Dostoïevskien

Une amie (si l’on veut) férue d’auteures anglaises et tenant Jane Austen pour plus grande que Virginia Woolf m’a entrepris aujourd’hui sur la souffrance et la douleur. Thème assez récurrent chez ces écrivaines.

Souffrance et douleur. Celles que tous les humains subissent inexorablement, injuste, immorale, cruelle (ce sont ses mots) et qui ne devraient pas exister (toujours son affirmation), qui détruisent le sens de la vie. Injuste a- t-elle répété.

Elle a ajouté que personne n’y échappait, ne pouvait s’y soustraire, notamment dans la perte d’un être cher, dans un chagrin, dans un bouleversement sentimental.

Elle attendait mon acquiescement, persuadée de ma complicité dans ce credo presque christique, en tous cas exacerbé, proche de l’exagération à l’oeuvre dans l’affirmation. 

Elle a ajouté que, par ailleurs, dans mon ouvrage, désormais terminé, sur le « romantica », je devais sûrement avoir consacré un chapitre sur la souffrance romantique, confondant, comme tous ou beaucoup, mon romantica avec le romantisme…

Je lui ai répondu qu‘elle se trompait : d’abord la joie l’emportait sur la souffrance ou la douleur lorsqu’on dansait à une bonne place, avec les sentiments. Comme dans nos boums d’adolescent où on dansait avec une fille qui « serrait » (c’était le terme employé lorsque la fille, dans un slow ne s’éloignait pas trop de notre ventre. On souriait, joue presque collée à la « serreuse ». Le sentiment de la plénitude, corps contre corps gagnait contre toutes les souffrances d’adolescent (les premières, les primordiales pour la suite). Et qu’il n’y avait donc dans mon bouquin que ça. Et aucune description d’une souffrance, le sentiment, à l’inverse de ce qui se dit, étant trop intime pour se montrer sans ambages et la souffrance engendrée par l’on ne sait quoi étant balayée par la décence. On ne pouvait qu’être furieux, soit contre soi soit l’injustice. 

Mais il y avait plus, mieux à dire que ça

Il y avait à dire que la souffrance n’était pas « offerte » à tous…

C’est donc sidérée qu’elle m’a entendu dire que tous les humains n’étaient pas capables de souffrance ou de douleur. Qu’il fallait lire, sur le sujet, Dostoïevski. J’ai balbutié des mots de l’auteur dont je me souvenais vaguement la teneur, en lui promettant de lui donner la citation exacte tirée de l’immense « Crime et Châtiment ».

J’ai retrouvé et la donne à tous ici :

« la souffrance et la douleur sont toujours le corollaire d’une conscience large et d’un cœur profond »

Tous n’ont pas cette conscience. Tous n’ont pas ce cœur. Tout Dostoïevski dans cette phrase.

Je l’ai donc rappelée pour lui livrer la citation.

Elle m’a répondu qu’elle rêvait d’écraser sa conscience et de détruire son cœur.

Faudra que je boive un verre avec elle pour lui dire ce qu’était l’humanité : conscience et coeur. Justement. Juste du coeur et de la conscience.

Je l’appelle demain.

 

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