Hollywood et la représentation

On a pu, ce soir, débattre de ce que j’ai nommé, sans le regretter, “une obsession maladive et malsaine de la représentation”.

Mon argument, pourtant primaire, a déclenché le bruit de la disputatio, enivrant. A vrai dire souhaité. La discussion permet d’éviter les airs lourds. Les maîtresses de maison le savent, quand elles cherchent, pour leur dîner réussi, des animateurs beaux parleurs, un peu érudits…

Je commentais donc un article du Monde sur la diversité a la télévision. Pas assez respectée, pas représentative de la société (origine, sexe, catégorie socioprofessionnelle, handicap, âge, situation de précarité ou lieu de résidence). Selon le CSA.

J’ai osé dire, malgré le discours ambiant correct, que cet espace (la TV que je n’ai pas allumée depuis un siècle) n’avait pas à être représentatif. Pas envie de voir une femme laide ou un idiot de service, présenter le journal, même s’ils sont représentatifs de la société (laideur et idiotie, autant que beauté et intelligence), en ajoutant que les films hollywoodiens ne montraient pas nécessairement, par injonction de la représentation, des acteurs sans beauté. Et que les espaces n’étaient pas équivalents…

J’ai laissé la discussion s’envenimer avant de clamer que nous étions représentatifs des dîners en ville.

Je crois que c’est a cet instant que nous avons commencé à vraiment rire.

PS. J’aurais dû dire, plus sérieusement, qu’il fallait laisser a la société sa représentation, sans l’exporter.

L’ARTICLE DU MONDE CI-DESSOUS : lisez les %. C’est assez grotesque. Rabelais chez les sondeurs. Même pas risible. Idiot.

Le baromètre publié mardi par le Conseil supérieur de l’audiovisuel révèle les lacunes persistantes des chaînes
Tout ça pour ça. Dix ans après le lancement d’un baromètre pour mesurer la diversité à la télévision française, celle-ci n’est toujours pas d’actualité. C’est ce que prouve la livraison 2019 de cet outil, présenté par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), mardi 29 septembre.

Quel que soit le critère appréhendé (origine, sexe, catégorie socioprofessionnelle, handicap, âge, situation de précarité ou lieu de résidence), le résultat montre toujours un décalage, voire une rupture, entre la réalité de la société et sa représentation à la télévision. A noter que cette étude a été réalisée à partir du visionnage de dix-sept chaînes de la TNT gratuite (TF1, France 2, France 3, France 4, France 5, France Ô, M6, W9, BFM-TV, C8, Cstar, Gulli, CNews, NRJ 12, TMC, TFX, Rmc Story), au cours de deux semaines de programmes, soit 1 450 heures visionnées et 37 800 personnes

La ministre de la culture, Roselyne Bachelot, celle déléguée à l’égalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Moreno, et la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, Sophie Cluzel, attendues à la conférence de presse, pourront même constater que certaines données n’ont pas du tout évolué, ou de façon marginale, par rapport à la première étude parue en 2009.

« Les chaînes ont une sorte de vision fantasmée de leur public, elles ne l’envisagent pas du tout tel qu’il est réellement », blâme Carole Bienaimé Besse, membre du CSA et rapporteuse sur ce sujet au sein de l’instance. Le critère « personnes perçues comme non blanches » en fournit une démonstration éloquente. En 2019, elles représentaient 15 % des personnes vues à la télévision, contre 17 % en 2018, et 13 % en 2009. Un chiffre qui sous-estime la réalité, même si la loi française interdisant les statistiques ethniques ne permet pas d’effectuer de comparaison.

« Nous ne sommes pas dupes »

Quand la comparaison est possible, le ratio n’est pas meilleur, comme l’illustre le sort réservé aux femmes : elles représentent 52 % de la population française, mais n’ont été visibles sur le petit écran qu’à hauteur de 39 % en 2019. Une proportion identique à celle de 2018, et en hausse de 4 points seulement par rapport à 2009. Idem pour le handicap, qui concerne 20 % de la population, indique l’Insee, mais ce pourcentage tombe à 0,7 % à la télévision. Dans ces conditions, le satisfecit du rapport, estimant que « les chaînes ont fait des efforts non négligeables pour donner une image plus réelle de la société », peut étonner. Une appréciation qui tient compte de la qualité des représentations, notamment dans les fictions (les « personnes perçues comme non blanches » sont plus fréquentes dans des rôles positifs que par le passé, par exemple).

« Nous sommes dans une dynamique positive, défend Mme Bienaimé Besse. Mais nous ne sommes pas dupes, et tous les ans, nous répétons aux chaînes que ça ne va pas ». Leurs cahiers des charges stipulent qu’elles doivent « veiller à une bonne représentation » de la société française, ce que le CSA est chargé de contrôler. Ses pouvoirs en la matière n’étant pas coercitifs, le Conseil se contente d’émettre des recommandations.

Le président de l’instance, Roch-Olivier Maistre, a promis, lundi 28 septembre, sur France Inter, d’entendre les chaînes prochainement afin de les confronter à leur immobilisme. Mais quand on les sollicite, celles-ci assurent au contraire ne pas ménager leurs efforts. Labels, chartes, fondations et autres actions volontaristes, dûment quantifiées chez TF1 ; « Un vrai engagement », ancien et durable, chez M6, que la notion d’« effort en faveur de la diversité choque », tant la « philosophie de la chaîne a toujours été d’être initiatrice » de diversité.

Lors de son audition en vue de sa reconduction, en juillet, Delphine Ernotte s’est vu reprocher de ne pas avoir tenu ses objectifs en matière de parité. Résultat : la présidente de France Télévisions a pris de nouveaux engagements, tant à l’écran que dans l’organisation interne de l’entreprise, pour atteindre une réelle diversité des profils à la fin de son second mandat.

« Diversity makes money »

« Notre job, c’est d’y aller, reconnaît Marie-Anne Bernard, directrice de la responsabilité sociétale et environnementale à France Télévisions. Mais nous sommes aussi le reflet du malaise qui existe encore sur certaines questions dans notre société. » Elle en veut pour preuve l’accueil réservé aux différentes saisons de Skam, la série norvégienne pour adolescents diffusée sur France.tv Slash (non prise en compte dans le baromètre). Concentrée sur un jeune homme homosexuel, la saison 3 a fait un tabac. La saison 5, dans laquelle un personnage central souffrait de surdité, a été très bien accueillie par le public. Pour la saison 4, qui s’intéresse à la vie d’une jeune femme musulmane portant le voile, « on n’a jamais reçu autant de messages d’insultes », regrette Mme Bernard.

« Tant que les chaînes continueront de considérer la diversité comme un fardeau et non une chance, nous ne progresserons pas », résume Mme Bienaimé Besse, qui rappelle qu’aux Etats-Unis, on a compris depuis longtemps, non sans cynisme, que « Diversity makes money » (« la diversité, ça rapporte »). Netflix, qui propose des séries susceptibles de plaire à toutes les communautés, l’a bien intégré.

Depuis janvier, l’instance de régulation de l’audiovisuel s’est lancée dans une fusion de ses différents postes d’observation de la représentation de la société française. L’observatoire de la diversité et son équivalent « éducation et médias », ainsi que le comité d’orientation droits des femmes ont été rassemblés en un « observatoire de l’égalité, de l’éducation et de la cohésion sociale ». Pluridisciplinaire, il est censé creuser les problématiques sur un mode intersectionnel, et « pourra être amené à formuler des propositions d’actions concrètes et à participer à des actions de sensibilisation auprès du monde audiovisuel ».

Son premier rapport, dont on craint de deviner les conclusions, est attendu au premier trimestre 2021. Avant de quitter son poste, Mémona Hintermann-Afféjee, membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel chargée de ce dossier jusqu’en 2019, constatait, amère : « Ce baromètre emm… les chaînes, elles n’en veulent pas. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *