Le vide salutaire, tsimtsoum

Aujourd’hui, discussion assez vive avec E et M sur l’innovation, le génie de l’invention en littérature, en science, dans une profession. Bref l’intelligence de la création du nouveau.

Et voilà que j’assène :  » Mais le rabbin Nahman de Braslav a sûrement raison ».

Ils me regardent, un peu éberlués, croyant peut-être à une plaisanterie. Un rabbin ?

C’est le maître du hassidisme, mouvement juif qui, je dois le dire, prétend souvent ériger en vérité insondable le petit lieu commun.

De Braslav, commentant la nécessité radicale de l’innovation conceptuelle (notamment dans le commentaire du texte sacré) affirme que les sages sont dans l’incapacité d’innover car ils sont trop savants, leur savoir immense les troublent, les enferment. Leur connaissance sur le sujet abordé embrouille leur propre parole et ils ne peuvent avoir aucune idée nouvelle qui soit intéressante. Seule la restriction de son savoir est de nature à le mener vers l’innovation. Il doit donc faire le « tsimtsoum », la « contraction » de son esprit, comme s’il ne savait rien et n’avait rien lu. Le vide donc.

Je l’avais oublié ce rabbin. Il m’est donc revenu immédiatement lorsque j’ai entendu dans la bouche d’E « qu’elle ne comprenait pas le motif qui m’empêchait (moi) d’écrire ce livre innovant alors que j’avais ingurgité des milliards de mots et de théories, que c’était un crime ».

Je l’ai remercié de tant d’empathie et de confiance, puis j’ai évoqué De Braslav.

Mais peut-être dois-je l’oublier pour l’écrire ce livre ?

 

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