impudeur et désolation de l’intimité

L’autre soir, devant une eau-de- vie de figues de premier choix (carte noire) une amie, écrivaine, ce qui est donc plus qu’un écrivant, a conseillé à un attablé d’écrire son moment présent assez inédit, presque époustouflant, improbable. Vantant sa plume qu’elle qualifiait de « force sidérale »; elle affirmait que « son temps » actuel, relaté dans son talent,  ferait un roman presque du siècle.

Je suis intervenu, un peu fâché par une telle proposition tant son ineptie était patente. En m’énervant un peu, juste pour éviter l’ennui de la plate conversation inutile et sans saveur.

On m’a demandé d’expliquer. Et certains ont même, wikipédiens de service, convoqué les grands écrivains, grandioses et ultimes dans leur journal intime ou leur correspondance dramatique à l’endroit d’eux-mêmes, prétendument donnée à lire à d’autres.

Je n’ai fait que sourire, sincèrement.

On s’est servi un deuxième verre, en s’interrogeant sue le marketing de l’étiquette noire.

Comment peut-on imaginer que la mise en scène dramatique de soi dans l’écriture puisse être une écriture ?

Lorsqu’elle s’installe dans son intimité, en se nichant dans soi-même, en instituant celui qui écrit comme sujet d’elle-même, l’écriture  devient rédactionnelle, primaire, inintéressante. Inutile, ennuyeuse. Désolante.

Elle ne peut trouver son existence qu’hors du soi intimiste que la pudeur interdit de donner à voir.

Le journal intime n’est pas publiable. L’on devrait, au surplus se l’interdire, tant la désuétude l’emporte sur le réel.

C’est hors du sujet prétendument libre, conscient et volontaire, dans la matière vraie ou surabondante, que l’écriture trouve sa place.

L’écrivant se raconte, l’écrivain raconte.

Comment ne peut-on pas comprendre, d’emblée, immédiatement,  une telle vérité ?

Faut-il en arriver au 4ème verre de boukha pour la comprendre ?

 

 

 

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