conatus, la joie et la bière

Essayez donc, dans un café bruyant du 17ème arrondissement de Paris, d’expliquer à une jeune femme curieuse, mais qui trouve, à juste titre que « l’Ethique » , le gros bouquin de Spinoza est assez indigeste, difficile à lire, ce que peut être le « conatus », concept clé du maître.

J’ai tenté cette semaine.

D’abord je lui ai demandé d’oublier le latin même si ça faisait moins chic et d’employer le terme d’effort ou de puissance.

Puis j’ai cité 3 phrases clefs du spinozisme :

Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. »
Éthique III, Proposition VI

« L’effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n’est rien de plus que l’essence actuelle de cette chose. »
Éthique III, Proposition VI

« On ne désire pas une chose parce qu’elle est bonne, c’est parce que nous la désirons que nous la trouvons bonne ».

Et pour finir j’ai fait état des deux affects joie et tristesse.

Et j’ai cité Deleuze en sortant mon smartphone

Tout « facteur » qui vient augmenter notre puissance d’exister, et donc favoriser notre conatus, provoque inévitablement en nous un affect de joie. Inversement, tout facteur réduisant notre puissance d’exister provoque immanquablement de la tristesse. »
Le conatus constitue la puissance propre et singulière de tout « étant » à persévérer dans cet effort pour conserver et même augmenter sa puissance d’être.

Et j’ai continué, en sirotant mon pastis.

Un appétit. Si l’on a faim de soi, on persévère de soi, on grossit presque de soi. Joie. Si on le perd, on maigrit de soi. Tristesse.

Joie/tristesse.

On persévère donc dans son être, par cet effort de soi (conatus)

La jeune femme a commandé une bière, m’a regardé, a souri et m’a dit.

« la bière m’aide à persévérer dans mon être et me rend joyeuse »

C’est une jeune femme extra. Extra.

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