Davos. La leçon à l’Europe de deux Présidents. Zelenski très ingrat.

Au lieu de mener la défense de la liberté dans le monde, surtout quand l’attention de l’Amérique se déplace, l’Europe semble perdue, essayant de convaincre le président américain de changer. Mais il ne changera pas. Le président Trump s’aime. Il n’écoutera pas ce genre d’Europe.”

Extrait du discours du Président Zelenski à Davis le 23/01/2025.

Je commenterai plus tard sérieusement.

Juste en l’état, constater que la concurrence est vive entre Trump et Zelenski pour critiquer l’Europe, certainement à juste titre, ce qui est cependant choquant lorsque le critique émane du President d’un pays (l’Ukraine) qui reçoit du critiqué des milliards d’euros qui manquent à nos vieux et moin vieux en fin de mois…

Sauf que l’un (Trump) la critique sur un effacement civilisationnel (L’Europe qui n’est plus “reconnaissable”)tandis que l’autre glose sur le  prétendu retrait guerrier,du Continent. Il mériterait une petite leçon. Peut -etre un milliard de moins de subventions qui lui permettrait d’adhérer au “Conseil pour la Paix” inventé par Trump…

Je donne ci-dessous le texte complet :

Vous vous souvenez de ce grand film américain, Un jour sans fin, avec Bill Murray et Andie MacDowell ? Personne ne voudrait vivre comme ça : répéter la même chose pendant des semaines, des mois voire des années. Et pourtant, c’est exactement ce que nous vivons maintenant. C’est devenu notre vie, et chaque forum comme celui-ci le prouve. L’année dernière, ici même à Davos, j’ai terminé mon discours par ces mots : “L’Europe doit savoir se défendre.” Un an plus tard, rien n’a changé, je dois me répéter. Pourquoi ?

Tout le monde se focalise sur le Groenland, et il est clair que la plupart des dirigeants ne savent tout simplement pas quoi faire à ce sujet. Il semble que tout le monde attend simplement que l’Amérique se calme, en espérant que cela passera. Et si ce n’était pas le cas ? On a tant parlé des manifestations en Iran, mais elles ont été noyées dans le sang. Le monde n’a pas assez aidé le peuple iranien, c’est vrai. Il est resté à l’écart.

En Europe, il y a eu les célébrations de Noël et du Nouvel An. Le temps que les politiques reviennent de congés, l’Ayatollah avait déjà tué des milliers de personnes. Et que deviendra l’Iran après ce bain de sang ? Si le régime survit, cela envoie un signal clair à chaque tyran : tuez assez de gens et vous resterez au pouvoir.

Regardons l’hémisphère occidental. Le président Trump a mené une opération au Venezuela et Maduro a été arrêté. Maduro attend son procès à New York. Désolé, mais Poutine n’attend aucun procès. C’est la quatrième année de la plus grande guerre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, et l’homme qui l’a déclenchée n’est pas seulement libre, il se bat encore pour dégeler son argent en Europe. Et vous savez quoi ? Il rencontre un certain succès.

Poutine essaie de décider comment les avoirs russes gelés doivent être utilisés, pas ceux qui ont le pouvoir de le punir pour cette guerre. Heureusement, l’UE a décidé de geler les avoirs russes indéfiniment et je lui en suis reconnaissant. Merci Ursula (NDLR : von der Leyen), merci Antonio (NDLR : Guterres) et tous les dirigeants qui ont aidé. Mais quand le temps est venu d’utiliser ces avoirs pour se défendre contre l’agression russe, la décision a été bloquée. Poutine a réussi cela. Il a réussi à arrêter l’Europe, malheureusement

Autre sujet : à cause de la position des États-Unis, les pays évitent maintenant d’évoquer la Cour Pénale Internationale. Et c’est compréhensible, c’est la position historique américaine. Mais en même temps, il n’y a toujours pas de progrès réel sur  d’un tribunal spécial pour l’agression russe contre le peuple ukrainien. Nous avons trouvé un accord, c’est vrai. De nombreuses réunions ont eu lieu, mais l’Europe ne s’est toujours pas dotée d’un tribunal spécial. Qu’est-ce qui manque ? Le temps ou la volonté politique ? Trop souvent en Europe, il y a quelque chose de plus urgent que la justice

En ce moment, nous travaillons activement avec nos partenaires sur des garanties de sécurité. Et j’en suis reconnaissant. Mais celles-ci sont pensées pour la fin de la guerre. Une fois que le cessez-le-feu commencera, il y aura des contingents, des patrouilles conjointes et des drapeaux multiples sur le sol ukrainien. C’est une très bonne étape, et le signal que le Royaume-Uni et la France sont prêts à engager réellement leurs forces sur le terrain. Merci Keir, merci Emmanuel et tous les dirigeants de notre coalition. Nous faisons tout pour nous assurer que notre « coalition des volontaires » devienne vraiment une coalition d’action

Encore une fois, tout le monde est très positif, mais il y a toujours un « mais ». Le soutien du président Trump est nécessaire. Aucune garantie de sécurité ne fonctionne sans les États-Unis. Mais qu’en est-il du cessez-le-feu lui-même ? Qui peut aider à ce qu’il advienne ? L’Europe adore parler de l’avenir mais évite d’agir dans le présent – une attitude qui définit le genre d’avenir qui nous attend. C’est bien le problème.

Pourquoi le président Trump peut-il arrêter les pétroliers de la flotte fantôme russe et saisir leur pétrole, mais l’Europe non ? Le pétrole russe est transporté le long des côtes européennes. Ce pétrole finance la guerre contre l’Ukraine ; ce pétrole aide à déstabiliser l’Europe. Donc le pétrole russe doit être arrêté, confisqué et vendu au profit de l’Europe. Pourquoi pas ? Si Poutine n’a pas d’argent, il n’y a pas de guerre. Si l’Europe a de l’argent, alors elle peut protéger son peuple. En ce moment, ces pétroliers rapportent de l’argent à Poutine, et cela signifie que la Russie continue de pousser son fol agenda.

Autre point, comme je l’ai déjà dit et le répéterai encore : l’Europe a besoin de forces armées unies, des forces qui peuvent vraiment la défendre. Aujourd’hui, l’Europe ne compte que sur la croyance suivante : si le danger advient, l’OTAN agira. Mais personne n’a vraiment vu l’Alliance en action. Si Poutine décide de prendre la Lituanie ou de frapper la Pologne, qui répondra ? Qui ? En ce moment, l’OTAN existe grâce à la croyance que les États-Unis agiront, qu’ils ne resteront pas à l’écart et qu’ils aideront. Et s’ils ne le font pas ? Croyez-moi, cette question est dans l’esprit de chaque dirigeant européen

Certains essaient de se rapprocher du président Trump, c’est vrai. D’autres attendent en espérant que le problème disparaîtra. D’autres encore ont commencé à agir, en investissant dans la production d’armes, en construisant des partenariats, en obtenant le soutien de l’opinion publique pour augmenter les dépenses de défense. Mais rappelons-nous d’une chose. Jusqu’à ce que l’Amérique fasse pression sur l’Europe pour qu’elle dépense plus pour sa propre défense, la plupart des pays n’essayaient même pas d’atteindre 5 % du PIB, le minimum nécessaire pour assurer leur sécurité…

L’Europe a besoin de savoir comment se défendre elle-même. Si vous envoyez 30 ou 40 soldats au Groenland, à quoi cela sert-il ? Quel message cela envoie-t-il ? Quel est le message à Poutine, à la Chine ? Et plus important encore, quel message cela envoie-t-il au Danemark, votre allié ? Soit vous déclarez que les bases européennes protégeront la région de la Russie et de la Chine et vous créez ces bases, soit vous risquez de ne pas être pris au sérieux, parce que nos soldats ne protégeront rien.

Et nous savons quoi faire si des navires de guerre russes naviguent librement autour du Groenland. L’Ukraine peut aider. Nous avons l’expertise et les armes pour nous assurer qu’aucun de ces navires n’y reste. Ils peuvent couler près du Groenland tout comme ils le font près de la Crimée, pas de problème. Nous avons les outils et nous avons les soldats. Pour nous, la mer n’est pas la première ligne de défense, donc nous pouvons agir et nous savons comment combattre là-bas si on nous le demandait, et si l’Ukraine était dans l’OTAN. Mais nous ne le sommes pas.

Quant à l’Iran, tout le monde attend de voir ce que l’Amérique fera. Le monde ne propose rien, l’Europe non plus. Elle ne veut pas entrer dans ce dossier en soutien du peuple iranien et de la démocratie. Mais quand vous refusez d’aider un peuple qui se bat pour la liberté, les conséquences vous reviennent au visage. Et elles sont toujours négatives. La Biélorussie de 2020 est l’exemple. Personne ne les a aidés et maintenant des missiles russes y sont déployés à portée de la plupart des capitales européennes. Cela ne serait pas arrivé si le peuple biélorusse avait gagné en 2020.

Et nous avons dit à nos partenaires européens plusieurs fois : agissez maintenant, agissez maintenant contre ces missiles en Biélorussie. Les missiles ne sont jamais juste de la décoration, mais l’Europe reste encore en « mode Groenland ». Peut-être qu’un jour quelqu’un fera quelque chose.

La question du pétrole russe est la même. C’est bien que de nombreuses sanctions existent, le pétrole russe devient moins cher, mais le flux ne s’est pas arrêté et les entreprises russes qui financent la machine de guerre de Poutine travaillent toujours. Et cela ne changera pas sans plus de sanctions. Nous sommes reconnaissants pour toute cette pression mais… soyons honnêtes, l’Europe doit faire plus pour que ses sanctions bloquent les ennemis plus efficacement.

Pourquoi est-ce important ? Parce que si l’Europe n’est pas vue comme une puissance internationale, si elle ne fait pas peur, alors elle sera toujours en train de réagir après-coup. Nous voyons tous que les forces qui essaient de détruire l’Europe n’ont aucun jour de répit. Elles opèrent librement, à l’intérieur même de l’Europe. Viktor (NDLR : Orban, président de la Hongrie) qui vit de l’argent européen tout en essayant de brader les intérêts européens mérite une petite remise en place. Et s’il se sent à l’aise à Moscou, cela ne veut pas dire que nous devrions laisser les capitales européennes devenir des petites Moscou.

Les missiles de la Russie sont produits parce qu’ils ont les moyens de contourner les sanctions. Tout le monde voit comment la Russie essaie de faire mourir de froid les Ukrainiens par moins 20 °C. Mais la Russie ne pourrait construire aucun missile balistique ou de croisière sans composants critiques d’autres pays. Et ce n’est pas juste grâce à la Chine. Trop souvent, les pays se cachent derrière l’excuse selon laquelle la Chine aide la Russie. Oui, elle le fait. Mais pas seulement elle. La Russie obtient des composants d’entreprises installées en Europe, aux États-Unis et à Taïwan.

En ce moment, beaucoup s’intéressent à la stabilité de Taïwan pour éviter une guerre, mais les entreprises taïwanaises peuvent-elles arrêter de fournir de l’électronique à la Russie ? L’Europe ne dit presque rien, l’Amérique ne dit rien et Poutine fabrique des missiles. Et je remercie chaque pays, bien sûr, et chaque entreprise qui aide l’Ukraine à réparer son système énergétique, c’est crucial. Merci à tous ceux qui soutiennent le programme nous aidant à acheter des missiles Patriot. Mais ne serait-il pas moins cher et plus facile de simplement couper la Russie des composants dont elle a besoin pour la production de missiles, ou même de détruire les usines qui les fabriquent ?

L’année dernière, nous avons passé beaucoup de temps à parler d’armes à longue portée pour l’Ukraine. Maintenant, personne n’en parle, mais les missiles russes et les drones Shahed sont toujours là, et nous avons les adresses des usines où ils sont fabriqués. Aujourd’hui ils visent l’Ukraine, demain cela pourrait être n’importe quel pays de l’OTAN.

Sauf qu’ici en Europe, on nous conseille de ne pas parler des Tomahawks aux Américains pour « ne pas gâcher l’ambiance ». Et on nous dit de ne pas évoquer les missiles Taurus. Les diplomates nous disent : « n’offensez pas la Grèce », et quand c’est la Grèce ils disent « soyez prudents avec la Turquie ». En Europe, il y a des disputes internes sans fin et des non-dits qui empêchent l’Europe de s’unir et de parler assez honnêtement pour trouver de vraies solutions

Et trop souvent les Européens se tournent les uns contre les autres – dirigeants, partis, mouvements et communautés – au lieu de se serrer les coudes pour arrêter la Russie. Au lieu de devenir une puissance mondiale, l’Europe reste un beau kaléidoscope, mais fragmenté, de petites et moyennes puissances. Au lieu de mener la défense de la liberté dans le monde, surtout quand l’attention de l’Amérique se déplace, l’Europe semble perdue, essayant de convaincre le président américain de changer. Mais il ne changera pas. Le président Trump s’aime. Il n’écoutera pas ce genre d’Europe.

L’un des plus grands problèmes dans l’Europe d’aujourd’hui, bien qu’on n’en parle peu, est l’état d’esprit. Certains dirigeants européens sont de l’Europe mais pas toujours pour l’Europe. Et l’Europe ressemble toujours plus à une géographie, une histoire, une tradition – pas une vraie force politique, pas une grande puissance. Certains Européens sont vraiment forts, c’est vrai, mais beaucoup disent « nous devons rester forts » et ils veulent toujours que quelqu’un d’autre leur dise combien de temps ils doivent rester forts, de préférence jusqu’à la prochaine élection. Mais ce n’est pas comme ça que fonctionne une grande puissance à mon avis.

Les dirigeants disent « nous devons défendre les intérêts européens » mais ils espèrent que quelqu’un d’autre le fera pour eux. Ils disent tous « nous avons besoin de quelque chose pour remplacer le vieil ordre mondial », mais où sont les dirigeants prêts à agir ? Agir maintenant : sur terre, dans les airs, en mer pour construire un nouvel ordre mondial. On ne peut pas construire le nouvel ordre mondial seulement avec des mots. Les actions créent le réel.

Aujourd’hui les États-Unis ont lancé le « Conseil de la Paix » (Board of Peace). L’Ukraine a été invitée, la Russie aussi, la Biélorussie, bien que la guerre n’ait pas cessé et qu’il n’y ait même pas de cessez-le-feu. Et vous avez vu qui l’a rejoint, chacun avait ses raisons. Mais voici le problème : l’Europe n’a même pas formé une position unie sur ce Board of Peace. Peut-être que ce soir, quand le Conseil Européen se réunira, ils décideront quelque chose, mais les documents étaient déjà signés ce matin. Et ce soir ils pourraient aussi enfin décider quelque chose sur le Groenland

Mais la nuit dernière Mark Rutte (NDLR : secrétaire général de l’OTAN) a parlé au président Trump. Merci Mark pour votre action. L’Amérique change déjà sa position, mais personne ne sait exactement comment. Donc les choses bougent plus vite que nous, les choses bougent plus vite que l’Europe. Et comment l’Europe peut-elle suivre ?

Chers amis, nous ne devrions pas nous rabaisser à des rôles secondaires. Pas quand nous avons une chance d’être une grande puissance ensemble. Nous ne devrions pas accepter que l’Europe soit juste une salade de petites et moyennes puissances assaisonnée d’ennemis de l’Europe. Quand nous sommes unis, nous sommes vraiment invincibles. L’Europe peut et doit être une force mondiale ; pas réagir tard, mais définir l’avenir.

Cela aiderait tout le monde, du Moyen-Orient à toute autre région du monde. Cela aiderait l’Europe elle-même parce que les défis auxquels nous faisons face maintenant remettent en cause le mode de vie européen, où les gens comptent, où les nations comptent. L’Europe doit construire un monde meilleur, un monde sans guerre bien sûr. Mais pour cela l’Europe a besoin de force. Pour cela nous devons agir ensemble et agir à temps. Et surtout nous devons avoir le courage d’agir. Agir à temps.

Chers amis, pour assurer notre sécurité, la foi n’est pas suffisante. Aucune discussion n’est capable d’arrêter les guerres. Nous avons besoin d’action. Et du courage d’agir. Sans action maintenant… il n’y a pas de lendemain. Mettons fin à ce jour sans fin. C’est possible. Merci. Gloire à l’Ukraine (Slava Oukraïni). »

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Michel Béja