Douceur de l’austérité

Face a nous, une mère, une grand-mère, une arrière grand-mère. Collée à elle, sa petite-fille.

La tenue vestimentaire nous fait l’imaginer hors de France. Mais il ne s’agit pas d’une tenue traditionnelle, connotée, identifiable. Une robe à la coupe indéfinie, d’un tissu aux ornements grossiers et désordonnés, qui place la femme dans un milieu populaire. Le foulard curieusement posé conforte l’impression. C’est ce foulard qui, certainement, a généré la remarque géographique (le « hors de France »).

On s’approche et on se dit qu’on a tort. Non, ce n’est pas le foulard, c’est le regard. Il est ailleurs, il vient nécessairement d’ailleurs, plein de millénaires sur des terres arides et âpres.

S’y mêlent l’intensité, la profondeur, une distance sans la volonté de s’abstraire de la scène, en même temps qu’une force, une fermeté inébranlable dans la maintien de son corps qu’elle ne veut affaissé.

Elle est sous l’oeil du photographe mais ne le laisse remporter la partie vitale. Pas un sourire, pas un froncement. Juste les yeux dans l’objectif, en accord volontaire avec la matière, comme toujours sûrement, mais sans donner à voir ou à entendre cette volonté, sans malléabilité de circonstance.

Chez cette femme, il n’y a qu’une succession de moments, dont celui-ci, parmi d’autres, qui ne peuvent bouleverser la nécessité d’une sévérité, d’une gravité entre profondeur et acquiescement. Tirée du fond d’un âge sans sens, d’une histoire sans sujet, d’un corps qui passe, d’une pensée qui s’accroche et s’enroule dans le temps insignifiant.

Est-ce l’austérité de la pose et la sécheresse à peine altérée de l’expression qui nous laisse entrevoir une certaine virilité ? Ou l’expression qui brusque la différence, ne laissant voir, en réalité, que son indifférence aux choses communes, convenues, ordonnées.

Cette femme, cette mère, cette grand-mère, cette arrière grand-mère nous fait nous arrêter sur l’humanité. Dans tous les sens du terme : les humains, leur héroïsme, leur histoire.

Mais ici, l’histoire n’est pas personnelle. La femme nous interdit de l’entrevoir. C’est une force photographiée.

La petite fille, par son sourire est presque ailleurs, tant la grand-mère impose sa force calme, colères rentrées dans un regard sublime.

 

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