Photographies, cinématographe

La réflexion m’est venue à la lecture des menus des sites en ligne. Dont le mien.

On aura remarqué que c’est le terme « photographie » qui est employé et non pas celui de « photo ».

On s’interroge alors sur la différence, même si on l’appréhende intuitivement.

A l’évidence, il s’agit de se différencier. La photographie, par la complétude du mot, n’est pas la photo. Inutile ici de gloser, tant la chose est evidente, qu’elle passe nécessairement par la distinction, au sens bourdieusien ou plutôt par le maintien dans le mot du « graphe » qui est une écriture, la photo sans la graphie ne pouvant l’etre ou, du moins, donner à l’entendre (un paradoxe s’agissant d’un autre « sens » parmi les cinq).

Je me suis alors souvenu de la lecture d’un des premiers textes théoriques que j’ai lu sur l’image.

Le fameux texte de Robert Bresson écrit en 1975, grande époque par ailleurs des Cahiers du Cinema, avant qu’ils ne sombrent un temps dans la maoïsme de Sollers.

Donc les « Notes sur le cinématographe » de Bresson. Une réflexion sur l’art de filmer, par aphorismes et formules.

Le « graphe » dėmarquerait donc.

Bresson fait une différence entre le cinéma et le cinématographe . Il englobe, sous l’appellation de cinéma ce qui de près ou de loin se rapproche du théâtre filmé. Ce qui le différencie, le démarque du cinématographe, art à part dans la création.

Alors on est allé revoir le texte et on cite :

(…) La substance d’un film peut être ces choses que provoquent les gestes et les paroles et qui se produisent d’une façon obscure chez tes modèles. Ta caméra les voit et les enregistre. On échappe ainsi à la reproduction photographique d’acteurs jouant la comédie et le cinématographe, écriture neuve, devient conjointement méthode et découverte.?

On relit et on se dit qu’on se trompe puisqu’en effet, Bresson considère que la « photographie » est une reproduction de la réalité et donc, à bien le comprendre, même pas une possibilité d’ėcriture.

Pourtant le langage bressonien, dans l’emploi du mot de « cinematographe » est toujours considéré comme une démarcation du « cinema ». Ce que nous-mêmes écrivions plus haut. Le graphe dans son maintien ne veut signifier qu’écrire dans le cinoche, la photographie n’ayant pas accès à ce statut créatif, n’étant qu’une reproduction…

Conclusion: il faut toujours se méfier des certitudes, notamment théoriques puisées dans d’anciennes lectures mal digérées et certainement convoquées trop rapidement et peut-être un peu forcées par l’exigence de la référence.

Reste qu’il existe une démarcation entre photo et photographie.

L’on n’ose citer Bergson ou Wittgenstein sur l’intuition.

Puisqu’en réalité la différence est entendue intuitivement, sans qu’il ne soit besoin de gloser. Et il s’agit bien d’une impression qui frôle l’écriture, la graphie. Tous,ici, comprennent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *