Paradoxal, insolubilita…

Je ne connaissais pas le concept. Et venant de l’apprendre, je le livre ici

Le paradoxe de Moore, du nom de son inventeur,George Edward Moore.

“It’s raining outside but I don’t believe that it is” (Il pleut dehors, mais je ne crois pas qu’il pleuve).

Ou encore : « Je suis allé au cinéma mardi dernier, mais je ne crois pas y avoir été. »

Donc, un défaut logique de la construction de l’énoncé. Etrange et inutile. Contradictoire. Paradoxal, à vrai dire, du point de vue de la logique.

Une insolubilia que les philosophes et les logiciens et même les mathématiciens adorent pour éprouver leur capacités de raisonnement, d’analyse.

Comme celui du menteur dans le paradoxe d’Epiménide. Le menteur dit-il la vérité lorsqu’il dit « je mens » ?

Si vous cherchez en ligne, vous trouverez des centaines de pages sur le paradoxe de Moore, du point de vue analytique.

Mais relisez et tentez, comme j’ai tenté, de vous en tenir au mystère de la phrase qui vous laisse pantois. J’ai réussi.

Une jouissance brute du texte absurde qui se substitue à la froide analyse mathématique…

La jouissance est, proprement, reposante.

Béart, notre sauveuse

Abonné à la newsletter de Télérama, qui a fait les belles lectures de notre post-jeunesse et qui est devenu le journal qu’on sait, succursale de France-Inter, dans le groupe et, partant, la mouvance du Monde, journal qui veut concurrencer Libé dans l’anathème gratuit et anti-tout, j’ai pris connaissance des pensées d’Emmanuelle Béart.

Afin de ne pas tronquer, je colle le contenu ci-dessous in extenso. Et je commente, pour passer un peu le temps, puisqu’aussi bien je m’interroge sur l’intérêt d’un tel billet qui me fait perdre au moins une demi-heure.

“Repensons de fond en comble notre manière de produire et de consommer”, par Emmanuelle Béart

  • Publié le 24/04/2020.
Emmanuelle Beart

Je réapprends à lire, à écrire, par-delà les fenêtres la nature est brutalement belle. La vague est là, le monde retient son souffle.

Nous sommes tous appelés à nous réinventer. Écrire est aussi une possibilité de me relier à vous, vous tous, nous tous, confinés à l’intérieur de nos pays, de nos villes, de nos murs à se taper la tête aussi…

Je sens que quelque chose quitte mon corps, je veux du vide pour pouvoir y mettre ce que je décide, ce que j’aime, ce que je désire.

Ce corps-à-corps imposé, ce corps que je découvre, mon corps, peut être oublié, méprisé, mon corps comme un possible chez moi.

Se sentir chez soi, avant de partir comme des milliers d’autres partent pour le grand voyage, brutalement d’un jour à l’autre, des centaines de milliers de morts.“Des bouches à bout portant comme des monstruosités postillonnantes nous ordonnent de rentrer au-dedans”

Tout va vite, et la mort frappe et cogne. Que deviendront nos larmes d’aujourd’hui, nos sentiments, nos convictions, nos batailles, nos souvenirs ?

Aurons-nous le temps de nous battre (puisque c’est la guerre), allons-nous mourir comme des soldats gradés ou comme des chiens abattus ?

Nos aînés fauchés, arrachés sans un baiser d’adieu. Nous voici apeurés du dehors, des bouches à bout portant comme des monstruosités postillonnantes nous ordonnent de rentrer au-dedans, et nous passons de la peur de l’autre à l’angoisse de soi…

On nous dit c’est la guerre, mais n’est-ce pas en temps de paix que nous avons creusé le fossé où nous enterrons nos condamnés ?

J’ai besoin de prendre l’air. J’arrête d’écrire, je respire quand tant d’autres étouffent. Dans ma tête c’est le grand huit, j’ai besoin de rire et pourtant je pleure, ou bien je ris alors que j’ai envie de pleurer.

J’ouvre la fenêtre, un sentier se fraie un chemin à travers mes neurones, j’entends des voix, des chuchotements, je devine des visages, des oreilles tendues, je ne suis pas seule, je ne suis pas seule, nous sommes des milliards !“Nos priorités se réorganisent, nous devenons, oui, dangereux !”

Le nouveau monde va s’ordonner, par bribes, balbutiements, nous allons tomber et nous relever, mais nous n’enterrerons pas nos espoirs au grand jour !

Nous traversons une sorte de terreur collective, le virus, la maladie, nos emplois, mais ce tragique nous propulse dans une autre dimension, celle de l’utopie.

Nos gouvernants ont du souci à se faire, nous ne partons plus, nous ne consommons plus, et nous réalisons cette nouvelle possibilité sociale, existentielle, cette réflexion profonde du fond de nos entrailles, cet instinct de survie et cette féroce envie de vivre autrement.

Nous apprenons le temps de la réflexion, nos priorités se réorganisent, nous devenons, oui, dangereux !

On ne peut plus nous diviser, nous sommes entrelacés par une douleur commune, et tout notre « moi » se sent profondément lié au destin national et au cataclysme planétaire.

« Gouverner c’est prévoir ; et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte », disait Émile de Girardin en 1852 dans La Politique universelle…

Depuis plus de quarante années et l’avènement des politiques ultra-libérales de Reagan et Thatcher, la plupart des pays du monde se sont engouffrés à leur suite et sont depuis trop longtemps dirigés par des administrateurs ou comptables qui ne lisent et décryptent les prévisions que lorsqu’elles sont d’ordre économique, pour ne rien perdre de la course effrénée que se livrent chacun des pays des six continents.

Et ils nous y ont entraînés, car nous aussi, au titre des citoyens que nous sommes, avons notre part de responsabilité.

Fallait-il leur expliquer, fallait-il se répéter à nous-mêmes, comme un mantra, comme on le fait avec un enfant de 3 ans, que le feu ça brûle, et que si on joue trop avec le briquet, on peut mettre le feu à la maison ?“Qu’aurons-nous laissé faire ? Pire, à quoi aurons-nous cédé ?”

Aujourd’hui, il y a épidémie. Il y a crise majeure. Et « notre maison brûle » comme disait l’un de nos anciens administrateurs… Et nos gouvernants comptables de tous les pays jouent désormais aux « super-pompiers ».

Qu’auront-ils prévu ? Comment auront-ils gouverné ? Qu’aurons-nous laissé faire ? Pire, à quoi aurons-nous cédé ?

La réponse en revient à chacun d’entre nous, comme le droit de réfléchir à des solutions – non alternatives, mais désormais principales – de réparation de nos solidarités, nationales comme internationales, de réparation de notre climat, de notre planète. Notre maison commune.

C’est à nous, citoyens, de faire, au moins sur ce point si ce n’est sur d’autres. Arrêtons de déléguer à d’autres notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, réduisons notre dépendance ; il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors de la loi des marchés.

Relocalisons le processus de production, repensons de fond en comble notre manière de produire et de consommer, fuyons cette industrie du jetable.

Portons un autre regard sur tous ceux qui nous aurons sauvé la vie et que nous applaudissons chaque soir, et sur tous ceux essentiels à la viabilité d’un pays en crise sanitaire – agriculteurs, transporteurs, caissières, pompiers, éboueurs, et tant d’autres…

Et pour citer Edgard Morin que j’aime tant, « chacun de nous fait partie de cette aventure humaine inouïe au sein de l’aventure elle-même stupéfiante de l’univers ».

Je pense que sans prise de conscience individuelle et collective, nous ne pourrons pas entraîner nos politiques à changer de cap.

ALORS ?

Rien à dire sur la liberté d’expression : tous peuvent s’exprimer, y compris Emmanuelle Béart. Mieux encore, c’est une nécessité.

Mais, bon, si ma voisine, assez intelligente et perspicace, qui s’éloigne de FaceBook et Instagram-Twitter, en regardant des films de Frank Capra ou de Ernest Lubitsch, avait écrit ce papier, Télérama n’aurait pas publié.

A vrai dire, de la bonne pensée collégienne, comme nous l’avions tous à l’époque du “Mouvement pour la paix” qui camouflait son obédience communiste.

Ce type de pensée est majoritaire dans le groupe Le Monde-Télérama et Libé.

Pour la résumer : tout est de la faute du politique et de “nos gouvernants” et une main noire “invisible” nous fait consommer pour nous éloigner de la vérité de la vie.

Et du “y’a qu’à” et du mot qui veut frôler la poésie, laquelle comme on le sait aussi, n’a rien à dire ou faire avec la quotidienneté, sauf à nous en extraire.

Et l’oubli essentiel dans ces discours moralistes primaires : la production et la consommation sont comme le sang d’un corps humain. Indispensable. On ne pense pas le sang, on l’oublie dans son écoulement, puisqu’il nous fait vivre. Et on arrête de râler contre sa fluidité et sa nécessité.

Puis, on on se plonge dans la structure des choses et on se dit que ce n’est pas elle qui va nous faire sortir du mal.

Ni le politique, ni les politiques, ni la volonté ne peuvent empêcher le monde de “couler” normalement. On fait ce qu’on veut de sa vie propre que les “gouvernants” ne peuvent gouverner”. A vrai dire que personne, peut-être ne peut maîtriser.

Il n’existe que des coups ponctuels de son propre génie qui nous font sortir du “sang”. Rares, sûrement inexistants. Et ça devient de la poésie de soi. Rare,inexistante certainement.

On en a un peu assez du don de ces leçons et de la pitoyable harangue, récurrente et sans souffle, à l’égard des politiques. Ils sont aussi paumés que les gouvernés et ceux qui les critiquent. Le vide ne peut se remplir de creux. Et ceux qui leur font la morale sont des plumes inutiles et vantardes, comme des épées dans l’eau.

Pour finir, je dis à Emmanuelle Béart : rien ne vaut un bon film (où elle jouerait peut-être ou une bonne musique pour nous recentrer dans l’essence de la vitalité. Quant à Edgard Morin, sa citation n’est pas, elle, collégienne”. Elle est primaire et assez ridicule.

Pourrait-on sortir, un jour, de ces mots inutiles qui ne donnent à ne montrer que celui ou celle qui les écrit, dont la notoriété est gage de leur publication ?

Il ne suffit pas de “repenser”. Même nos révolutionnaires français du 18ème siècle n’ont pas “repensé”. Ils n’ont fait que qualifier et mettre en forme ce qui advenait. Nul peuple, nul groupe ne peut “repenser”

Bon, il faut changer la vie. N’est-ce pas, Emmanuelle (Béart) ? C’est ça ? On est OK.

détails, bruits et serpents

a) On sait très bien quel fut le bruit le plus violent jamais perçu par une oreille humaine. Il s’agit, le 27 août 1883, de l’explosion du volcan Krakatoa, situé entre les îles de Sumatra et de Java. On estime que la déflagration fut entendue sur un douzième de la surface terrestre et jusqu’à une distance de cinq mille kilomètres. Elle rendit sourdes pour le restant de leur vie des populations entières.

b) Dans L’homme foudroyé, Blaise Cendrars note que les vingt-six lettres de l’alphabet permettent 620 448 017 332 394 393 360 000 combinaisons différentes. Comme ce nombre est à peu près illisible, Cendrars le traduit à l’aide de l’alphabet et l’arrondit pour ne pas compliquer inutilement la lecture : « des trillions de billions de millions de millions .

c) En Inde, une loi oblige, sous peine d’amende, les charmeurs de serpents à faire opérer l’animal avec lequel ils gagnent leur vie afin de lui implanter une puce électronique sous la peau. En identifiant chaque reptile, la puce a pour objectif de limiter le nombre de cobras amputés de leur poche à venin et de préserver ainsi une espèce en danger d’extinction.

d) Un magazine hebdomadaire remarque que les six chaînes de télévision les plus regardées en France « assassinent en moyenne mille personnes par semaine ». C’est beaucoup plus de meurtres qu’un inspecteur de la Brigade criminelle ne peut espérer en élucider en quarante ans d’une carrière bien remplie.

e) Le philosophe Michel Serres note, pour sa part, qu’aux États-Unis un adolescent de quatorze ans a déjà vu vingt mille meurtres à la télévision. Quelles que soient les mœurs des sociétés disparues, c’est la première fois, dans l’histoire de l’humanité, que la sensibilité de la jeunesse est soumise à un tel traitement, remarque le philosophe.

SANS COMMENTAIRES : EXTRAITS DE “DETAILS” de MARCEL COHEN, Ed Gallimard

Just do it, y’a bon Banania

Slogans publicitaires, en titre.

Juste pour les comparer à ceux que les journalistes de Libé qui passent leurs nuits à chercher le jeu de mots “slogan de titre” qui fonctionne comme de la publicité accrocheuse et aux politiques qui, désormais persuadés que le buzz passe par la phrase à consonance publicitaire, embauchent des hypokhagnes adolescents.

Ainsi, aujourd’hui :

1 – LIBE, POUR ASSASSINER AMAZON AUQUEL ON (UN TRIBUNAL A NANTERRE) INTERDIT DESORMAIS DE VENDRE DES PRODUITS NON ESSENTIELS, SES SALARIES ETANT PRETENDUMENT, SELON LES SYNDICATS QUI JOUENT INCROYABLEMENT LA SURVIE DES ENTREPOTS EN FRANCE, MAL PROTEGES CONTRE LE VIRUS, (CE QUE JE NE CROIS PAS)

LIBE A TROUVE SON TITRE QUI VA FAIRE PLAISIR AUX ANTI-TOUT (cf PS) LE SLOGAN CONTRE LE MECHANT PATRON CAPITALISTE JEFF BEZOS QUI PROFITERAIT, JUSTE EN VENDANT CE QUE TOUS VEULENT ACHETER QUI NE SONT PAS DES CAROTTES. LE VOICI: “AVIDE DE COVID”

2 – BENOIT HAMON DANS UN ENTRETIEN AU MONDE SUR LA CRISE SANITAIRE :

“NOTRE SOCIETE S’EST LOURDEMENT TROMPEE EN PREFERANT LES BIENS AUX LIENS

Décidément, le vide est concomitant de la déshérence.

PS. Peut-être pourrions-nous nommer ces jouisseurs de l’exacerbation du malheur, ces râleurs impénitents qui voient la main invisible noire (souvent juive, selon beaucoup) absolument partout des “ANTI-TOUX”. Leur discours étant du “sirop” inefficient.

Le style contre l’instinct

Dans son “dictionnaire amoureux de l’Espagne, Michel del Castillo, consacre un très bel article à la tauromachie.

J’en extrait quelques brèves lignes que je colle :

« Exaltation des facultés intellectuelles et affectives de l’homme, poème charnel de sa supériorité sur l’instinct, la tauromachie est le théâtre où les Espagnols vivent leurs croyances, non par l’abstraction, aussi brillante soit-elle, mais par le style. Se penser homme, c’est agir en homme. On juge de la pertinence des idées face à la mort »

Del Castillo nous donne des mots d’une vérité implacable. L’instinct, l’abstraction, le style, trois champs dans des cercles qui se cognent. Et qui, tous caressent, frôlent la mort, glissent sur elle, sans s’y coller frontalement, de peur qu’elle ne vous attrape.

Le style est tout.

PS. C’est un vrai mystère. Chaque fois que je sors cette photo en tête de billet, que j’ai prise dans les arènes de Séville, il y a Assez longtemps, je me demande comment j’ai pu la prendre. Presque parfaite. Et je n’étais pas en mode “rafale”. Des nuits d’insomnie, je me dis que des anges de la photographie déclenchent à votre place et rient, rient et rient encore. Puis le matin, devant un mauvais café, je me dis que c’est de la “chance”. On devrait rester dans la nuit pour saisir les mystères. Mais elle est trop longue pour les insomniaques.

l’ange et la règle

Une amie a été très gentille, aujourd’hui. Au téléphone. Elle a, par une autre amie, appris l’existence de ce site, me dit qu’elle y a passé la nuit. Et me rappelle les années post-université pendant lesquelles je hurlais qu’il ne fallait rien publier, tant tout avait déjà été dit et qu’au surplus, l’ouvrage supposait la perfection. Elle me rappelle encore (là, elle est presque méchante) que j’étais un idiot que de sombrer dans la nécessaire perfection, sans laquelle, rien ne valait. Un idiot, a – t-elle répété. Elle me dit de ne pas bouger, qu’elle m’envoyait par un couper/coller Whatsapp un extrait d’un bouquin de Schiller (allez en ligne, on dit qu’il est presque antisémite, ce qui est faux). Je le livre ci-dessous :

« Le vrai génie est nécessairement naïf, ou il n’est pas le génie. […] Il ne connaît point les règles, ces béquilles de la faiblesse, ces pédagogues qui redressent les esprits faussés : il n’est guidé que par la nature ou par l’instinct, son ange gardien  » Schiller. De la poésie naïve et sentimentale.

Je ne sais comment prendre cet envoi (je lui téléphone ce soir).

Est-ce à dire que la règle, la perfection presque géométrique de l’idée et du style qui la propulse est antinomique de la production ? Et qu’il fallait que je sois naïf ?

Elle me fait trop d’honneur car à vrai dire, tous les anges gardiens éclatent de rire quand celui qu’ils gardent les imite, en étant sans règles, virevoltant dans les airs profonds, enlaçant l’infini, écrasant les pédagogies, en se plaçant dans les ondes cristallines.

Il n’y a que les anges qui peuvent dire sans règles. Ce pourquoi, ils sont des anges.

PS. Flaubert, que j’ai convoqué plus haut, a raison quand il énonce que : « Si vous vous acharnez à une tournure ou à une expression qui n’arrive pas, c’est que vous n’avez pas l’idée. L’image ou le sentiment bien net dans la tête, amène le mot sur le papier. L’un coule de l’autre. « Ce que l’on conçoit bien, etc. »  »

Le seul problème, c’est que l’assertion vaut pour le roman. Pas pour les idées. Sa propre idée ne fait pas une idée. Sauf sur Facebook ou avec celles et ceux qui croient penser en sortant des lapalissades. Relisez. Et vous comprendrez pourquoi tout n’est pas publiable. Heureusement qu’il existe des sites en ligne, comme celui-ci, pour le dire…

Ce qui est un comble.

Work in progress, cartographie des idées

C’est dans le titre : c’est une annonce, encore une qui ne changera pas la face du monde. Qui, très simplement est un immense projet que j’entreprends, pour le décoller de sa potentialité, souvent abordée avec des proches : les explications du monde par les hommes. Un exposé panoramique des idées (les philosophies, les croyances, les affirmations, les théories) des humains (la pensée philosophique les distinguant des animaux, voyez, je commence…). Et ce depuis l’invention de la pensée.

Une sorte de cartographie de la pensée humaine. Très court, par mots clefs, comme un nuage de mots qui, dans son éclatement, vient inonder la réflexion.

Évidemment que je suis, moi-même, abasourdi. Nul, sauf les dictionnaires ou les ouvrages de Terminale, rébarbatifs et sans saveur, ne s’y essaient, tant la tâche est impossible.

La philosophie ne peut être que son histoire. Exposée chronologiquement ou par sphère de pensée (idéalisme, matérialisme, monisme, dualisme, déterminisme, et tout le reste). Donc un énième ouvrage-dico-précis.

Mais, peut-être que non, il faudrait pour s’assurer de l’efficience du projet, commencer à l’écrire. Cest dans les premiers mots (c’est un leitmotiv), que l’on sent poindre ce qui peut être inédit ou central.

L’idée m’a été soufflée cet après-midi, par un “ami” qui a osé dire que tous devraient profiter du grand enfermement pour distiller son talent; que parait-il (je n’ose l’écrire, mais y suis contraint par l’absence de dialogue qui altère toujours le propos, en le faisant passer, je devrais donc profiter de ce temps mort (le mot est mal choisi, mais il esr basketteur et les temps morts dans le basket sont très forts)  pour tirer par ses cheveux,  mon “talent”, le sortir de son enfouissement quotidien et, en quelques pages, résumer ce que les humains ont pensé du monde dans lequel ils ont été posés. Le mien, de talent, étant celui du “résumé” , de la “synthèse”. Ce qui, au demeurant me place dans la répétition. Plus que dans l’invention; que, dès lors, la prétention qui peut jaillir de cette affirmation, qui n’est pas la mienne (mon talent) est altérée. Et que, mieux encore, je suis insulté…

C’est ce que j’ai dit, en riant, à mon interlocuteur, un homme plus vieux que moi, en pleine forme intellectuelle. Je lui ai répété à l’envi que des milliers ont ce “talent” et qu’il faisait de moi un “répétiteur”. Alors que, prétentieux comme pas deux, je m’estimais “chercheur”. Que le seul que je revendiquais était celui de la conscience de l’intellectualité (la perception de ce qui la distingue de son versant contraire). Celui-ci, n’en déplaise aux coincés, je le revendique.

Il m’a répondu qu’en ces temps spéciaux, il convient de jeter par-dessus bord modestie et salamalecs. Chacun son talent, “répétant” que le mien étant celui de la synthèse, comme le sien est celui de la persuasion. Comme celui de son voisin, celui de savoir aimer les chanteuses de Jazz (savoir aimer est le talent qui est le plus envié, celui qui ouvre les portes de la respiration limpide. ajouta-t-il. Mon ami est un exagérateur, c’est un oriental)

Je reviens à l’essentiel.

A la question de savoir si le monde peut être résumé dans une idée, un mot, une locution (le rêve de celui qui cherche la synthèse de tout, du tout), ou plutôt si l’on peut résumer par quelques mots la pensée humaine, diversifiée et brouillonne (par essence même puisque l’on ne saura jamais), l’on ne peut malheureusement répondre que par la négative.

Cependant dans la profusion des prétendues idées, prétendument novatrices, l’on peut, éventuellement, exposer celles (les idées) qui, comme des perles d’un collier au ras du cou, tiennent dans le fil de la pensée, depuis son immersion dans le cerveau humain.
Confiné, je m’exécute, étant précisé que l’essentiel est dans la synthèse des titres plus que dans le fond. Comme disait le seul professeur que j’ai respecté “si le titre ne dit pas tout, le sujet n’en vaut pas peine”.

Il était dur avec les lecteurs minutieux et férus de  démonstration logique, presque mathématique. C’était un spinoziste qui n’aimait pas le style du maitre et la philosophie exposée comme une géométrie. Un comble.

Je commence demain, dans un format que j’affectionne (pagexl), comme celui de la première page (voir le menu de ce site)

Le cela du zen

Pour ceux qui ne le savent pas, la revue “Philosophie Magazine” (Philomag) héberge quelques “blogs” (je hais ce mot). Dont celui d’un certain Laurent Ledoux, que je viens de découvrir. Le lien :

Philosophie et entreprise

Un article m’a “interpellé”, comme on dit dans les couloirs des grandes entreprises.

Il s’intitule “Qu’est-ce qu’un manager zen”

Je colle un extrait :

Pour mieux comprendre, observons un maître zen. Voici donc le grand maître Anzawa, qui s’apprête à tirer à l’arc, tel que le décrit Michel Random dans son magnifique livre, « Les arts martiaux ou l’esprit des budô » : « Le maître a fait le silence en lui. Avec des gestes où souffle et lenteur s’harmonisent, il saisit l’arc et l’élève lentement à hauteur de tête et se tourne vers la cible. L’unité de la tension de l’arc et de la concentration intérieure s’est mûrie dans un véritable accomplissement, la flèche s’échappe comme une éclosion accompagnée d’un cri bref et puissant : le Kiaï. Un instant, le regard du maître reste encore fixé sur la cible, car spirituellement la flèche continue, elle est le symbole de l’énergie même, rien ne l’arrête. « Une flèche, une vie. Engagez tout votre vie au tir d’une flèche », dit le maître. Entre le moment où il a pris son arc et celui où il a tiré sa première flèche, un long moment s’est écoulé. Durant ce temps, le maître s’est rendu étranger à tout ce qui n’était pas la pensée du tir, la concentration intérieure a opéré l’alchimie de l’unité : l’homme, l’arc, la flèche et la cible ne font plus qu’un. L’efficacité du tire et sa fonction spirituelle résident dans l’acquisition de cette parfaite unité. C’est au plus haut degré de concentration que la flèche jaillit spontanément comme un enfant laisse échapper quelque chose de ses doigts, avec innocence et oubli : c’est le parfait non-vouloir qui a réalisé le tir, le but lui-même est atteint de surcroît. Tirer à la cible c’est avant tout atteindre l’harmonie du tir, plutôt que la précision du tir qui est atteinte de surcroît.

« Ne pensez jamais à la cible quand vous tirez la flèche » dit le maître. Ou encore « Ne tirez pas ; Laissez ‘cela’ tirer. » ‘Cela’, c’est l’être essentiel qui est au fond de chacun de nous, qui nous relie à tout. »

Ainsi, par une pratique répétée, le maître a atteint un niveau de maîtrise parfaite du tir à l’arc où l’action s’est émancipée du contrôle de la conscience ordinaire, de l’ego. Lorsque le maître tire, l’action engagée semble ne plus obéir qu’à elle-même”

 

Je relis. Je n’en crois pas mes yeux. Je ne savais pas que ça existait encore ce type de “leçon de zen”, ces mots creux, autant que le vide entre l’arc et sa corde.

Je suis persuadé que “les apprentis-experts-en-entreprise-performante-conseils-d’entreprises-performantes-au top-de-la-réflexion” s’emparent de ce vocabulaire pour en faire des congrès dans des hôtels de luxe. Très facile, entre deux repas gargantuesques et la recherche d’une collègue pour la nuit.

L’Occident se fait toujours avoir par le prétendu mystère de la philosophie asiatique dont l’on connait pourtant le caractère primaire et presque fasciste, enterrant la liberté de l’individu sous les fourches fourbes de la pensée du Centre, du Milieu, du Zen, quoi…

Le Zen qui est de la roupie de sansonnet devant le souci de soi grec.

Il ne faut pas s’énerver et sourire, simplement. Étant observé que le “cela” (attention, je fais pas de faute d’orthographe) est un concept très intéressant que les occidentaux ont manié plus intelligemment dans la science et la philosophie, qu’elle soit humaniste ou structuraliste. Mais l’Occident n’est pas chic. L’Occident n’est pas, malgré les grecs et l’invention de la liberté, pas assez mystérieux, dans la “lenteur” asiatique (un mythe éhonté, le peuple est très nerveux et Confucius n’y peut rien) inventée par les peureux de soi, qui ont jeté par-dessus bord la merveilleuse pensée du soi (qui n’est pas celle du sujet conscient, juste de l’individu qui se déplace) . La posture de karaté, en suspens, comme dans Matrix, va finir par devenir, comme on le savait dans les années 70, un geste de haute philosophie.

Je viens de relire l’extrait : on rêve…

PS. Il s-est dommage que Philomag, pour vendre, s’enfonce dans les méandres inutiles de la philosophie managériale, notamment par la création de sa nouvelle revue (Philonomist, un titre idiot, vulgaire, qui n’aurait pas du passe rentre les mailles des publicitaires). Ne pas confondre force, pensée, objectif avec philosophie.

Quant à François Ledoux, je viens de voir en ligne :

“A 49 ans, Laurent Ledoux est un économiste atypique. Adepte de la philo et des spiritualités, il a présidé jusqu’au 13 avril dernier le SPF Mobilité. Une organisation de 1 100 personnes où il a entrepris une petite révolution en instaurant des bureaux partagés, le télétravail généralisé, la suppression de l’obligation de pointage, un programme de méditation, etc. Rencontre avec un manager zen qui aspire à « libérer les entreprises » pour « changer le monde ».”

OK, OK…

Dieu que c’est révolutionnaire. Vous vous rendez compte : du télétravail et pas de pointage. Mais c’est un immense révolutionnaire..!

idiote

France Culture nous envoie, quotidiennement sa newsletter de laquelle je retire cet article de Géraldine Mosna-Savoye (Extrait de sa bio : Géraldine Mosna-Savoye est la productrice de l’émission le “Journal de la philo”, qui revient chaque jour sur l’actualité de la philosophie sous toutes ses formes, dans “Les Chemins de la philosophie”. Elle anime également des conférences au Forum des images de Paris.)

Je vous le livre ci-dessous. C’est assez effarant de penser si mal. Elle devrait créer un club des idiots confinés. Je commente un peu après votre lecture de cette idiotie.

Donc : D’abord la présentation de FC :

“Malgré le confinement, avez-vous, comme Géraldine Mosna-Savoye, l’impression de n’avoir jamais été autant en contact avec les autres ? Messages, écrans… “les autres” sont omniprésents et leurs paroles nous assaillent. Pourquoi ne peut-on pas se passer des autres et de leur dispenser notre présence ?

Ensuite, une image très chic :

L'enfer, c'est (vraiment) les autres

 

Puis le texte de Géraldine :

“Je suis ravie de vous retrouver, loin d’un studio mais tout près quand même grâce à ce médium formidable qu’est la radio, et dont le principe prend tout son sens aujourd’hui : pas besoin de se voir pour écouter et se faire entendre.
En cette période de confinement, c’est en effet un peu ce que l’on tente de faire : on garde le lien chacun de son côté, par téléphone, messages ou écrans interposés. Au point qu’on puisse faire ce constat : le confinement est loin de nous avoir mis à distance les uns des autres. Heureusement d’ailleurs. Ou pas… Malgré les gestes barrières et les mesures de quarantaine, jamais je n’ai eu autant l’impression d’être en contact avec d’autres que moi. Collègues, parents, amis ou même inconnus sur les réseaux sociaux, impossible de leur échapper… et la phrase de Sartre de tourner en boucle dans ma tête : l’enfer, c’est vraiment les autres.

“Les autres”

Depuis l’intervention d’Emmanuel Macron lundi dernier, les autres, tous ces gens qu’on voyait au travail, aux soirées, nos amis, collègues, ou même tous ces inconnus qu’on croisait dans les transports ou la rue sans même les regarder, sont devenus au pire des ennemis, vecteurs de contagion, au mieux : des images, des souvenirs, voire de vagues fantasmes. 

Hormis les quelques voisins de la maison d’à côté ou de l’immeuble d’en face, hormis les quelques passants qu’on voit à travers nos fenêtres, “les autres” relèvent plus du lointain que du quotidien. Pourtant, force est de reconnaître : depuis plus d’une semaine, je n’entends parler que de ces autres… je n’entends parler que ces autres ! 

Des conseils qui disent de nous laver tous les matins aux recommandations de films gratuits sur Netflix, des journaux de confinement, concerts aux fenêtres aux fils de discussions, nous voici assaillis, contaminés si j’ose dire, par la parole des autres, chacun ayant son mot à dire sur la situation actuelle, son analyse, son pas de côté, sa préconisation, son indignation ou son incompréhension… 

J’avais peur de me sentir seule, j’angoisse à la perspective inverse : le confinement total, aux confins du monde et des autres, serait-il devenu impossible ? On pourra me dire d’éteindre mon téléphone, ma télé, mon ordinateur… c’est une option, mais restera quand même cette question : pourquoi les autres sont-ils d’autant plus envahissants qu’ils ne sont plus présents ? 

De la présence à l’omniprésence

Dans cette affaire de confinement, de distance et d’isolement, je ne suis pas mieux que les autres : moi aussi, j’envoie des photos, je prends des nouvelles, je réponds et je relance diverses discussions virtuelles, j’écoute et je suis les différentes initiatives, j’y prends part même, je les approuve ou pas, et puis je fais bien cette chronique même loin de tout… 

Moi aussi, je suis devenue une de ces autres, présente sans être vue, absente sans être là. Omniprésente. Voilà la chose qui me frappe : cette substitution de l’omniprésence à la présence. Comme si l’absence qu’implique le confinement, des uns et des autres, et surtout de soi, était insupportable et qu’il fallait à tout prix la remplir, la renchérir, de mots, d’images, de projets ou de conseils absurdes…  

Le problème est là, je crois : pas forcément dans le fait que le confinement soit totalement impossible, mais dans le fait qu’il soit impensable, pas même une possibilité, une toute petite possibilité.
Mais pourquoi ? Pourquoi être toujours là ? Pourquoi ne pas pouvoir se passer des autres et les dispenser de nous ?
On me dira par humanité, soutien, aide, empathie, importance du lien, ou que sais-je… Mais s’agit-il de ça quand tout le monde dit la même chose en ne pensant faire entendre que lui ?  

Dans sa pièce Huis-clos, Sartre fait dire au personnage Garcin que “l’enfer, c’est les Autres” (avec un grand A), les spécialistes prennent soin de nous dire que Sartre n’a pas voulu dire que les autres étaient foncièrement néfastes (mais qu’ils nous aliénaient)…
Je crois, pourtant, que tout est vrai avec ce confinement : les Autres (et la majuscule n’est pas là pour rien), quand ils deviennent cette masse informe, indistincte, oppressante, bruyante, quand ils ne sont plus des personnes singulières, réussissent le coup de force de non seulement nous aliéner, comme d’habitude, mais deviennent, en plus, foncièrement hostiles, et cela, sans même être contagieux.    
Je ne désespère pourtant pas : il nous reste encore quelques temps pour que tout cela change. “

Puis mon commentaire, avant l’apéritif :

Cette femme n’est pas un monstre, un “autre monstre”. Les monstres sont intéressants. C’est une idiote, encore une fois. Et il est dommage que le confinement m’empêche d’aller la gifler (juste le geste, sans la toucher évidemment, non pas de peur d’attraper le virus mais parce qu’on ne gifle personne).

Comment, alors que des personnes crèvent autant de solitude que de peur, les veufs, les malades, les hospitalisés, tous ceux qui par un mot des “autres” survivent et tiennent leur vie, oser un jeu de “mots” (c’est le cas de le dire, l’autre pièce de Sartre, un autre idiot de la famille) sur l’enfer sartrien qui est une pièce, un concept de collégien d’estrade, d’exposé pour obtenir un 14/20, avec un sourire à la Gérard Philipe…

Quand cette Géraldine mérite la gifle lorsqu’elle nous dit :

“Cette masse informe, indistincte, oppressante, bruyante, quand ils ne sont plus des personnes singulières, réussissent le coup de force de non seulement nous aliéner, comme d’habitude, mais deviennent, en plus, foncièrement hostiles, et cela, sans même être contagieux”.

Lorsque le confinement sera terminé, on libérera tous les occupants des EPAHD, les personnes seules, les pauvres hères de l’isolement, pour, ensemble, les faire marcher jusqu’au domicile de Géraldine (sûrement un quartier bobo et crier sous sa fenêtre que c’est une idiote.

On ne joue pas avec la philosophie pour faire de bons mots, en allant à contresens, pour faire son intéressante.

La philosophie mérite mieux que Sartre et, évidemment, Géraldine.

Nul besoin de plus commenter.

J’ai trouvé en ligne sa photo, ça correspond.:

 

PS. Je n’ai jamais été aussi virulent contre une personne. Mais trop, c’est trop. C’est une idiote.

 

 

la mémoire est belle

 

Je viens de dire à une confinée que l’oubli était une infamie; que celui qui n’a pas la mémoire de sa vie, de ses instants prodigieux ou communs, éblouissants ou primaires, anciens ou récents, sombres ou fulgurants ne mérite pas l’instant que l’air cosmique lui offre, à la seconde même de sa mémoire non reconnaissante du temps, des temps. du moment de son oubli.  Que celle ou celui qui effacent les “marques” n’est pas dans l’ordre des humains, peut-être même du monde, puisqu’aussi bien les végétaux, les minéraux ont cette mémoire. Même l’eau selon les homéopathes.

M’est alors venu le dialogue du Don Quijote, que j’avais commenté toute une nuit lorsqu’une femme m’avait déclaré qu’elle avait oublié la précédente passée avec moi.

J’étais jeune et présomptueux. Ce qu’il faut toujours être pour remettre les oublieux à leur place, presque méchamment.

L’oubli, disais-je, est une infamie. Pire, c’est une insulte. Une tare, un trou dans l’espace, plus que dans le temps.

Je le donne ci-dessous, le dialogue, je l’ai retrouvé dans ma bibli numérique

Extrait de: Miguel de Cervantes  “L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche”

« — Vous êtes railleur, Sancho, reprit don Quichotte, et, par ma foi, la mémoire ne vous manque pas, quand vous voulez l’avoir bonne.

— Et quand je voudrais oublier les coups de gourdin que j’ai reçus, reprit Sancho, comment y consentiraient les marques noires qui sont encore toutes fraîches sur mes côtes? »

 

PS. Ce billet est écrit à un instant où je me laisse aller. Et pour ne pas l’oublier, je l’écris, ce moment. Mais je ne transformerai pas ce mini-site en traité du développement de soi et vendeur de soupe de petits états d’âme. Juré.

 

Twist and bio

Saint-Augustin : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me pose la question, je sais ; si quelqu’un pose la question et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus »

Non, il ne s’agit pas de compter les durs jours du confinement Covid-19.

Juste s’interroger sur la possibilité d’une autobiographie. Laquelle passe nécessairement par le temps. Les temps, si l’on préfère.

Différentes manières d’envisager de type de narration après avoir décidé si elle est « possible ». Question, au demeurant, assez creuse et certainement orgueilleuse. Celui qui la pose est, justement un poseur, un fanfaron, l’insignifiance de soi étant absolument une fanfaronnade, pour attirer le manant, et lui signifier sa faculté de dédain de soi, lequel, comme on le sait, est une manigance de faiseur.

Donc, on saute par-dessus la question de la possibilité, pour revenir à notre interrogation sur la manière et l’appréhension du temps.

Il y a d’abord le temps chronologique. Dit « diachronique » par les faux intellectuels. Pourquoi pas ? Mais assez ennuyeux. Le contraire de Woody Allen dirait une amie lointaine qui m’a appris, un soir où elle était très éméchée comment ce génie jonglait avec les moments pour les magnifier dans la cassure du temps linéaire, de la succession minutée. Je lui en sais gré, mais je ne sais plus où elle se trouve pour le lui dire. (Je reviendrai ici commenter le merveilleux « A rainy day in New York » qui met en joie les plus réticents aux bonds vitaux, mais je m’éloigne de mon propos sur le temps et la biographie)

Puis le temps multiple et simultané. Synchronique, dirait l’apprenti structuraliste. Concomitant d’un autre, parallèle et concurrent, mélangé sans être brouillon.

Des temps en bagarre contre celui unique et rond, « téléphoné », prévisible, m^me dans l’anecdote la plus folle.

Un exemple : le mélange narratif d’un Twist sur Chubby Checker, le jour d’une Bar Mitsva, première cigarette entre les lèvres, pour imiter Gabin, et une nuit avec une femme qu’on aime trop, dont on pleure le départ à l’heure du petit-déjeuner. Deux forces, les yeux clairs et les sens dans le frôlement, l’ondulation.

C’est ça : trouver un mot. Ici l’ondulation, pour faire venir les temps.

 

Je ne m’y mettrai pas avant longtemps. Je dois finir de m’interroger sur la possibilité d’une autobiographie, pourtant persuadé qu’elle mérite d’éclore sous la plume. Comme tous les mots qui viennent sans qu’on ne les attende

Le son du sens

Une histoire m’est revenue alors qu’au téléphone, l’on discutait du langage et sa relation au réel.

Je me suis lancé dans une longue envolée sur le nominalisme, sur l’origine du mot et sa relation aux choses, convoquant Aristote et d’Ockham. Bref, classique et assez rébarbatif, même si mon interlocutrice, pourtant très savante, une intellectuelle presque de renom, semblait intéressée par ma réponse.

Elle est polie.

Puis, soudainement, j’ai évoqué la musique des mots qui pouvait autant avoir du sens que leur contenu, le ton étant un langage (je ne parlais pas de poésie. Trop facile).

Et, encore plus soudainement, m’est revenu l’histoire de ce juif très pieux, orthodoxe, priant plusieurs fois par jour à la synagogue et qui avoua un jour qu’il ne connaissait pas l’hébreu. Pas un demi-mot.

On lui posa alors la question de savoir comment il pouvait prier sans comprendre ce qu’il disait ou chantait.

Il répondit : si je comprenais ce que je dis, je ne prierais probablement plus”.

C’est une merveilleuse réponse.

Je me suis entendu dire, avant, vite, de raccrocher qu’il s’agissait du choc de l’infini contre la nature finie du mot compris ou saisi, que la compréhension ne pouvait être “sublime”, qu’elle abrogeait le mystère, seule manière, pascalienne, donc paradoxalement insensée, de lire ou voir le monde…

Vous comprenez pourquoi j’ai vite raccroché ? L’emphase m’avait rattrapé. Je l’aime et la fuis.

PS. Le propos ici n’est pas défendre la prière en hébreu ou en latin (bien que : la traduction d’une prière en français dégénère sa construction et son efficience, surtout pour l’hébreu). Juste dire l’immense importance de la musique et du mystère qui l’enlace, qui met les mots en suspens, comme les anneaux de Saturne autour de la vérité. Un sens hors du sens. Désolé pour le titre à la “Libé”. Je le garde.

Singer, libre-arbitre, humain, trop humain…

J’ai pu retrouver l’entretien paru dans les Cahiers de l’Herne consacré à Isaac Bashevis Singer.

Il s’agit, encore du libre arbitre, sujet récurrent, s’il en est, ici.

À vrai dire le sujet est venu dans une discussion élémentaire hier et je faisais référence à l’écrivain, à sa vision que je qualifiais de “simpliste” de la notion.

Je n’ai pu, sur le moment, retrouver le texte de IBS.

Évidemment, IBS est tout sauf simpliste. Sauf que seule, désormais, la minuscule provocation permet l’écoute ou la colère féconde.

N’empêche que la vision “tautologique” de IBS de ce qu’il nomme l’humain règle le problème par une pirouette que les adorateurs du “moi” glorifient. Une pirouette trop facile que de dire “j’en parle, donc ça existe”. Ou encore “je parle donc je suis”. Et enfin “je parle, donc je suis”.

Je commenterai plus longuement dans un vrai billet.

Mais, soit. L’humain est unique.

Vous aurez noté que je fournis ici les armes aux pourfendeurs de Spinoza.

Maso…

Mais relisez le billet sur Rosensweig et les deux chemins, le doute.

Il est inutile de se braquer sur une idéologie…

I.B.S. : D’après Spinoza, dans l’univers, il n’y a pas d’erreurs. Elles n’existent que du point de vue de l’homme. Vous ne diriez jamais, par exemple, qu’un animal en a commis une.
C’est un concept humain, uniquement humain. Nous ne dirions sûrement pas qu’une pierre fait une erreur en tombant d’un toit. Parce que nous supposons que l’homme dispose de son libre arbitre, nous pouvons dire : « Ici, il s’est trompé. » La vérité, c’est que croire au libre arbitre est un impératif absolu. On ne peut pas vivre sans y croire. Bien sûr, rien ne nous empêche de dire cent fois qu’il n’existe pas, tout comme nous pouvons dire que la gravité n’existe pas. Or nous marchons quand même sur la terre, nous ne nous envolons pas dans le ciel. Le simple fait de parler des erreurs humaines est la preuve que nous croyons à la liberté de choix chez l’homme.
R.B. : En rapport avec la notion du libre arbitre, vous citez souvent Schopenhauer qui croyait en une volonté aveugle qui serait le « moteur » de la Nature. Si je ne me trompe, pour Schopenhauer, génie équivalait à « objectivité », ou capacité à ne pas subir les effets de cette volonté.

I.B.S. : Schopenhauer est plein de contradictions, mais il est quand même merveilleux. C’est un génie. Je ne suis pas d’accord avec lui quand il dit que la volonté est aveugle. Je pourrais l’être sur la « chose en soi » qui serait volonté mais je ne crois pas un seul instant qu’une puissance aveugle pourrait créer une amibe, une fleur, ou un homme. Ce que j’admire chez Schopenhauer, c’est son courage à être pessimiste. Presque tous les philosophes ont essayé d’une façon ou d’une autre de peindre un univers merveilleux et de donner aux humains des espérances qui n’étaient rien d’autre que des vœux pieux. Lui a eu le courage de dire que nous vivons dans un monde où règne le mal. En ce sens, il ressemble aux kabbalistes. Eux aussi parlent de l’univers comme d’un repaire de démons, le plus bas de tous les mondes. La seule différence, c’est qu’eux disent qu’il est le maillon le plus faible de la chaîne divine, sauf si nous faisons un effort pour vivre dignement. Les kabbalistes croyaient au libre arbitre quand ils disaient que si les hommes se conduisaient bien, la chaîne de la création se maintiendrait. Mais Schopenhauer n’a jamais pris cette direction-là. D’après la Kabbale, Dieu en donnant à l’homme le libre arbitre compensait le fait de l’avoir créé dans le plus bas de tous les mondes. Schopenhauer est un fataliste. Malgré tout, il affirme que l’intelligence peut illuminer la liberté de choisir, la tempérer, et même en inverser le cours. Cela peut sembler être un compromis tortueux mais il prouve une grande compréhension de la condition humaine.
Ce que j’aime aussi, chez lui, c’est qu’il était un merveilleux écrivain, un observateur avisé des affaires des hommes, un grand psychologue. Il connaissait admirablement les passions humaines. Ceux qui croient en Hegel détestent Schopenhauer, tout comme Hegel l’aurait haï s’il l’avait connu. Schopenhauer méprisait Hegel parce qu’il donnait de faux espoirs à l’humanité. Son Zeitgeist n’était rien d’autre qu’une idole, une phrase, la croyance que les rois et les politiciens peuvent venir à bout de tous les maux. Et n’oubliez pas que c’est sur le terrain de Hegel que Marx a poussé. Schopenhauer n’avait pas de disciples, sauf peut-être Hartmann, qui mériterait un chapitre à lui tout seul.

La bévue de la nostalgie de Kundera

Dans L’Art du roman, Milan Kundera écrit:

« Au Moyen Âge, l’unité européenne reposait sur la religion commune; à l’époque des temps modernes, elle céda la place à la culture (art, littérature, philosophie). Or, aujourd’hui, la culture cède à son tour la place. Mais à quoi et à qui ? Quel est le domaine où se réaliseront des valeurs suprêmes susceptibles d’unir l’Europe ? Les exploits techniques ? Le marché ? La politique avec l’idéal de démocratie, avec le principe de tolérance? Mais cette tolérance, si elle ne protège plus aucune création riche ni aucune pensée forte, ne devient-elle pas vide et inutile? L’image de l’identité européenne s’éloigne dans le passé. Européen: celui qui a la nostalgie de l’Europe.”

Kundera a, en réalité, inventé le “nostalgisme“. 

Il n’a pas tort. Sans nostalgie, le sentiment ne laisse rien passer dans l’écorce du cuir de rhinocéros que doivent se fabriquer, constamment, les humains d’un monde désincarné. A vrai dire une écorce qui ne laisse rien passer et qui laisse corps et cerveaux dans le vide, le sport, le fait divers.

La valeurs d’unité de l’Europe ? Justement la nostalgie.

L’Européen n’est pas celui qui a la nostalgie de l’Europe. L’Européen est un nostalgique tout court. Sa force. Ce qui est autre chose que la “nostalgie de l’Europe”, concept creux et vain.

 

Empathie neuronale

Le précédent billet, sur la morale et son caractère inné, m’a fait revenir sur les neurones miroirs.

Vittorio Gallese (Université de Parme) est un neuropsychologue qui a participé à la découverte des neurones miroir, prétend qu’ils permettent l’empathie et, partant la vie sociale.
Vous avez participé à la découverte des « neurones miroir ». Qu’est-ce que c’est?
Ce sont, dit-il, “des neurones moteur, contrôlant l’exécution non de mouvements mais d’actes finalisés, c’est-à-dire tendus vers un but – comme prendre, rompre, tenir, mordre, mastiquer, sucer. En dehors de leur rôle moteur, ils ont aussi une propriété sensorielle. Admettons qu’un macaque regarde l’un de ses congénères en train d’accomplir un acte finalisé : le neurone qui commande l’acte s’active à la fois dans le cerveau du singe qui agit et dans celui du singe qui observe. Ces neurones peuvent aussi s’activer quand une action n’est pas visible – parce qu’elle est cachée par un rideau – et qu’elle peut seulement être imaginée. Ensuite, d’autres expériences ont montré que l’audition est également concernée : certains de ces neurones s’activent quand un macaque entend le bruit de casser des noix. Le système moteur ne sert donc pas seulement à déplacer le corps mais aussi à configurer l’espace social
C’est donc sans doute un mécanisme très ancien et essentiel pour l’adaptation d’une espèce à son environnement, parce qu’il permet de moduler son action sur celle des autres, dans une sphère d’interactions complexes entre individus. Cette découverte est importante, car elle nous a permis de découvrir les bases concrètes de l’intersubjectivité. Edmund Husserl ou Maurice Merleau-Ponty avaient déjà compris son importance. Le monde humain, ont-ils soutenu, n’est pas simplement le monde physique, il est configuré par les interactions entre les sujets. « Je ne vis pas seulement au milieu de la terre, de l’air et de l’eau, écrit Merleau-Ponty dans la Phénoménologie de la perception (1945), j’ai autour de moi des routes, […] des rues, des églises, des ustensiles […]. Chacun de ces objets porte en creux la marque de l’action humaine à laquelle il sert. Chacun émet une atmosphère d’humanité. »
Il ajoute que l’empathie se construit sur ces bases “miroir”.Dans mon précédent billet, je posais la question du lien entre le neuronal et la morale, préférant éviter le débat sur le “tout-génique”Gallese nous dit à ce sujet que :”Les neuroscientifiques confondent trop souvent le réductionnisme méthodologique et le réductionnisme ontologique. Le réductionnisme méthodologique est indispensable. Nous neuroscientifiques partons d’une question très vaste : qui sommes-nous ? que nous découpons en sous-questions pour construire des protocoles expérimentaux. Mais le réductionnisme ontologique, qui consiste à rabattre la conscience ou l’être humain sur ses neurones, est débile. Il n’y a pas plus de sens à dire « Je suis mon cerveau ! » que « Je suis mon pénis ! »Puis, sur l’empathie que :
Supposons que vous voyez l’un de vos amis planter un clou, qu’il se donne un coup de marteau sur le pouce et crie : « Aïe ! » Comment faites-vous pour comprendre qu’il éprouve de la douleur ? Traditionnellement, avant la découverte des neurones miroir, la réponse des psychologues cognitivistes était qu’il s’agissait d’un mécanisme d’inférence. Selon eux, vous construisez un raisonnement du type : « Je me suis déjà tapé avec un marteau sur le pouce et je peux comprendre qu’il a mal. » Pour les cognitivistes, comme pour les philosophes analytiques, l’autre est un problème, il est opaque, dans sa psychologie comme dans ses intentions, et je ne peux le comprendre que dans la mesure où je fais dériver son comportement d’une attitude propositionnelle qui l’a déterminé, c’est-à-dire d’une croyance, d’un désir ou d’une intention. Comment puis-je arriver à la croyance, au désir, à l’intention qui motive l’action d’autrui ? En construisant une représentation de celle-ci. Pour la psychologie traditionnelle, l’intersubjectivité est donc une abstraction, un savoir au second degré. Mes collègues et moi disons : c’est vrai, nous sommes capables de faire ce genre d’inférences et nous les faisons souvent, mais il existe un niveau plus direct de relation avec l’autre, un niveau empathique. Les neurones miroir pour la douleur permettent d’expliquer pourquoi, en regardant l’autre se taper le pouce, quelque chose s’active en moi qui me fait sentir la douleur. C’est physiologique, ce n’est pas l’enjeu d’un raisonnement ni d’une représentation. Et ce lien avec autrui est fondamental.
Certains de mes collègues pensent que, grâce aux neurones miroir, nous sommes empathiques et donc naturellement bons. Je crois que ce n’est pas vrai. Le sadique prend plaisir à la douleur qu’il provoque. Comment sait-il que sa victime éprouve de la douleur ? Par l’empathie. La seule dimension éthique de l’empathie, c’est, à mon sens, Edith Stein qui l’a vue : l’empathie permet de conjuguer deux dimensions essentielles de la relation avec l’autre, la ressemblance et l’altérité, sans en passer par le concept d’identité. L’identité est une construction, une fiction dangereuse : aujourd’hui, on le voit plus que jamais avec la politique des petits patriotes, Donald Trump, Boris Johnson, Marine Le Pen chez vous, Matteo Salvini chez nous ! Selon moi, l’intersubjectivité saine, composante centrale de la santé mentale, réside dans la capacité à tenir ensemble les deux pôles de l’altérité et de la ressemblance. Si je nie l’altérité de l’autre, je deviens symbiotique. Si je nie notre ressemblance, je deviens psychotique, ou, et ce n’est pas forcément mieux, je deviens Salvini. Ainsi l’empathie ne nous dirige pas nécessairement vers le bien, mais c’est la base de la vie en société.Tout est dit.Du moins presque. Puisque rien n’est dit.Relisez. Rien de convaincant.Sauf qu’il existe des neurones miroirs.Les philosophes devraient se mettre à la science pour éviter la circonvolution verbale et creuse…Les scientifiques devraient éviter de faire de la philosophie et de la politique à quatre sous…

Noir destin, Parques cruelles

J’ai toujours l’appréhension d’être pris pour le pédant de service lorsque je rappelle ce que j’ai, simplement, pu apprendre sur des bancs ou dans des livres.

M’est cependant revenu, alors que je lisais quelques lignes d’un roman et que je suis tombé sur le mot “destin”, ce qu’il me reste de l’étude (elle embrasse tout le monde) de la mythologie grecque et romaine.

Je me suis souvenu que le Destin (avec une majuscule) est une divinité, un Dieu grec, au demeurant aveugle, fils du Chaos et de la Nuit.

Ce qui n’est pas peu dire…
On le connait, imagé, tenant sous ses pieds le globe terrestre, et dans ses mains une coupelle, une urne diabolique dans laquelle se trouvent  les sorts de tous les humains, les mortels. 

J’avais, très jeune et idiot dans l’interrogation posé la question à mon prof d’histoire : pourquoi le Destin est-il aveugle ? Ca devrait être le contraire. Il connait, sait et ne peut être que voyant sur le destin (sans majuscules) des hommes. Sauf, avais-je ajouté, si, justement, notre sort se jouait à la roulette russe, sans visée, sans sens. Un sort aveugle.

Je n’ai pas eu la réponse du prof qui m’a regardé comme si j’avais perdu la tête et s’en est allé, me tournant le dos, vers d’autres élèves moins questionneurs.

Je n’ai toujours pas la réponse. Il faut que je cherche en ligne.

Puis, en évoquant le Destin, donc aveugle, je me suis souvenu des Parques qui exécutent ses ordres. Elles étaient : Clotho, Lachésis et Atropos, et habitaient ensemble le royaume de Hadès.

Dans les tableaux les représentant, ce sont des femmes maigres et assez laides, qui filent en silence à la lueur d’une lampe.

Clotho, la plus jeune, tient une quenouille avec des fils de toutes les couleurs, de toutes les qualités dit-on, : or et soie pour les hommes dont l’existence sera heureuse; laine et de chanvre pour la foule dont la destinée est d’être pauvre et malheureux.

Lachésis, elle,  tourne une pièce où vient s’enrouler le fil que lui a transmis sa sœur Atropos. Elle c’est la vieille, l’œil assez méchant qui veille au travail des deux autres, et attentif, qui tient des ciseaux dans ses mains rugueuses et, au hasard du temps, tranche et tranche encore, à l’improviste et quand ca lui plait, le tissu de la fatalité. Celles des hommes. Et nul n’échappe à ces coupes.

Quand on vous disait que tout se trouve dans cette mythologie.

Mais, à force de figer le monde, elle en devient lassante. Sauf pour ceux qui veulent ébahir leur dulcinée (cf précédent billet).

Très chic de nommer les Parques. Non ?

Je n’en évoque ici l’existence pour juste revenir à ma question : pourquoi le Destin est aveugle ?

 

Du coté des singes

Lecture assidue avec surlignage jaune du dernier bouquin d’Alain Prochianz, neurobiologiste, Professeur au Collège de France dont le livre intitulé “Qu’est-ce que le vivant ” m’avait plus que marqué.

Son dernier donc est titré ” Singe toi-même

J’offre ci-dessous l’intégralité de l’introduction.

Il ne faut pas confondre spécisme et anti-spėcisme. Tous inversent. Le spėciste (dont je suis) différencient les humains des autres espèces.

Je reviendrai longuement sur le sujet.

En l’état, je colle :

Le présent ouvrage aborde la question importante de la place des humains dans l’histoire des espèces animales et, tout particulièrement, de leur parenté avec les autres primates. Il s’agit d’une question qui agite fortement la sphère sociétale, ce que reflètent les discussions sur le statut des animaux, qu’ils soient de compagnie, d’élevage ou sauvages. Ce statut varie selon les cultures et avec les époques, ce qui indique évidemment son caractère contingent. S’installent donc des débats sociétaux sur la question des rapports entre les humains et les animaux. Dans la mesure où ces débats reflètent l’idée que nous nous en faisons, il est normal que ces rapports se modifient et que ces modifications s’inscrivent, si nécessaire, dans un corpus juridique et dans nos habitudes de vie1. Certains aujourd’hui mènent donc un combat idéologique sur la question animale, y compris à travers des positions antispécistes qui, sans nier forcément les distinctions entre espèces, attribueraient à toutes les espèces une sorte d’égalité ou de « droit à la parole ». On peut en prendre acte, mais on peut aussi considérer, c’est mon cas, que de refuser que soient infligées des souffrances gratuites aux animaux ne met pas ceux-ci au même rang que les humains victimes de préjugés et discriminations dont chacun sait les niveaux d’horreur auxquels ils peuvent mener.
Ces considérations sur une nécessaire distinction entre les humains et les autres animaux n’abolissent pas le fait que l’animal sapiens est le résultat d’une évolution sans fin et sans finalité et qu’il entretient un lien de parenté avec tous les êtres vivants, lien particulièrement proche quand il s’agit des autres primates, tout particulièrement les deux espèces Pan troglodytes (les chimpanzés) et Pan paniscus (les bonobos), puisque ce sont bien là deux espèces différentes. Il faut se rendre à l’évidence et prendre en compte les considérations idéologiques, toujours très présentes quand on aborde ce thème de la distinction entre l’homme et les animaux non humains. Les uns faisant des humains une espèce complètement à part, voire divine, les autres répétant à l’envi que les chimpanzés, terme utilisé mal à propos pour englober les deux espèces de Pan, sont si proches de nous qu’on devrait les considérer comme des humains avec tout ce que cela implique d’un point de vue éthique. Pour le dire le plus clairement possible, oui nous sommes des primates, mais nous sommes différents des primates non humains et c’est à cette proximité évolutive en même temps qu’à cette distance, elle aussi évolutive, que j’ai décidé de consacrer ce livre.
Pour ce qui est de la nature divine de l’homme, je renvoie à la lecture de The Descent of Man, texte de 1871 où Charles Darwin nous assigne une place dans l’évolution des espèces, sans intervention divine, puisque le naturaliste a alors définitivement rompu avec toute croyance en un être divin. Cela distingue l’auteur de The Origin of Species publié en 1859, d’Alfred Russell Wallace qui signa avec lui le premier rapport sur la théorie de l’évolution envoyé en juillet 1858 à la Linnean Society. Cela le distingue aussi du géologue Charles Lyell. Pour Wallace comme pour Lyell, pour d’autres aussi sans doute nombreux à l’époque, l’évolution par sélection naturelle était valide pour tous les êtres vivants, mais pas pour sapiens qui restait une création divine.
Aujourd’hui la discussion s’est déplacée et il ne s’agit plus de mettre en cause le fait reconnu, en tout cas par tous ceux qui acceptent l’évolutionnisme (pour les autres, on ne peut rien), que sapiens et les autres primates partagent un ancêtre commun, mais de mesurer la distance qui sépare les différentes espèces de primates, pour ne rien dire des autres espèces, puisque les liens de parenté entre vivants remontent aux origines de la vie sur terre. Mesurer une distance, cela veut dire s’intéresser à la notion de temps en biologie. J’y reviendrai, mais le temps biologique et le temps physique ne sont pas superposables, même s’ils sont évidemment en rapport. En effet, sur une même durée physique, le nombre de changements, plus ou moins dramatiques dans leurs conséquences, qui affectent les génomes peut varier considérablement inscrivant dans une durée physique fixe, une distance biologique variable.
J’espère, à travers ces pages consacrées pour beaucoup aux primates, donner aux lecteurs les moyens de contourner le débat idéologique, ou d’y participer, en leur fournissant les faits qui permettront à chacun de comprendre ce qui nous rapproche, mais aussi ce qui nous sépare, de nos cousins, puis de se forger sa propre opinion. On constatera rapidement qu’il s’agit d’une affaire très compliquée, que nos connaissances restent parcellaires et que, comme toujours en science, il n’y a pas de vérité absolue ni d’espace pour des positions caricaturales. Par exemple, il n’existe pas de critère simple qui pourrait nous permettre de calculer de façon exacte une distance entre deux espèces. Pour ne revenir qu’aux prétendus 1,23 % de différence entre génomes d’humains et de chimpanzés, même si ce chiffre était exact, et nous sommes là loin du compte, on ne pourrait en inférer que nous sommes chimpanzés à 98,77 % ou, et selon les mêmes critères purement quantitatifs et génétiques, souris à 80 %. Heureusement, nous sommes plus que nos gènes.
Pour illustrer ce point très simplement, même si nous savons que l’ancêtre commun entre les espèces Pan et la nôtre a vécu il y a entre 6 et 8 millions d’années, ce qui fait entre 12 et 16 millions d’années de différence, puisqu’il faut additionner les deux branches qui de l’ancêtre commun vont, l’une vers sapiens et l’autre vers Pan, cela ne dit rien du temps biologique qui se mesure en nombre de mutations accumulées le long des 2 lignages, mais aussi par la nature des sites mutés et, surtout, par celle des mutations, puisque le changement ponctuel d’une base ne peut être de même ordre que la délétion ou la duplication de plusieurs milliers de bases. Il faudra, de surcroît, distinguer les régions régulatrices, 98 % du génome probablement, de celles qui codent pour des protéines, seulement 2 % du génome. Et, pour les régions codantes, même en se limitant aux mutations ponctuelles, on comprendra rapidement, qu’au sein d’une protéine, remplacer un acide aminé par autre synonyme (par exemple, un résidu hydrophile par un autre résidu hydrophile) aura moins d’effet sur la structure et l’activité de la protéine que si le remplaçant n’est pas synonyme (par exemple, hydrophobe et non hydrophile). Bref, c’est une évidence, le temps physique et le temps biologique ne recouvrent pas les mêmes réalités.
Si ce qui est proposé ici est bien, j’insiste, de mettre à la disposition du lecteur un certain nombre de faits à partir desquels il pourra penser par lui-même, je n’en défendrai pas moins évidemment la conception qui me semble juste, et que j’ai déjà souvent exposée, de la position singulière de sapiens dans l’histoire des espèces. Position résultant d’un cerveau monstrueux qui l’a poussé, pour ainsi dire, hors de la nature, l’en a comme privé, tout en lui conférant un pouvoir sans précédent sur la nature à laquelle il ne cesse d’appartenir puisqu’il en est le produit évolutif. « Anature2 » par nature ou encore « être ET ne pas être un animal », deux façons identiques d’énoncer la conception que j’ai de sapiens, et il va sans dire qu’elle ne va pas sans exiger de notre espèce une responsabilité particulière vis-à-vis de cette nature et de tous ses composants, vivants et non vivants.
Avant de plonger, un mot sur la structure du livre. Je n’ai pas voulu le construire par tranches de complexité, allant de la molécule au comportement (ou l’inverse), ce qui aurait été une option. Il m’a paru plus intéressant de jouer sur la répétition en passant entre les différents niveaux tout au long des chapitres. Il ne faudra donc pas s’étonner si un thème abordé ici, réapparaît là, mais dans un contexte distinct. Il s’agit bien de variations, avec répétitions mais jamais totalement à l’identique. J’espère que le tout sera suffisamment harmonieux pour que le lecteur prenne du plaisir à se perdre et à se retrouver au fil de la lecture.”

Retour urgent à la rationalité

Je colle ci-dessous un entretien paru dans la dernière livraison de l’Express. Et qui mérite d’être lu et commenté (plus tard).

Vaste sujet. Surtout celui de la compatibilité, l’enlacement entre le discours de la raison et celui du grand récits échevelés, nécessaires l’un autant que l’autre, pour ne pas transformer les humains en robots raisonnables ou en petits docteurs Folamour du Dimanche.

Entre raison et rêve, Il y a mille chemins lumineux. Et l’irrationalité est un besoin. Elle est donc rationnelle….

EXTRAIT DE L’EXPRESS

Et si l’on retrouvait le chemin de la rationalité ? Le sociologue Gérald Bronner prône un nouveau discours de la méthode afin de contrer les obscurantismes contemporains.

Plus de deux siècles après les Lumières, l’obscurantisme regagne du terrain, jusqu’à ébranler nos démocraties. A l’heure des vérités frelatées, des manipulations de l’information et de la tyrannie des opinions personnelles, Gérald Bronner sonne l’heure de la contre-attaque. Le sociologue, connu pour ses travaux sur les mécanismes de la croyance, prône un nouveau discours de la méthode.

L’EXPRESS. Le philosophe des sciences Karl Popper s’étonnait déjà, au début du siècle dernier, de la profusion de “théories nouvelles souvent échevelées”. Sommes-nous vraiment plus irrationnels aujourd’hui ?

Gérald Bronner. Les flambées d’irrationalité ne sont évidemment pas nouvelles. Le combat rationaliste pouvait même sembler d’arrière-garde avec la sécularisation, l’augmentation du niveau d’études… Mais la dérégulation du marché de l’information est arrivée. Ce phénomène historique majeur a donné un avantage systématique à la crédulité sur la rationalité. Dans notre temps d’occupation de cerveau, cette dernière a perdu beaucoup de ses parts de marché. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que toutes les propositions intellectuelles sur le réel, toutes les représentations du monde, se trouvent en concurrence frontale. Aujourd’hui, le détenteur d’un compte Facebook peut contredire un membre de l’Académie de médecine. Certes, on fait encore la différence entre un expert et un internaute lambda, mais cette concurrence engendre une baisse de notre vigilance intellectuelle.

Qu’entendez-vous par là ?

L’être humain peut croire une information parce qu’il a envie qu’elle soit vraie. S’il a à portée de main des arguments qui vont dans son sens, ce que lui offre Internet, il ne va pas chercher plus loin. Je pense que les vaccins sont dangereux ? Je vais aller lire des textes techniques sur les adjuvants à l’aluminium qui resteraient stockés dans le cerveau – thèse totalement réfutée par les études scientifiques. Les intuitions fautives de notre cerveau peuvent ainsi butiner sans hiérarchie dans toutes les propositions mises en concurrence.

En somme, nous avons été trop rationnels en pensant que la masse d’informations fournie par le Web permettrait de nous rapprocher de la vérité des faits ?

Ce ne sont pas les propositions les mieux argumentées qui l’emportent, en effet, mais celles qui sont les plus subjectivement satisfaisantes.

L’internaute va vers les informations qui confortent ses croyances, comme les consommateurs vont vers les produits sucrés et gras du fait de la mondialisation de l’offre.

Le vrai, on l’avait oublié, suppose un effort psychologique. Penser que la Terre est ronde ou qu’elle tourne autour du soleil à une vitesse moyenne de 106 000 kilomètres/heure est parfaitement contre-intuitif. De même, l’idée du grand remplacement de la population européenne par les immigrés a beau être contredite par les données démographiques, certains Français se fondent sur des segments d’observation – leur quartier, la place du marché – ou sur leur peur pour soutenir le contraire. Des milliers de gens font désormais sécession avec la raison et produisent leurs propres données en vue de créer une autre réalité. Ce phénomène est un défi qui traverse les démocraties.

Est-ce la raison pour laquelle le “ressenti” des populations occupe une telle place dans le débat public, au détriment d’arguments objectifs ?

Pour ne pas trahir ce qu’elles croient être le peuple, les élites en viennent à nier ce qui constitue le fondement même de la démocratie, la poursuite de la vérité, sans laquelle la délibération est impossible. Or la connaissance a des droits que la croyance ne peut pas revendiquer. Et chacun a droit à la rationalité. Il y a une forme de mépris social à enfermer les gens dans leurs erreurs en considérant qu’ils ont un “ressenti” à prendre en compte tel quel. La dérégulation du marché de l’information place nos démocraties à un moment carrefour de leur histoire : elles doivent faire des choix intellectuels, qui conditionneront leur nature. Ce n’est pas une coïncidence si les discours anti-vaccin ou climatosceptiques trouvent un écho particulier dans les pays populistes comme les Etats-Unis, le Brésil, l’Italie…

Quelle forme peut prendre la contre-attaque rationaliste?

Le monde rationaliste est en plein renouveau, mais il doit se coordonner et ne pas verser dans l’idéologie. A côté des associations historiques, on trouve aujourd’hui une foule de chaînes YouTube, de qualité inégale. Nous organiserons en novembre prochain avec l’Académie des sciences morales et politiques un colloque de trois jours. Je crois aussi qu’il faut aider les journalistes à s’adresser aux vrais experts. Contraints par l’urgence, les médias contactent des interlocuteurs pas toujours compétents. Certains “bons clients” – tel président d’association, tel représentant d’ONG – racontent n’importe quoi sur toute une série de sujets, comme la santé ou l’environnement. Quand on parle du boson de Higgs, on va chercher un vrai physicien !

La pensée méthodique est-elle si simple à pratiquer?

La première chose à faire est de s’interroger soi-même : pourquoi a-t-on envie que telle information soit vraie ? A-t-on utilisé les bonnes sources, a-t-on conservé sa vigilance intellectuelle ? Quels sont les arguments contradictoires ? Et, face à autrui, on doit partir du principe de la “charité interprétative” – la formule est du philosophe américain Donald Davidson : considérer que l’autre croit ce qu’il croit non parce qu’il est bête, mais parce qu’il a des raisons de le faire. On demande à son interlocuteur d’exposer ses arguments pour y déceler d’éventuelles erreurs. On ne discute pas sur le fond, mais du processus de raisonnement. C’est la démarche que j’ai appliquée avec les jeunes radicalisés du centre de Pontourny, en Indre-et-Loire, racontée dans mon dernier livre*.

Pratiquer le doute systématique, n’est-ce pas ce à quoi s’adonnent avec zèle les complotistes ?

Il ne s’agit là que de “pseudo-scepticisme”. Une approche vraiment rationnelle du réel aboutit à des explications multifactorielles, alors que les conclusions des complotistes sont toujours monocausales et refusent le hasard. C’est tout l’héroïsme de la rationalité que d’affronter ce qui paraît non intentionnel.

Le jugement rationnel n’est pas seulement ardu à appliquer. Il évoque aussi un monde froid, sans poésie, dont on n’a pas forcément envie dans notre époque cafardeuse…

Le rationalisme n’interdit nullement de porter un regard poétique sur le monde. Il propose de libérer l’individu de toute aliénation mentale. Mais vous avez raison, il manque à la rationalité une narration qui lui donne un souffle. Je prépare justement un spectacle, avec mon ami comédien Samir Bouadi, qui mettra en scène une histoire postapocalyptique où les rationalistes apparaîtront comme les derniers résistants. Pour moi, la défense de la rationalité est la grande aventure intellectuelle de notre temps.

“Pouvoir racial genré” et “décolonialisme”

AURIEZ-VOUS SIGNE CETTE PETITION QUE JE COLLE CI-DESSOUS ?

Le « décolonialisme », une stratégie hégémonique

C’est au rythme de plusieurs événements universitaires et culturels par mois que se multiplient les initiatives militantes portées par le mouvement « décolonial » et ses relais associatifs (1). Ces différents groupes sont accueillis dans les plus prestigieux établissements universitaires (2), salles de spectacle et musées (3). Ainsi en est-il, par exemple, du séminaire « Genre, nation et laïcité » accueilli par la Maison des sciences de l’homme début octobre, dont la présentation regorge de références racialistes : « colonialité du genre », « féminisme blanc », « racisation », « pouvoir racial genré » (comprendre : le pouvoir exercé par les « Blancs », de manière systématiquement et volontairement préjudiciable aux individus qu’ils appellent « racisés »).

Or, tout en se présentant comme progressistes (antiracistes, décolonisateurs, féministes…), ces mouvances se livrent depuis plusieurs années à un détournement des combats pour l’émancipation individuelle et la liberté, au profit d’objectifs qui leur sont opposés et qui attaquent frontalement l’universalisme républicain : racialisme, différentialisme, ségrégationnisme (selon la couleur de la peau, le sexe, la pratique religieuse). Ils vont ainsi jusqu’à invoquer le féminisme pour légitimer le port du voile, la laïcité pour légitimer leurs revendications religieuses et l’universalisme pour légitimer le communautarisme. Enfin, ils dénoncent, contre toute évidence, le « racisme d’Etat » qui sévirait en France : un Etat auquel ils demandent en même temps – et dont d’ailleurs ils obtiennent – bienveillance et soutien financier par le biais de subventions publiques.

La stratégie des militants combattants « décoloniaux » et de leurs relais complaisants consiste à faire passer leur idéologie pour vérité scientifique et à discréditer leurs opposants en les taxant de racisme et d’islamophobie. D’où leur refus fréquent de tout débat contradictoire, et même sa diabolisation. D’où, également, l’utilisation de méthodes relevant d’un terrorisme intellectuel qui rappelle ce que le stalinisme avait naguère fait subir aux intellectuels européens les plus clairvoyants.

C’est ainsi qu’après les tentatives d’ostracisation d’historiens (Olivier Pétré-Grenouilleau, Virginie Chaillou-Atrous, Sylvain Gouguenheim, Georges Bensoussan), de philosophes (Marcel Gauchet, Pierre-André Taguieff), de politistes (Laurent Bouvet, Josepha Laroche), de sociologues (Nathalie Heinich, Stéphane Dorin), d’économistes (Jérôme Maucourant), de géographes et démographes (Michèle Tribalat, Christophe Guilluy), d’écrivains et essayistes (Kamel Daoud, Pascal Bruckner, Mohamed Louizi), ce sont à présent les spécialistes de littérature et de théâtre Alexandre Gefen et Isabelle Barbéris qui font l’objet de cabales visant à les discréditer. Dans le domaine culturel, l’acharnement se reporte sur des artistes parmi les plus reconnus pour les punir d’avoir tenu un discours universaliste critiquant le différentialisme et le racialisme.

La méthode est éprouvée : ces intellectuels « non conformes » sont mis sous surveillance par des ennemis du débat qui guettent le moindre prétexte pour les isoler et les discréditer. Leurs idées sont noyées dans des polémiques diffamatoires, des propos sont sortis de leur contexte, des cibles infamantes (association à l’extrême droite, « phobies » en tout genre) sont collées sur leur dos par voie de pétitions, parfois relayées dans les médias pour dresser leur procès en racisme… Parallèlement au harcèlement sur les réseaux sociaux, utilisés pour diffuser la calomnie, ces « anti-Lumières » encombrent de leurs vindictes les tribunaux de la République.

Ils vont jusqu’à invoquer le féminisme pour légitimer le port du voile, la laïcité pour légitimer leurs revendications religieuses.

Nos institutions culturelles, universitaires, scientifiques (sans compter nos collèges et lycées, fortement touchés) sont désormais ciblées par des attaques qui, sous couvert de dénoncer les discriminations d’origine « coloniale », cherchent à miner les principes de liberté d’expression et d’universalité hérités des Lumières. Colloques, expositions, spectacles, films, livres « décoloniaux » réactivant l’idée de « race » ne cessent d’exploiter la culpabilité des uns et d’exacerber le ressentiment des autres, nourrissant les haines inter ethniques et les divisions. C’est dans cette perspective que s’inscrit la stratégie d’entrisme des militants décolonialistes dans l’enseignement supérieur (universités ; écoles supérieures du professorat et de l’éducation ; écoles nationales de journalisme) et dans la culture.

La situation est alarmante. Le pluralisme intellectuel que les chantres du « décolonialisme » cherchent à neutraliser est une condition essentielle au bon fonctionnement de notre démocratie. De surcroît, l’accueil de cette idéologie à l’université s’est fait au prix d’un renoncement à l’exigence pluriséculaire de qualité qui lui valait son prestige.

Nous appelons les autorités publiques, les responsables d’institutions culturelles, universitaires, scientifiques et de recherche, mais aussi la magistrature, au ressaisissement. Les critères élémentaires de scientificité doivent être respectés. Les débats doivent être contradictoires. Les autorités et les institutions dont ils sont responsables ne doivent plus être utilisées contre la République. Il leur appartient, à tous et à chacun, de faire en sorte que cesse définitivement le détournement indigne des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent notre démocratie §

1. Par exemple : Parti des Indigènes de la République, Collectif contre l’islamophobie en France, Marche des femmes pour la dignité, Marches de la dignité, Camp décolonial, Conseil représentatif des associations noires, Conseil représentatif des Français d’outre-mer, Brigade antinégrophobie, Décoloniser les arts, Les Indivisibles (Rokhaya Diallo), Front de mères, collectif MWASI, collectif Non MiXte.s racisé.e.s, Boycott désinvestissement sanctions, Coordination contre le racisme et l’islamophobie, Mamans toutes égales, Cercle des enseignant.e.s laïques, Les Irrécupérables, Réseau classe/genre/race.

2. Par exemple : Collège de France, Institut d’études politiques, Ecole normale supérieure, CNRS, EHESS, université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, université Paris-VII Diderot, université Panthéon-Sorbonne Paris-I, université Lumière-Lyon-II, université Toulouse-Jean-Jaurès.

3. Par exemple : Philharmonie de Paris, Musée du Louvre, Centre dramatique national de Rouen, Mémorial de l’abolition de l’esclavage, Philharmonie de Paris, musée du Louvre, musée national Eugène- Delacroix, scène nationale de l’Aquarium.

LES SIGNATAIRES

WALEED AL-HUSSEINI, ESSAYISTE – JEAN-CLAUDE ALLARD, ANCIEN DIRECTEUR DE RECHERCHE À L’IRIS  PIERRE AVRIL, PROFESSEUR ÉMÉ-RITE DE L’UNIVERSITÉ PANTHÉON-ASSAS  VIDA AZIMI, DIRECTRICE DE RECHERCHE AU CNRS  ÉLISABETH BADINTER, PHILOSOPHE  CLÉMENT BÉNECH, ROMANCIER  MICHEL BLAY, HISTORIEN ET PHILOSOPHE DES SCIENCES  FRANÇOISE BONARDEL, PHILOSOPHE  STÉPHANE BRETON, ETHNOLOGUE ET CINÉASTE  VIRGIL BRILL, PHOTOGRAPHE JEAN-MARIE BROHM, SOCIOLOGUE  SARAH CATTAN, JOURNALISTE  PHILIPPE DE LARA, PHILOSOPHE MAXIME DECOUT, MAÎTRE DE CONFÉ-RENCES ET ESSAYISTE  BERNARD DE LA VILLARDIÈRE, JOURNALISTE JACQUES DE SAINT-VICTOR, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS ET CRITIQUE LITTÉRAIRE  AURORE DESPRÉS, MAÎTRE DE CONFÉRENCES  CHRISTOPHE DE VOOGD, HISTORIEN ET ESSAYISTE  PHILIPPE D’IRIBARNE, DIRECTEUR DE RECHERCHE AU CNRS  ARTHUR DREYFUS, ÉCRIVAIN, ENSEIGNANT EN CINÉMA  DAVID DUQUESNE, INFIRMIER  ZINEB EL RHAZAOUI, JOURNALISTE PATRICE FRANCESCHI, AVENTURIER ET ÉCRIVAIN JEAN-LOUIS FABIANI, SOCIOLOGUE  ALAIN FINKIELKRAUT, PHILOSOPHE ET ACADÉMICIEN RENÉE FREGOSI, PHILOSOPHE ET POLITOLOGUE – JASMINE GETZ, UNIVERSITAIRE  JACQUES GILBERT, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS  MARC GOLDSCHMIT, PHILOSOPHE  PHILIPPE GUMPLOWICZ, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS  CLAUDE HABIB, PROFESSEURE DES UNIVERSITÉS ET ESSAYISTE  NOÉMIE HALIOUA, JOURNALISTE  MARC HERSANT, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS  MARIE IBN ARABI, PROFESSEURE AGRÉGÉE DE PHILOSOPHIE  PIERRE JOURDE, ÉCRIVAIN  GASTON KELMAN, ÉCRIVAIN – ALEXANDRALAVASTINE, PHILOSOPHE  FRANÇOISE LAVOCAT, PROFESSEURE DE LITTÉRATURE COMPARÉE BARBARA LEFEBVRE, ENSEIGNANTE ET ESSAYISTE JEAN-PIERRE LE GOFF, SOCIOLOGUE  DAMIEN LE GUAY, PHILOSOPHE  NOËLLE LENOIR, AVOCATE AU BARREAU DE PARIS  ANNE-MARIE LE POURHIET, PROFESSEURE DE DROIT PUBLIC  LAURENT LOTY, CHERCHEUR AU CNRS  CATHERINE LOUVEAU, PROFESSEURE ÉMÉRITE  YVES MAMOU, JOURNALISTE  LAURENCE MARCHAND-TAILLADE, PRÉSIDENTE DE FORCES LAÏQUES – JEAN-CLAUDE MICHÉA, PHILOSOPHE  ISABELLE MITY, PROFESSEURE AGRÉGÉE  YVES MICHAUD, PHILOSOPHE  FRANCK NEVEU, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS EN LINGUISTIQUE  PIERRE NORA, HISTORIEN ET ACADÉMICIEN  FABIEN OLLIER, DIRECTEUR DES ÉDITIONS QS ?  MONA OZOUF, HISTORIENNE ET PHILOSOPHE  PATRICK PELLOUX, MÉDECIN  RENÉ POMMIER, UNIVERSITAIRE ET ESSAYISTE  CÉLINE PINA, ESSAYISTE  MONIQUE PLAZA, DOCTEURE EN PSYCHOLOGIE  MICHAËL PRAZAN, CINÉASTE, ÉCRIVAIN  CHARLES RAMOND, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS ET PHILOSOPHE PHILIPPE RAYNAUD, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS ET POLITOLOGUE  DANY ROBERT-DUFOUR, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS, PHILOSOPHE ROBERT REDEKER, PHILOSOPHE  ANNE RICHARDOT, MAÎTRE DE CONFÉRENCES DES UNIVERSITÉS  PIERRE RIGOULOT, ESSAYISTE  PHILIPPE SANMARCO, ESSAYISTE  BOUALEM SANSAL, ÉCRIVAIN  JEANPAUL SERMAIN, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS EN LITTÉRATURE FRANÇAISE  DOMINIQUE SCHNAPPER, POLITOLOGUE  JEAN-ERIC SCHOETTL, JURISTE PATRICK SOMMIER, HOMME DE THÉÂTRE VÉRONIQUE TAQUIN, PROFESSEURE ET ÉCRIVAINE JACQUES TARNERO, CHERCHEUR ET ESSAYISTE CARINE TRÉVISAN, PROFESSEURE DES UNIVERSITÉS EN LITTÉRATURE  MICHÈLE TRIBALAT, CHERCHEUSE DÉMOGRAPHE  CAROLINE VALENTIN, AVOCATE ET ÉDITORIALISTE – ANDRÉ VERSAILLE, ÉCRIVAIN ET ÉDITEUR  IBN WARRAQ, ÉCRIVAIN  AUDE WEILL RAYNAL, AVOCATE  YVES CHARLES ZARKA, PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS EN PHILOSOPHIE.

Premier billet en 2006 : Lucrèce, pas Borgia.

mb-121Lucrèce, pas Borgia

Les noms sont dans les mémoires comme des fils de coton, filandreux, vaporeux et joueurs. Hier, on (moi) a raconté à nos amis le bonheur d’une relecture de Lucrèce, son style lumineux dans l’incursion dans la “Nature des choses”. ”Poème scientifique” inégalé de ce chantre de l’Epicurisme. Et on a entendu une voix,  suave, posée, en tous cas sérieuse, venue d’un coin de table, questionner : “Lucrèce ? Lucrèce Borgia ?”. On avait le choix : soit rire, soit embrayer dans la leçon pédante sur « l’un des plus grands textes que l’humanité ait pu produire, rappelant que la Grèce avait son Iliade et Rome son “De Natura rerum” (”la Nature des choses”) de ce Lucrèce là, contemporain de
; que la force de ces “vers de science” était inégalée; que,  que…etc…etc..

On a préféré amorcer une discussion sérieuse sur la tendance des camemberts contemporains à être trop croûteux..

Si certains veulent, ce qui constitue le minimum, malgré la mode de la discussion sur les livres non lus avec d’autres qui ne les ont pas ouverts, lire LE TEXTE (DE LA NATURE DES CHOSES), CLIQUER ICI pour une traduction classique ou ici (Livre I), pour une autre traduction.