statistique de la méchanceté

J’ai enfin retrouvé, l’entretien accordé en 2013 par Daniel Kahneman à Philomag et son propos sur la méchanceté, entrevue statistiquement. Il faudrait que je finisse, enfin, mon classement des textes, par mot-clef. J’en avais besoin pour un long texte qui n’est pas un billet. Je donne l’extrait.

« J’enseignais alors la statistique et elle s’avérait une matière très difficile à expliquer. C’est que les statistiques sont contre-intuitives : nous ne les prenons spontanément jamais en compte. Par exemple, le phénomène de « régression à la moyenne » qui fait que, dans une série de résultats, on peut observer ponctuellement un écart extrême suivi d’un retour à des résultats de valeurs moyennes. J’expliquais un jour à des officiers qu’il était plus efficace de récompenser une amélioration que de punir une erreur. L’un d’eux me répondit que je me trompais, puisque, lorsqu’il engueulait un aviateur qui avait raté une manoeuvre, celui-ci faisait mieux ensuite. Et qu’inversement, lorsqu’il félicitait une performance brillante, la suivante était moins bonne. Il voyait un lien de cause à effet qui n’existe pas : en réalité, il s’agit d’une simple fluctuation aléatoire de la performance avec régression prévisible à la moyenne. L’aviateur, après avoir commis une faute ou accompli un exploit, revenait ensuite à un résultat plus habituel. La vie nous expose donc à des informations perverses : statistiquement, elle a tendance à nous punir pour notre gentillesse et à nous récompenser pour notre méchanceté !

Bon, je vais pouvoir continuer dans mon texte sur l’intentionnalité. Cette retrouvaille me permet de saluer Daniel Kahneman, un psychologue (non freudien, il se dit empirique) que j’apprécie, Prix Nobel d’économie sans avoir ouvert un bouquin d’économie.

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