pas déjà lu, mais ce n’est pas mon sujet du billet).

Soit.

Je crains le pire. (Sans jeu de mots de son).

J’espère qu’il ne va pas me sortir le « bruit et la fureur » et la phrase pour collégiens du grand auteur sur la non-signification de la vie…

Phrase un peu facile, tout ayant le sens ou la signification qu’on construit dans l’instant qui, lui a un sens. Mais j’abrège, ne voulant ennuyer.

Et bien oui, il me l’a sortie la fadaise shakespearienne…

Je la donne ici dans son intégralité.

‘La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. »

J’ai dit à mon ami :  » téléphoné…  »

Il a compris que qu’on se téléphonait demain pour continuer la conversation.

Soit.

PS. Sur la partie droite de la photo en tête du billet, c’est un miroir qui reflète un dehors et non une fenêtre qui le donne à voir directement. Ce n’est pas sans lien avec la fadaise précitée…

billet fainéant, Gini, Dubet.

Je viens de finir à l’instant même l’excellent bouquin de François Dubet (Le temps des passions tristes. Inégalités et populisme » Seuil/La République des idées), et comptais donc ici, en faire une critique plus qu’elogieuse.

J’ouvre Le Point (numérique, n’en déplaise aux prétendus sensuels du papier) et, comme d’habitude après les saines colères de FOG, vais directement à l’edito économique de Delhommais, toujours un bonheur de lecture.

Il me permet de dormir plus tôt tant il dit tout à ma place.

Je ne fais donc que coller. Bonne lecture.

Si les Français connaissaient l’indice Gini…
PIERRE-ANTOINE DELHOMMAIS
En plaçant au tout premier rang de ses revendications la lutte contre les inégalités, le mouvement des gilets jaunes a au moins comme vertu d’inciter à relire Tocqueville, pionnier, bien avant Eric Drouet et Maxime Nicolle, de la réflexion sur ce thème. Dans « De la démocratie en Amérique », il écrivait : « Quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’oeil ; quand tout est à peu près de ce niveau, les moindres le blessent. C’est pour cela que le désir d’égalité devient toujours insatiable à mesure que l’égalité est plus grande. » Autrement dit : moins il y a d’inégalités dans une société, plus celles-ci sont jugées insupportables. Cette remarque de Tocqueville trouve de nos jours de nouvelles preuves de sa pertinence. Des comparaisons internationales montrent ainsi que la proportion de citoyens qui estiment que « les inégalités sont trop grandes » dans leur pays est beaucoup plus élevée en Suède et en Norvège, où elles sont pourtant très faibles, qu’aux Etats-Unis, où elles sont très fortes.

Ceci vaut aussi pour la France. Quitte à se répéter, il convient de rappeler que, contrairement à ce que l’on entend à longueur de journée, non seulement la France est l’un des pays les moins inégalitaires du monde, mais il est aussi « factuellement » faux de dire que les inégalités ne cessent de s’y creuser. L’indice de Gini, qui sert à les mesurer avec précision et varie de zéro à un (plus il est proche de zéro, plus une société est égalitaire, plus il tend vers un, plus un pays est inégalitaire), s’est établi à 0,289 en 2017, quasiment au même niveau qu’en 1990 (0,283), soit nettement au-dessous des 0,337 observés en 1970, au sortir des Trente Glorieuses. Cela n’empêche pas que la dénonciation des inégalités est bien plus virulente aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. Cela n’empêche pas une écrasante majorité de Français de penser que la mondialisation a fait exploser les inégalités à des niveaux intolérables.

Dans son essai « Le temps des passions tristes. Inégalités et populisme » (Seuil/La République des idées), le sociologue François Dubet avance des explications originales et passionnantes à ce « ressenti » particulier des Français à l’égard des inégalités. A ses yeux, « c’est moins l’ampleur des inégalités que la transformation du régime des inégalités qui explique les colères, les ressentiments et les indignations d’aujourd’hui ». Depuis la révolution industrielle et pendant près de deux siècles, explique-t-il, les inégalités avaient été structurées, de façon simple et stable, par les classes sociales, opposant possédants et exploités, bourgeois et ouvriers. Le combat contre les inégalités s’y inscrivait dans des luttes collectives portées par les syndicats, tout en régissant la vie politique entre droite et gauche. Les mutations récentes du capitalisme et de la mondialisation ont fait éclater ce régime de classes. « A la dualité des prolétaires et des capitalistes, à la tripartition des classes supérieures, moyennes et inférieures, se sont ajoutés de nouveaux groupes : les cadres et les créatifs, les cosmopolites mobiles et les locaux immobiles, les inclus et les exclus, les stables et les précaires, les urbains et les ruraux, les classes populaires et l’underclass. »

Dès lors, ce n’est plus comme membre d’une classe sociale qu’un citoyen fait l’expérience des inégalités mais en tant qu’individu, avec pour résultat d’augmenter les types d’inégalités, qui ne sont plus seulement de revenus, mais aussi fonction du sexe, du lieu de résidence, de l’âge, etc. Avec pour autre résultat de multiplier les raisons d’éprouver ces « passions tristes » dont parle Spinoza, telles la colère et la haine. François Dubet relève d’ailleurs que celles-ci sont au moins autant provoquées par la comparaison de sa situation personnelle avec des proches que par la comparaison avec les hyper-riches : la fortune d’un milliardaire, parce qu’elle est tellement immense qu’elle en devient abstraite, est moins à même de déclencher un sentiment d’inégalité que la belle voiture achetée par le voisin du dessous qui travaille pourtant beaucoup moins dur que vous.

Une autre conséquence de cette individualisation des inégalités est qu’elles sont plus difficiles à vivre dans la … mesure où elles mettent directement en cause la personne elle-même, sa propre valeur. Quant aux colères qui en découlent, elles se donnent libre cours sur Internet, sans plus avoir besoin d’être portées, comme auparavant, par un syndicat ou un parti politique. « La capacité de dire publiquement ses émotions et ses opinions, écrit François Dubet, fait de chacun de nous un militant de sa propre cause, un quasi-mouvement social à soi tout seul. » Devant son ordinateur, « l’on ne dénonce pas seulement l’évolution du monde, les patrons, les hommes politiques, les élites, mais aussi son chef, son voisin, son fasciste, son gauchiste, son immigré, son maire, son prof, son médecin – et l’autre internaute qui n’a pas dénoncé les mêmes ». Le mouvement des gilets jaunes apporte une preuve supplémentaire, voire définitive, que nous sommes bien entrés dans le temps de passions tristes …

Les passions tristes sont souvent provoquées par la comparaison de sa situation personnelle avec des proches.

l’indignation en dessert

L’heure est à la compassion, à l’empathie, et donc, à l’indignation. Les conflits entre clans politiques ont été relégués aux oubliettes car tous s’indignent et se retrouvent dans l’indignation.

C’est ce que j’ai pu constater hier, lors d’un diner, en souriant devant l’unanimité désormais acquise, sans que ne surgissent, comme toujours, du fond des histoires politiques de chacun et des combats souvent inutiles de jeunesse, les hargnes et autres luttes sociales configurées par  les classes (dominants/dominés) martelées, pour la forme, entre la poire et le fromage.

Les postures de droite et de gauche n’existent plus. Mon voisin de gauche, fervent lecteur de Libé et celui de droite abonné au Figaro, presque ennemis il y a quelques semaines, et sauvés par une amitié ancienne, s’accordaient gentiment pour compatir à ce qui a pu être « révélé » lors du Grand débat National : de la misère, des inégalités frappantes et une disponibilité disparate en fonction du lieu géographique aux services publics, notamment de santé.

Dorénavant, plaindre la personne qui, faute de loger près d’un grand CHU meurt plus facilement d’un AVC devient le ciment des « gens » (terme qui ne veut, évidemment, rien dire), bannissant toute réflexion divergente ou du moins argumentée sur le sujet qui se suffirait à lui-même. 

Mieux encore, celui qui ( par exemple moi)  ose considérer comme douteuse cette nouvelle appropriation unanime du réel misérable, en ajoutant qu’il peut aussi s’agir du côté du politique de démagogie surannée et qu’en réalité, c’est plus la plainte personnelle qu’il faut entrevoir dans sa nouvelle mise en scène (le moi écrasé plutôt que la lutte collective contre les inégalités sociales) se fait vite traiter de réactionnaire, peut-être même de riche-qui- ne- sait- pas, puisqu’aussi bien à entendre les nouveaux indignados, le Grand Débat a pu révéler l’ultime, la honte, la vilénie.

Je crois que je ne vais plus inviter chez moi puisqu’en effet, la bienséance et l’hospitalité m’empêchent de m’énerver, de quitter la table ou de faire semblant de la quitter…

J’attends donc un prochain diner ailleurs, pour m’exprimer vigoureusement, notamment sur le champ désormais séparé de la redistribution fiscale et la parole individuelle du lésé.

En attendant, je livre à la lecture attentive un mail que j’ai envoyé à un couple invité hier chez moi, comportant des extraits du dernier bouquin d’un sociologue assez intéressant même s’il est derrière Rosanvallon, ce dernier ne faisant que ramer dans sa réputation.

Je reviendrai, plus tard, dans la semaine pour proposer une analyse du Grand débat, documentée et truffée de références universitaires qui ont, souvent, pour objet de faire taire les diseurs de bonne aventure pendant les desserts autour de tables parisiennes.

VOICI MON MAIL 

« Chers A & P

Le temps nous a manqué hier pour, véritablement, aborder une discussion qui ne s’en tenait pas au constat et ne se cambrait pas exclusivement dans l’indignation, la morale, la souffrance individuelle dont nul ne méconnait l’existence.

Ici, dans ce champ que par provocation sémantique, j’ai assimilé à celui de Zola, l’accord autour d’une table ou même sous un préau d’école est d’une facilité justement douteuse. nos convives d’hier lisent Le Figaro et Libé, votent Fillon, Macron ou Mélenchon et l’unanimité sur le thème abordée est justement problématique;

C’est au prisme non de l’indignation presque « Hesselienne » ou primaire (Mélenchon et les casseurs « e pouvoir), mais de l’analyse sociologique que le débat doit trouver son centre.

A défaut, encore une fois, on s’en tient au constat de la misère ponctuelle, dans l’espace (la proximité difficile au service public) ou dans l’espace (celui des classes sociales et des inégalités de fait). Et à s’en tenir là, sauf à adopter un posture quasi-christique de la compassion, le débat ne peut avancer.

Il faut donc tenter de comprendre quelles sont les forces en jeu et, peut-être d’entrevoir les remèdes qui s’imposent.

Je n’ai pas voulu hier, de peur d’être accusé de pédantisme ou de faiseur, d’esbroufeur, entrer dans ladite analyse que je tente, en ce moment de mener, en solitaire s’entend.

A cet égard la critique d’Habermas et l’appel aux penseurs grecs peut constituer une bonne introduction dans le spectre redoutable de la démagogie bien ordonnée, en bras de chemises dans les salles des fêtes dont les occupants ne sont pas, certainement, toujours initeressants.

Mais je préfère, depuis toujours l’analyse au conte empirique de l’existant (ici la plainte des déshérités, encore une fois entendue par tous et que seul ne renie)

A cet égard, ma lecture actuelle du sociologue Francois Dubet et de son dernier bouquin, écrit avant l’épisode des « giles jaunes » (« Le temps des passions tristes ». Coédition Seuil-La République des idées), entendu par ailleurs ce matin même sur France Culture chez Erner est assez fructueuse dans la recherche de ce qui advient dans le temps du débat national.

Je le cite :

« Cet essai vise à comprendre le rôle des inégalités sociales dans le déploiement de ces passions tristes. Mon hypothèse est la suivante : c’est moins l’ampleur des inégalités que la transformation du régime des inégalités qui explique les colères, les ressentiments et les indignations d’aujourd’hui. Alors que les inégalités paraissaient enchâssées dans la structure sociale, dans un système perçu comme injuste mais relativement stable et lisible, elles se diversifient et s’individualisent aujourd’hui. Avec le déclin des sociétés industrielles, elles se multiplient, changent de nature, transformant profondément l’expérience que nous en avons. La structure des inégalités de classe se diffracte en une somme d’épreuves individuelles et de souffrances intimes qui nous remplissent de colère et nous indignent, sans avoir – pour le moment – d’autre expression politique que le populisme ».

Pas trop loin de ce que j’ai tenté d’exprimer hier soir, sans vouloir avoir l’air d’en remontrer, ce qui m’arrive malencontreusement assez souvent, eu égard à la place d’où je peux parler, qui n’est plus celle d’un analyste ou d’un sociologue.

Je veux encore citer, avant, dans quelques jours contribuer pleinement à ce débat sur le débat et son émergence assez nouvelle, d’une manière plus structurée et lisible (dans tous ls sens du terme)

« Depuis près de trente ans, environ 80 % des Français pensent que les inégalités s’accroissent, même dans les périodes où ce n’est pas le cas. Elles sont perçues comme se renforçant parce que nous sortons de la longue période où il semblait aller de soi que les inégalités sociales se réduiraient continûment, ne serait-ce que par l’élévation du niveau de vie. En définitive, beaucoup d’inégalités s’accroissent, tandis que quelques autres diminuent. Dès lors, il serait erroné d’établir une corrélation mécanique entre l’amplitude des inégalités et la façon dont les individus les perçoivent, les justifient ou s’en indignent.

Ou encore, je cite toujours Dubet, décidément assez pertinent :

« la multiplication des critères d’inégalité est relativement peu congruente ou « intégrée », dès que l’on s’éloigne des groupes qui accumulent tous les avantages ou tous les handicaps. Il y a beaucoup de monde entre les familles Groseille et les familles Le Quesnoy. D’ailleurs, notre vocabulaire social a de plus en plus de mal à nommer les ensembles sociaux pertinents. Aux classes sociales et aux strates qui dominaient le vocabulaire des sociologues s’ajoutent sans arrêt des notions mettant au jour de nouveaux critères d’inégalité et de nouveaux groupes : les classes créatives et les immobiles, les inclus et les exclus, les stables et les précaires, les gagnants et les perdants, les minoritaires stigmatisés et les majoritaires stigmatisants, etc. Par surcroît, chacun de ces ensembles est lui-même traversé par une multitude de critères et de clivages, en fonction desquels on est plus ou moins égal (ou inégal) aux autres. Cette représentation et cette expérience des inégalités s’éloignent progressivement de celles qui dominaient la société industrielle, à une époque où la position de classe paraissait associée à un mode de vie, à un destin et à une conscience. »

Le bouquin de Dubet est assez remarquable pour l’analyse qui dépasse le politique, lequel inclut nécessairement l’indignation et ouvre grande la porte du populisme.

C’est dans cet esprit, au-delà de l’écoute d’une parole qui ne peut laisser, évidemment, indifférent (la reflexion du coeur), les analystes que vous êtes ne peuvent s’en tenir au constat et à l’empathie, sans aller chercher la rupture dans la mise en place de ces discours, rupture de nature à entrevoir les solutions qui peuvent ne plus être collectives, en s’éloignant de la pensée primaire de l’appel à l’Etat-Providence général et abstrait qui pourrait, par déblocage de fonds et prise en compte d’une demande qui est perçue comme collective alors qu’elle ne l’est plus, résoudre les maux ou le mal.

C’est justement, me semble-t-il (et personne, sauf erreur ne l’a relevé) l’échec des 10 milliards « pour rien » de Macron.

Bon, j’arrête; je voulais simplement ponctuer le débat d’hier et continue à lire et à écouter, sans uniquement entendre. Comme vous, je le suppose.

Je vous embrasse.

FIN DU MAIL

Puis ne pouvant m’empêcher d’enfoncer le clou, presque pour une estocade, je leur ai adressé un autre extrait du bouquin précité sur l’indignation :

« La routinisation de l’indignation

Il serait absurde d’expliquer toute la vie politique par les inégalités sociales et l’expérience des inégalités. Mais on doit s’interroger sur l’offre politique et sur la vie intellectuelle qui peuvent relayer cette expérience ; on doit construire des récits s’efforçant de mobiliser les individus, afin de leur expliquer ce qui leur arrive et d’ouvrir l’horizon d’un monde plus juste. Quelles sont les formes collectives de la colère et du ressentiment ? « Indignez-vous ! » écrivait Stéphane Hessel en 2010. Un million d’exemplaires vendus, des traductions dans toutes les langues. Des mouvements d’indignation contre les inégalités sociales et les politiques d’austérité aux États-Unis, en Espagne, en France. Nous vivons le temps des indignations. L’indignation est une émotion positive. Elle est l’un des ressorts essentiels des mobilisations ; chacun de nous est indigné, le sera ou l’a été, par des injustices insupportables, par les inégalités obscènes, par la manière dont sont traités les réfugiés, par la violence des États, par la destruction de la nature. À présent comme hier, l’indignation est l’ingrédient de base des protestations, des mouvements sociaux et des soulèvements moraux. Nous sommes indignés parce que nous sommes solidaires, touchés par des souffrances qui nous concernent sans nous affecter personnellement. Il ne convient donc pas de condamner l’indignation comme telle, mais de s’interroger sur les relations entre l’indignation et l’action. Toute la question est de savoir si les indignations se transforment en programmes d’action, en programmes politiques, en stratégies susceptibles d’agir sur les problèmes qui ont suscité l’indignation. Dans le cas contraire, l’indignation tourne à vide ; elle devient une colère sans objet, une posture parfois, une énergie qui s’épuise sans influer sur les causes de l’indignation. La question n’est pas nouvelle. Max Weber l’avait formulée dans l’opposition entre l’« éthique de conviction » et l’« éthique de responsabilité ». Avec la première, on ne rend de comptes qu’à ses principes et à ses convictions. Avec la seconde, on entre dans l’action et on se sent responsable des conséquences de cette action ; l’action juste n’est pas la plus pure, mais la plus efficace et celle qui provoque le moins de dégâts collatéraux. Avec l’éthique de responsabilité, on accepte d’agir dans des conditions imposées, dans le monde tel qu’il est. C’est ce qu’on appelle la politique : il faut que l’indignation engendre un programme politique, un mouvement syndical, une organisation, un ensemble de pratiques individuelles et collectives capables de transformer, même timidement, la vie sociale. Sans insinuer le moindre soupçon à l’égard de la sincérité des indignations soulevées par les inégalités sociales, on peut avoir le sentiment que, sans relais politiques, associatifs et syndicaux, l’indignation fonctionne comme un exutoire, un lynchage : « Tous nuls, tous pourris ! »28 Alors que l’action politique exige la prudence, la compétence et une conscience des aspects « tragiques » de la politique (puisqu’on ne peut pas gagner sur tous les tableaux, vendre à l’étranger et ne pas acheter, baisser le prix des matières premières et lutter contre le réchauffement climatique), l’indignation postule que le peuple est toujours meilleur que ses représentants. Sans offre politique rationnelle, on peut s’indigner de tout et de son contraire : de la hausse des impôts et de l’affaiblissement des services publics et de l’État-providence, des inégalités scolaires et de la mise en cause des filières sélectives et des classes européennes pour ses propres enfants, de l’absence de mixité sociale et de la promiscuité dans les transports en commun, des embouteillages urbains et des restrictions à la circulation, de la présence policière et de l’insécurité. À terme, on s’indignera des inégalités sociales et de l’affaiblissement des hiérarchies traditionnelles. La tendance à l’indignation tous azimuts procède sans doute de la distance croissante entre les passions et les intérêts, entre les valeurs sociales et les marchés, mais elle est surtout alimentée par la faiblesse de l’offre politique. La démocratie des publics nous éloigne des « partis programmes », c’est-à-dire des partis tenus de construire des programmes cohérents et réalistes. « Nos rêves ne peuvent entrer dans vos urnes », disaient les Indignados espagnols. On aboutit à une radicalité révolutionnaire ou contre-révolutionnaire, sans révolution, sans partis révolutionnaires ni forces révolutionnaires. On est d’autant plus indigné que l’action semble impossible et, dans ce cas, l’indignation exonère de toute responsabilité. Sans programme politique, l’indignation risque de souder l’alliance du néolibéralisme et de la démocratie radicale sur les ruines des partis politiques et des syndicats. Il ne reste qu’un face-à-face entre une technocratie libérale, arc-boutée sur la gestion des contraintes et l’éthique de responsabilité (« nous sommes sérieux, raisonnables et compétents, car le monde s’impose à nous »), et les colères indignées qui refusent de se compromettre et de se refroidir dans la construction d’alternatives politiques. Comment passer des Indignados, nés de la crise de 2008, au parti Podemos ? De l’indignation à la force politique ? Aujourd’hui, Podemos s’y essaie, au risque de devenir un parti comme les autres, avec ses tendances, ses querelles de chefs, ses désaccords sur la Catalogne et sur l’Europe, ses alliances avec les partis traditionnels. De la même façon que l’on parlait de la routinisation du charisme, passage du prophétisme à la religion instituée, on assiste à la routinisation de l’indignation. La politique est pourtant la seule manière de transformer l’indignation en force sociale. Sans cela, le populisme s’installe. »

 Dubet, François. Le temps des passions tristes (Coédition Seuil-La République des idées) (French Edition) (pp.

FIN DU DEUXIEME MAIL

la méchanceté

La question que je pose ici est d’une simplicité presque désolante, désarmante.

Peut-on être intelligent, cultivé et être méchant ? Peut-on avoir lu toute la philosophie du monde et sombrer dans la méchanceté ?

Non, il ne s’agit pas de s’intéresser à la différence entre l’oeuvre magistrale et l’auteur minable, biographiquement s’entend, le roman de Céline et le salaud de Céline.

Non, non, c’est sur tout autre chose que je m’arrête, en l’affirmant : entre eux, même les grands sont des petits hargneux.

J’ai eu du mal à écrire et publier ce billet, tant il est vrai que s’agissant de Clément Rosset (on sait que je travaille sur une longue étude sur son concept de réel), je peux craindre l’éloignement par le lecteur de l’approche de ce philosophe que j’aime beaucoup, même si quelquefois il m’énerve beaucoup.

Attention, attention, il ne s’agit pas de dire encore, idiotement me semble-t-il, que la philosophie est génératrice de sagesse et fabricante de morale. Je laisse cette réflexion à ceux qui confondent la sagesse socratique ou grecque avec la philosophie, en mêlant l’avènement de la philosophie occidentale (en Grèce) avec la philosophie tout court. La philosophie n’est pas une morale grecque, même si elle peut puiser dans l’armature de ce qui la constitue.

Rien donc que de plus faux que cette posture intellectuelle de la philosophie comme sagesse. La philosophie est une tentative, évidemment vaine (mais la tentative est bonne), d’embrasser le réel, de le « dévoiler ». Par le concept et l’idée. Et non pas d’être un « sage » stoïque, sceptique ou épicurien.

Justement ce que condamne Clément Rosset (c’est ici qu’il peut énerver beaucoup dans sa leçon lorsqu’il dit « Ajoutons, dit le philosophe, de la valeur aux choses : nous les rendrons ainsi signifiantes. Toute réalité est ainsi susceptible de s’enrichir d’une valeur ajoutée qui, sans rien changer à la chose, la rend néanmoins autre, disponible, capable de s’intégrer aussi bien dans Il me semble qu’avec Derrida les rapports étaient moins cordiaux…….Car si le philosophe peut, en toute justice, s’étonner que les choses soient (qu’il y ait de l’être), il ne devrait en revanche nullement s’étonner que les choses soient justement telles qu’elles sont, y subodorant ainsi on ne sait quelle signification occulte. Signification obscure autant que tautologique : si les choses sont justement ce qu’elles sont, ce n’est pas par hasard, décide une certaine raison philosophique (alors que la véritable raison ordonnerait plutôt de penser : si les choses sont ce qu’elles sont, c’est qu’elles ne peuvent échapper à la nécessité d’être quelconques). Le grand philosophe de la signification imaginaire est Hegel : celui qui pense que tout le réel est rationnel, que rien n’arrive au hasard, que tout ce qui se produit est la marque d’un destin secret qu’il appartient au philosophe de comprendre et de dévoiler ».

Certes, Rosset a raison : le philosophe, à force de vouloir chercher l’invisible, le réel qui ne se voit pas, l’harmonie qui ne se donne à voir et tutti quanti, s’éloigne assurément dudit réel et, mieux de la réalité.

Notons, à cet égard, que s’en tenir à la réalité, c’est aussi ajouter (en diminuant et en proposant), en faisant oeuvre de philosophie. Affirmer que le réel n’est que le réel, c’est aussi donner de quoi penser à la pensée.

Je regrette que Rosset (sur lequel je travaille en ce moment, vous l’aurez à nouveau compris) nous ait quitté, j’aurais pu l’inviter à boire une bière avant des tripes à la mode de Caen que ce cotentinois ne pouvait pas ne pas aimer, et lui expliquer que rien n’est plus complexe que la prétendue simplicité du réel…

Mais revenons donc à l’objet de ce billet (la méchanceté). C’est justement de Rosset et de ses commentaires périphériques dont il s’agit. Je vais citer quelques unes de ses flèches quelquefois dures (notamment celle décochées au pauvre Derrida)
SUR DERRIDA. CLÉMENT ROSSET ‒ Oui, c’est grâce à Althusser que j’ai eu les premiers contacts avec lui, précisément à l’occasion de ces nombreux pots que nous prenions dans les environs de l’École normale, car un petit homme que je prenais pour un « sioux » (terme qui signifie à l’École « balayeurs ») ‒ j’avais pris Derrida pour un sioux et j’ai gardé toujours un peu cette idée ‒ avait l’habitude de se hisser sur ses pieds pour entendre ce qu’on disait et apprendre la philosophie avec Althusser et Rosset. « Mais tu n’as pas reconnu Derrida ? » me disait Althusser. C’est donc grâce à lui que je l’ai connu. Et après mon Discours sur l’écrithure, on ne s’est plus jamais parlé. Derrida serait-il indéridable… ? Jamais je n’ai vu l’ombre d’un sourire sur son visage. Les gens qui ne sourient jamais me font peur.

Pour ceux qui l’auraient oublié, Derrida en voulait à mort à Rosset pour l’avoir ridiculisé avec son « Discours sur l’écrithure » avec un h pour se moquer du Derrida écrivant la différance avec un a qui est le signe d’un concept de la « déconstruction », mot-valise, s’il en est…
SUR DELEUZE. Quand Deleuze voulut me rencontrer, après avoir lu La Philosophie tragique, c’était pour m’inviter à un colloque sur Nietzsche à Royaumont qui devait opposer le clan Deleuze au clan Derrida. Je suis donc allé le rencontrer dans un café où j’ai fait la bêtise de lui dire que je n’étais pas fanatique des « philosophes » des Lumières et qu’en particulier la lecture de Rousseau provoquait en moi des crises d’urticaire. « Mais alors, m’objecta Deleuze, comment expliquez-vous que Nietzsche ne tarisse pas d’éloges sur Rousseau ? » J’ai réfléchi un instant puis répondu : « Je me trompe peut-être, mais je ne me rappelle pas avoir lu chez Nietzsche une seule ligne consacrée à Rousseau. » Deleuze demeure coi, puis réplique enfin : « Ah, je comprends. Vous êtes un jeune homme de droite. » Et pendant la suite de l’entretien il ne cessa de m’affubler de ce nom : « Qu’en pensez-vous, jeune homme de droite ? », « Vous avez lu ce livre, jeune homme de droite ? », « Vous voulez reprendre un café, jeune homme de droite ? » Vous imaginez mon agacement. Heureusement, cette manie cessa peu après. Inutile cependant de vous dire que je ne fus pas invité au colloque de Royaumont.
SUR FOUCAULT J’ai profité de cette occasion pour demander un conseil à Foucault. Je me faisais harceler à cette époque par une fille qui était anesthésiste en chef dans un grand hôpital parisien. Et comme je voulais m’en débarrasser, je raconte à Foucault que depuis six mois cette fille me persécute et qu’elle m’a avoué l’avoir persécuté lui-même les mois d’avant. Je voulais donc m’éclairer de la manière dont lui-même s’en était débarrassé. Alors il me répond : « Les flics, que voulez-vous. » L’hypocrisie et la mauvaise foi avaient ainsi vu le jour.

L’on sait combien, par centaines de pages, Foucault, maitre de l’anti-répression s’en est pris à la Police. Tout était police dans notre société….

Rosset ajoute, mais là on entre dans l’oeuvre et on délaisse la personne, quoique…

On peut lui reprocher une écriture un peu bavarde et délayée : il lui faut souvent trois pages pour écrire ce qu’il aurait pu dire en trois lignes. Quant à sa pensée, elle est très claire aussi : supprimons les asiles et il n’y aura plus de fous, supprimons les médecins et il n’y aura plus de malades, supprimons les prisons et il n’y aura plus de délinquants. Bref, l’institution sociale est la cause de tous les maux, comme le pensaient les philosophes se recommandant du cynisme grec. Cette démagogie simpliste a toujours eu du succès et ne date pas d’hier, puisque la démagogie consiste à alimenter le ressentiment des gens.

Bon j’arrête.

Rosset est un gentil méchant.

flatus vocis

Je continue dans les billets courts, comme des mémos.

A l’occasion d’une longue conversation qui commençait sérieusement à m’ennuyer, le locuteur n’arrêtant pas de sortir, à grands coups de mains sur le front, de sourcils froncés et de lunettes savamment enlevées quelques secondes piur être remises exactement, m’est revenu une expression latine que j’employais souvent dans les discussions houleuses que j’avais à subir dans des bars près de la Sorbonne ou des diners près de l’Etoile.
« FLATUS VOCIS »

J’avais appris la formule, non pas dans mes maigres cours de latin, malheureusement bâclés, mais d’un assistant de la Faculté, aux yeux rieurs qui n’arrêtait pas de nous la sortir. Ce qui avait, au demeurant l’avantage de faire taire les grands causeurs qui faisaient semblant de connaitre l’expression mais dont l’élan discursif était rompu par l’interrogation (un excellent piège pour les esbroufeurs) soit pour, plus moralement, solliciter une traduction immédiate.

L’expression signifie littéralement : « un souffle de voix » (flatus qui veut dire souffle, respiration, haleine et vox, génitif vocis) = voix.

Elle est donc employé pour se moquer et tourner en dérision un propos inutile, superflu, sans importance. Seul le souffle est perceptible, les mots étant sans grand intérêt pour celui qui les entend et qui les écoute à peine. Souvent une abstraction creuse simplement destinée à masquer une ignorance du sujet abordé.

Certains parlent aussi d’un « ébranlement de l’air », donc encore insignifiant.

Belle expression pour faire la guerre aux concepts creux ou aux pseudo-concepts. Spinoza en fait une vie.

Voilà. Rien d’autre. Ne pas hésiter à employer l’expression. Essayez et vous constaterez son effet. Elle fait réfléchir pendant des semaines et les vrais humains se posent la question (comme moi à cet instant même ou je l’écris) de savoir si ce qu’on profère ou clame ,n’est pas un flatus vocis.

Et n’oubliez pas d’ajouter, lorsque vous sortez l’expression, de préciser que c’est la seule locution latine que vous connaissez. Ca amortit la critique anti-faiseur, anti-pédant.

Je suis ravi d’avoir retrouvé cette expression. Ravi. Allez savoir pourquoi.

PS. Je viens, à l’ instant même je l’affirme, de me souvenir de l’expression « du vent du vent », pour signifier le creux de ce qu’on entend. Évidemment que ça vient de là…! On devrait plus souvent s’interroger sur le langage et sa mécanique crissante.

La poussière et l’espace.

Zola fait dire à Claude Lantier, dans « L’œuvre » :

« Quand la terre claquera dans l’espace comme une noix sèche, nos œuvres n’ajouteront pas un atome à sa poussière. »

Pas de quoi nous inciter à écrire.

Mais, peu importe, il restera du vide, ce qui, sauf erreur, est ce qui définit géométriquement l’espace. Et l’on peut préférer la beauté de l’espace désencombré à la saleté de la poussière des restes.

C’était juste un billet sans importance, ceux auxquels l’on tient…

Le ciel introuvable

Le ciel est donc devenu bleu, après, comme disent les météorologues, dissipation des brumes matinales..

Cependant, certains ne le voient pas.

Ce sont les alités, les handicapés, les impotents, les malades qui ne peuvent sortir de chez eux ou d’une chambre d’hôpital dans les étages inférieurs. Ce qui est injuste.

A vrai dire, tout dépend du lieu où ils se trouvent. Et là encore, l’injustice est de mise.

En effet, rares sont ceux qui, dans les villes (à la campagne, la chose est plus facile, bien que…) peuvent, de leur lit ou de la cuisine où ils se trainent, la chance de voir le bleu du ciel. Rares, car en effet l’immeuble d’en face, l’étage inférieur, la vue grise sur cour les en empêchent.

Curieusement, nul ne peut imaginer que le manque de ciel bleu constitue un problème. Et, pourtant même s’il n’est pas social, il est humain.

A côté de l’aide sociale, on devrait créer un bureau d’aide humaine et débloquer des fonds pour faire venir le ciel bleu (on pourra se passer du gris- bien qu’au dessus des nuages le ciel est toujours bleu- pour comprimer les coûts) aux alités.

Drôle de billet…

Barques lutteuses

Une relation assez ancienne, rencontrée sur les bancs de la faculté, et avec laquelle je corresponds de temps à autre, m’envoie une copie de ce que j’avais écrit, à l’occasion d’un exposé sur la « résistance au changement » et l’ancrage infructueux et exténuant dans le passé.

Il s’agissait d’une citation de F. Scott Fitzgerald, tirée de son fameux roman (« Gatsby le magnifique »)

Je livre, sans commentaires, la citation

« C’est ainsi que nous allons, barques luttant contre le courant, qui nous ramène sans cesse vers le passé »

J’avais ajouté paraît-il qu’il s’agissait d’une « constante » de la condition humaine.

Décidément, on ne se refait pas.

L’abeille et l’araignée

Non, vous n’aurez pas droit à une fable de La Fontaine. Ce n’est pas lui qui écrit sur ce sujet. Vous allez comprendre.

On commence par une scène de bureau, aujourd’hui même, juste avant l’heure du déjeuner, un sandwich à la main, qui m’a permis d’écrire ce petit texte.

Un Senior m’appelle et propose une discussion entre tous ici, « salle de conf » (je hais cette expression), pour trouver une solution adéquate dans un dossier techniquement compliqué. Il parle de « brainstorming ».

Je lui dis que non, je ne suis pas OK. Il croit que je plaisante et s’enfonce dans un rire gras. Et, comme pour parfaire son étouffement, je lui sors:

– Abeille ou araignée, il faut choisir. Moi, je suis un vrai terroriste, j’ai choisi l’araignée. Tu m’envoies le dossier, je trouve seul et je vous dis. Vous discuterez.

Et je raccroche. Je crois que ceux qui disent que je suis un vrai terroriste (on dirait le titre d’un roman de Philip Roth) ont raison. Il n’a que moi qui peut affirmer le contraire. Si je le suis, ce n’est pas volontairement (je sais que ce n’est pas une excuse). Mais j’ai souvent raison et je le sais. Il faut, en principe, dodeliner de la tête, comme les indiens, et dans une moindre mesure les américains, les yeux dans les yeux de son interlocuteur et ne rien dire, en approuvant, sans même écouter. Et ça, je ne sais pas le faire. Et je n’ai pas envie d’apprendre.

Je suis un terroriste mais je crois aussi être gentil.

Donc, je me lève, vais dans le bureau du brainstormer, encore choqué par ma réponse abrupte, lui apporte un café et, très gentiment, tout sourire, je lui tends une feuille imprimée et je lui demande de lire.

J’ai recherché et retrouvé, immédiatement, dans mes archives nuageuses, pourtant mal classées, le passage de Swift.

En 1704, Jonathan Swift, celui des « Voyages de Gulliver » écrit un pamphlet intitulé « La Bataille des Livres » qui expose deux comportements, deux modes d’action dans la réflexion, par le truchement littéraire d’une bagarre entre une abeille et une araignée.

Voici le texte clef. C’est l’araignée qui parle.

« Tu n’es qu’une vagabonde, une gueuse, […] tu ne trouves ta substance que dans un brigandage universel,[…] et tu as tant de penchant pour le larcin que tu dérobes les orties comme les violettes, simplement pour le plaisir de dérober. Pour moi, c’est de mon propre corps que je tire tout ce qui m’est nécessaire pour ma subsistance. Mon habileté égale mes trésors, et pour te faire voir quels progrès j’ai fait dans les mathématiques, examine bien ce château : non seulement tous les matériaux en sont émanés de ma substance même, mais mes propres mains l’ont bâti, j’en suis l’architecte. »

Dans le débat sur la nécessité d’un débat, si j’ose dire, les philosophes ont trituré ce texte pour affirmer que d’un côté, il y a ceux qui discutent, se collent aux autres, « butinent » les arguments.Et de ce butinage, de ce partage, de cette discussion nait donc la fameuse lumière, l’idée, la solution dont l’on ne sait qui en est l’auteur. Bref, une production du brainstorming. Comme les abeilles qui font leur miel avec le suc des autres (les fleurs)

Les araignées, elles, tirent d’elles-mêmes le fil de leur toiles géométriques. Elles représentent, dans le débat, l’esprit certain qui ne se sent pas obligé de consulter les autres quand ils ont une décision à prendre. Ils ne croient qu’en eux, dans leur examen libre, leur solitude féconde.

Donc, d’un côté, le dialogue, la discussion. De l’autre, la volonté de la réflexion solitaire, dans un retrait, sans le brouillage du partage et de la communauté.

Cette « dispute » des abeilles et des araignées est classique et a traversé toute l’histoire de la pensée. Et comme le disent d’autres, c’est le je ou le nous.

Alors ? Etes vous abeille ou araignée ?

Les abeilles vous proposeront cette discussion, en groupe. L’araignée ne répondra même pas à la question.

Moi, vous savez ma préférence. Etant observé je ne n’en ai jamais discuté. Il se pourrait que j’ai tort et qu’il faille nuancer, en fonction des situations. Je vais y réfléchir.

La climatologie, spécialité française

On a frotté nos yeux. Mais non, mais non, on avait bien lu. Dans cette page du Figaro du 7 septembre 2017, un sondage :

« L’ouragan Irma est-il lié selon vous au réchauffement climatique? »

On ne commente même pas tant la bêtise est à l’oeuvre.

La science est donc devenu une opinion…

J’avais zappé sur un précédent sondage où l’on demendait aux français s’ils estimaient que pour l’année qui venait, le PIB, selon eux allait croitre.

J’attends le prochain sondage qui permettra enfin de connaitre la réponse des français à la question de savoir si l’on peut considérer que E=MC2 procède d’un calcul qu’ils estiment exact.

Je ferme le billet, non ?

Phratrie, pas fratrie

J’aime bien l’idée d’une fratrie …deux termes, cette fois parfaitement homonymes, qui ne doivent pas être confondus. Fratrie est un dérivé savant du latin frater, « frère » Phratrie, plus rare, ressortit d’abord au vocabulaire des institutions grecques : il est emprunté du grec phratria, qui désignait une association de citoyens liés…

263Imaginez un lendemain de soirée magique, celle, rare, où des êtres rient, pensent, boivent, mangent, et rient encore, heureux d’être là, simplement là. Ce lendemain, les mails fusent, tous écrivent à tous. Ils étaient 6. L’un d’entre eux (évidemment une femme) écrit (c’était le 3 Avril 2016) :

« Que pensez vous de mon analyse de nos rapports et de notre affection ? J’aime bien l’idée d’une fratrie (et bien sûr , mon féminisme rampant m’oblige à ajouter et d’une sororité 🙂 partagées ….Encore une super  soirée, merci aux Co qui font des merveilles culinaires gustatives et dont on ne sait qui, de l’accueil ou de la cuisine, surpasse l’autre 🙂 Et si H… et M… ont du temps, je leur conseille de regarder en replay l’émission de J.E de ce matin (S m’a appelé pour me dire de la regarder) sur les « eirout » ou un nom comme ça et une pratique dont ni S ni moi n’avions jamais entendu parler de notre vie et qui perdure de nos jours ! Complètement dingue d’après moi …. Et invitée d’E absolument remarquable ….Passez un bon et beau dimanche ensoleillé, et n’oubliez pas le 23 chez les M… 🙂 Je vous embrasse fraternellement et zut alors, pourquoi il n’y a pas d’adverbe au féminin???? »

L’un d’entre eux (évidemment un homme) répond :

« Salut à tous. OUI, super soirée,  à nouveau. Cuisine de chef, sourires comme des accolades,  rires tonitruants,  des foudres d’affection. Du tonnerre si j’ose dire…Puis-je vais rassurer Dy…. et le mettre en phase avec sa proposition (la nomination de la fratrie et sa réflexion acide sur le machisme grammatical). En effet,  il suffit d’écrire PHRATRIE et non FRATRIE et le tour est joué : Je colle ci-dessous un extrait de notre livre de chevet à tous (commentaires de L’académie française sur ce qu’il ne faut pas dire)

« Voici deux termes, cette fois parfaitement homonymes, qui ne doivent pas être confondus. Fratrie est un dérivé savant du latin frater, « frère » ; il appartient à l’origine au vocabulaire de la démographie et désigne l’ensemble des frères et sœurs d’une même famille. Phratrie, plus rare, ressortit d’abord au vocabulaire des institutions grecques : il est emprunté du grec phratria, qui désignait une association de citoyens liés par une communauté de rites et appartenant à la même tribu. Ce terme a été repris par la suite par les anthropologues pour désigner un ensemble de clans qui se disent apparentés. Phratia est dérivé de phratêr, « membre d’un clan », et non pas « frère biologique ». Pour évoquer cette dernière notion, les Grecs avaient d’autres mots, parmi lesquels adelphos, « frère », et adelphé, « sœur », qui signifiaient proprement « (nés d’) un seul utérus ». 

Donc, Dy…,  après avoir lu cet extrait,  il suffit d’écrire PHratrie avec un PH pour constituer un clan sans structuration biologique. Ce qui revient à ton » recomposé « . Association d’individus membre d’un clan qui s’affirment apparentés,  pour former la fratrie, pardon la phratrie.. Je vous embrasse phraternellement…M »

Le tour était joué. Naissance d’une phratrie.

Ils rient et rient encore.