idéalisme, réponse.

Ça n’a pas loupé. Mon billet sur le voyage a provoqué la réponse d’un lecteur ou une lectrice (je ne sais pas, c’est un pseudo) qui, de temps à autre, envoie sur ma boite un message, toujours court, pour un commentaire, une approbation, un grief sur mon silence ou le propos d’un billet.

Mon silence depuis quelques semaines, j’ai expliqué (une écriture ailleurs).

Je reproduis le mail, in extenso :

« Michel Béja, Bonjour, Je guettais un nouveau post après celui sur Besson qui n’était qu’un collage, comme vous dites. Je viens de lire celui sur le « voyage ». Je ne vous savais pas idéaliste, au sens philosophique du terme bien sûr, comme vous dites aussi. Vous, structuraliste, spinozien, matérialiste (toujours au sens philosophique), vous pensez que c’est l’idée qui fait le monde ? Que vous arrive-t-il ? Bien à vous. S

J’affirme que je ne sais qui est S et son adresse mail est composée de lettres sans voyelles. Et je ne sais comment Google (gmail.com) a pu accepter une telle adresse !

Je me suis dit que je n’avais le temps de répondre, trop occupé ailleurs, comme je l’ai déjà dit.

Puis j’ai changé d’avis.

Délaissant les petits évènements, biographiques pour tout dire, (justement, sans idéalisme philosophique, s’agissant de faits bruts sans recherche d’une quelconque « essence des choses » qui les construiraient) que je suis en train de mettre en pages, je reviens donc au sujet qui est celui de l’idéalisme, une théorie philosophique à laquelle j’adhérerais, si l’on en croit ce ou cette « S », dans mon précédent billet introductif à des images de voyage.

Là encore, j’avais le choix : soit un billet court de dénégation, ironique ou outrée, renvoyant à tous les billets de mon site, soit une vraie plongée dans le sujet qui me permettait de faire le point avec moi-même. Ce qui supposait un exposé presque professoral des concepts qui dominent la notion (l’idéalisme), certains membres, très jeunes, de ma famille, pouvant ne pas savoir et en redemandant pour leur futur Bac.

Dès lors, au risque d’ennuyer et de subir l’opprobre (le donneur de leçons, au sens réel du terme ici), je choisis l’exposé pour arriver jusque moi et mon « idée » du voyage qui m’a fait prendre pour un « idéaliste ».

L’idéalisme : il ne s’agit pas d’idéal, d’idéaux. De celui ou celle qui est un « grand idéaliste », gorgé de belles idées (les idéaux), qui oriente sa pensée selon un « idéal ».

L’idéalisme (au sens philosophique, comme le rappelle mon interlocuteur anonyme) constitue une théorie, qui s’oppose au matérialisme, au réalisme, à l’empirisme, qui considère que les évènements, les choses matérielles ne sont que la manifestation d’un monde non perceptible, invisible, non palpable, une Idée que certains nomme « Raison » ou « Essence » ou plus prosaïquement et sans détours « Dieu ». La Nature repose sur l’Esprit. L’Idée, forme abstraite (dont la plus ultime est Dieu) crée la matière qui n’existe pas en soi.

Contingence/immanence, Idéalisme/matérialisme. Les couples opposés sont connus.

Certains, comme Berkeley vont très loin dans leur idéalisme philosophique « absolu » en affirmant que le Monde n’existe pas, il n’est que perception (Être, c’est être perçu »).

Ainsi, pour résumer, l’idéalisme consiste à prétendre que la réalité n’est qu’apparence, ou encore que seule la pensée existe, ou plus, qu’il existerait un monde intelligible des idées qui n’est pas le monde sensible (visible) qui n’est qu’une illusion (Platon).

Pour aller vite et mieux faire comprendre, on peut opposer le croyant et l’athée. Il est évident que le croyant est idéaliste (deux mondes, dualisme) et l’athée matérialiste (un seul monde celui de la réalité matérielle, monisme). On perçoit, intuitivement dans cette opposition des deux notions ce qu’est l’idéalisme (avec un grand I, on comprend encore mieux).

Descartes considère ainsi que la pensée est la seule réalité « évidente », la réalité du monde extérieur posant problème.

Leibniz affirme, lui, que les substances ne sont que spirituelles et Dieu fabrique leur harmonie.

Kant, qui n’est pas, comme Berkeley, un idéaliste absolu, prétend (on ne peut que prétendre en philosophie, doit-on le rappeler ?) que la seule réalité que nous pouvons connaitre est « phénoménale », dans un cadre espace-temps (idéalisme transcendantal), tout en affirmant (ce qui l’éloigne des autres) que l’expérience peut aboutir à la connaissance et qu’elle n’est pas irréelle.

C’est Hegel qui est le grand idéaliste « moderne ». Il n’existe qu’une seule réalité : l’Esprit absolu.

On va résumer car on sent bien qu’on commence à ennuyer : l’idéalisme s’oppose au réalisme : monde visible, monde invisible. Il existe ainsi, pour l’idéalisme qui ne nie pas les faits matériels, un espace, une sphère différente du monde matériel. Ce que nient les réalistes qui affirment que les idées sont une partie du monde qui n’est que matériel. Il n’y a pas deux sphères, clament les réalistes, les matérialistes, étant observé que l’affirmation de l’idéalisme est arbitraire, dans le champ des possibles, des croyances alors que le matérialisme s’en tient à une réalité qui est bien réelle : le marteau fait mal lorsqu’il trouve un crâne sur son passage.

Je reviens à mon billet sur le voyage. C’est aller trop vite en besogne que de me traiter d’idéaliste lorsque j’affirme que c’est l’idée du voyage qui forme le voyage (ou construit une photographie).

D’abord, chez les modernes qui s’éloignent des théories de « l’extériorité du monde », chez les philosophes post-Platon, on peut parfaitement considérer tout en n’étant pas « idéaliste » que « l’expérience ne nous enseigne pas les essences des choses », lesquelles peuvent, parfaitement être explicatives sans se trouver dans un « autre monde ». La citation est de Spinoza dont l’on rappelle l’axiome justement essentiel : « Dieu, c’est-à-dire la Nature ») ou encore que « il n’y a pas d’évènement en soi. Ce qui arrive est un ensemble de phénomènes, choisis et rassemblés par un être interprétant (Nietzche).

Mais, plus encore, ce n’est pas parce que, presque dans la phénoménologie, je me cale sur une « impression », un sens, une « idée » ponctuelle, en affirmant dans mon billet que c’est l’idée du voyage qui fait le voyage, que je suis un « idéaliste », conférant à l’Idée l’absolue maitrise de la réalité.

Il ne s’agit que de fabrication des instants dont je ne cherche pas l’essence dans une sphère invisible, mais que je décris comme un fait brut, un phénomène que, moi, être interprétant je qualifie en le ramenant à d’autres, sans en faire une idée en soi (cf supra Nietzche, ici dans une petite contradiction que je ne veux développer).

Enfin, il n’est pas radicalement déraisonnable ou impossible de considérer l’existence de sphères supérieures, d’espaces hors du monde qui seraient même des logements d’Être infini (être donc un « idéaliste au sens philosophique du terme comme le dit S) et, en même temps s’attacher à l’interprétation d’un phénomène qui n’a aucune importance pour le devenir du monde : la belle idée du voyage.

 

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