le cauchemar de Finkielkraut

La grande frayeur

On peut, pour lire tout ce billet, commencer, pour être rassuré, par lire sa fin qui est un « PS ». Ou préférer suivre son déroulement,  ce que conseillerais…

Il s’agit ici, très simplement, de tenter de comprendre l’invitation récurrente, souvent braillarde, que l’on soit ancré politiquement à gauche ou à droite, à « faire barrage au fascisme », au Rassemblement national, à l’extrême-droite

Ou, encore, comme l’énonce Alain Finkielkraut qu’il s’agirait d’un « cauchemar », si l’on était « contraint » de voter pour ce parti. 

Dans un entretien à la revue « Le Point » (11 juin), il clame, en effet, que « jamais je n’aurais imaginé voter un jour en faveur du Rassemblement national pour faire barrage à l’antisémitisme. Ce n’est pas encore le cas, mais peut-être y serai-je contraint à plus ou moins longue échéance s’il n’y a pas d’alternative. Ce serait un cauchemar. La situation actuelle est un crève-cœur pour les Juifs français».

C’est ce qui a généré mon titre et cette interrogation primaire : mais, pourquoi donc « un cauchemar » ? D’où vient donc cette grande frayeur ? Pourquoi la peur d’une arrivée au pouvoir du Rassemblement National, qualifié « d’extrême-droite » ou, encore de mouvement « fasciste » ?

L’épouvante est-elle légitime ou ne s’agit-il que d’un épouvantail inconsistant ?

On se devait ainsi, très rapidement, de chercher les fondements de ce rejet, de ces tics de langage, accompagné par tous les cris, tous les braillements, tous les mots, y compris ceux des « antifas » employés pourtant par des individus prétendument « raisonnables ».

L’idéologie du RN.

Qu’est-ce qui cloche donc dans le discours idéologique du RN, qui génèrerait la réaction convenue ?

Parti d’extrême-droite ?

Il nous semble utile, avant tout commencement d’analyse de rechercher ce qu’on entend par « extrême-droite », en citant, simplement, des sources non critiquables.

D’abord le Larousse qu’on ne peut soupçonner de partisan militant :

On désigne sous cette appellation l’ensemble des mouvements qui se rattachent à l’idéologie contre-révolutionnaire et qui récusent aussi bien le libéralisme que le marxisme. Considérant comme légitime l’emploi de la violence, ils réclament un régime fort. L’antiparlementarisme et l’anticommunisme sont les deux thèmes essentiels de l’extrême droite.

Ensuite « Le Monde Diplomatique », journal qui, lui, est ouvertement, depuis deux décennies, dans la mouvance de l’extrême-gauche :

Famille idéologique de partis, mouvements et groupuscules hétérogènes mais qui ont en commun une critique radicale de la démocratie au nom d’une idéologie autoritaire, raciste et nationaliste tendant à exclure une partie des individus de la nation et/ou de la citoyenneté. Des courants très divers s’y expriment, parmi lesquels les partis « néofascistes », « néonazis » mais également certains mouvements religieux traditionnalistes, fondamentalistes ou au contraire paganistes, des partis populistes ou souverainistes, monarchistes, ou encore « nationalistes révolutionnaires »…

Leurs discours, plus ou moins violents, expriment à des degrés divers et selon les cas la dénonciation de la « décadence » actuelle en parallèle avec la nostalgie d’un âge d’or, l’apologie des sociétés élitaires et de la force virile, la peur du métissage, la censure des mœurs, notamment sexuelles (homosexualité) et le rejet des intellectuels.

L’on s’accorde, enfin, à considérer que l’extrême-droite se caractérise par la grande violence, l’antisémitisme, l’antiparlementarisme concomitante du culte du chef et l’anti-intellectualisme.

Est-ce ici qu’il faut chercher la révulsion, la volonté de « faire barrage » ?

On ne le croit pas. On constate plutôt une « inversion », Quel parti flirte aujourd’hui avec l’antisémitisme ? Lequel comprend, en son sein, des antisémites se camouflant derrière l’antisionisme, tout aussi critiquable (on rappelle ici que l’antisionisme est concomitant de la négation de l(‘existence de l’État d’Israël ?

Quel parti, par la brutalisation des postures jadis respectables dans l’hémicycle, (la fameuse « bordélisation de l’Assemblée »), par le leitmotiv de la recherche assumée et clamée de la « conflictualisation permanente » est, assurément, antiparlementariste ?

On laisse ici la parole à la philosophe Chantal Delsol. :

Le « front républicain » contre le Rassemblement national a d’autant moins de sens aujourd’hui que les caractères dégoûtants qui faisaient repousser l’extrême droite (le négationnisme, le racisme, l’antisémitisme), sont aujourd’hui l’apanage d’une certaine gauche”. Chantal Delsol. Tribune. Le Figaro 4 juillet.

On laisse également au lecteur le soin, au regard des définitions précitées de dire si, vraiment, le RN est un parti « d’extrême-droite », assimilé par DSK dans son tweet du 25 juin 2024 aux nazis de 1933 en Allemagne qui ont pris le pouvoir dans ce pays.

Sauf à être de mauvaise foi, on ne peut considérer que le RN est, au regard des définitions, un parti d’extrême-droite. On reviendra, plus bas, sur le prétendu simulacre dans son changement que certains (minoritaires) comme Caroline Fourest ou Ruth Elkrief croient pouvoir déceler.

On ose donc affirmer qu’il s’agit, pour ceux qui prennent les français pour des idiots comme une immense escroquerie intellectuelle, un faux, une ignominie. La locution « extrême-droite ne peut convenir, qu’il ne s’agit de sémantique de peur, d’attrape-nigauds ?

Mais alors quel est cet essentiel qui provoque la haine de ce parti ?

Économie ? Sont-ce les propositions économiques, concentrées autour de la position (populaire ou populiste) d’augmentation du pouvoir d’achat, proches de celles du Parti Communiste ? A l’évidence non. Le rejet ne serait pas, ici, celui d’un fascisme ou d’une extrême-droite, mais plus simplement celui de dépenses excessives d’un État déjà suffisamment endetté. Rien à voir avec le fascisme ou l’extrême-droite

Sécurité ? S’agirait-il du discours dit « sécuritaire ? Non, on ne peut imaginer qu’un seul français (sauf celui, presque fiché S, qui hait le policier et génère la peur) ne souhaite être « protégé » et ne pas vivre dans l’insécurité. 

Même s’il est vrai que dans sa connotation historique ou idéologique, le terme lui-même (« sécurité ») est associé à un pouvoir « fort », du côté de la droite pour des esprits expéditifs, l’on ne peut considérer qu’un tel chapitre inséré dans un programme suffirait à constituer le Parti comme « fasciste » ou « d’extrême-droite ». Donc, non, ce n’est dans ce champ qu’il faut chercher.

Histoire du Parti ? Peut-on, par ailleurs, prétendre sérieusement que les positions historiques du Parti du père de Marine Le Pen (antisémitisme, racisme, homophobie) structurent encore ce mouvement ? Assurément non, sauf si l’anti-wokisme, fort partagé dans la pensée française constituerait un « fascisme ». Le RN, parti de droite nationale, nul ne peut en disconvenir, a fait sa « mue », sans faire semblant de la faire. Comme le Parti Communiste qui s’est, on en est convaincu, débarrassé de Staline un autre (petit) père, lui du Peuple. 

Une telle posture dans l’escroquerie menée par le RN serait flagrante.

Il est certain que, cependant, le spectre est encore vivace, presque par automatisme dans les esprits, surtout de ceux qui ne savent comment s’implanter dans le nouveau décor politique et tentent d’enfanter, par des balivernes, la bête noire, le péril gris, l’ogre immonde.

Néanmoins, s’il n’y avait que cette vilaine histoire du Parti, la cause aurait été vite entendue et le discours « antifa » aurait vite dépéri. C’est ailleurs qu’il faut chercher.

Il est vrai que certains, pour attiser la peur, en s’en tenant à des petites phrases, des individus isolés qui dérapent, nous font croire au « grand mensonge ».

En réalité, ,ils ne veulent contredire leur credo d’adolescent ou de jeune adulte, l’automatisme de leur pensée. Le changement dans sa position rend vieux ou installe le bénéfice de l’incertitude, mère de l’intelligence. On a peine à admettre ce qu’on a toujours crié. Un reniement d’une fadaise de décennies serait un reniement. On n’insiste pas.

Contrôle de l’Immigration, préférence nationale et identité : un cauchemar, du fascisme ?

Ne reste, à vrai dire pour prétendre employer l’expression d’extrême-droite, que deux sujets, en relation avec l’immigration : la « préférence nationale » et ce qui, pour certains, est absorbée dans ladite préférence : l’identité nationale, en conflit avec le communautarisme.

Le RN serait fasciste parce qu’il s’oppose à une immigration incontrôlée, prône la préférence française dans les avantages et s’inquiète de l’étiolement de l’identité française.

On peut donc affirmer, sans crainte de se tromper lourdement, que la croissance des partis à fibre « nationale », nommés d’extrême-droite en France et en Europe est directement liée au constat d’une autre croissance parallèle, en France et en Europe : celle de l’immigration. Et de ses succédanés que sont les notions désormais inscrites dans les programmes des partis nationaliste : « la préférence nationale », la notion « d’identité nationale », la sécurité dont le lien serait acquis avec l’immigration.

Il nous faut donc entrer dans l’analyse (très rapide) des notions précitées.

Préférence nationale ? Il s’agit donc d’une position politique consistant à considérer que le français doit être privilégié par rapport à l’étranger dans divers secteurs (allocations, Sécurité sociale, logement, santé, etc.) en réservant donc les avantages aux français.

Il n’est pas inutile de préciser que 71 % des français se disent favorables à cette préférence (sondage CSA du 20/12/2023 pour Cnews, Europe 1 et le JDD) 

L’on entend dès lors certains politiques comme Mr Bayrou affirmer que le RN est d’extrême droite parce cette préférence se ferait en fonction de l’origine ou de la couleur de la peau. Ce qui est une escroquerie dans la pensée, les français pouvant être blancs, noirs, jaunes ou verts si des martiens demandaient la naturalisation française.

On entend aussi des commentateurs mentir philosophiquement. Notamment le presque talentueux Nathan Devers, petit frère de BHL, alibi de gauche (comme Olivier Dartigolles) de la chaine Cnews qui, dans une insigne mauvaise foi, prétend vilipender le RN sur ce thème en faisant état de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, laquelle instaure l’égalité entre les hommes, que sont les étrangers.

C’est oublier les champs (politique et ontologique) en les confondant. Évidemment que l’étranger est un homme égal au français, dans son corps, son intégrité. Mais ses droits peuvent, financièrement, ne pas être identiques à celui qui l’accueille ou le subit lorsqu’il est irrégulièrement dans le pays.

C’est, également oublier que Jean-Jacques Rousseau n’est pas un fasciste lorsqu’il écrit « Comment les hommes l’aimeraient si leur patrie n’est rien de plus pour eux que pour les étrangers et qu’elles ne leur accordent que ce qu’elle ne peut refuser à personne »

Ou que Michael Walzer, philosophe incontesté dans sa clairvoyance, écrit que « l’admission et l’exclusion sont au cœur de l’indépendance de la communauté. Sans elle, il ne pourrait pas y avoir de communauté de caractère historiquement stable, d’association continue d’hommes et de femmes spécialement engagés les uns envers les autres et ayant un sens spécifique de la vie en commun ».

C’est à dessein que l’on insère ces citations. Elles sont mentionnées par Alain Finkielkraut dans un entretien accordé au Figaro Magazine (19/06/2024)

Ce type de billevesée ne peut ainsi contredire l’affirmation répétée : l’instauration d’une préférence ne constitue pas en fasciste le Parti qui la prône.

Dès lors, ce n’est pas, encore ce qui fonderait un « extrême »

Contrôle de l’immigration ? L’on n’insiste pas sur ce point. Tous s’accordent dans l’échiquier politique à considérer qu’elle est de mise, nécessaire, indispensable.

Dès lors, ce n’est pas, encore, le point de rupture.

Identité. C’est en réalité ici que la frontière se fabrique, que les postures se hissent. Et l’on est assez surpris de la position d’Alain Finkielkraut, lequel, dans un livre remarquable s’est attaché à pleurer le « malheur » de l’identité française (Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, Paris, Stock, 2013, 230 p).

Le peuple de gauche, y compris les modérés du Parti socialiste vitupèrent contre « les salauds de fascistes » qui ne veulent pas laisser les communautés vivre leur vie, dans leur culture, leur religion, les empêchant de porter un voile ou un costume religieux. Fascistes contre le communautarisme, le multiculturalisme, à l’œuvre dans les pays anglo-saxons.

C’est oublier que ce « communautarisme » d’altération de la culture ancestrale et nationale n’est pas la norme en France. Même notre Président qui aurait pu « en même temps » accepter le voile et le béret s’y oppose.

Oui, c’est ici, dans ce lieu réel de la brisure, que l’opposition entre gauche et droite s’opère. Communautarisme contre intégration volontaire et identitaire. Sans que, facilement, l’on ironise sur le peuple de gauche des beaux quartiers qui, eux, sont dans la peur, le cauchemar, de voir arriver dans les appartements de leur rue des « étrangers » français ou non, lesquels, par leur présence, dévaloriseraient leur patrimoine. C’est le non-dit du peuple riche de gauche, celui qui dicte et donne la leçon. Pas le mien.

Il se trouve que la France veut rester la France sans que les français, portant les valeurs auxquelles ils adhèrent, ne constituent, dans le futur, qu’une communauté au milieu des autres qui n’auraient pas adhéré à la culture universelle du pays d’accueil. 

On peut aller à la mosquée et ne pas vouloir bruler les livres de Voltaire ou insulter le Christ, aller à l’Église en saluant le musulman qui porte un polo Lacoste et défend l’universalisme de l’égalité entre les hommes et les femmes, admet les différences dans les orientations sexuelles, considère que la Loi française s’impose à celle religieuse (Charia) qui ne vaut que pour l’intime. 

C’est donc ici, dans l’identité, que se creusent les différences politiques.

Mr Finkielkraut, vous l’avez dit, écrit, clamé.

L’on ne comprend donc pas votre « cauchemar ». On ne le discerne pas.

PS. PS, Je ne vote pas RN mais ne traite ses électeurs ou ses dirigeants de fascistes. Je lutte contre la gauche débraillée, wokiste, hypocrite et s’est departie de l’intellectualité qui a forgé notre discours,  intelligent depuis l’adolescence plus à gauche.

Je vote donc sur d’autres motifs, en relation avec une croyance, potentiellement idiote, en la nécessité de la compétence   gouvernementale et du rejet des coiffeurs qui rasent gratis alors qu’il faut économiser pour mieux servir la France future et protéger nos enfants. Sans surenchère économique dans l’allocation de suppléments financiers qu’il ne faut dédier qu’aux plus pauvres, parfaitement décelables,dans nos campagnes désertes, lieux de survivance, sans généralisation de la redistribution. Mais c’est un autre débat, loin de celui de l’invention de l’extrême-droite française et du prétendu péril fasciste brandi comme un épouvantail par ceux, cerveaux creux et hargneux, qui n’avancent qu’en faisant peur. 

Ce n’est donc pas un cauchemar que de voter RN, s’il s’agit, désormais paradoxalement, en dernier ressort, de combattre l’antisémitisme d’un camp politique qui croit en retirer les fruits en flirtant dangereusement avec une frange de la population française. 

Voter RN n’est que la résultante d’une opinion politique ou la tentative de barrage d’un discours confus sur le tout mais clair sur le juif et Israël, tenu par un camp débraillé, irresponsable, depuis le 7 octobre 2024. 

Ce n’est pas un cauchemar, Mr Finkielkraut. Sauf, si flirtant avec les concepts freudiens, ou en convoquant une catharsis, vous nous rappelez la nécessité impérieuse des rêves noirs.

PS2. dans un prochain billet, on tentera de chercher le fondement de la haine latente du peuple de droite, peuple de réalité dans la pauvreté désertique non urbaine qui pourrait s’opposer au peuple de gauche, lequel est un concept.

La question se résoudrait ainsi dans la fréquentabilité du peuple soutenu.

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