Renan, vilaine langue. Et les autres.

Le Samedi matin, c’et donc Finkielkraut. Et Finkielkraut, comme beaucoup, dès qu’il s’agit de rappeler ce qu’est une identité, une nation pour dire juste, convoque Ernest Renan ((1823-1892).

Comme tous le savent, puisqu’il s’agit de son texte le plus connu, Ernest Renan a écrit ou du moins a prononcé (c’est le texte d’une conférence) son fameux « Qu’est-ce qu’une nation » ? Un beau texte.

Son texte le plus élaboré. C’est lui-même qui le dit qui le clame en 1887   « J’en ai pesé chaque mot avec le plus grand soin. C’est ma profession de foi en ce qui touche les choses humaines, et, quand la civilisation moderne aura sombré par suite de l’équivoque funeste de ces mots : nation, nationalité, race, je désire qu’on se souvienne de ces vingt pages-là »;

De fait, il fait un sacré éloge, magnifiquement écrit de la Nation.

On peut citer un extrait (que beaucoup citent dans notre débat essentiel, il est vrai, de notre temps :

« La nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. […] Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore. […] Je me résume, Messieurs. L’homme n’est esclave ni de sa race ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagne. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. »

Dans les débats actuels sur le communautarisme et l’identité française (on n’épilogue pas puisqu’on s’est juré il y a quelques années que ce site ne serait pas une tribune politique, même de mauvaise humeur), le texte vient et revient. Soit.
Mais beaucoup oublient que Renan, comme d’autres, ne faisait pas dans la dentelle, comme dit mon frère, lorsqu’il écrivait sur le peuple « juif », « sémite » comme il disait.
On cite encore :  Un extrait de son  Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, 1855 : « Je suis donc le premier à reconnaître que la race sémitique, comparée à la race indo-européenne, représente réellement une combinaison inférieure de la nature humaine. ».
Des mot qui ont donc sidéré les intellectuels juifs de l’époque.
Mais, tous, désormais, s’accordent à dire qu’il ne s’agissait que « langue », de comparer deux types de langues. Encore, soit.
On oublie, néanmoins de rappeler qu’à l’époque, la confusion a été de mise chez les antisémites et que certains considèrent même que le mot « antisémite » venir de là.
Puis on crie que Renan a été renvoyé du Collège de France après avoir publié  » La vie de Jésus « . Professeur au Collège de France, il a été suspendu  quelques jours après avoir donné son premier cours, jugé « offensant pour la foi chrétienne ».

Et que le même Renan, après s’être « libéré de son racisme » (je ne trouve plus la référence, celui qui l’a dit, c’est dans mes notes), avait affirmé que :  Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. », rangeant ainsi les juifs dans la normalité, et, partant, dans l’acceptable dirait une mauvaise « langue ».

On oublie encore que Renan, dans sa « Réforme intellectuelle et morale « (1871) avait considéré que : « La conquête d’un pays de race inférieure par une race supérieure qui s’y établit pour le gouverner n’a rien de choquant.

Long PS. Absolution de Renan. Il n’est pas le seul, Renan, à avoir « dit », étant précisé qu’en l’écrivant, je prends le risque de banaliser les mots qui ne seraient  rien devant le reste, grandiose. Ce que je ne crois qu’à moitié, du côté du plein et non du vide.

Voltaire « Vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition » (Dictionnaire philosophique). Ce n’est pas le-a seule attaque contre les juifs mais je n’alourdis pas le billet

Même si je ne peux m’empêcher de citer  encore :« C’est à regret que je parle des juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. » dans ce même Dictionnaire.

Notez que Voltaire ne déteste pas uniquement les juifs : ailleurs, dans Essai sur les moeurs et l’esprit des nations (1756) : « Les albinos sont au-dessous des Nègres pour la force du corps et de l’entendement, et la nature les a peut-être placés après les Nègres et les Hottentots au-dessus des singes, comme un des degrés qui descendent de l’homme à l’animal », « la race des Nègres est une espèce d’hommes différente de la nôtre ». Et dans son Traité de métaphysique : « Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes, et comme les singes le sont aux huîtres. »

Diderot : « Quoiqu’en général les Nègres aient peu d’esprit, ils ne manquent pas de sentiment. » (Encyclopédie, 1772.).
Jules Ferry. Le président du Conseil des ministres français déclare lors dans un discours, le 28 juillet 1885 : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. […] Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. »

 

Léon Blum. Un discours à la Chambre des députés, le 9 juillet 1925; Il se déclare adversaire « du colonialisme en tant qu’il est la forme moderne de cet impérialisme », il ajoute cependant qu’il « peut y avoir un […] devoir de ce qu’on appelle les races supérieures, revendiquant quelques fois pour elles un privilège un peu indu, d’attirer à elles les races qui ne sont pas parvenues au même degré de culture et de civilisation ».  

Victor HugoDiscours sur l’Afrique (mai 1879) : « Que serait l’Afrique sans les Blancs ? Rien, un bloc de sable, la nuit, la paralysie, des paysages lunaires. L’Afrique n’existe que parce que l’homme blanc l’a touchée. »

Jean Jaurès. Discours à la Chambre des députés, le 20 novembre 1903 : « La civilisation qu’elle représente en Afrique auprès des indigènes est certainement supérieure à l’état présent du régime marocain. »  Mais attention, il veut une une colonisation « humaine « . Mais les juifs reviennent (encore eux) lorsqu’il dit à Tivoli, en 1898,  : « Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion »

Gandhi :  « Les Européens veulent nous ravaler au rang des Nègres dont la seule ambition est d’avoir assez de vaches pour s’acheter une femme, et passer leur vie avec, dans l’indolence et la nudité » Les “kaffirs” (terme sud-africain nommant les Africains à la peau noire) :  peuple paresseux avec lequel il était désagréable de cohabiter : « À propos du mélange des Kaffirs avec les Indiens, je dois avouer que je le ressens très fortement. Je pense qu’il est très injuste pour la population indienne et que c’est même une taxe indue sur la patience proverbiale de mes compatriotes. » (15 février 1904.).

De quoi être à « CRAN »…

Non ?

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