Les bras

Tramway de Lisbonne. Par cette image, on revient à un thème récurrent, celui de la différenciation dans la perception. Ou, pour mieux le dire, frontalement, l’inégalité de l’oeil.
Michel Poivert, historien d’art et professeur d’histoire de la photographie, spécialiste de la photo dite plasticienne ou contemporaine a pu écrire dans l’un de ses ouvrages ( » Brève histoire de la photographie » – Ed Hazan) que : » la photographie contemporaine se trouve exonérée des grandes valeurs modernes de la démocratie (l’image pour tous) et de l’objectivité (l’enregistrement comme garantie du réel) qui ne sont pas précisément des valeurs attachées à l’art et qui, dans une certaine mesure, y sont même opposées : l’art, c’est l’élite et l’imagination…La photographie contemporaine, c’est le moment historique du trouble éthique de l’image consacré comme art ».
On se demande ce que vient faire cette citation sur le statut de la photographie dite contemporaine sous mon image des trois bras accoudés sur les fenêtres du tramway de Lisbonne.
Elle est pourtant emblématique de la question posée qui est celle de la perception artistique de ce qui peut se constituer en art.
D’un côté, il y a ceux qui ne voient que trois bras et renvoient dans leur oeil la banalité du sujet, une simple représentation de la réalité « enregistrée ». De l’autre, ceux qui, oeil prétendument aiguisé, éduqué, perçoivent le graphisme dans la répétition des formes et des couleurs organisées dans l’espace.
En réalité, dirait l’historien de l’art, la vision « graphique » est élitiste, générée par l’imagination « cultivée ». Le même débat s’initie dans tous les domaines, notamment dans la musique et celle, classique, qui peut d’ailleurs constituer la distance culturelle volontairement désirée et le placement de « l’écouteur » dans l’élite.
Mais ce vieux débat, même s’il est nouveau dans la photographie, en émergeant concomitamment à la photographie dite contemporaine ne trouve jamais sa sortie tant l’antithèse est facile. Le seul intérêt est historique : comment est-on passé de la photographie « art moyen » , décrite par Pierre Bourdieu et la « photographie-art » instituée, à grands coup s médiatiques par les tenants (qui sont aussi tenanciers de galeries) de la photographie plasticienne ou contemporaine.
Et la vraie question qui peut se poser concerne les élites ou les connaisseurs, les imaginatifs à l’oeil éduqué, qui ne goûtent pas cette nouvelle photographie. Pourtant « contemporaine » et « plasticienne ». Faut croire que la duperie ne passe pas toujours…

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