la grande esbroufe

Je vais coller quatre pleines pages de pub dans Le Monde, dont une, la dernière à laquelle j’ai déjà fait allusion, avant la réouverture des librairies et boutiques de jouets.

Je me demande s’il faut commenter ou juste laisser regarder, tant le charlatanisme et la fanfaronnade sont à l’oeuvre.

A la réflexion, je ne commente pas. Je garde mon titre.

Non à 25% d’Obama

1 – Interview de la Presidente de France TV, Delphine Ernotte, reconduite pour 5 ans  : « La diversité sera le fil rouge de mon mandat » à France Télévisions” . Extrait en réponse à la question suivantes : pour votre second mandat, vous vous êtes engagée à faire mieux en matière de diversité. Comment allez-vous faire ?

Nos publics revendiquent d’être mieux représentés, en matière de parité, de couleur de peau, de handicap, d’origine géographique et sociale. La distorsion entre la réalité et sa représentation à la télévision est trop grande. Nous allons donc évaluer la représentation à l’antenne afin de nous fixer des objectifs pour 2021. D’après le CSA, les personnes « perçues comme non blanches » représenteraient environ 25 % de la société française, contre 15 % à la télévision. On a un énorme rattrapage à faire. Ce sera le fil rouge de mon nouveau mandat.”

2 – Bloc-notes de Bernard Henri-Levy. Le Point. Je me souviens si bien de ma rencontre avec Barack Obama, il y a seize ans, à Boston, à la convention démocrate, alors qu’il n’était même pas encore sénateur des États-Unis. Son éloquence. Sa grâce. Son charisme qui crevait les yeux. Et l’embarras de mon rédacteur en chef américain à qui j’avais remis, presque aussitôt, un papier titré : « Un Kennedy noir » et qui vint me trouver : « êtes-vous sûr ? votre goût, si délicieusement français, du paradoxe n’est-il pas en train de vous égarer ? et quitte à prédire à cet inconnu un improbable destin présidentiel, auriez-vous au moins la délicatesse de ne pas toucher à l’icône et de dire, non pas un “Kennedy”, mais un “Clinton” noir » (ce que je fis) ? Je n’ai jamais regretté ce texte. Jusqu’à la publication, ces jours-ci, de Mémoires qui, soudain, me troublent. Ces accès, ici ou là, d’autosatisfaction et, parfois, de mesquinerie. De suffisance et de petits sentiments. Avec, en point d’orgue, l’ancien président SARKOZY dépeint en « coq nain », sorti d’une « toile de Toulouse-Lautrec » et dont la « peau mate » ainsi que les traits « vaguement méditerranéens » rappellent qu’il est « moitié hongrois » et « un quart juif grec ». Un ancien président ne devrait pas dire ça. Et l’on s’étonne qu’il ne se trouve pas, en Amérique comme en France, davantage de consciences pour s’émouvoir de ce dérapage.

3 – Affirmation. Je peux affirmer que je n’ai jamais fait, absolument jamais, de différence entre une personne perçue comme non blanche ” et une autre, perçue je ne sais comment, entre un homme et une femme, intellectuellement s’entend, bien sûr. Jamais. Je l’affirme.

4 – J’ai, par ailleurs écrit dans un précédent billet (“Hollywood et la représentation”, 29/09/2020 ) : “On a pu, ce soir, débattre de ce que j’ai nommé, sans le regretter, “une obsession maladive et malsaine de la représentation”. Mon argument, pourtant primaire, a déclenché le bruit de la disputatio, enivrant. A vrai dire souhaité. La discussion permet d’éviter les airs lourds. Les maîtresses de maison le savent, quand elles cherchent, pour leur dîner réussi, des animateurs beaux parleurs, un peu érudits…

Je commentais donc un article du Monde sur la diversité a la télévision. Pas assez respectée, pas représentative de la société (origine, sexe, catégorie socioprofessionnelle, handicap, âge, situation de précarité ou lieu de résidence). Selon le CSA.

J’ai osé dire, malgré le discours ambiant correct, que cet espace (la TV que je n’ai pas allumée depuis un siècle) n’avait pas à être représentatif. Pas envie de voir une femme laide ou un idiot de service, présenter le journal, même s’ils sont représentatifs de la société (laideur et idiotie, autant que beauté et intelligence), en ajoutant que les films hollywoodiens ne montraient pas nécessairement, par injonction de la représentation, des acteurs sans beauté. Et que les espaces n’étaient pas équivalents… J’ai ajouté que ces %, c’était assez grotesque. Rabelais chez les sondeurs. Même pas risible. Idiot.

J’ai laissé la discussion s’envenimer avant de clamer que nous étions représentatifs des dîners en ville. Je crois que c’est a cet instant que nous avons commencé à vraiment rire. PS. J’aurais dû dire, plus sérieusement, qu’il fallait laisser a la société sa représentation, sans l’exporter.

5 – Bref, il y a des idiots, des imbéciles partout les blancs, les noirs, les juifs, les chinois, les mongols ou les sioux. Autant d’intelligents et de beaux. Et que m’imposer 25 % de je ne sais qui sous prétexte qu’ils seraient ” representatifs” est une des plus belles âneries, proférée par une ânesse ou un ane.

NON A 25 % D’OBAMA. C’EST UN IDIOT. COMME D’AUTRES PRESIDENTS BLANCS, DONT ON LAISSE LE LECTEUR IMAGINER LE NOM, NON PERCUS COMME HOMMES DE COULEUR…

Désolé, Régis…

Oui, désolé, je t’ai toujours défendu, ici (recherche) et ailleurs. Traitant d’abrutis ceux qui répétaient à l’envi que la lecture de ce que tu écrivais était trop difficile, la recherche de la formule, du bon mot qui n’est pas celui du comptoir trop flagrante, l’obsession d’une lisibilité stupéfaite de ta culture trop appuyée, un peu lourde.

Je te défendais toujours Régis.

Mais, là, en finissant à l’instant ton dernier bouquin et malgré quelques lignes qui m’ont, comme à l’habitude, ravi, enchanté, je ne peux plus tenir le héraut de ta défense sans faille.

En vieillissant, comme le disait Diderot, soit l’on exacerbe ses défauts, soit l’on s’assagit et on les altère un peu.

Tu es dans la première posture. Et ce qui était un plaisir, devient un petit poids qui fait tomber ton livre de nos mains.

Mais je dois me tromper. C’est un Dimanche de migraine. Et lorsqu’elle ne veut pas s’extirper, l’on est peut-être injuste.

Je reviendrai demain, la migraine enterrée. En ayant la politesse de dire plus.

nature du champ, champ de la nature

La nature du champ, non le champ de la Nature, ai-je dit, il y a quelques jours, avec sincérité, même si, évidemment, je devais guetter l’étonnement devant la petite trouvaille. J’avais passé une nuit à écrire autour de cette inversion qui me paraissait juste. En tentant de penser la « Nature ». Mais je ne donne pas ici ce texte long, peut-être ennuyeux.

Ceux qui me connaissent me posent toujours la question du fondement de mon « anti-nature », comme la nomme un de mes philosophes préférés, Clément Rosset. Mais ce n’est pas exactement le bon mot, lorsque l’on s’en tient à la locution.

Il est vrai que je déteste le « romantisme du vert », l’apologie de la beauté naturelle », la prétendue « communion » avec la terre et ses broussailles, la Nature, ensemble ordonné, donné au monde, idole inaltérable parce qu’immuable. Et comme Rosset, et contre le triste et pessimiste Rousseau et tous « les naturalistes » , je crois, avec lui, que l’idée de Nature a été inventée pour vilipender le « contre-nature », et s’en plaindre. Il n’y a pas de nature en soi, juste de de l’artificialité qui peut être jouissive, comme la Nature peut, évidemment l’être. L’artificiel, non « naturel », non écologique, comme un objet en plastique, peut fabriquer joie et jubilation. L’essentiel est dans la jubilation, la joie, la vibration.

Pourtant, rien ne m’émeut plus qu’un champ de blé, un murier, un arbre, une pétale de je ne sais quelle fleur que je ne sais nommer. Non pas parce que la Nature, celle des écologistes de quartier, notre « Mère » qui serait vilainement « dépecée » par l’homme, est là devant moi. Ce sont des balivernes de petits poètes et quelquefois de vrais haineux de l’humanité, qui se camouflent dans le politique, pour faire passer leur hargne. Mais plus simplement parce que c’est mon paysage d’enfance, celui qui vibre sous mon front de « regardeur ». Celui qui évite toujours la lancinante mélancolie, laquelle, sans qu’on s’y attende, peut tomber sur vous, en même temps que la mémoire d’un espace décisif dans une vie, enfoui désormais dans un temps éteint, qui a pu accueillir une flopée de sentiments. C’est –  je le répète – toujours l’espace qui enlace le temps.

Pour revenir à l’essentiel que je tente de dire ici, c’est toujours provocateur, cassant en le sachant, pour éviter la discussion inutile et stérile, que j’affirme que rien ne vaut cette impression qui s‘éloigne de l’idolâtrie de la Nature.

C’est ici que j’hésite à citer Albert Cohen, de peur d’alimenter un discours antisémite, que de petits lecteurs pourraient prendre dans leur besace pour vilipender, sous couvert de théorisation (un peu comme “Le Monde ou Libé) le peuple dit du Livre qui est en réalité celui de “tout-sauf-l’idole“. Mais je me lance, persuadé de l’intelligence des lecteurs : la Nature, en soi, faussement conceptualisée dans sa beauté ou son intégrité, est un concept irritable. Albert Cohen, seigneur de la littérature, lorsqu’il s’interrogeait sur la relation du juif à la nature, écrivait que le juif est « peuple d’antinature », celui qui déclare « la guerre à la nature et à l’animal en l’homme », le seul apte à « se débarrasser de la tare naturelle et animale », à produire « un homme humain ».

Il exagérait. Il confondait le juif avec l’anti “deep ecology” Il exagérait toujours. Mais l’on sait que c’est ce qui définit un écrivain.

brasse coulée

Reprise, avant, vraiment de l’offrir à un ami, une vision de l’autobiographie qu’il compte, légitimement, écrire. J’efface le précédent billet intitulé “bio”.

Ami,

Deux manières d’écrire sa vie.

Soit, par un roman ou même un essai, une théorisation du monde qui comprend, toujours, une distillation subreptice ce qui est de soi, qu’on croit unique. Sans cependant s’exposer frontalement, Juste du verbe emmailloté dans des rondeurs stylistiques sans corps ni cris, dans l’immersion convenue dans le style littéraire, la phrase choisie, le synonyme maitrisé. Un narrateur frileux, transformé en simple bon « écrivant » qui attend le dithyrambe, le but ultime de son écriture (m’as-tu lu ? m’as-tu vu ?). En oubliant le corps concret et agissant, pour le fondre dans la page. L’autobiographie, ici, ne devient donc qu’un prétexte d’écriture et ce qui reste de soi secondaire face à la soutenance d’un verbe magnifié, pour le faire apprécier. Donc une manigance.

Soit, y aller, se donner, sans fioritures, comme un testament à l’attention des proches, ne cherchant que le souvenir, l’agrémentant de ce qui a pu être appris dans les années qui l’ont succédé, pour lui donner son poids. Sans être ni sur le divan ni dans la réserve polie. Sans rechercher l’exceptionnel qui serait à la mesure de ce que l’on croit être (une exception) puisqu’on a l’audace d’écrire sa vie. En acceptant donc la banalité. Qui ne l’est jamais. En n’oubliant jamais que seul le temps nous fait, que nous nous auto-engendrons jamais. Et qu’évidemment, seul Dieu est cause de soi.

Puis deux manières de revenir vers soi :

Soit, toujours dans la théâtralité littéraire, donner à lire le prétendu « écœurement » de soi, faisant sien le mot du salaud de Céline dans son « Voyage » pour qui « la grande fatigue de l’existence n’est peut-être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour ne pas être profondément soi-même, c’est-à dire immonde, atroce, absurde ». Bref une chronique de sa destruction qu’on prétend être vérité alors qu’elle n’est que petite tactique romanesque pour attirer toutes les mouches du monde sur du papier gluant. Glu de l’esbroufe. On peut ne pas être atroce.

Soit, se dire comme on a pensé pouvoir être dit, y compris, encore une fois, dans la banalité qui ne l’est jamais lorsqu’elle est humaine. Sans parti-pris du « contre soi », quelquefois jouissant même d’une sorte de fierté d’un de ses instants, sans volonté d’enjoliver. En se respectant, comme on respecte son voisin, en ne faisant pas trop de bruit, sans tomber dans l’exacerbation des moments, ni dans la grande fureur à l’égard du monde et des autres. Juste l’histoire de son temps, parmi des milliards d’autres. Qui peut ne pas être absurde.

Ce qui va donc constituer, sans inventions ni détours, l’histoire d’une vie ordinaire, sans faire le choix du roman, qui est une manœuvre.

Quelquefois, dans les écarts du récit, l’on peut s’égarer dans la minuscule théorie, dans la prétendue réflexion. Et dans ces contre-allées, être sincère, persuadé de ne pas détenir une parcelle de vérité qui serait originale. En clamant aussi qu’il ne s’agit pas de donner à lire une faculté de la critique raisonnée ou brillante, peut-être universitaire. Juste de minimes respirations hors de l’histoire des jours.

En réalité, les pages d’une autobiographie sont réservés à ses proches. Et peut-être à soi. Pour juste savoir si l’on peut se frôler sans tomber dans le ridicule ou sur le divan.

Enfin, l’autobiographie permet de plonger, un peu mieux, dans toutes ses histoires culturelles lorsqu’elles sont, comme souvent, plurielles. Dans l’entre-deux culturel, souvent aussi géographique. Une brasse coulée, que l’on peut ne pas savoir nager, hydrodynamique, entre deux postures. D’abord tout le corps dans l’eau, puis relever la tête pour inspirer. Ne jamais oublier l’inspiration, celle des siècles dans le corps.

MB.

Platitudes et illuminations

Badge illuminati

La « Flat Earth Society » est un mouvement fondé en 1956 aux USA. Il regroupe les personnes qui croient que la terre est plate. En Février 2020, l’un de ses membres qui avait construit, seul, sa petite fusée, pour y embarquer et démontrer, d’en haut, de l’espace, la platitude de la terre est mort dans son engin.

Selon un sondage Ifop, 9% des Français seraient des “Terreplatistes”. Aux États-Unis, ils seraient 16% à partager cet avis. Mais dans cette terre plate, ne sont pas gouvernants ceux que nous élisons. Non, non, ceux qui nous gouvernent sont les illuminati, une élite internationale secrète dont aurait fait partie George H. W. Bush qui veut asservir l’humanité. Une main invisible. Tout est d’eux : World Trade Center, l’assassinat de Kennedy, ou même la Révolution française, les crises financières, les attentats, la drogue et même les messages subliminaux violents du rock’n’roll.

Une Société secrète fondée en Bavière en 1776, sur le modèle des francs- maçons, qui est restée un peu en sommeil , jusqu’à l’explosion d’internet, qui leur a redonné une nouvelle visibilité, surtout dans les années 2010.

Interrogez vos adolescents : tous connaissent les Illuminati, parfois déclinés dans une version extraterrestre ou reptilienne.

Selon un sondage Ifop, à peine décrié, de 2019, 21% de la population française croirait à leur influence.

Le 1776 sur le billet de banque américain est un indice, Macron a fait son discours d’investiture devant une pyramide, et c’est quand même un hasard étrange que George Bush senior ait évoqué un nouvel ordre mondial,  un 11 septembre 1990, après l’invasion de l’Irak, non?

En ce moment, le virus donne des ailes à tous les complotistes. Et le film « hold up » fait des ravages, des millions de visionnage sur Youtube.

Le virus aurait été créé de toutes pièces par je ne sais qui, « Google flat Earth » ou « Amazonuti ».

Devant de telles affirmations, plusieurs attitudes sont possibles :

-soit le grand rire, mais comme dit Pierre Dac, il fait trop oublier la vie

-soit l’analyse du complotisme, mais les revues et journaux en sont remplies. Et ils ont tous raison. Faut analyser.

-soit la colère contre ceux qui attaquent nos vieux, en niant la contamination, mais elle est vaine et inutile.

-soit l’indifférence qui est la voie de l’après-rire, de l’après-colère, de l’après-attaque.

Devinez quelle est la meilleure des postures. Si vous restez « cool », vous êtes un irresponsable. Vous n’aimez pas nos ados qui adorent, souvent, les platitudes et sont aussi souvent, par des pétards inoffensifs, comme disait Deleuze, des illuminés. Ils sont gentils.

Non, non, pas « Les Illuminations » de Rimbaud, vont-ils vous répondre, tu as mal entendu, tu dois être un peu sourd, c’est quoi ces illuminations, je te dis « Illuminati », c’est aussi clair que la terre est ronde, tu piges pas ?

Personne ne m’a encore sorti que le Covid-19 est un anagramme d’un mot reptilien, extra-terrestre que nous ne connaissons pas et qui veut dire dans “leur” langue “extermination”. Peut-être demain, par un message Whatsappétit”.

PS. Comme dans mon précédent billet, mon propos est très sérieux. Il est dommage qu’on ne comprenne pas qu’il faut en finir avec ce virus. Et que la barrière et le confinement peuvent être des solutions décisives. Puis rebondir dans notre espace et caresser toutes les rondeurs du monde, peaux sublimes.

La circulation interdite dans les villes

J’avais commencé un billet sur Edgar Morin, pour tenter de le clouer au sol (théorique) tant sa pensée est petite et opportuniste. Mais voilà que je tombe, je ne sais comment (sûrement un complot qui traque les lecteurs de tablette) sur un article sur la viande cellulaire.

Pour ceux qui ne le savent pas, c’est de la viande -“in vitro”, fabriquée en laboratoire, cultivée. Le steak artificiel, si vous préférez. Lequel va participer au bien-être de l’animal qui ne sera plus abattu. La chaine de fast-food KFC a annoncé qu’elle allait proposer des nuggets in vitro, cellulaires.

La chose serait facile, parait-il à réaliser grace à une croissance de cellules animales dans un “bioréacteur”. Quelques semaines. Donc sans abattoir.

Les biobos, les défenseurs de la cause animale, les écolos du Marais sont aux anges. Plus de tueries d’animal et moins d’effet de serre dont tous savent qu’il est genéré par les gazs animaux.

Il existe même désormais une association “Agriculture cellulaire France”.
Et les start-up s’y mettent. L’avenir. En Californie, Memphis Meats a levé 150 millions d’euros cette année, un record dans le secteur. Beaucoup de milliardaires ont donné : Bill Gates, Richard Branson ou Kimbal Musk, frère d’Elon et propriétaire d’une chaîne de restaurants.

En Europe, tous sont sur le coup, puisqu’en effet il est affirmé que d’ici 2040 40% de la consommation de viande sera “cellulaire”. Et ça commencerait vraiment d’ici 3 à 5 ans. Et que parait-il, on saurait même faire du foie gras de canard cellulaire. Sans gavage, donc, ce qui ferait mieux dormir les antispécistes.

Un seul problème actuellement : trop cher de faire du “cellulaire”. Mais pas grave, l’ordinateur était cher, il y a 40 ans. Et il ne vaut plus rien. L’abondance fera baisser les prix des steaks de cellules.

On peut se poser mille questions. D’abord sera-t-elle cacher, cette viande ? Puis, est-ce vraiment bon ? Et pourra-t-elle être bleue, saignante, à point ? Piètres questions devant cette révolution qui font des vegan les maîtres du monde.

Une autre question peut tarauder un esprit philosophique ou, simplement, penseur : le monde est curieusement configuré, du moins dans sa population militante. En effet, les immenses défenseurs de la Nature, du vert, du naturel, ceux qui combattent l’artificiel, le pesticide, l’Ogm, bref tout ce qui est cette anti-nature qui plombe l’Univers immuable, font désormais l’apologie de cette artificialité en marche. Curieux paradoxe. Qui n’étonne pas celui qui sait où se trouvent les faiseurs qui s’ennuient.
Mais soyons sérieux : la chose fait peur et une pétition est née : celle des chefs cuisiniers de l’association Euro-Toques, qui veulent saisir la Commission européenne.

Dernière question pour le lecteur de ce billet époustouflant. Quel rapport avec mon titre (“la circulation interdite dans les villes”). C’est extrêmement simple et ça n’a rien à voir avec une nouvelle interdiction concomitante du confinement et de la dévastation du monde par un virus improbable. Mais que va-t-on faire des animaux qui se reproduisent par millions sans passer à l’abattoir pour un filet saignant ? On ne va pas les assassiner. Ils vont envahir nos villes, ce qui va ravir nos écolos de service qui veulent (c’est très sérieux) faire des animaux des citoyens à part entières qui peuvent et doivent côtoyer les hommes. Lisez le “Que-sais-je” sur l’antispécisme, ici relaté dans un billet pas très ancien (il existe une case “recherche”).

Ces animaux, donc, ne peuvent, faute d’espace que devenir urbains. Ce qui règle le grand problème de notre Maire de Paris qui reve, paraît-il, de présidentielles : trop de danger dans les avenues, les animaux étant partout. Il faut donc interdire les véhicules, non seulement parce que la place n’existera plus pour ces maudites voitures, même les électriques, mais aussi parce qu’avec un pare-choc qui deviendra une pièce de musée, ils pourraient blesser légèrement nos millions de ruminants, “avachis” sur la chaussée ou cherchant de l’herbe sur le bitume.

PS. Désolé pour ce billet “d’humeur”, presque joyeuse diront les lecteurs indulgents. L’information sur la viande cellulaire et son avenir est très sérieuse.

Filousophe

Le titre est un mot de Régis Debray. Les lecteurs, ici, savent que je le défends tou’ours contre les jaloux de sa plume et de son parcours.

Je lis son dernier bouquin paru il y a quelques jours (“D’un siècle a l’autre”. Ed Gallimard). J’y reviendrai assez longuement. Ca vaut le commentaire.

Je donne aujourd’hui juste a picorer cet extrait qui fait donc mon titre :

“L’intelligentsia est un demi-monde rempli de filousophes sans titres, et un clerc ès qualités n’aime pas les saltimbanques”

C’est juste pour le fun, comme disait les jeunes. Le Dimanche excuse tout. Bricoleurs du dimanche, écrivains du dimanche, etc.

PS. Je n’ai pas encore écouté le dernier “Répliques ” de Finkielkraut, de Samedi 14/11. C’est, justement un entretien avec Debray. J’écouterai ce soir.

Le monde surveillé s’ennuie

Dans un précédent billet, j’avais titré “La France s’ennuie”. Là c’est le monde, du moins celui de l’Occident un peu défait par le complotisme, la paranoïa, la schizoïdie, par les méchants maitres du Net.Comme si le seul moyen de sortir du confinement (qui n’est pas uniquement celui décidé administrativement, mais celui de l’esprit enfermé et calé sur la parole publique en boucle) serait de chercher de la compagnie, laquelle si elle n’est pas physique, pourrait être dans “l’invisible”, vous savez, ceux qui sont près de nous, à nous espionner. Ca fait de la visite.

Il n’y a donc une conversation que l’on veut enjouée et caressante, qui ne dégénère pas sur le mensonge politique, l’inexistence du virus, le capitalisme glouton, Amazon au pilori, les contradictions scientifiques, les faux chiffres, la vraie grippe. Bref le discours prévisible et, partant, ennuyeux, peut-être fatigant. Et évidemment (c’est l’objet de ce billet) la grande intrusion, la gigantesque surveillance que les grands méchantes entreprises, maitresses du Net et suceuses d’informations cruciales, inédites sur notre personne, mettent en oeuvre, à chaque seconde, à chaque clic. Grande manipulation.

La navigation en ligne “privée” a le vent en poupe, Firefox Focus, remplaçant les onglets privés. Et le VPN, un protocole de cryptage très à la mode, qui permet de rester anonyme sur le Net, souvent payant, fait son beurre.

Je le dis depuis assez longtemps. Le suivi insidieux par “eux”, de nous tous, de votre activité en ligne, prétendu et non toujours avéré, n’a absolument aucune importance. Le fait de savoir si je préfère un pull en cachemire ou si je suis un admirateur d’un grand philosophe, ou d’une belle voiture décapotable, je préfère Le Monde à Minute le Figaro au Monde, si j’aime une très belle chanteuse de Jazz ou si je cherche sur Wiki, la date de naissance de David Hume, tous ces faits qui seraient captés par la “grande surveillance” n’ont aucune importance. L’avantage du numérique et sa prodigieuse aide qu’il nous apporte dans notre quotidienneté l’emporte sur le reste qui n’est que blablatage qui meublent des instants inféconds. Discours creux provenant souvent de ceux qui se donnent à voir, pour tenter encore d’exister, dans les Facebook, Twitter et autres Snapchat, toutes plateformes nettement plus “surveilleuses” dans lesquels je ne suis pas, pour l’avoir décidé il y a bien longtemps. Meme dans ce Linkedin pour professionnels, que je devrais fréquenter, inventeur de carrières et passe temps pour cadres désoeuvrés, dans tous les sens du terme. Je sais que beaucoup, emmaillotés dans leur prétendue intimité peut-être fabriquée pour la construction de leur nuage d’identité, cherchée désespérément, ne supportent pas ce discours de relativisation de grand complot invisible.

Si j’y reviens aujourd’hui, c’est après avoir lu dans l’excellent site en ligne “nonfiction” (actualités philosophiques et littéraires) que j’ai déjà loué ici (https://www.nonfiction.fr), un article sur la parution d’un “ouvrage fondamental ” (sic) “sur le sens et les conséquences sociétales et politiques de la révolution du numérique”.

Le chroniqueur (IHicham-Stéphane Afeissa) écrit qu’il “est des livres dont l’on sait d’avance qu’il sera difficile de parler parce que les superlatifs feront rapidement défaut.

Il s’agit d’un bouquin de Shoshana Zuboff, L’âge du capitalisme de surveillance, traduit de l’américain..

Je cite Hicham : “Remarquable, pénétrant, lumineux, brillant, magistral : on épuiserait toute la liste des synonymes qu’on ne réussirait pas à transmettre l’enthousiasme que suscite la lecture d’un tel livre. Le signataire de ces lignes avouera de but en blanc n’avoir rien lu d’aussi fondamental et novateur depuis longtemps, et n’hésitera pas à faire le pari que ce livre sera tenu à l’avenir comme tout aussi important pour la compréhension de l’ère numérique de ce début de XXIe siècle que Les origines du totalitarisme d’Hannah Arendt (d’ailleurs régulièrement citée par Shoshana Zuboff, qui voit probablement en elle un modèle) l’ont été pour les régimes totalitaires du siècle dernier.”    

Donc le « capitalisme de la surveillance » que les puissances du numérique ont rendu possible. Capitalisme de la surveillance : l’humain, “matière première gratuite à des fins pratiques commerciales dissimulées d’extraction”

L’auteur, dans un gros livre qui aurait pu faire une page Idées dans Le Monde nous raconte que le numérique est présent partout. Nous ne le savions pas. Il ajoute, évidemment, que tout, par Google, Facebook, malgré les navigations privées, est tracé, stocké, analysé.

Et que nous sommes une matière première. C’est la novation du bouquin, la grande idée qui n’est, en réalité que de l’esbroufe sémantique. L’auteur a du voir des dizaines de fois Matrix. Ca fait très chic la “matière première du capitalisme”

Shoshana Zuboff écrit : « Le capitalisme industriel a transformé les matières premières de la nature en marchandises, et le capitalisme de surveillance revendique la nature humaine pour créer une nouvelle marchandise. Aujourd’hui, c’est la nature humaine qui est raclée, lacérée, et dont on s’empare pour le nouveau marché du siècle. (…) L’essence de l’exploitation ici est la restitution de nos vies sous forme de données comportementales destinées à améliorer le contrôle que d’autres ont sur nous ».

Blabla de mauvaise digestion (c’est moi qui écrit, ici)

Ainsi, comme le note Hicham “les applications apparemment les plus innocentes comme la météo, les lampes de poche, le covoiturage et les applis de rencontres sont infestées par des dizaines de programmes de tracking, permettant de collecter des données personnelles, de créer un profil utilisateur, et de gagner de l’argent en ciblant la publicité sur l’utilisateur. La géolocalisation en temps réel rend possible de savoir en permanence où ce dernier se trouve. Un examen plus minutieux du smartphone révèle même la fréquence avec laquelle il recharge sa batterie, le nombre de textos qu’il reçoit, le moment où il y répond (s’il y répond), le nombre de contacts répertoriés dans le téléphone, la manière dont il remplit les formulaires en ligne, la fréquence avec laquelle il consulte son compte en banque ou encore le nombre de kilomètres parcourus dans la journée. Ces données comportementales (et tant d’autres encore que les utilisateurs déversent généreusement sur Internet) produisent des modèles nuancés qui peuvent prédire avec une assez grande exactitude par exemple la probabilité d’un défaut de paiement ou de remboursement – prédictions de grande valeur pour les compagnies d’assurance qui se les arrachent littéralement.

Et Shoshana Zuboff d’écrire encore : “Il fut un temps où vous exploriez grâce à Google. Maintenant c’est vous que Google explore »,

Même pas brillant.

Bref, tout à l’avenant. Sur l’intrusion (“l’intrusif” fait, là encore plus chic)

L’article, le commentaire, est long et ennuyeux tant le monde, et ses structures sont vilipendés,comme sur une estrade à1 la Mutualite. Comme dans un nouveau marxisme à l’usage de ceux, théoriciens en berne, qui s’ennuyaient. Le “capitalisme” est de retour. Et sa “matière première” les petits humains et leurs comportements “voilés”. Mieux que Badiou. Y’a de la matière.

Donc, un nouveau “Big Brother”, celui du 1984 d’Orwell est arrivé. Capitaliste, même pas innommé, juste capitaliste. Juste le nom-sésame qui fait vibrer les anciens militants et les adolescents en quête de trotskisme, ici contemporain et lisible puisque “numérique”.

Un “marionnettiste”, que ce capitalisme.

Hicham nous dit que le bouquin qu’il commente “se dévore comme un roman policier”. Et l’auteur du bouquin clame que : « Si nous voulons redécouvrir notre sens de la stupéfaction, que ce soit devant ce constat : si la civilisation industrielle a prospéré aux dépens de la nature et menace à présent de nous coûter la Terre, une civilisation de l’information modelée par le capitalisme de surveillance prospérera aux dépens de la nature humaine et menacera de nous coûter notre humanité. »

Blabla de campus. Presque du Poulantzas , le commentateur marxiste imbuvable des années 70 qui aurait émigré à Harvard, là ou professerait Shoshana Zuboff

Alors que faire ? Lisez, lisez, je n’en crois pas mes yeux de lecteur pourtant souvent indulgent : il faut “s’indigner”, nous dît-on. Vous avez bien lu.

 Shoshana conclut que “la conformité induite par la dépendance n’est pas un contrat social » et qu’« une ruche sans issue n’est pas une maison », que « l’expérience sans le refuge n’est qu’une ombre », et qu’« une vie qui ne peut se vivre que cachée n’est pas une vie ». Je n’ai rien compris.                          

N’est pas Orwell qui veut. Ce discours est lassant, inutile. Dans mon introduction, j’ai déjà dit à quel point ce complotisme généralisé devient une norme de pensée et meuble les conversations qui ne devraient, en réalité, qu’être amoureuses. Les “discussions” stériles sont bien concomitantes de l’ennui. Surtout lorsque l’interlocuteur vilipendeur du Capital, hurlant son “opinion” se prend pour Descartes ou Kant, sans avoir lu un embryon de théorie. Juste écouté France Inter. Le danger ne vient pas des invisibles, lorsque l’on sait maitriser son comportement numérique et qu’on n’en a rien à faire si des petires informations sur notre petite personne viennent dans les serveurs des “capitalistes”.

L’essentiel est ailleurs, peut-être, juste dans un regard ou la carrsse d’une main.

Tout le reste n’est qu’une bouillie de doxa.

Et si l’auteur cite Orwell, il ferait mieux de se référer non pas à 1984, mais à la “Common decency”, à l’existence d’un sens moral inné chez les gens ordinaires. Il écrivait Orwell : « Tout le message de Dickens tient dans une constatation d’une colossale banalité : si les gens se comportaient comme il faut, le monde serait ce qu’il doit être ». et « en dernier ressort, Charles Dickens n’admire rien, si ce n’est la common decency, l’honnêteté des mœurs ».

Il est des moments, comme celui que nous vivons dans lesquels le ridicule ne devrait pas être publié. L’auteur de “L’âge du capitalisme de surveillance” a passé des années à découvrir une réalité évidente, structurelle, qu’il donne à lire dans la boursouflure théorique et le ronflement des mots en suspens qui l’emportent sur une réalité connue qui est plantée dans notre monde, comme un soleil autour duquel l’on tourne, sans aucun pouvoir sur son immutabilité. Sauf celui de savoir qu’il est dangereux de trop s’exposer, sans crème protectrice. La connaissance du danger, s’il est avéré (ce qui n’est pas acquis, tant dans les faits que dans son importance) suffit. En ajoutant une pincée de sens commun et de perception immédiate des choses qui nous entourent.

Un peu de “décence” tant dans la théorisation (inutile, inféconde, bavarde à outrance) devrait s’imposer dans les campus américains et les chroniqueurs français feraient mieux de lire les romans policiers plutôt que de vanter ce qui se lirait comme tel et qui n’est que charabia de circonstance à l’usage des lecteurs de pacotille. Pour encore exister dans un monde théorique qui ne l’est pas, en tentant dans l’abscons et le charabia, de laisser accroire que la difficulté de compréhension suffit a fabriquer de l’idée.

On rêve, encore une fois d’une conversation sans hurlements paranos. Sans remplissage du vide et exacerbation des angoisses. Juste une conversation rieuse.

Le Chevalier Bayart, l’idiot sur son pur- sang

Pendant ces trois semaines de délaissement de mon mini-site, « Le Monde » (31 Octobre 2020) a accordé une Tribune à Jean-François Bayart, un professeur de sociologie genevois, que j’avoue ne pas connaitre. C’était pendant cette période récente de décapitation d’un professeur et d’attentats islamistes. Je comptais la livrer in extenso, puis comme d’habitude revenir, plus bas. « On » m’a très gentiment conseillé de la commenter au fil de la lecture. Ce que je pratique rarement. Mais je m’exécute. A vrai dire, je l’assure, presque sommé puisqu’aussi bien j’évite – et je crois y arriver- de ne pas transformer ce site en tribune politique parmi les milliers de blogs d’immenses représentants de la doxa à l’avis immense.

Mon réel attachement à la personne qui m’a demandé de « démolir » ce Bayart l’a emporté sur le silence devant l’imbécillité.

« Que le terme plaise ou non, il y a bien une islamophobie d’Etat en France

Jean-François Bayart

La dénonciation d’un « islamo-gauchisme » repose sur une méconnaissance de l’histoire et révèle la consolidation d’un « républicano-maccarthysme » au cœur même de l’Etat et des médias, accuse le professeur de sociologie politique

Au lendemain des attentats de 2015, j’avais publié un petit essai, Les Fondamentalistes de l’identité (Karthala, 2016), dans lequel j’exprimais ma crainte de voir la France prise en otage par l’inimitié complémentaire entre salafistes et laïcards. Nous y voilà. L’effroi, le dégoût et la colère qu’inspirent l’assassinat de Samuel Paty et l’attentat de Nice offrent un effet d’aubaine aux idéologues qui s’arrogent le monopole de l’indignation et de la définition de la République. La dénonciation de l’« islamo-gauchisme » trahit un manque de securitas, cette tranquillité d’esprit que les stoïciens revendiquaient face au danger, et qui est  l’antipode de la panique sécuritaire“.

On ne comprend pas bien « la France prise en otage par l’inimitié complémentaire entre salafistes et laïcards »

On se dit qu’on va comprendre plus tard et qu’il faut laisser sa chance au sociologue suisse.

Puis que sa petite pub pour son bouquin est assez nauséabonde.

Et que la référence aux stoïciens est assez primaire. Encore une fois adolescente. Ca fait chic, surtout lorsqu’on emploie le terme latin de « sécuritas », pour donner à lire sa culture philosophique à quatre sous.

Bon, on se dit toujours qu’on va lui laisser sa chance, à ce professeur helvète.

Que le terme plaise ou non, il y a bien une islamophobie d’État en France, dès lors qu’un ministre de l’Intérieur déclare, à propos des « Auvergnats » bien sûr, que « quand il y en a un, ça va », et que « c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » [phrase prononcée par Brice Hortefeux en 2009], au cours d’un quinquennat qui institue un ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale.

Revenir sur une phrase lâchée en 2009 par un second couteau de l’Etat français, pour structurer ou configurer un propos est assez petit, à vrai dire creux, de mauvaise foi et peut-être vil.

Mais on se dit qu’il est dans un mauvais jour pour écrire et que ses notes datent un peu. On reste indulgent, même si on commence à croire que ce Bayart est assez nullissime. Mais il ne faut insulter avant de tout lire. On continue.

Il y a bien une islamophobie d’Etat lorsque sa police pratique une discrimination certes illégale, mais systémique, à l’encontre d’une partie de la jeunesse assignée à ses origines supposées musulmanes. Cet État n’est pas « neutre entre les religions », comme le souhaitait l’écrivain Ernest Renan [1823-1892]. Il n’a cessé, ces dernières décennies, de valoriser le christianisme et le judaïsme en développant une laïcité dite « positive » à leur égard, et de vouloir se subordonner politiquement l’islam pour le contrôler sous prétexte de l’éclairer.

Là, on commence à se dire que ce professeur est non seulement de mauvaise foi, mais un garant, un allié, un ami du discours de haine qui n’est ni celui du christianisme, ni celui du judaïsme.

D’où tire-t-il la « discrimination systémique » à l’encontre d’une jeunesse musulmane ?

D’abord, il ne sait écrire ou du moins veut se montrer dans l’enflure verbale. Il voulait sûrement dire « systématique ». Mais « systémique » (un concept inventé par Easton, un américain que les sociologues connaissent, qui n’a rien à voir avec le systématisme), fait, toujours plus chic. Ce « systémisme » est, très simplement, une tentative de démonstration de la maîtrise langagière, laquelle, souvent, se substitue à la pensée

Mais, au-delà de l’esbroufe sémantique de petit clerc, comment, peut-il affirmer ce comportement étatique de valorisation de deux religions, concomitante de la subordination d’une autre ?

C’est exactement le contraire que l’extrême-droite combat : une dévalorisation d’une « Europe chrétienne » et un « déroulé de tapis » à l’islam, sans garde-fous (on veut parler ici des fous d’Allah, ceux peut-être dans le radicalisme salafiste »)

Et que veut dire cette volonté par l’État « d’éclairer ». Le propos est ridicule.

L’État français, que certains qualifient de faible (sur cette distinction Etat fort/État faible, on renvoie aux divers travaux que le sociologue doit connaitre) ne fait que, très mal, tenter de revenir aux fondamentaux universels, les seuls acceptables, même s’ils sont considérés factices par les relativistes qui admettent de fait, au nom de l’acceptation des particularités, exactions et communautarisme, enfermement et exclusion des « autres ».

Le propos est irresponsable. Parce que. On contraire à la réalité. En tous cas non étayés par sa démonstration. Du vent de mots. Étant ici précisé qu’une réalité « perçue » est aussi une réalité.

Expliquer n’est pas justifier

Il y a aussi une islamophobie capitaliste lorsque de grandes chaînes privées font preuve de tant de complaisance à l’égard de chroniqueurs dont la haine de l’islam est le fonds de commerce.

Des noms, cher Professeur, des noms. Il en existe. Ne pas avoir peur de l’écrire. Il faut donc interdire d’antenne les Zemmour et autres Finkielkraut ?

Libertés publiques réservées aux sympathisants de l’islam ? Ce qui, au demeurant, ne veut rien dire : nul, sauf les croyants ne sont « sympathisants » d’une religion qui est dans sa sphère et qui doit le rester, acceptée par les autres, lorsqu’elle ne vient pas fonder la violence. Nul ne tue au nom de la religion juive ou chrétienne. Même si les antisionistes de service clament qu’Israël tue, en faisant le fameux « amalgame » entre État et religion dont le texte permet la mort du mécréant, hors de la Oumma. Ce propos, que j’ai entendu dans un déjeuner parisien est une infamie.

Il n’est pas vrai qu’expliquer est justifier. C’est se donner les moyens d’une politique. S’en tenir à l’ « islam », c’est souvent oublier d’autres facteurs. Par exemple celui de la guerre : Al-Qaida est née de celles d’Afghanistan contre l’armée soviétique (1979-1992) et de la première guerre du Golfe (1990-1991) ; Daech est née de l’occupation américaine de l’Irak, en 2003. S’interdire de le savoir, c’est remonter la machine du dieu Mars en ignorant, par exemple, que le djihadisme au Sahel nous parle moins de l’islam que d’une crise agraire. Aucune opération « Barkhane » [nom de la force française antidjihadiste au Sahel] n’apportera de solution à ce problème. La dénonciation de l’« islamo-gauchisme » repose sur une méconnaissance confondante de l’histoire. En ce sens, ceux qui le pourfendent sont bien la symétrie idéologique des fondamentalistes musulmans. Les uns s’inventent la Médine du Prophète de leurs rêves, les autres la IIIe République de leur passion. Outre qu’il est amusant de voir invoquer, pour « protéger les femmes de l’islam », une République qui leur a refusé le droit de vote, la conception « intransigeante » de la laïcité est un contresens. Les Pères fondateurs de la IIIe République s’en faisaient une idée « transactionnelle », récusaient l’ « intransigeance », voulaient le « consensus », à l’instar de Gambetta [1838-1882]. (Re)lisez vos classiques, Manuel Valls !

Ces propos sont proprement idiots et je regrette de perdre mon temps à commenter.

a)  Al-Qaida et Daech ne sont nés que d’eux-mêmes et d’un texte peut-être mal digéré, qui permet l’assassinat de ce qui n’est pas soi. Ils n’étaient inévitables et ne sont pas sortis d’une guerre, qui n’était qu’un prétexte. Ils sont venus, dans une mouvance du même texte, sûrement dépassé dans sa littéralité. Comme le sont les écrits bibliques, juifs, notamment dans l’obligation des “sacrifices”.. A lire ce professeur, le terrorisme et le crime est acceptable. Ils ne sont qu’une réponse. Le grand fautif se trouve ailleurs, jamais dans la tête du criminel. Le propos mérité presque la gifle physique.

b) si le djihadisme a pour cause une crise agraire, on le saurait. On y remédierait, pour empêcher l’assassinat.

c) le petit rappel de la soumission des femmes en Occident, leur droit de vôte refusé est un argument spécieux ; S’abriter derrière l’histoire dépassée et plus encore par le mouvement féministe, possible en Occident, est un argument d’estrade, de collégien, de mauvaise foi. Calomnieux contre le progrès qui écrase toujours ses vilénies.

Et notamment la Lettre aux instituteurs (1883) de Jules Ferry, dans le respect que nous devons à Samuel Paty et la répugnance que nous inspire son assassin. « Avant de proposer à vos élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve, à votre connaissance, un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire », écrivait le fondateur de l’école publique.

Ici, on a envie de jeter notre billet à la poubelle. Cet idiot est trop idiot. Il ne mérite pas le débat. « L’honnête homme » de Ferry est un républicain, défenseur des droits de l’homme, de la liberté d’expression, un honnête homme qui ne peut être choqué par  l’exercice de cette liberté, qui a un peu appris, sur les bancs de l’Ecole de Jules Ferry, les valeurs universelles.

Mais, peut-être devrait-on, à suivre cet imbécile, interdire de prononcer le nom de Darwin à l’École, certains pouvant être « choqués » par le darwinisme. L’on devrait aussi interdire le pantalon pour les femmes qui risque d’en choquer quelques-uns, peut-être parmi ceux qui revendiquent, sur les réseaux sociaux, le droit à la décapitation des professeurs.

Mais écoutons aussi son contradicteur, non moins républicain, Jules Simon [1814-1896], qui préférait à l’école publique l’instruction publique, éventuellement confiée aux familles ou à l’Eglise : « Nous croyons qu’une école est assez neutre si elle permet à un athée qui s’y trouvera par hasard, sur cent élèves croyants, de sortir pendant qu’on explique leur croyance aux quatre-vingt-dix-neuf autres. » Les hommes politiques de la IIIe République avaient une pensée autrement plus subtile et profonde que celle de ces fondamentalistes contemporains. La IIIe République était la République des professeurs, et non celle des manageurs.

L’argument (l’argutie) est cocasse. Ce professeur est décidément bien bête. Mais la bêtise est dangereuse, plus que la méchanceté. La salle de classe devrait donc être laissée toujours ouverte pour permettre aux élèves de sortir si l’on enseigne un fait qui peut leur déplaire, est simplement dite par un « honnête professeur ». Le ridicule ne tue pas. Il devrait. Non pas, physiquement s’entend, évidemment ; Juste la mauvaise plume qui est, ici, une mauvaise graine qui donne un discpours aux assassins.

Remise en cause de la liberté de pensée

L’affliction qu’éprouve le professeur que je suis, devant tant d’ignorance, s’accompagne d’un sentiment de colère. Colère devant l’hypocrisie d’une élite politique qui, soudain, redécouvre l’enseignant et le met au cœur de son dispositif, comme elle l’a fait il y a six mois avec les infirmières, mais n’a cessé depuis quarante ans de malmener financièrement et idéologiquement l’hôpital et l’école. Colère devant le viol de la loi du 26 janvier 1984 – qui garantit aux enseignants et aux chercheurs, dans son article 57, « une entière liberté d’expression dans l’exercice de leurs fonctions » – par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, quand il s’en prend aux « ravages » de l’islamo-gauchisme « à l’université ».

Pourquoi cette colère, Mr Bayart ? Parce que l’enseignant est, enfin, au cœur d’un dispositif. Vous préférez son écrasement, pour mieux râler ?

On pense aux syndicalistes d’un autre siècle qui regrette la pauvrté de la classe ouvrière qui leur permettait d’exister. Vilénie encore, idiotie toujours.

Colère encore devant le vote par le Sénat, dans la nuit du 28 octobre, d’un amendement au projet de loi de programmation de la recherche (LPR) qui conditionne l’exercice des libertés académiques au « respect des valeurs de la République ». Cette dernière notion n’a jamais fait l’objet d’une définition juridique ou réglementaire. La rendre opposable à l’exercice des libertés académiques reviendrait à subordonner celles-ci aux pressions de l’opinion ou du gouvernement. L’amendement contrevient d’ailleurs au principe d’indépendance des universitaires, intégré au bloc de constitutionnalité après la décision 93-322 DC rendue par le Conseil constitutionnel, le 28 juillet 1993.

Du charabia ici, à la mesure du cerveau mal fait. On ne comprend rien. Il devait ^petre fatigué après ses âneries, éreinté.

La dénonciation de l’islamo-gauchisme n’est que la remise en cause de la liberté de pensée. Elle révèle la consolidation d’un républicano-maccarthysme au cœur même de l’Etat et des médias. Elle signale un mouvement de fond, une sorte d’« apéro pastis » qui, tout comme le mouvement du Tea Party aux États-Unis, pave la voie à un avatar hexagonal du trumpisme.

Encore du charabia, qui ne veut rien dire. On ne comprend pas ce que vient faire les « Tea paty », le « trumpisme ».

Je résume : ce professeur est un imbécile et un homme dangereux. Par le titre donné à sa tribune, il cautionne, justifie, donne les armes idéologiques et sémantiques à des idéologues, haineux de la République.

Nous, ici, on peut le traiter d’idiot. Ailleurs, on peut prendre sa page et la poser sur le corps des professeurs décapités. Un professeur permet cette « couverture ».

Jean-François Bayart est professeur de sociologie politique à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID, Genève) ; dernier ouvrage paru : « L’Illusion identitaire » (Fayard, 2018).

PS. J’ai fait relire avant de « poster ». Je proposais de mettre à la corbeille. On m’a encore sommé de publier. Je deviens faible en acceptant un ordre.

Je crois que je n’ai jamais été aussi violent, sans même faire appel à une culture sociologique, philosophique, sans bas-de-page. J’aurais pu, mais il ne le méritait pas.Parait-il qu’enfin, j’insulte. Ce n’est pas bien. Je tenterai, dans un prochain article de disserter sur un spectacle de Chantal Goya. Ça compensera.

l’essentialité

Presque une suite d’un précédent billet sur la « proximité ». Le journal « Le Monde » s’en tire assez bien financièrement, grace aux pleines pages de publicité qu’elle peut vendre, en cette période improbable.

J’ai écrit dans le billet précité que j’ai préféré ne pas m’énerver sur le « Désolé Amazon », en gras, pleine page achetée par Intermarché.

Je tombe ce soir sur celle-ci (Le Monde daté du 11-12/Novembre)

Après les libraires, le théâtre, le cinéma, et à vrai dire tous les commerces, voici arrivés les jouets. Essentiels pour les gamins, évidemment.

Il suffirait simplement, ce qui ne serait pas scandaleux, de clamer que le “chiffre d’affaires” est essentiel. On perdrait moins de temps, d’argent et de papier. Puis que le vaccin, assez essentiel pour ceux qui n’auraient pas peur de se l’injecter, arrive.

Je pourrais, par ailleurs, ici, écrire des dizaines de lignes pour proposer un vision de ce qui peut être essentiel et qui ne se trouve peut-être pas dans le commerce. Je m’abstiens, tout en, émettant, de la pointe du clavier, sans trop faire de bruit, l’idée saugrenue que le jouet n’est peut-être pas essentiel, du moins celui qui inonde les grandes surfaces. On peut aussi le penser, le fabriquer ou jouer avec ce qui tombe sous une main intelligente. En souriant, évidemment, essentiellement.

PS. Vous souvenez-vous de la publicité “L’essentiel est dans Lactel” ?

la proximité

Retour, une suspension ailleurs.

Sauf le mot « résilience », à la mode dans toutes les bouches qui le découvrent, l’on est submergé, à longueur de lecture de presse ou de revue par les slogans et les invectives sur la défense du « commerce de proximité », en particulier les libraires. Et la haine d‘Amazon et l’injonction faite aux grandes surfaces de fermer leur rayon de « librairie » physique.

Ce sont les mêmes qui depuis des lustres, après un après-midi chez le coiffeur, pour camoufler de beaux cheveux blancs, nous surinent avec la sensation magique du papier, en le mimant, par des peaux de doigts qui se frôlent, comme ceux qui parlent, dans le geste adéquat, de billets de banque. Qui sont aussi de papier.

On va ici, tenter de ne pas être trop méchants avec ceux -c’est leur droit- qui ont loupé un temps qui s’impose et contre lequel ils luttent, dans un petit désespoir. Ce sont des totalitaires, plus en tous cas que d’autres, leur totalité étant celle de leur propre temps. L’on sait combien la nostalgie et le retour du passé ont pu nourrir tous les totalitarismes du monde.

Je ne hais pas les libraires et ne les vilipende pas. Mais je ne les défends pas. Comme je ne défends pas le papier et les doigts qui le caressent, comme on caresse un objet dans un souk.

C’est de l’esbroufe.

1 – Le libraire. Le libraire est un commerçant. Et il peut ne pas avoir le temps, c’est encore son droit, étouffé par sa comptabilité ou ses relations avec ses fournisseurs de cahiers, gommes et crayons, sa deuxième activité obligée, de lire et surtout de bien lire.

Non, le petit libraire qui « conseille » d’une voix enjouée ou enrouée dans sa grosse écharpe en laine est un mythe.

D’abord, il n’existe pas, du moins plus. Le libraire est un commerçant et je défie (même si les exceptions peuvent être légion) ceux qui vantent le petit libraire qui les a conseillés de lire le chef-d’œuvre de me décrire d’abord la scène, ensuite de me donner le titre du bouquin rare que « Le Monde des Livres » dirigé par l’excellent Jean Birnbaum ou le chroniqueur du Point n’aurait pas déniché pour nous le « livrer » avant notre commerçant.

Dois-je, par contre conter les innombrables dégringolades des illusions de ce type lorsque, entrant d’un pas allègre et décidé dans la boutique d’un libraire de proximité, de quartier, de petite ville de campagne, je demandais au libraire ou à sa stagiaire s’ils étaient en possession de tel ou tel bouquin, en entendant qu’ils ne le connaissaient pas, qu’ils ne pouvaient le commander, environ 8 pours, après avoir cherché sur un vieil ordinateur qui avait remplacé leur minitel, le titre, ne le trouvaient pas, en me demandant si « Casanova » dont je demandais les Mémoires en 4 volumes, était un auteur espagnol.

A ceux qui, parisiens, me rappellent que je passais des heures chez Maspero ou, plutôt à « La Hune », je réponds que d’abord, c’était dans un autre temps, justement, celui d’une ère matérielle qui a disparu, que par ailleurs, justement encore, ils ont fermé boutique. Et que, surtout, il s’agissait de grandes, très grandes librairies, comme celles de la Fnac ou des supermarchés actuels et que nul vendeur ne conseillait (tous à la caisse ou rangement) que l’on passait dans les rayons, s’arrêtant effectivement sur tel ou tel bouquin et ressortant sans rien acheter, sans un conseil ou, plus souvent avec un bouquin qu’on n’aurait pas acquis s’il n’avait pas une belle couverture, qu’on a rangé très vite, on ne souvient pas où exactement.

Non, le libraire ne conseille pas, le libraire vend, comme un mercier ou un droguiste. Même s’il est peut être un commerce « essentiel » pour ceux qui ne savent pas acheter en ligne. Comme pour ceux qui vont acheter leurs packs d’eau minérale chez l’épicier ou à la superette du coin, sans savoir ou vouloir le commander en ligne.

2 – le papier. Et sa sensualité. C’est le droit de tous que de préférer le papier. « J’adore le papier, le toucher » répètent à l’envi ceux qui, avec de bons yeux, ne connaissent pas les joies de la tablette, de la lecture numérique, de ses soulignements, de ses notes avec plein d’espace pour les écrire, du partage par un clic avec un ami, une amie, un amour d’un extrait. Et des livres toujours à portée de mains, dans un hôtel lointain, au bord d’une mer de rêve, qui ferait s’envoler les feuilles des livres lesquelles, parait-il, détruisent les forêts.

Et mieux encore, lorsqu’avec une tablette qui n’est pas à quatre sous, fluide, rapide, lisse, la sensualité, qui passe aussi par la maitrise de l’objet est aussi, sinon plus accrochée aux doigts que le papier jauni ou de vélin, aux caractères tellement petits qu’ils contribuent au remplissage des salles d’attente des ophtalmos. Je ne veux ici aborder, ce non-papier qui, permet, pour les aveugles ou non-voyants d’entendre, même par une vilaine voix robotisée, la lecture vocale étant généralisée dans le livre numérique. Ou, encore rappeler que de grands myopes, les yeux esquintés par un glaucome, peuvent agrandir le beau texte, en rappelant aussi que la lecture sur écran, foi de savants dans tous les congrès, n’a jamais abîmé les mêmes yeux

Ici, j’entrerai dans l’utilité alors qu’il s’agit de disserter sur la proximité (et la sensualité)

La tablette est sensuelle. Une autre sensualité certes. Mais il n’y a que les totalitaires (encore une fois, toujours eux, des vieux comme moi, ou des jeunes imitateurs, j’ose l’écrire) qui ne savent jouir que du même.

3 – En ligne. J’ai failli écrire « à la ligne », non pas en référence à une dictée littéraire, ce qui aurait pu être de mise, eu égard au sujet abordé, mais en pensant à la pêche.

Car, en effet, lorsque l’on « navigue » (encore de l’eau qui surgit sous le clavier) « en ligne », sur Amazon, notamment, divers choix s’offrent à nous :

-D’abord, après avoir lu (dans la presse numérique, pour quelques euros par mois, toute la presse, toutes les revues, sans se salir les doigts et se trainer au kiosque pittoresque du coin de la rue) les critiques, souvent excellentes de tel ou tel bouquin, le chercher, le trouver en quelques millièmes de secondes et se le faire livrer, gratuitement, le soir même ou le lendemain chez soi, dans un petit emballage que le livreur peut poser sur votre paillasson. Mieux que la commande chez le libraire, non ? Tant pis pour lui, j’assure que je plains sa fermeture, mais on ne peut comme disait Raymond Barre, passer un siècle à soutenir des « canards boiteux ». Il parlait des usines non rentables. Ce qui n’est pas du même ressort, certes, mais si la rentabilité n’est pas là, il n’est nul besoin de vilipender le consommateur. Et d’attaquer Amazon, comme les libraires et petits ministres ont pu le faire, pour s’opposer à la livraison gratuite, contre lesdits consommateurs peut-être pauvres donc, pratiquée par Amazon. Car 8 euros de livraison ou un peu moins, ça peut être cher, à l’ère ou les ronds-points le clament. Ce qui est une vérité pour beaucoup.

Il est vrai que l’on peut « commander » chez son libraire, attendre des jours et ne pas jouir de l’immédiateté du plaisir, laquelle n’en déplaise aux proverbes est autant une jouissance que, l’attente.

-Ensuite, et surtout pour moi, l’acquérir, sous son format numérique (Kindle, epub et autres formats), le télécharger en trois secondes sur sa tablette ou son ordinateur et lire, surligner, copier, partager, assembler, glisser, comparer, lire et lire encore. Et, vous savez quoi ? Lire encore.

4- la proximité. C’est par là que j’aurais du commencer. La proximité, c’est non pas le toucher d’un papier, la sensation du matériel granuleux ou lisse, c’est le toucher tout court. La proximité, c’est pouvoir toucher, immédiatement, sans délai, dans le délice si j’ose dire.

Et chez Amazon ou ailleurs, peu importe, l’objet du désir est à portée de nous, j’allais écrire à portée de main.

La proximité est immédiate. A toute heure, tout instant Un enlacement immédiat, pulsion de rêve atteint immédiatement.

J’ai encore failli écrire que le seul « commerce », au sens où l’entendaient nos anciens écrivains, le seul commerce de proximité est celui qui est du type de l’amour. Donc ici et ailleurs, sans murs. Loin de la poussière, celle du temps d’abord. Celui en ligne est infini, lisse et fluide.

Désolé, les libraires (voir mon faux PS). Mais il fallait que je l’écrive.

PS. J’avais écrit un long « P.S » dans lequel je collais une page publicitaire assez obscène achetée par « Intermarché » dans Le Monde qui titrait « Désolé Amazon », prétendant, ces mousquetaires de grand commerce, aider les libraires, en leur offrant leur « drive » (le ramassage de l’objet acquis en ligne, dans un entrepôt derrière la grande surface). Mais mon propos était tellement énervé que j’ai préféré le couper.