Le grand soir

Madame Françoise Dreyfus, professeure émérite de science politique à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, devrait, plutôt que publier une Tribune dans le Monde daté du 17 décembre, s’occuper de chercher de beaux petits cadeaux pour ses petits-enfants. Pour Noël.

Quand on est “émérite”, on est supposé avoir acquis compétence et expérience. Pourtant son propos, dans sa Tribune du Monde est presque collégien, irresponsable. Mais les collégiens, eux ont le droit à l’irresponsabilité (théorique, s’entend)

Madame le Professeur Dreyfus, après avoir durement critiqué le gouvernement, sur le confinement et l’entrave aux libertés, le critique encore sur son attaque du « séparatisme ». Je cite :

Le séparatisme visant à euphémiser la mise au ban de l’islamisme radical. Alors que les individus fichés « S » seraient environ 8 000, que 50 000 enfants sont scolarisés à la maison – sans que l’on sache précisément combien le sont pour des raisons confessionnelles ou pour d’autres motifs –, on recourt à l’arme lourde de la loi, une de plus dans un arsenal déjà très fourni de textes répressifs restreignant plus particulièrement les libertés de conscience et d’expression.

On ne veut ici entamer la discussion tant il serait trop facile de contrer l’argument. Un collégien pourrait lui dire que la peine de mort ne concernait que 2 ou 3 individus…

Là où il faut un peu la tacler, c’est sur son propos sur « la nuit de Noël », une « dérogation » qui serait, selon elle « extrêmement problématique au regard du principe de laïcité et de neutralité de l’Etat à l’égard des cultes »

Je cite, encore, sans couper, pour bien donner à lire la perfidie théorique. Il n’y pas d’autre locution qui vient sous mon clavier.

Lisez :

En effet, ajoute-t-elle, « Noël est une fête religieuse chrétienne qui est indifférente notamment aux juifs, aux musulmans, aux athées et agnostiques, qui ne célèbrent rien ce jour-là et ne fréquentent pas les messes de minuit. Quant au 31 décembre du calendrier grégorien, bien qu’il ne corresponde pas à la fin des années juive, musulmane, zoroastrienne, chinoise, entre autres, il a été adopté globalement par la majorité de la population, des croyants de toutes confessions et des non-croyants en particulier, comme un jour, ou plutôt une nuit festive, sans aucune connotation religieuse, marquant le passage symbolique à une nouvelle année calendaire.

Le choix de la dérogation opéré par le gouvernement en faveur de la soirée de Noël au détriment de celle du 31 décembre est gravement discriminatoire. Il marginalise en particulier tous ceux et celles qui ne fêtent pas Noël, quels que soient les motifs de cette abstention, mais qui fêtent habituellement l’année nouvelle.

Cette discrimination peut être vue comme une manifestation d’un séparatisme d’État qui n’accorde qu’à une supposée majorité le privilège de retrouver, le 24 décembre, un nombre, certes restreint, de familiers avec lesquels partager des moments de convivialité masqués. Pour les autres, les non-chrétiens, la « fille aînée de l’Eglise » impose la solitude le 31 décembre puisque rares sont ceux qui, en raison de la taille de leur logement, peuvent héberger quatre ou cinq parents ou amis interdits de circuler après le couvre-feu.

Les dangers de la promiscuité incontrôlée ne sont pas moindres le 24 décembre que le 31
, soirées pour lesquelles le couvre-feu aurait pu être fixé de 2 heures à 6 heures du matin ; le choix effectué par le gouvernement est lourd de sous-entendus, il ne peut être fondé sur des arguments scientifiques et manifeste une profonde inconnaissance de la société française. S’il était besoin, rappelons que les grandes envolées rhétoriques sur la laïcité auxquelles se livrent hommes et femmes politiques, entrepreneurs de morale et donneurs de leçons de tout bord n’ont pas de réelle portée argumentative quand il s’agit d’appliquer sur le terrain les principes dont ils se réclament. Quelque chose s’apparentant au retour du refoulé saisit les décideurs régissant l’organisation de notre vie quotidienne : imprégnation de la religion dominante, conformisme social, méconnaissance de l’autre dans sa diversité, insidieusement tissés ensemble, conduisent à des choix douteux dont il n’est pas même certain qu’ils favorisent l’approbation politique du plus grand nombre.

Madame le Professeur Dreyfus, donneuse de leçon « émérite » n’a rien compris. Ni de la société dans laquelle vit (elle est pourtant professeure de science politique) ni des enjeux et des réalités de la France. On a déjà dit que le nombre n’a rien à voir avec les valeurs républicaines, s’agissant du séparatisme. On précise ici que le soir de Noel est le seul soir, au demeurant souvent boursouflé de toutes les rancœurs que tous les romanciers ont pu décrire, de la rencontre des familles.

Noel est une fête devenue païenne, comme le nouvel an qui ne veut rien dire, comme elle l’écrit. Et même des juifs achètent la bûche pour Noel, pour la réunion de la famille. Les juifs de Tunisie (ceux que je connais le mieux) achetaient même le sapin qui trônait dans le salon, pour les jouets du 24 décembre. Son caractère religieux ne persiste que pour une minorité, très respectable (la religion est respectable) de croyants catholiques. Et puis, qu’on le veuille ou non, la France est une nation d’origine chrétienne. Et si, en France, à l’inverse de la Pologne ou de l’Italie, son caractère religieux n’est pas autant exacerbé, c’est justement le devoir de la laïcité que de permettre aux majorités religieuses (sociologiques et historiques, devenues minoritaires dans l’arithmétique) que de pouvoir s’exprimer. Sans évidemment substituer un pouvoir spirituel au pouvoir politique, on le sait, Madame la Professeure.

Son propos est idiot (désolé de la petite insulte).

Il offre, par ailleurs, un porte-voix, sous prétexte de « séparatisme d’État » à la critique d’une tradition française qui devrait donc être enfouie dans le magma du relativisme qui est toujours l’allié de la « neutralité », dont l’on connait les méfaits. Elle fait fleurette chez certains radicaux qui veulent interdire le beau sapin dans les halls de mairie. Le type de critique qui mène à la haine de l’Etat français et à la bombe.

Le gouvernement a eu raison de laisser, dans ces temps improbables, les familles se réunir, sans laisser libre cours à « la fête » échevelée du 31 décembre.

C’est une respiration pour les familles qui se réunissent. Sans continuer à la messe, sauf pour une minorité. Une réunion païenne, comme l’œuf de Pâques. L’interdire, l’altérer aurait été un « fascisme d’Etat », un déni sociétal, déconnecté de la réalité.

Madame le Professeur Dreyfus a, curieusement, oublié la sociologie de la France. Curieux pour un professeur de Science politique, d’abord sociologue.

Je viens de consulter sa « bibliographie ». Elle est spécialiste de la bureaucratie. On comprend mieux : c’est une bureaucrate de la laïcité, celle entrevue par de petites lorgnettes opaques et, partant, justement dangereuses pour notre démocratie, qui passe aussi par la famille. Et surtout l’enlacement d’un fait social qui ne peut être écrasé.

J’ai failli écrire que j’étais anti-dreyfusard. Je m’abstiens. Je garde mon titre : un grand soir, non de la révolution, mais de la famille. Ce qui n’est aucunement honteux, ni séparatiste.

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