L’ego, troisième poumon, le souffle de soi.

Les apprentis du sens, souvent un peu perdus par la complexité du monde pourtant source d’une avancée de la pensée en même temps que le grossissement du cerveau, lecteurs obligés et assidus de Mathieu Ricard, fils de l’immense Jean-François Revel, double occidental du Dalai Lama et donneur de leçons bouddhistes, ont retenu la critique de L’ÉGOCENTRISME, terme fourre-tout, mot-valise, qui leur permet de hurler contre leur prochain, pauvre malheureux égocentrique.

Ils sont d’autant plus fiers de leur minuscule découverte qu’ils prétendent ainsi, par ce biais de l’altruisme, adhérer au bouddhisme, pseudo philosophie qui s’inscrit dans l’escroquerie du « développement personnel ». Ils affirmen, par ailleurs, que le bouddhisme n’est pas une religion alors qu’elle en est une des pires, pour juger les humains, dicter les conduites et mettre au pilori des récalcitrants jouisseurs du moi…

Je cite Mathieu Ricard

« Envisager le bonheur comme la matérialisation de tous nos désirs et passions et, surtout, le concevoir uniquement sur un mode égocentrique, c’est conf

Confondre l’aspiration légitime à la plénitude avec une utopie qui débouche inévitablement sur la frustration.
Même si l’on affiche toutes les apparences du bonheur, on ne peut être véritablement heureux en se désintéressant du bonheur d’autrui. »

Ou encore son » plaidoyer  » pour l’altruisme. On est consterné par la ronde triste des lieux communs. Tout y passe, niveau CM2.

Quelle est votre définition de l’altruisme?

Matthieu Ricard: l’altruisme, c’est une motivation
Celle à laquelle j’adhère, c’est celle de la psychologie et du bouddhisme, à savoir que l’altruisme est une motivation. C’est le désir d’accomplir le bien d’autrui. Si, pour des raisons indépendantes de votre volonté, vous ne pouvez pas le traduire en actes, cela ne retire rien au caractère altruiste de votre motivation. Les gens sont mus par un mélange de motivations égoïstes et altruistes. L’idéal est de réduire peu à peu les motivations égoïstes.

L’égoïsme est donc le contraire de l’altruisme?

Oui, au sens de servir son intérêt au détriment de ceux d’autrui. C’est-à-dire instrumentaliser autrui. Autrement dit, il ne faut pas confondre égoïsme et amour de soi. L’amour de soi, le désir de vivre et d’être heureux par exemple, n’est pas en opposition avec l’amour des autres. C’est l’égoïsme qui est en opposition, au mieux en ignorant les autres, au pire en leur faisant du tort. Coluche l’avait bien résumé en disant, « il n’y a pas de mal à se vouloir du bien ».

L’empathie compte aussi énormément…

Oui, nous parlons là de la résonance affective avec l’autre. Si l’autre est en joie, vous êtes joyeux, si l’autre souffre, vous souffrez aussi. Il y a une empathie cognitive qui est de se mettre à la place de l’autre. Elle est très utile pour vous renseigner sur la situation de l’autre. En revanche, si vous n’êtes qu’empathique, vous pouvez arriver à la détresse empathique, le burn out, l’épuisement émotionnel. Et, là, ce qui permet d’y faire face, c’est la bienveillance.

Est-ce que l’on devient altruiste?

C’est possible. Des études montrent que l’entraînement de l’esprit à la bienveillance, à la compassion modifie fonctionnellement et structurellement le cerveau. Cela peut être mis en évidence au bout de deux semaines.

Avons-nous néanmoins des prédispositions à l’altruisme?

Oui, il y a des gens qui sont naturellement bons ou généreux. L’idée est que, spontanément, mis en situation, leur première pensée sera altruiste. Là aussi, vous pouvez travailler sur cette ligne de base.

Est-ce que la crise économique est un frein ou une chance pour l’altruisme?

Plus qu’une chance, c’est un signal d’alarme que le système a été trop réducteur, pas assez humain. On commence à s’en rendre compte, et il semble que la coopération soit une bonne solution. On constate que les entreprises où la coopération est la plus forte fonctionnent le mieux. Ainsi, les bonus collectifs sont plus bénéfiques que les bonus individuels.

Développer l’altruisme est-il du ressort de l’individu ou du système économique et politique?

Il y a deux écoles. André Comte-Sponville a raison de penser que la transformation individuelle à elle seule ne suffit pas. Il faut aussi que nos cultures et nos institutions évoluent. Cependant, il ne faut pas pour autant sous-estimer la force des individus et des idées qu’ils soutiennent. La Déclaration universelle des droits de l’homme, par exemple, est bien le fait de quelques individus déterminés qui avaient transformé leur vision du monde. La force de Martin Luther King, Gandhi ou Mandela, c’est qu’ils avaient des idées très claires sur ce qu’ils souhaitaient pour la société.

Mais cela prend du temps…

Oui, mais beaucoup moins que de modifier les gènes. Pour qu’un gène altruiste se répande dans l’espèce humaine, il faudrait dix à cinquante mille ans. Regardez la vitesse à laquelle les choses ont changé aux Etats-Unis au sujet du racisme contre les Noirs. Il n’est plus question maintenant d’avoir des bus ségrégués.

Cela veut dire qu’il ne faut jamais baisser les bras?

L’évolution des cultures se fait de toutes les façons. C’est là où l’individu a de l’importance à mon sens. Si les altruistes se rassemblent et coopèrent à un but commun, ils ont un avantage sur les égoïstes qui vont jouer les francs-tireurs, ne jamais s’entraider puisque leur idée est de tirer la couverture à eux. Donc, ils prospéreront moins.

Vous décrivez la peur comme un obstacle à l’altruisme, quelle peur?

Quand vous êtes trop centré sur vous. Essayer de construire son bonheur dans la petite bulle de l’égocentrisme engendre un sentiment d’insécurité. Le monde entier se dresse en menace ou en ennemi. Vous êtes très vulnérable. »

Ces élucubrations collégiennes alimentées par le simplisme pathologique du questionneur, contiennent, évidemment, une part de vérité. Comme toujours dès qu’on frôle la morale qui n’a nul besoin d’Orient ou de mysticisme de terrasses de cafés lycéens.

Nul ne peut nier, sauf à s’exclure des humains, la nécessité de l’altruisme, en réalité la bonté, sentiment, n’en déplaise aux donneurs de leçons au cerveau gris qui se rattrapent de leur petitesse par l’injonction faite aux autres d’adopter une attitude déjà intégrée et spontanée. Il est bon d’être bon. Jouissance altérée par l’injonction religieuse et primaire à la bonté. La cause de la bonté est la bonté. Nul besoin de l’apprentissage bouddhiste.

Et comme le souligne Ricard lui-même, le soi et l’ego est essentiel pour le plaisir de soi, et partant, celui du monde (il ne faut pas confondre égoïsme et amour de soi. L’amour de soi, le désir de vivre et d’être heureux par exemple, n’est pas en opposition avec l’amour des autres…. Coluche l’avait bien résumé en disant, « il n’y a pas de mal à se vouloir du bien ».)

Le bonheur qui passe nécessairement par celui de sa vie est toujours l’allié du bon altruiste. N’avez-vous jamais remarqué la gentillesse d’un amoureux à l’égard du serveur de café lorsqu’il serre la main, tout en commandant, de l’être qu’il aime ? On aime l’autre lorsque le bonheur se plaque sur votre ventre.

Sans ego, concomitant de ce souci de soi que les grecs anciens plaçaient au centre de la bonne vie, la vie sociale devient un succédané de la religion terroriste (tu es altruiste ou rien)

Et ce qui est frappant, c’est que les apprentis bouddhistes qui traitent, à longueur de temps, les autres d’egocentriques sont les êtres les moins altruistes : ils ne se préoccupent pas des blessures morales engendrées chez leur interlocuteur vilipendé. Ce sont tout, sauf des altruistes. Comme tous les juges, les torquemadas de service, ils font le mal, en insultant insidieusement l’ego structuré ou même instructuré de celui qui peut être bon et soucieux aussi de lui.

Le bouddhisme bobo est un danger, tant ceux qui se l’approprient comblent un vide qui est le leur : celui de leur ego tant malmené par une histoire qu’il ne peut être donné à voir, sa grisaille mèchante pouvant provoquer l’effroi. On s’en prend ainsi à l’ego des autres, les égocentriques, pour camoufler le sien qui passe par une haine des autres qu’on vilipende.

C’est le paradoxe des apprentis qui veulent en remontrer.

Vive le bon (et vieil) ego, le souffle de soi, le troisième poumon…

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