THINK

# DANS LE STYLE DE…

Comme je l’écris souvent, en grand défenseur de l’I.A contre laquelle l’on ne peut rien, comme l’on ne pouvait rien contre l’électricité, je n’utilise la fonction que pour une recherche en “mode IA” sur Google, qui rassemble tous les sites traitant de ma demande, un tel mode en ordonnant la reponse aisée à lire.

Par ailleurs, très souvent je “converse” avec l’agent I.A sur un thème souvent théorique ou philosophique. Conversations très fructueuse. Imaginer converser avec quelqu’un qui sait tout sur le sujet, sans bafouiller et reprend vos erreurs. Mieux que Socrate.

Je n’ai jamais écrit mes billets à l’aide l’IA. Jamais. J’aime bien mon style, tant pis pour moi. J’imaginais cependant qu’avec un bon prompt (une bonne consigne), on pouvait améliorer une phrase ou un paragraphe.

J’ai également appris qu’on pouvait même écrire un roman complet par ce biais. Dans d’autres billets, j’ai défendu le plaisir du texte qui gommait le débat sur son origine (le moi ou l’I.A.)

Aujourd’hui, jour d’ennui, comme il en existe beaucoup sans que nul n’ose le.dire (l’ennui est une faiblesse pour la vie nécessairement joyeuse (l’injonction de la doxa), je l’ai imaginé conté, cet ennui, par l’I.A. Histoire de ne plus m’ennuyer.

J’ai donc écrit mon petit “prompt” (la consigne) ce qui démontrait, au demeurant, que je ne m’ennuyais pas (l’ennui est souvent infécond).

J’ai demandé à “Claude I.A” d’écrire “DEUX PAGES D’UN DEBUT DE ROMAN EN CONTANT UNE JOURNÉE D’ENNUI, DANS LE STYLE DE :

  • Thélyson Orélien,
  • Fernando Pessoa
  • Gustave Flaubert

CI-DESSOUS LES RÉSULTATS BRUTS. JE NE COMMENTE PAS. Bluffé ? Énervé, satisfait ?

INTRODUCTION I.A. Pastiche original, sans reprise de texte. Je me suis appuyé sur ce qu’on dit de sa manière : une écriture foisonnante, traversée d’humour et de poésie, le goût de l’aphorisme et de la phrase faite pour rester, et la répétition et le rythme oral de la tradition caribéenne”.


Le jour où rien ne vint

Ce matin-là, le courant n’est pas venu. Il n’est pas venu hier non plus, ni avant-hier, mais hier on pouvait encore dire qu’il viendrait, et c’est cela, l’espoir : un mensonge qu’on se fait avec la bouche des autres.

Dieuseul se réveilla à cinq heures, non parce qu’il avait quelque chose à faire, mais parce que le coq du voisin, lui, avait quelque chose à prouver. Il resta couché. Le plafond de tôle commençait déjà à chauffer, doucement, comme une casserole sur laquelle personne n’a encore posé le riz. Il regarda le ventilateur. Le ventilateur le regarda aussi. Deux chômeurs en face l’un de l’autre, voilà ce que la maison contenait.

À six heures, il se leva. À six heures et quart, il avait fait le tour de ses obligations : pisser, boire de l’eau, constater qu’il restait de l’eau, s’en étonner. Il s’assit sur la galerie. La rue n’avait pas bougé depuis la veille. C’est une qualité des rues de chez nous : elles sont patientes, elles attendent avec nous, elles ont de la patience pour deux.

Madame Exantus passa avec son seau sur la tête. Elle dit « Bonjou » sans tourner le cou, parce que le seau commandait. Dieuseul répondit « Bonjou, madanm » et ce fut le plus grand événement de la matinée. Il le garda un moment dans la bouche, pour le faire durer.

Vers sept heures, il alluma la radio à piles. Un homme parlait du prix du riz, puis du prix du carburant, puis du prix de la vie, et l’on comprenait que tout avait un prix sauf le temps, que personne ne voulait acheter. Dieuseul éteignit. Le silence revint, qui est le seul visiteur fidèle.

Il essaya de lire. Il avait un livre, un seul, dont la couverture avait connu l’humidité de trois saisons de pluie et en avait gardé les rancunes. Il lut la première phrase. Il la relut. Il la lut une troisième fois, et comprit qu’elle n’était pas difficile : c’était lui qui n’était pas là. Son corps était assis sur la galerie ; le reste était parti faire un tour, sans laisser d’adresse.

À neuf heures, la chaleur s’installa pour de bon, comme un créancier qui retire son manteau. À dix heures, une mouche choisit son front. Il ne la chassa pas. Il se dit qu’elle avait sans doute plus à faire que lui, et qu’il fallait respecter les gens occupés.

Il y a un ennui qui est une paresse, et il y a un ennui qui est une faim. Le premier, les riches le connaissent, ils lui donnent des noms savants et s’en vont en voyage pour le guérir. Le second, nous l’avons dans les os. Il ne demande rien. Il se contente d’être là, comme un oncle qu’on n’a pas invité et qui mange quand même.

À midi, Dieuseul mangea un morceau de pain avec rien dessus. C’était un bon pain ; c’était le rien qui laissait à désirer. Il pensa à sa mère, qui disait : « Le ventre n’a pas d’oreilles. » Il n’avait jamais compris la phrase. Aujourd’hui non plus. Mais il y avait tout le temps de la comprendre, et c’était bien là le problème : le temps ne manquait de rien, sauf d’usage.

L’après-midi, la lumière devint jaune, lourde, presque comestible. Les enfants rentrèrent de l’école, ou de ce qu’on appelle encore l’école quand on n’a pas le courage d’un autre mot. Ils couraient. Dieuseul les regarda courir avec la gravité d’un homme qui regarde passer un train dans lequel il n’a pas de billet.

Il compta les tôles du toit d’en face : quarante-deux. Il les recompta : quarante et une. Quelque chose, quelque part, avait disparu entre deux regards, et personne n’avait porté plainte.

Quand le soir tomba, il tomba d’un coup, sans prévenir, comme tombent les choses fatiguées. Dieuseul resta assis. Il attendait, mais il ne savait plus quoi, et c’est le signe qu’on attend depuis longtemps : à la fin, l’attente n’a plus besoin d’objet, elle se tient toute seule debout, comme un mur resté après la maison.

Alors, très loin, quelqu’un cria. Pas un cri de malheur, juste un cri, de ceux qu’on jette dans la nuit pour vérifier qu’elle est bien là. Dieuseul leva la tête, et pour la première fois de la journée, il eut peur, et cette peur-là, il faut le dire, lui fit presque du bien.

FERNANDO PESSOA

Pastiche original, sans reprise de texte. J’ai retenu la voix de Bernardo Soares dans le Livre de l’intranquillité : le comptable lisboète, l’ennui métaphysique, la précision presque comptable de la rêverie, le paradoxe qui retourne chaque évidence.


Journée ordinaire

Je me suis réveillé comme on reprend un emploi : sans l’avoir demandé, mais avec l’exactitude de ceux qui ne se plaignent pas. Il pleuvait peu, d’une pluie sans conviction, qui ne justifiait ni le parapluie ni l’espoir. Le jour entrait dans la chambre par la fente des volets, et je compris qu’il faudrait le vivre tout entier, jusqu’au bout, comme on termine un registre dont on a perdu la clef.

Je ne m’ennuie pas parce qu’il ne se passe rien. Je m’ennuie parce que tout ce qui se passe se passe à côté de moi, dans une pièce voisine dont je perçois les voix mais dont j’ai oublié la porte. L’ennui n’est pas un vide : c’est une plénitude qui n’a pas trouvé son destinataire.

Je descendis la rue. Les tramways passaient avec cet air de certitude qu’ont les choses qui savent où elles vont, et je les enviai, sans amertume, comme on envie un mathématicien. Au coin de la rue des Doreurs, le marchand de journaux me tendit sa feuille du matin. Nous échangeâmes un mot sur le temps. Il dit que cela allait se lever. Je dis que oui. Aucun de nous deux n’y croyait, et cette unanimité dans l’incrédulité est, je crois, la forme la plus pure de la sociabilité.

Au bureau, Moreira avait déjà ouvert les livres. Il les ouvre toujours avant moi, avec la dévotion du sacristain qui précède l’office. Je pris place. Devant moi, des colonnes de chiffres : doit, avoir, doit, avoir. Je songeai que toute vie tient dans cette partie double, et que l’erreur de la plupart des hommes est de croire qu’une colonne finit par l’emporter. Elles s’équilibrent. C’est cela, le drame : elles s’équilibrent toujours, et il ne reste rien.

Vers dix heures, je cessai d’écrire sans cesser de tenir la plume. Il est un moment, dans les bureaux, où le corps continue le travail pendant que l’âme se retire sur la pointe des pieds. Je regardai par la fenêtre. Un pan de ciel gris, un morceau de mur, et un pigeon qui exécutait sur la corniche une démonstration d’indifférence que je jugeai parfaite. Je me demandai ce qu’il pensait de moi. Je conclus qu’il ne pensait pas, et que c’était là une supériorité dont je ne guérirais pas.

À midi, M. Vasques passa et dit : « Cela avance ? » Je répondis : « Cela avance. » Nous mentions avec la tranquille probité de deux hommes qui ont compris que la politesse est une métaphysique mineure, et qu’avancer, en comptabilité comme ailleurs, c’est simplement ne pas reculer devant les mêmes chiffres.

Je déjeunai dans la petite taverne que je fréquente. On m’y connaît sans me connaître, et c’est mon rapport préféré avec le monde. Le garçon pose l’assiette, je mange, le temps passe en sourdine, et je goûte cette liberté singulière de n’être attendu nulle part. Il y a des jours où je donnerais tout pour qu’on m’attende. Il y en a d’autres où cette idée me terrifie. Je n’ai jamais su déterminer lequel de ces deux hommes est le vrai.

L’après-midi fut un long couloir. J’y avançai sans rencontrer personne, pas même moi, et je compris que l’ennui est cela : une rencontre manquée avec soi-même, à laquelle on s’obstine à se rendre chaque jour, par fidélité.

Vers cinq heures, la lumière devint ce jaune sale qui précède le soir à Lisbonne, et que je ne vois jamais sans éprouver la nostalgie d’un temps que je n’ai pas vécu. Je rangeai mes livres. Moreira me dit au revoir. Je lui dis au revoir. Dans toute la journée, voilà ce que j’avais accompli de plus réel : deux fois le même mot, adressé à un homme qui ne le prit pas pour un mensonge.

Dehors, la pluie avait cessé sans que personne l’eût remarqué. C’est ainsi que finissent les choses importantes : sans cérémonie, et sans témoin, sur le seuil d’un bureau, par un mardi quelconque que le monde ne retiendra pas, et que j’emporterai pourtant avec moi, intact, jusqu’à la fin, comme on emporte une dette dont on aurait oublié le créancier.

Pastiche original, sans reprise de texte. J’ai retenu la narration impersonnelle, l’imparfait qui fait durer, le style indirect libre, l’accumulation de détails exacts et l’ironie qui ne se signale jamais.


Le mardi d’Armand

Il pleuvait depuis la veille, d’une pluie fine et égale qui semblait n’avoir ni commencement ni raison de finir. Les gouttières de la rue des Tanneurs la versaient dans le ruisseau avec un bruit de crécelle, et les pavés, noircis, luisaient jusqu’à la place où se dressait l’église, dont l’horloge marquait neuf heures depuis trois semaines.

Armand Lheureux s’éveilla dans la chambre qu’il louait chez la veuve Pinchon, au-dessus de la boutique d’un bourrelier. Il demeura quelque temps les yeux ouverts, à considérer le papier de la muraille, qui représentait des bergers menant des moutons vers un temple en ruine, et dont il connaissait les moindres déchirures. Un des bergers avait perdu la tête sous une tache d’humidité ; on pouvait supposer qu’il s’en consolait.

Il se leva, se lava dans la cuvette, noua sa cravate devant un miroir piqué qui lui renvoyait un visage pâle, des favoris trop soignés, et cette expression de politesse inquiète que donne la fréquentation des supérieurs. Il avait vingt-huit ans. Il était second clerc chez maître Duchemin, notaire, et il comptait y rester jusqu’à ce que le premier clerc mourût ou s’établît, ce qui, vu la santé de ce dernier, n’était pas près d’arriver.

L’étude se trouvait sur la grande place, entre une mercerie et le bureau de tabac. On y montait par un escalier sombre, qui sentait le papier moisi, la cire et le chou. Armand accrocha son parapluie au clou accoutumé, salua le premier clerc, qui ne leva pas les yeux, et s’assit à son pupitre devant un acte de vente à grosses lettres, dont il devait faire la copie. Il s’agissait d’une pièce de terre en herbage, sise au lieu dit la Mare-aux-Corbeaux, que les héritiers Vauquelin cédaient au sieur Hamel moyennant la somme de quatre mille deux cents francs.

Il écrivit pendant une heure. La plume grinçait. Il n’entendait que ce grincement, le tic-tac de la pendule et, de temps à autre, la toux du patron derrière la cloison, une toux grasse, qui revenait comme un refrain. Quand il eut fini la deuxième page, il s’aperçut qu’il avait écrit deux fois le mot susdit, et dut la recommencer.

À onze heures, un paysan entra, le chapeau à la main, et demanda si M. Duchemin pouvait le recevoir. On lui dit d’attendre. Il s’assit sur une chaise de paille, posa son chapeau sur ses genoux, et ne bougea plus ; l’eau de ses sabots faisait peu à peu une mare sur le plancher. Armand le regarda. Il songea que cet homme avait peut-être une femme, des vaches, des procès, toute une existence enfin ; et cette pensée, qui l’eût autrefois ému, lui parut simplement fatigante.

On déjeuna au café de la Poste, à la table d’hôte, avec le receveur de l’enregistrement, un vétérinaire et deux commis voyageurs en quincaillerie. On parla du prix des grains, de la nouvelle route qu’on promettait depuis dix ans, et d’un cheval mort à Lisieux dans des circonstances singulières. Armand dit qu’il trouvait cela surprenant. Le vétérinaire en donna l’explication, qui fut longue. On servit ensuite un fromage ; puis le café, dont la vapeur se mêlait à celle des pardessus mouillés.

Il retourna à l’étude. L’après-midi fut semblable à la matinée, avec cette différence que la pluie, devenue plus forte, rendait la lumière si grise qu’il fallut allumer la lampe à quatre heures. Armand copia un contrat de mariage, un inventaire de mobilier, une quittance. Les mots défilaient sous sa plume — dot, douaire, communauté — sans éveiller en lui autre chose que le vague désir d’être ailleurs, et il ne savait où, car toutes les villes qu’il se représentait ressemblaient à celle-ci, avec plus de monde.

À six heures, le premier clerc referma son registre. On se salua. Dans l’escalier, Armand rencontra la servante du notaire, qui montait une bassinoire ; elle baissa les yeux, il toucha son chapeau.

Sur la place, les boutiques s’éclairaient une à une. Il n’avait rien à faire, personne à voir. Il marcha jusqu’au bout de la rue, puis revint sur ses pas, regarda un instant les gravures dans la vitrine du libraire, un portrait du roi, une vue de Naples, et rentra chez la veuve Pinchon, où l’attendait une soupe tiède. Il la mangea. Puis il monta, ôta ses bottes, et s’assit au bord du lit, devant les bergers. Il avait l’impression confuse que la journée s’était passée sans lui, et que le lendemain, qui lui ressemblerait, serait encore pire de n’avoir rien de pire à lui offrir.