Montaigne, très chic

Il ne s’agit pas, comme le croit mon fils qui, impoli, lit par-dessus mon épaule, de décrire une Avenue parisienne du même nom, très chère au Monopoly, mais plus simplement de revenir à celui que beaucoup considèrent comme un maître, un grand maître, souvent, comme toujours sans l’avoir lu ou en ayant tenté de le lire et en abandonnant, tant la lecture, même lorsque le vieux français est traduit, est difficile, les expressions donnant souvent lieu à contresens où à perplexité.

Donc, Montaigne. Juif marrane, paraît-il, de source sûre, ce qui, évidemment n’excuse ou n’ajoute rien. Sauf à considérer qu’un juif est nécessairement intelligent. Ce qui n’est pas la cas.

On y est donc revenu, difficilement, on l’avoue, pour revoir et comprendre l’engouement de certains de nos intellectuels ou philosophes qui se posent, à vrai dire qui posent (au sens du défilé de mode) sur le trio Epicure, Spinoza, Montaigne.

On a même acheté sur Amazon  le bouquin de Marcel Conche, philosophe de haut vol, et que l’on admire, grâce à Comte-Sponville, malgré ses litanies sur la Nature entendue plus comme celle de la Corrèze que comme celle du Tout (Montaigne ou la conscience heureuse. Puf. 18 euros)

Alors ? En gros :

– aucun devoir de prendre part au malheur des pauvres ou d’embarasser son âme des maux d’autrui, les siens pouvant suffire. “Privilège d’insensibilité”. Pas d’obligation d’amour qui accroîtrait la tristesse

– pas de devoir de souffrir, la souffrance étant à fuir.

– pas chrétien, volonté de contentement de la vie telle qu’elle est sans attendre l’autre, ailleurs, après..

– pas de sentiment de culpabilité.

– Bonté et compassion naturelles, notamment envers les pauvres ce qui contredit une des premières propositions

– contre la bassesse des hommes, leur cruauté, leur action dans le mal.

– méfiance de la politique, laquelle n’est pas la morale..ce qui permet de prôner l’abstention en politique (l’inaction étant la meilleure des actions) Ainsi comme le souligne Conche “par l’action politique nous construisons le temps, par l’action morale, nous construisons l’éternité”.

– ne toucher à rien, de peur de rompre l’équilibre précaire d’une situation à accepter comme telle, y compris le régime en place, tout obéissant à des lois naturelles autonomes et fragiles (”tout ce qui branle ne tombe pas“). Donc sujet fidèle et obéissant.

-rester dans le concret et le détail, sans grand dessein, sans “illimité”, seuls comptant la tâche sans lustre et, évidemment la recherche de la sagesse.

– sagesse dans l’acceptation pure et simple de la vie telle qu’elle est, sans fioritures de pensée, dans la nécéssité naturelle (ce doit être ici que d’aucuns croient, inocemment faire le paralèlle avec Spinoza)

– en bref : être naturel, connaitre sa nature etc, etc..la vraie vie étant ici, sans circonvolutions de l’esprit. Le sage est évidemment celui qui est mesuré, non “ondoyant”, ni “divers”. Il est “constant”

– inutile d’écrire pour les autres ou les “améliorer”, Montaigne se “fout” des autres, les “insensés”.

– bien sûr : “connais toi toi même”, chercheur de sagesse, sans te croire une exception dans la nature, fin, déjà de l”exception humaine”, Dieu ne faisant dans le tout aucune différence entre ses créatures..Dieu d’ailleurs non connaissable..et les dogmatiques, ceux de “l’illimité’, de la théorie sont aussi des “insensés”..

Et, enfin, une grande pensée : la philosophie est apprentissage de la sagesse, la sagesse art d’être heureux, la vie une liberté, contre la vanité, sans s’attacher à une doctrine puisque ce qui est bien pour l’un peut ne pas l’être pour l’autre.

Etc…etc…

Alors après cette relecture, que dire ?. A vrai dire pas grand chose tant il est vrai que les pensées de Montaigne nous semblent un peu “téléphonées”, dans l’écuelle du sens commun après être passés dans le tamis du snobisme ou du lecteur du Point (”hors-séries », évidemment).

Mais on doit se tromper, on en est sûr. A la réflexion, non. Montaigne ne dit pas grand chose. S’il n’était le fait qu’il écrivait en vieux français, toujours un peu mystérieux etet paradoxalement exotique, il n’existerait peut-être pas dans l’histoire des idées, laquelle, au demeurant, lorsqu’elle est est proposée, n’expose pas la moindre « idée de notre bordelais puisqu’il n’en a pas, en ne faisant que recueillir, pour l’enjoliver le sens commun. Lequel n’a nul besoin de dorures.

Un ami malicieux me demande de le lire dans ce fameux vieux français. On n’y comprend rien. Ce qui revient au même, ajoute-t-il. Il a beaucoup d’humour.

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