L’homme de bien, le méchant, le pantophile

L’on peut s‘énerver devant la répétition de ce qui est dit un peu partout, critiquer la doxa, être un peu fatigué de la parole publique ressassée,  de l’opinion commune, surtout lorsque, totalitaire en le sachant, elle veut imposer un mode de vie unique, exclusif de tout autre, sans admettre la pluralité des instants et des périodes.

Une pluralité qui, contrairement à ce qui est clamé, va parfaitement de pair avec l’entièreté.

Oui, on peut être crispé devant l’idée préconçue sans pour autant être traité d’élitiste ou pire, dans le vocabulaire contemporain, « d’intellectuel ».

C’est ce qu’on s’est dit, l’autre soir, en lisant un message d’un proche. Il louait le week-end enfin arrivé, sa migration à la campagne, sa solitude retrouvée, convoquant Lao Tseu et son « non-agir » et Jean-Jacques Rousseau qui nous donnait l’exemple de la fuite solitaire et fructueuse dans la nature profonde et immobile. Ou encore Nietzsche et ses promenades égarées en forêt.

Bref une apologie fatigante de la solitude qui va de pair avec une immersion assez schizoïde avec cette Nature extraordinaire dans laquelle il faut se fondre, immobile et tranquille.

M’est alors revenue une phrase de Diderot que je lui ai envoyé par message en retour :

« L’homme de bien est dans la société, et il n’y a que le méchant qui soit seul »

C’est évidemment Diderot que je défends, même si je loue les heures passées sous des arbres ou dans les chemins (non boueux) qui environnent la maison.

Rousseau est un fabricant de tristesse, persuadé que l’Art ou même la connaissance, sans parler de « la chère et de la chair », comme dit l’une de mes amies, sont des agents diaboliques de corruption de l’âme humaine pure à l’origine, délabrée par la société.

Diderot est un « pantophile », comme le clamait Voltaire.

On aime ce mot. La pantophilie est un terme dérivé du grec ancien (pãn) signifiant « tout » et (philie) « amour ». Le pantophile, donc est celui qui aime tout et s’intéresse à tout.

Voltaire surnomma ainsi Diderot de « Pantophile », en ajoutant qu’il était « ami de toutes choses » (on veut d’ailleurs ici rappeler que Voltaire fut l’un des inventeurs du « verlan » lorsqu’il surnommait le même Diderot le « Frère Tonpla », Platon prononcé à l’envers).

Diderot donc, joyeux luron, frère de la vitesse, du mouvement et du rire constant, toujours en action, prétendant, logique à souhait, que « le repos absolu est un concept abstrait qui n’existe pas dans la nature » (in Principes philosophiques sur la matière et le mouvement).

L’humain saute, virevolte, cherche le nouveau (même s’il devient dépressif lorsque ce nouveau se tarit et qu’il n’en trouve pas, immédiatement un autre), multiplie les joies, exacerbe les instants, se connecte constamment, écrit à tous, répond à quiconque, se grise de tous les moments, sans drame en suspens.

Bref, encore une fois constamment « en mouvement ».

Alors, ici, le lecteur s’impatiente et attend la conclusion.

Mais pourquoi ce mouvement exacerbé et enivrant, certainement fatigant ?

Mais, c’est justement pour apprécier le repos dirait le théoricien fainéant.

Mais ce n’est pas ce que je dis.

Je suis simplement en train de critiquer les idées toutes faites et celles, majoritairement en vogue, c’est la faute non à Voltaire mais à la « deep ecology », sur le silence, la nature, les arbres, la méditation, les techniques orientales, bref l’âme en position de Lotus.

On peut être un sage, aimer les arbres et la solitude, sans en faire un leitmotiv ou une obsession devenant une religion.

La mode est exaspérante.

 

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