Levinas, encore Levinas

Dans toutes les pages en ligne, dès qu’il s’agit de tout et de rien, un peu dans l’intellectualité tout de même, vous trouvez du Levinas. Nom magique, s’il en est, pour les philosophes, les psychologues, les développeurs du moi, les psychanalystes, les courriers des lecteurs et les dossiers du mois.

Une pensée que tous trouvent « réjouissante » et surtout « ouverte », au sens où l’entendait Umberto Eco, susceptible donc d’être entendue différemment selon le lecteur, à compréhension « multiple », mais évidemment ancrée dans sa « vérité » intangible.

La publication en trois tomes de ses Œuvres complètes aux éditions Grasset (2009-2013) est absolument étrangère à cet engouement puisqu’aussi bien- je l’affirme, sans ambages- très peu le lisent et préfèrent le commentaire, tant il est vrai que, souvent ses pages tombent des mains, d’incompréhension ou de migraine  à l’oeuvre.

On peut  citer, entre mille, pléthoriques, adorés des lecteurs du Point, ceux qui nous aident « à comprendre » Emmanuel Levinas : Rodolphe Calin, Levinas et l’exception du soi, Dider Franck, L’un-pour-l’autre. Levinas et la signification, Raoul Moati, Événements nocturnes. Essai sur Totalité et infini , David Brezis, Levinas et le tournant sacrificiel.

Voilà qu’aujourd’hui, tard dans la nuit, j’ouvre l’excellentissime site « Nonfiction » qui nous présente, mieux que la « Vie des idées » les bouquins de philo ou d’histoire ou de littérature qui sortent, deux « recensements » de livres sur le Maître.

D’abord Sophie Galabru (une parente de l’acteur, on le signale pour éviter la recherche en ligne) qui affirme que « tout le discours philosophique de Levinas, depuis De l’existence à l’existant (1947) jusqu’à Autrement qu’être ou au-delà de l’essence (1974) et Altérité et transcendance (1995), se déploie dans le registre de la temporalité, comme son lexique en témoigne abondamment : l’instant (de 1934 à 1947), le temps et l’avenir (dès 1947), la diachronie (dès 1948), la fécondité (de 1948 à 1961), la passivité (dès 1948), la vieillesse (dès 1961), la patience et le passé immémorial (dès 1963), etc.

Le temps, donc une obsession de Levinas  comme le confirmerait Jacques Rolland qui rapporte que « tous les familiers de Levinas témoigneront que la thématique du temps était devenue sa question dans les dernières années, au point que certains ont pu supposer qu’un livre organique était en préparation » .

L’auteur de l’article devait être très fatigué lorsqu’il a « recensé » cet ouvrage. Je n’ai rien compris à ce qu’il écrivait. Ou ça devait être moi qui était épuisé d’une journée à trop lire…

Notez que l’auteur de l’article lui-même précise que :

« Le lecteur qui nous aura suivi jusque-là aura deviné que l’ouvrage que nous nous efforçons de présenter en termes aussi accessibles que possible n’est pas de lecture commode et qu’il s’adresse incontestablement à des connaisseurs chevronnés de Levinas, capables d’apprécier les avancées que constitue l’interprétation ici proposée. ».

On est stupéfait et on ne veut commenter de peur d’assassiner. On ne commente pas un livre incompréhensible de manière incompréhensible.

Le « recenseur » continue, en nous présentant une autre bouquin sur Emmanuel, celui de Corine Pelluchon (« Pour comprendre Levinas »), une philosophe  dont l’on s’est vite écarté dans nos lectures, rebuté et exaspéré par sa défense exacerbée de la « cause animale », insupportable dans ses paradigmes, y compris pour ceux qui aiment les animaux, mais qui n’en font pas des sujets de droit inaliénable. Autre débat.

Corine Pelluchon, elle serait plus « compréhensible (ce qui me semble normal pour celle qui veut nous aider « à comprendre »)

Des « termes simples et intelligibles de tous la pensée de Levinas ». Presque de la « vulgarisation »

Pour l’auteur de l’article (on a oublié de citer son nom, on le donne : Hicham-Stéphane Afeissa) , il s’agirait de « la meilleure introduction à la pensée de ce philosophe difficile ».

On attend donc après cette dithyrambe, un aperçu du bouquin, en espérant de la clarté et une étincelle qui nous amènerait à l’acheter (improbable).

Et bien non, on se cabre sur la contradiction entre la nourriture (une obsession de Pelluchon) et l’Ethique de Levinas.

Et on ne comprend toujours rien.

Alors on se dit que décidément, Levinas peut être illisible (pas toujours), que ses lecteurs ne l’ont pas lu ou  ne l’ont pas compris puisqu’en effet les commentaires sur le contenu sont imbitables.

On se calme et on lit du Chandler (Raymond).

On a un problème avec Levinas. Il faudra qu’on s’y mette pour expliquer le motif. On n’ose pas. Trop obscur le motif.

Je colle le lien. L’article s’intitule « Levinas et le temps de la réflexion » Dites-moi si vous saisissez. Pourtant quel bonheur que cette revue en ligne « non-fiction » !

Allez-y, vous ne le regretterez pas.

https://www.nonfiction.fr/article-10190-emmanuel-levinas-et-le-temps-de-la-reflexion.htm

PS. Certains, j’en suis certain, quand ils finissent de lire ce billet se demandent, lorsqu’ils n’ont jamais lu, qui est ce Levinas dont ils connaissent le nom et ce qu’il nous dit. Un commentaire d’humeur sur un commentaire creux ne peut les aider. Je reviendrai sur Levinas. Quand je serai très, très en forme.

 

 

 

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