Séville, en suspens

Arènes de Séville, il y a fort longtemps.

La fille était juste à côté de moi. Trop proche pour la photo. Me suis levé, me suis éloigné, ai déclenché.

Quand je pense aux villages blancs, à 60 kms de Séville, à Huelva, à Jerez de la Frontera, aux ruelles juives de Seville, aux paradores enfouis sous les ravins ou dominant de vieilles places, là ou le paysage est d’une beauté douce et brute à la fois, là où le vin de Jerez (Tio Pepe, muy seco) coule à flots et requiert, vite et finement coupé, les tranches de Manchego et de Serrano, posés sur le bois vieilli d’un bar-taverne aux murs encombrés d’affiches multicolores et délavées, de lampions inutiles aux plafonds, je pense à cette fille. 

J’aurais du prendre son adresse. Elle doit, désormais, avoir beaucoup d’enfants. Je suis certain qu’elle se souvient de moi. Je lui ai montré la photo, elle m’a caressé la main. Comme si elle voulait connaitre la peau de celui qui avait déclenché. Mon épouse a cru qu’il s’agissait d’une tentative de chercher le franc par l’exposé du futur par une diseuse de bonne aventure. J’ai laissé pensé. Non, elle voulait toucher la peau du déclencheur. J’aurais du prendre son adresse. Elle m’aurait présenté mari et enfants. 

Là, elle était en suspens de sa vie, regardant le matador porter l’estocade, entre gravité et indifférence, le meilleur de la posture du regardeur.

 

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