l’étourdissement politique (sur le Cacher et le Hallal)

Sommé d’écrire ce billet sur la « Présidentielle » alors qu’on s’était interdit de mêler une voix inutile aux concerts de la parole politique prétendument critique.

Le sujet est celui de l’étourdissement des animaux. Sujet d’importance, me dit-on, s’agissant de « viande cacher ». Qui ne peut laisser un juif indifférent.

LE PEN, ZEMMOUR, LES JUIFS

Décidément, Marine Le Pen a du mal, comme Zemmour, avec les juifs.

Par un réflexe incontrôlé, les juifs de France s’en tenant à la période de la mouvance antisémite du « père » s’interdisent de voter pour « Le Pen », nom incompatible avec la judéité.

Quant à Zemmour, ses propos sur Toulouse et Pétain lui ont enlevé la majorité des « voix juives »

La communauté juive de France commençait, néanmoins, (à tort ou à raison, peu importe), à raisonner en considérant que s’agissant de la défense de la France identitaire, celle qui est, paradoxalement, la mieux à même de la protéger, Le Pen, pouvait faire l’affaire, dans une posture désormais géométrique (carrée et assurée), loin de l’invective et de la hargne.

L’IRUPTION DE LA VIANDE CACHER DANS L’ÉLECTION PRESIDENTIELLE

Patatras ! Son jeune Président, d’un prénom de la nouvelle France populaire, Jordan Bardella a cassé ce frémissement.

Interrogé à l’occasion du “Grand Jury” RTL-LCI-Le Figaro pour savoir s’il était opposé à l’abattage rituel pour la viande casher comme pour la viande halal, il a répondu : “Je suis cohérent et je suis opposé d’une manière générale”. “La question n’est pas ‘est-ce qu’on est défavorable au halal, au casher ou autre’. La question c’est qu’aujourd’hui, je considère que l’abattage rituel est indigne, est une souffrance absolument terrible pour les animaux“.

« “L’abattage rituel, sans étourdissement, me choque. Les images d’abattoir me choquent et je ne veux pas de ça en France”

RAPPEL D’UNE POSITION

Dans un de mes billets ici (on peut utiliser la fonction « recherche » par un seul mot), en décembre 2020 je rappelais qu’une décision avait été rendue 17 décembre 2020 par La Cour de justice de l’UE, s’immisçant dans la relation qui se noue entre tradition (et religion) et nouvelles idéologies (ici celle du droit de l’animal, selon les antispécistes).

Je rappelais que dans la tradition juive et musulmane, l’abattage des bêtes s’opère selon une technique spécifique que des millénaires de pratique n’ont pas altérée. L’animal est abattu, sans un « étourdissement préalable », revendiqué par les défenseurs de la cause animale, qui serait de nature à minorer les souffrances.

Je précisais que la Cour de justice de l’UE, établie au Luxembourg avait donc jugé, à la suite de sa saisine consécutive à un décret pris en 2017 par la région flamande en Belgique, lequel imposait cet étourdissement préalable au nom du bien-être animal que le texte ne « méconnaît pas » la liberté des croyants juifs et musulmans. BB était ravie

J’indiquais, encore, que le Consistoire central israélite de Belgique (CCIB), rejoint par d’autres organisations juives et musulmanes, avait, en effet, contesté devant la justice belge la légalité de ce décret flamand (dit de l’étourdissement préalable « afin de réduire les souffrances des animaux ») qui bouleversait le rite : dans ce rite millénaire, l’égorgement doit être opéré en un seul geste, sans cisaillement, et l’animal doit être immobilisé jusqu’à la fin de la saignée.

« Nous ne pouvons manger que des animaux intègresOr, l’étourdissement par gazage, par tige perforante ou par électronarcose leur inflige des blessures », indiquait le Consistoire central israélite de France. « Trancher les veines abrège les souffrances », estime de son côté Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman (CFCM).

L’avis de la Cour était donc requis.

La Cour de Luxembourg avait donc jugé que l’adoption dans l’UE de législations nationales protégeant d’abord le bien-être animal pouvait effectivement constituer « une limitation » à l’exercice de la liberté de conscience et de religion garantie par la Loi.

Mais que cette limitation n’était pas « disproportionnée ». Et « La Cour conclut que les mesures que comporte le décret permettent d’assurer un juste équilibre entre l’importance attachée au bien-être animal et la liberté des croyants juifs et musulmans de manifester leur religion », dit la CJUE dans un communiqué.

Elle ajoutait que le législateur flamand s’était appuyé sur « un consensus scientifique » établissant que « l’étourdissement préalable constitue le moyen optimal pour réduire la souffrance de l’animal au moment de sa mise à mort ».

Enfin, concluait-elle, dans le même communiqué, « la Cour constate que le décret n’interdit ni entrave la mise en circulation de produits d’origine animale provenant d’animaux qui ont été abattus rituellement lorsque ces produits sont originaires d’un autre État membre ou d’un État tiers ».

Les autorités religieuses avaient réagi : « L’Europe ne protège plus ses minorités religieuses »indiquait le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB), qui contestait le décret flamand. Son président, Yohan Benizri, dénonçait « un déni de démocratie », rappelant que dans ses réquisitions, l’avocat général de la Cour avait soutenu « la préservation de rites essentiels » pour certaines religions.

La loi française autorise, dans le cadre de la liberté des cultes, la pratique de l’égorgement sans étourdissement préalable.

Approfondissant le sujet, je citais un article du Monde publié le 28 juin 2016, démontrant que le débat était déjà en germe,  en réalité sur le temps qui sépare le coup de couteau de l’inconscience, puis de la mort.

Et mentionnais encore que certains pays avaient adopté d’autres règles : les Pays-Bas : les abattoirs halal et casher sont, depuis janvier 2017, obligés d’étourdir l’animal si celui-ci n’a pas perdu connaissance dans les quarante secondes qui suivent l’égorgement. La Suisse, le Danemark ou la Norvège avaient déjà purement et simplement interdit l’abattage rituel sans étourdissement préalable.

En 2016, Joël Mergui, président du Consistoire indiquait que « Revenir sur cette pratique millénaire, c’est une forme d’atteinte à notre liberté de conscience ».

Puis je prenais « position », frontalement :

J’écrivais que :

Je prends position pour le millénaire contre 14 secondes dont nul, sauf à tomber dans l’anthropomorphisme, ne peut décrire.

Je prends position pour le rituel contre le Marais et les biobos.

Je prends position pour des humains, dans la droiture de leur moralité ancestrale religieuse, contre des Parisiens qui veulent nous enfermer dans la correction.

Je prends position pour le spécisme (la spécificité de l’homme au regard de l’animal), malgré l’unité biologique qui gouverne le monde.

Je prends position contre l’hypocrisie de bonne conscience. Il y a loin entre des humains qui pensent leur religion, s’attachant au rite pour consolider leur humanité et la souffrance animale, éventuellement à l’œuvre, quelques secondes avant sa mort, qui est moins que celle de l’homme dans son désarroi et sa souffrance dans la certitude de sa finitude.

Je prends position alors que non, je n’aime pas voir souffrir un animal. Ni un humain. Ni un homme auquel on arrache de sa peau ancestrale, le rite qui le construit, nuque roide.

J’ai toujours pris position pour la splendeur du rite, et la recherche des logements des forces supérieures (j’ai bien écrit logement et non action). Que je ne confonds pas, par ailleurs, avec des pratiques sans réflexion, de religieux quelquefois obtus. C’est un autre débat. Ici, c’est celui de la lutte contre le nivellement généré par une nouvelle morale qui s’appuie sur la cause animale, pour tenter de ne pas s’ennuyer, en manifestant dans quelques années, non masquée contre le racisme anti- oie et le SMIC pour les ratons laveurs, pas au même niveau que celui des ouvriers bretons.

POSITION AUJOURD’HUI

Exactement la même, en ajoutant que Bardella est un jeune « étourdi » et que Le Pen a perdu (mais c’est son problème, presque psychanalytique de relation avec les juifs qui frôle la volonté de ne pas tuer le père, Electre à l’œuvre, Œdipe en coulisses), une occasion de ne pas faire du jeunisme, au lieu de réfléchir, ici encore, comme elle s’escrime à le faire accroire.

Et de comprendre que chez les juifs et les musulmans, la Loi peut contredire la foi et, mieux encore, le sentiment animaliste acceptable, mais quelquefois collégien. Et qu’il faut prendre son temps avant de bouleverser des siècles et une pratique. Même si un fond de vérité se terre sur la souffrance animale. Il y a loin entre l’interdiction du voile dans l’espace public qui est conforme à la quotidienneté républicaine, ladite interdiction n’étant fabriquée que par des machistes jaloux de leurs femmes cachées et une pratique de la conformité légale, non quotidienne pour les humains, les citoyens.

La seule question qui peut se poser est celle de savoir si la Loi religieuse va à l’encontre de la Loi républicaine en l’état encore humaine (celle de la liberté, précepte nodal).

L’introduction de l’animal dans le monde, du point de vue ontologique, n’est pas une hérésie. Sauf, par ce biais, à constituer en hérétiques des millions de juifs et d’arabes. Sans temps ni réflexion.

Il y a loin entre le cacher/hallal et le terrorisme religieux, arabe ou juif.

Si l’animal est « convoqué » dans le débat religieux, il faut donc en débattre. Y compris chez les chrétiens chasseurs (la majorité ou la totalité des chasseurs). Et ce débat ne peut se limiter au courrier des lecteurs de nos “50 millions d’amis”. Il est anthropologique, évidemment. Y compris le débat du futur proche, prévisible, sur l’interdiction de la consommation de viande animale.

On se contente aujourd’hui, après cette déclaration du jeune Bardella de prendre position contre l’émotion qui ne peut se substituer au politique ou à l’anthropos, en confondant Brigitte Bardot avec Marianne ou Claude Lévi-Strauss.

PS.1ANNEXE /EXTRAIT de “Les débats autour de l’interdiction de l’abattage rituel

Caroline Sägesser Dans Courrier hebdomadaire du CRISP 2018/20 (n° 2385), pages 5 à 48

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PS2. J’affirme que j’ai été contraint, presque malmené, d’écrire ce billet. Je ne regrette pas. Elle avait raison. Faut dire.

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