Pas libre, joyeux

Quand, sur le point d’entamer sa nuit, paupières lourdes heureuses de ce poids miraculeux, annonciateur d’une nuit de rêve, malheureusement presque jamais advenue, vous pensez à une discussion sur Spinoza que vous avez eu dans la journée au téléphone avec une amie friande de mots, vous pouvez être certain de l’insomnie.

Je m’étais souvenu d’un mot (« asile de l’ignorance ») employé par le Maître dans son Ethique et, le soleil aidant, sur une terrasse envahie par des chants d’oiseau, je me suis laissé aller, très longtemps, sans même être interrompu, à disserter, en riant, en prenant mon temps, en criant quelquefois, sur « la liberté ».

J’entendais dans le combiné la respiration silencieuse de mon interlocutrice curieusement muette et m’étonnais de cette « suspension », antinomique de son enjouement permanent et de sa faculté à, mieux que moi, parler et encore parler et, surtout interrompre. Une femme de mots. Une vraie.

Je pris la décision de conclure, presque savamment, par une citation de philosophe que je connaissais par coeur.

C’est à cet instant précis et avant même que je ne termine de citer que mon amie m’asséna (je cite de mémoire) :

« Ton Spinoza. C’est fou d’être joyeux de savoir qu’on n’est pas libre, cette connaissance de l’absence de liberté sans un millimètre de croyance au libre arbitre. J’ai entendu cette joie que te procure ce déterminisme. Tu vas intégrer ça dans ton traité sur le « romantica » ? C’est même peut-être la définition du « romantica » : une pensée non libre qui danse avec ce qui existe, une pensée qui est là, existante, cause de soi, sans origine, et qu’on enlace comme dans un boléro. Ca pense à travers nous. C’est bien ça ? »

J’ai ri, je n’ai pas répondu, elle est redoutable cette amie.

Il me faut absolument finir mon long texte sur le concept de « romantica »…

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