La culture, la mort, le souligné

Actuellement, comme je l’ai déjà écrit, je crois, un travail sur la Nature, à partir de « l’Anti-Nature de Clément Rosset au regard de Claude Levi-Strauss, Descola et Nietzsche, évidemment.

Par un hasard (bien sûr inexistant), je retrouve une note que j’avais retranscrite sur un cahier. Un extrait d’un bouquin d’Octavio Paz sorti Fin 1970 intitulé « Deux transparents : Marcel Duchamp et Claude Levi-Strauss »(Nrf-Gallimard- Les essais CLVI)

J’ai même retrouvé, non sans mal, dans ma bibliothèque ledit bouquin.

Octavio Paz est un écrivain, un poète, un essayiste de grande envergure.

Fasciné par la difficulté de lecture de Lévi-Strauss et celle de la compréhension de l’oeuvre de Marcel Duchamp, il s’est donc « essayé » à l’analyse.

Le bouquin est magnifique tant Octavio Paz est un transmetteur de passion, le vrai talent de « l’écrivant ». Transmettre une joie et une passion est chose difficile tant la boulimie peut faire avaler l’essentiel (c’est un vrai sujet).

Mais je reviens à ce que j’avais donc noté il y donc un peu plus de 45 ans.

C’est page 104-105 du livre précité, à propos de CLS. J’avais souligné.

« Comment ne pas voir, dans ce besoin d’établir une différence entre nature et culture pour introduire aussitôt un terme de médiation entre elles, l’écho et l’obsession du fait que nous nous savons mortels.

La mort est la véritable différence, la frontière entre l’homme et le courant vital. Le sens dernier de toutes ces métaphores est la mort. 

Cuisine, tabou de l’inceste, et langage sont des opérations de l’esprit, mais l’esprit est une opération de la mort. Bien que la nécessité de survivre par l’alimentation et la procréation soit commune à tous les êtres vivants, les artifices employés par l’homme pour faire face à cette fatalité font de lui un être à part. Se sentir et se savoir mortel, c’est être différent : la mort nous condamne à la culture. Sans elle, il n’y aurait pas ni arts ni métiers : langage, cuisine, et règles de parenté sont des médiations entre la vie immortelle de la nature et la brièveté de l’existence humaine. »

Il faudra un jour s’arrêter sur ce que nous avons souligné dans tous les bouquins que nous avons lus dans notre vie (moi, je souligne à chaque page, y compris les romans), pour, en s’arrêtant, s’interroger sur ce que nous aurions souligné aujourd’hui, si le souligné passé est désuet ou décisif.

Un vrai travail qu’on pourrait intituler  » les temps du souligné ». Assez chic.

Pour revenir à mon extrait de Paz, je m’interroge encore : aurais-je souligné aujourd’hui ce passage, après de nombreuses lectures qui écrasent et dépassent ce type de propos spontané et merveilleux de notre ami Paz.

Je ne livre pas la réponse.

Auriez-vous souligné ?

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