post-confinement

Le très respectable dictionnaire d’Oxford avait choisi comme  mot de l’année 2016 l’adjectif « post-truth » – en français, « post-vérité ». Ce qui signifierait : « relatif aux circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence sur la formation de l’opinion que l’appel aux émotions et aux croyances personnelles ».

Trump et le Brexit en seraient la démonstration.

Dans cette ère, également nommée « post-faits », la vérité n’est plus toujours la valeur de base. Les faits ne sont plus fondamentaux. Les fausses infos seraient aussi source de bénéfice politique.

Trump disait : Barack Obama, n’était pas né aux Etats-Unis mais au Kenya, pays de son père, ce qui l’aurait juridiquement disqualifié. Ce qui était une contrevérité plus tard avérée.

Donc, des faits avancés délibérément faux, qui s’imposent dans le discours public et ont leur effet immédiat.

Actuellement, beaucoup nous surinent « l’avant et l’après Covid 19 ».

Oui, le « post-confinement » est un grand récit à écrire immédiatement.

Je ne comprends ps que les grands écrivains, qui sont aussi confinés et qui ont du temps, ne l’aient pas encore écrit, en quelques jours. Les maisons d’édition l’attendent. Je verrai bien Ian Mc Ewan l’écrire.

Ça serait un best-seller et personne n’y a pensé.

Je m’y mets, en faisant le lien avec la post-vérité qui est son contraire car, sauf erreur, actuellement, nous ne sommes pas dans le mensonge. Sauf celui du nombre de décédés. Mais c’est une autre histoire.

Donc, je m’y mets.

Jouissance de la faim

Dans mes « cahiers numériques », faits de copies, de photos de pages de livres, de commentaires au stylo feutre « Pilot », que j’ai retrouvé récemment, que j’ai feuilletés, évidemment abondamment depuis quelques jours, je tombe sur une page de Kafka que j’avais photographié (à l’époque de l’argentique, c’était assez curieux, mais j’étais certain qu’il fallait le faire, la photographie ne pouvant que se figer er revenir, le carnet écrit étant trop collégien. Je n’ai pas eu tort).

Je la donne (j’ai du retaper, ce qui à l’époque du numérique, est fastidieux quand l’on sait qu’il est des choses plus faciles à faire que de recopier et de retaper) :

C’est un extrait de « Un champion de jeûne  » de Franz Kafka

(«Un champion de jeûne», «Joséphine la cantatrice») sont les derniers textes écrits par Kafka (1923). Il en corrigeait encore les épreuves la veille de sa mort, le 2 juin 1924.)

« — Je voulais toujours vous faire admirer mon jeûne, dit le jeûneur.

— Nous l’admirons, dit l’inspecteur affable.
— Vous ne devriez pourtant pas l’admirer, dit le jeûneur.
— Eh bien, soit ! nous ne l’admirons pas, dit l’inspecteur. Et pourquoi ne devons-nous donc pas l’admirer ?
— Parce que je suis obligé de jeûner, je ne saurais faire autrement, dit le jeûneur.
— Voyez-moi ça ! dit l’inspecteur, pourquoi ne peux-tu faire autrement ?
— Parce que, répondit le jeûneur (en relevant un peu sa tête minuscule et en parlant avec la bouche en o, comme pour donner un baiser, dans l’oreille de l’inspecteur, afin que rien ne se perdît), parce que je ne peux pas trouver d’aliments qui me plaisent. Si j’en avais trouvé un, crois-m’en, je n’aurais pas fait de façons et je me serais rempli le ventre comme toi et comme tous les autres.
Ce furent là ses derniers mots, mais dans ses yeux mourants brillait la conviction, ferme encore, malgré sa fierté disparue, qu’il continuait à jeûner.

J’avais, d’une plume assez ridicule noté qu’il fallait écrire sur le « bonheur de la faim, le bonheur de la fin« .

Oui, le ridicule ne tue pas.

Je raille souvent l’écriture ou l’exposé collégiens.

J’ai tort.

 

 

idiote

France Culture nous envoie, quotidiennement sa newsletter de laquelle je retire cet article de Géraldine Mosna-Savoye (Extrait de sa bio : Géraldine Mosna-Savoye est la productrice de l’émission le « Journal de la philo », qui revient chaque jour sur l’actualité de la philosophie sous toutes ses formes, dans « Les Chemins de la philosophie ». Elle anime également des conférences au Forum des images de Paris.)

Je vous le livre ci-dessous. C’est assez effarant de penser si mal. Elle devrait créer un club des idiots confinés. Je commente un peu après votre lecture de cette idiotie.

Donc : D’abord la présentation de FC :

« Malgré le confinement, avez-vous, comme Géraldine Mosna-Savoye, l’impression de n’avoir jamais été autant en contact avec les autres ? Messages, écrans… « les autres » sont omniprésents et leurs paroles nous assaillent. Pourquoi ne peut-on pas se passer des autres et de leur dispenser notre présence ?

Ensuite, une image très chic :

L'enfer, c'est (vraiment) les autres

 

Puis le texte de Géraldine :

« Je suis ravie de vous retrouver, loin d’un studio mais tout près quand même grâce à ce médium formidable qu’est la radio, et dont le principe prend tout son sens aujourd’hui : pas besoin de se voir pour écouter et se faire entendre.
En cette période de confinement, c’est en effet un peu ce que l’on tente de faire : on garde le lien chacun de son côté, par téléphone, messages ou écrans interposés. Au point qu’on puisse faire ce constat : le confinement est loin de nous avoir mis à distance les uns des autres. Heureusement d’ailleurs. Ou pas… Malgré les gestes barrières et les mesures de quarantaine, jamais je n’ai eu autant l’impression d’être en contact avec d’autres que moi. Collègues, parents, amis ou même inconnus sur les réseaux sociaux, impossible de leur échapper… et la phrase de Sartre de tourner en boucle dans ma tête : l’enfer, c’est vraiment les autres.

« Les autres »

Depuis l’intervention d’Emmanuel Macron lundi dernier, les autres, tous ces gens qu’on voyait au travail, aux soirées, nos amis, collègues, ou même tous ces inconnus qu’on croisait dans les transports ou la rue sans même les regarder, sont devenus au pire des ennemis, vecteurs de contagion, au mieux : des images, des souvenirs, voire de vagues fantasmes. 

Hormis les quelques voisins de la maison d’à côté ou de l’immeuble d’en face, hormis les quelques passants qu’on voit à travers nos fenêtres, « les autres » relèvent plus du lointain que du quotidien. Pourtant, force est de reconnaître : depuis plus d’une semaine, je n’entends parler que de ces autres… je n’entends parler que ces autres ! 

Des conseils qui disent de nous laver tous les matins aux recommandations de films gratuits sur Netflix, des journaux de confinement, concerts aux fenêtres aux fils de discussions, nous voici assaillis, contaminés si j’ose dire, par la parole des autres, chacun ayant son mot à dire sur la situation actuelle, son analyse, son pas de côté, sa préconisation, son indignation ou son incompréhension… 

J’avais peur de me sentir seule, j’angoisse à la perspective inverse : le confinement total, aux confins du monde et des autres, serait-il devenu impossible ? On pourra me dire d’éteindre mon téléphone, ma télé, mon ordinateur… c’est une option, mais restera quand même cette question : pourquoi les autres sont-ils d’autant plus envahissants qu’ils ne sont plus présents ? 

De la présence à l’omniprésence

Dans cette affaire de confinement, de distance et d’isolement, je ne suis pas mieux que les autres : moi aussi, j’envoie des photos, je prends des nouvelles, je réponds et je relance diverses discussions virtuelles, j’écoute et je suis les différentes initiatives, j’y prends part même, je les approuve ou pas, et puis je fais bien cette chronique même loin de tout… 

Moi aussi, je suis devenue une de ces autres, présente sans être vue, absente sans être là. Omniprésente. Voilà la chose qui me frappe : cette substitution de l’omniprésence à la présence. Comme si l’absence qu’implique le confinement, des uns et des autres, et surtout de soi, était insupportable et qu’il fallait à tout prix la remplir, la renchérir, de mots, d’images, de projets ou de conseils absurdes…  

Le problème est là, je crois : pas forcément dans le fait que le confinement soit totalement impossible, mais dans le fait qu’il soit impensable, pas même une possibilité, une toute petite possibilité.
Mais pourquoi ? Pourquoi être toujours là ? Pourquoi ne pas pouvoir se passer des autres et les dispenser de nous ?
On me dira par humanité, soutien, aide, empathie, importance du lien, ou que sais-je… Mais s’agit-il de ça quand tout le monde dit la même chose en ne pensant faire entendre que lui ?  

Dans sa pièce Huis-clos, Sartre fait dire au personnage Garcin que « l’enfer, c’est les Autres » (avec un grand A), les spécialistes prennent soin de nous dire que Sartre n’a pas voulu dire que les autres étaient foncièrement néfastes (mais qu’ils nous aliénaient)…
Je crois, pourtant, que tout est vrai avec ce confinement : les Autres (et la majuscule n’est pas là pour rien), quand ils deviennent cette masse informe, indistincte, oppressante, bruyante, quand ils ne sont plus des personnes singulières, réussissent le coup de force de non seulement nous aliéner, comme d’habitude, mais deviennent, en plus, foncièrement hostiles, et cela, sans même être contagieux.    
Je ne désespère pourtant pas : il nous reste encore quelques temps pour que tout cela change. « 

Puis mon commentaire, avant l’apéritif :

Cette femme n’est pas un monstre, un « autre monstre ». Les monstres sont intéressants. C’est une idiote, encore une fois. Et il est dommage que le confinement m’empêche d’aller la gifler (juste le geste, sans la toucher évidemment, non pas de peur d’attraper le virus mais parce qu’on ne gifle personne).

Comment, alors que des personnes crèvent autant de solitude que de peur, les veufs, les malades, les hospitalisés, tous ceux qui par un mot des « autres » survivent et tiennent leur vie, oser un jeu de « mots » (c’est le cas de le dire, l’autre pièce de Sartre, un autre idiot de la famille) sur l’enfer sartrien qui est une pièce, un concept de collégien d’estrade, d’exposé pour obtenir un 14/20, avec un sourire à la Gérard Philipe…

Quand cette Géraldine mérite la gifle lorsqu’elle nous dit :

« Cette masse informe, indistincte, oppressante, bruyante, quand ils ne sont plus des personnes singulières, réussissent le coup de force de non seulement nous aliéner, comme d’habitude, mais deviennent, en plus, foncièrement hostiles, et cela, sans même être contagieux ».

Lorsque le confinement sera terminé, on libérera tous les occupants des EPAHD, les personnes seules, les pauvres hères de l’isolement, pour, ensemble, les faire marcher jusqu’au domicile de Géraldine (sûrement un quartier bobo et crier sous sa fenêtre que c’est une idiote.

On ne joue pas avec la philosophie pour faire de bons mots, en allant à contresens, pour faire son intéressante.

La philosophie mérite mieux que Sartre et, évidemment, Géraldine.

Nul besoin de plus commenter.

J’ai trouvé en ligne sa photo, ça correspond.:

 

PS. Je n’ai jamais été aussi virulent contre une personne. Mais trop, c’est trop. C’est une idiote.