Venise, c’est fini

Un couple d’amis passe ce week-end à Venise. Ils me le disent, au téléphone, persuadés que je vais leur répondre qu’ils ont de la chance. Je ne dis rien. Ils s’étonnent. Je leur dis très vite que je dois raccrocher. Un appel pro… Je ne veux pas gâcher leur week-end…

Je connais bien Venise, y suis allé plusieurs fois.

Je ne l’aime plus. Tourisme exacerbé, ennui grisâtre et restaurants à la carte désormais traduite en coréen et en chinois.

Venise, même au temps des amours vivantes, est devenu triste.

Quand je le dis, sans vouloir trop épiloguer, de peur d’être traité de terroriste ou de faiseur, tous me regardent ahuris, ne comprenant pas.

Alors, pour faire diversion, j’affirme que je ne sombre pas dans le discours du petit bouquin de Regis Debray (« Contre Venise »), lequel affirmait que « Venise est la vulgarité des gens de goût ». La discussion vient sur Debray et ses paradoxes.

Ou bien, je me réfère au concept assez idiot, repris par Alain Juppé de la « tentation de Venise », celle de changer de vie, de faire autre chose en atterrissant à Venise. Et, là, la discussion s’enflamme sur les escrocs intellectuels du politique. J’echappe ainsi, encore à la justification et au discours de haine à l’égard de Venise.

Mais quelquefois, pour être sérieux et honnête, je dis que j’aime le tableau de Monet (Palazzo da Mula, Venise). Et que je le préfère à ceux du Titien ou du Tintoret.

Je le montre sur mon smartphone.

Et le tour est joué. Tous se taisent et moi aussi.

Le tableau est reproduit en tête du billet.

PS. Le titre est compris par les beaucoup plus que 20 ans qui connaissent Capri et Hervé Vilard. Ce qui est mon cas.

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