Romains, pas grecs. On se moque de la philosophie.

Dans son excellent ouvrage sur l’immense Lucrèce que nous citons souvent ici (Lucrèce. Archéologie d’un classique européen, Fayard), Pierre Vesperini affirme que les Romains d’une manière générale étaient réfractaires à la philosophie. Ils n’y croyaient pas (p. 106), s’en moquaient allègrement (p. 107), n’avaient pas de convictions philosophiques (p. 108).

Or Lucrèce, l’inventeur, dans la lignée d’Epicure, du matérialisme philosophique, est romain

Mieux. Si les Romains, soutient l’auteur, n’avaient pas besoin de philosophie, c’est qu’ils ne craignaient nullement ce dont Lucrèce enseignait qu’il n’y avait rien à craindre. Leur loisir était de s’amuser à étudier des questions savantes, et c’est cela, rien d’autre, qu’ils demandaient aux philosophes. Mais la philosophie au sens propre, ils s’en moquaient, pour la bonne raison qu’ils ne craignaient pas la mort ni les dieux, et vivaient dans le plaisir. Des épicuriens naturels. Heureux Romains ! Les dieux ? Les Romains savaient très bien qu’ils ne se soucient pas de nous (p. 177). La mort ? Matérialistes, ils tenaient tous l’Achéron pour une fable.
En réalité, des bobos, ces romains qui trompaient leur ennui en s’amusant avec la question philosophique, hors des réflexions doctrinales, qu’ils considéraient avec méfiance ou ironie.

Pierre Vesperini replaceLucrèce dans cet espace sans philosophie.

Mais ce n’est pas notre propos ici.

On se pose juste la question de savoir si la philosophie n’est pas plus une jouissance de la question posée qu’une discipline de la recherche d’une solution ou d’une prétendue sagesse.

La réponse à cette question banale, peut défaire les noeuds inutiles et les affres, les tourments des idées qui cabriolent dans tous les sens, pour tomber dans des flaques sans fond ni fin.

Jouissance de la théorie ? Sans solution ? Un peu comme l’idée de l’infini, inconcevable, ou de l’origine du Monde, dans une causalité de la causalité impossible à imaginer dans les canons humains ?

Et si l’on affirmait, pour en finir avec le tout, que seul le plaisir intense du massage des idées, leur trituration jouissive, entre les autres plaisirs matériels ou charnels, suffit à remplir une case qui rstera toujours vide ?

On arrête. On va désespérer les déprimés.

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