# LA FOCALE GAZA, chapitre 3

HAINE DU JUIF ET TROMPERIES SÉMANTIQUES
Dans ce chapitre, on tente de déceler la roublardise des mots, des chartes, des expressions dans les mouvements palestiniens.
Il s’agit d’introduire un propos sur ce que nous nommons « la focale Gaza » concomitant de l’antisémitisme décomplexé, l’État d’Israël devenant celui des juifs sanguinaires, génocidaires.
L’installation de ce que certains analysent comme un nouveau discours ne l’est pas, du moins pour les terroristes palestiniens. Il est nouveau ailleurs, on analysera la nouveauté.
Du côté des terroristes, la trêve sémantique et, surtout « corporelle », destructrice du corps des juifs, s’achèvera par le 7 octobre.
LA GLISSADE : DU COMBAT CONTRE L’ÉTAT A LA HAINE DU JUIF, RESSUCITÉE
1 – Le slogan du mouvement houthi, mouvement yéménite affilié à l’Iran (aussi appelé Al-Sarkha, le cri) est : « Dieu est le plus grand, Mort à l’Amérique, Mort à Israël, Malédiction sur les Juifs, Victoire à l’Islam.
On remarque l’assemblage flagrant, sans équivoque entre Israël et les juifs dont on souhaite qu’ils soient maudits. On ne crie pas « Malédiction sur les américains ».
2 – Le cri houthi n’est rien comparé à la Charte initiale du Hamas de 1988, rédigée donc un an après sa fondation, le mouvement se définissant comme une branche des « frères musulmans », et l’antisémitisme y était claironné :
Elle citait un célèbre hadîth, une parole ou une action du prophète Mahomet présageant une guerre entre les musulmans et les juifs: « L’Heure ne viendra pas avant que (…) les pierres et les arbres eussent dit : « Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le. » (Article 7) ; « … tu trouves [les ennemis] sans cesse sur la brèche dans le domaine des médias et des films (…) [Ils agissent] par l’intermédiaire de leurs créatures membres de ces organisations sionistes aux noms et formes multiples, comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary, les sections d’espionnage, etc., qui toutes sont des nids de subversion et de sabotage » (Article 17) ; « Grâce à l’argent, ils règnent sur les médias mondiaux, les agences d’informations, la presse, les maisons d’édition, les radios, etc. » (Article 22)[7].
« Le plan sioniste n’a pas de limite ; après la Palestine, ils (les Juifs) ambitionnent de s’étendre du Nil à l’Euphrate… plus loin encore, et ainsi de suite. Leur plan se trouve dans Les Protocoles des Sages de Sion et leur conduite présente est une bonne preuve de ce qu’ils avancent » (Article 32)[11].
Le texte appelle explicitement à la destruction d’Israël et revendique toute la terre historique de Palestine, en refusant toute négociation.
Les analystes décelaient un antisémitisme, une influence de « l’idéologie nazie » sur la charte, sa focalisation sur les juifs, une volonté affirmée d’un État islamique en Palestine à la place d’Israël et des territoires palestiniens occupés » et à l’anéantissement et la disparition de l’État d’Israël, une judéophobie sans nuances, une convocation du Coran dans une interprétation meurtrière, l’obsession de l’instauration de la Charia, loi générale de l’Islam dans toute la région,
L’article 22 indiquait que « les ennemis ont amassé d’énormes fortunes qu’ils consacrent à la réalisation de leurs objectifs. À travers l’argent, ils ont pris le contrôle des médias du monde entier (…), ils ont financé des révolutions dans le monde entier (…), pour détruire les sociétés et promouvoir les intérêts du sionisme »ou encore l’article 32 qui assure que « le plan sioniste n’a aucune limite ; après la Palestine, ils veulent s’étendre du Nil jusqu’à l’Euphrate. Dès qu’ils ont occupé un espace, ils regardent vers un autre, conformément au plan qui apparaît dans les Protocoles des Sages de Sion »[
Pour l’universitaire Bassam Tibi, la charte du Hamas traduit l’évolution de la judéophobie (une « haine ») vers l’antisémitisme (une « idéologie génocidaire » initialement absente dans l’islam) au sein de la pensée islamiste.
Selon lui, cette évolution est due principalement au penseur Saïd Qotb, membre des Frères musulmans et « maître à penser de l’islamisme ». Il souligne par exemple que pour Saïd Qutb, l’islam mène une « guerre cosmique contre les Juifs » et les Américains (respectivement, le « mal » et les « Croisés ») dans le cadre d’un « jeu à somme nulle » ; ce qui expliquerait l’appel à l’éradication d’Israël, l’« État juif », mis en avant dans l’article 22 de la charte.
Jeffrey Herf, un autre analyste, estime également que la charte reflète bien les intentions et les motivations profondes du Hamas et qu’on devrait lui accorder plus d’importance quand on analyse les actions du mouvement islamiste, comme lors des différentes confrontations à Gaza entre 2006 et 2014.
Bassam Tibi partage les craintes de Herf. Il voit en effet dans l’éradication d’Israël prôné par la charte du Hamas le risque d’un « nouvel Holocauste » face auquel il met au défi « les européens qui soutiennent le Hamas (…) de répondre »[
Les aspects antisémites de ce document ont donc été dénoncés par nombre de cadres et proches du Hamas qui appelaient à l’annulation de texte ou à sa réécriture, la flagrance de l’antisémitisme, la haine du juif sans nuances, n’étant pas de nature à alimenter la compassion à l’égard du peuple palestinien.
STRATEGIE DE LA MODÉRATION SÉMANTIQUE
Un nouveau document émerge donc en 2007, en 42 points, qui révise la première charte ;
Désormais, le Hamas se présente comme un « mouvement palestinien islamique de libération nationale et de résistance » visant à libérer la Palestine, dans une « résistance armée » contre un projet « raciste, agressif, colonialiste et expansionniste » qu’est le sionisme, une lutte « contre les sionistes qui occupent la Palestine », mais non « contre les juifs en raison de leur religion ».
Le document prétend la fin de ses relations avec les Frères musulmans, enj tentant d’attirer ainsi l’Égypte dans ses filets, , désavoue le processus d’Oslo, rejette également la déclaration Balfour de 1917 qui annonçait un foyer juif en Palestine, ainsi que le plan de partage de la Palestine des Nations unies de 1947.
Le document s’éloigne des références religieuses, imagine un État palestinien démocratique avec « des élections libres et équitables », le respect des droits des Palestiniens et un rôle « fondamental » assuré aux femmes ;
Le texte fait un « clin d’œil » (J.F Legrain) aux positions de l’OLP des années 1970..
L’appel explicite à la destruction d’Israël » disparait donc dans les airs. Mais, on le verra, pas définitivement.
Mieux encore, certains ont pu déceler dans cette nouvelle charte une reconnaissance « indirecte » d’Israël
Le Hamas écrit ainsi « Il n’y aura aucune reconnaissance d’une légitimité de l’entité sioniste. Quelle que soit l’ampleur de l’occupation de la terre de Palestine » (article 19), tout en écrivant encore dans l’article suivant (20), avec une formule alambiquée qu’il reconnaît l’existence d’Israël dans ses frontières de 1967, dans le cadre d’un compromis dans « une formule de consensus national » sans, toutefois, jamais citer Israël : « le Hamas considère la création d’un État palestinien entièrement souverain et indépendant, avec Jérusalem comme capitale, selon les limites du 4 juin 1967, avec le retour des réfugiés et des déplacés vers les maisons d’où ils ont été expulsés »[
Cette mention du « droit au retour » est la pierre angulaire du palestinisme, le « retour des réfugiés dans leurs maisons » concomitant d’une réinstallation de certains de ces réfugiés en Israël. Cette revendication, partagée par tous les mouvements palestiniens, est reconnue par le droit international, font on connait les membres actifs à l’ONU.
L’on ne veut insister sur l’inexistence actuelle de ces anciens villages ou de leurs maisons « retrouvées » par les descendants des palestiniens qui ont déserté la terre, volontairement ou forcés. On sait, très simplement qu’il s’agit du biais flagrant de l’effacement, la déliquescence, l’absorbtion de l’État d’Israël.
On y reviendra, lorsque l’on analysera les solutions « batardes » au conflit, proposé par des antisionistes, antisionémites.
Il ne s’agissait, donc, dans cette nouvelle charte, que de poudre aux yeux sémantique.
Le chercheur allemand sur l’extrémisme et le terrorisme, Armin Pfahl-Traughber a parfaitement analysé l’absolue continuité dans le document de 2017 au regard du précédent de 1988. Il considère que la « modération formelle » de la nouvelle charte avait pour « objectif clair… la tromperie stratégique ».
L’on n’en veut pour preuve que la reprise dans la nouvelle charte de l’expression « du fleuve à la mer » pour marquer la revendication territoriale palestinienne, reprise à l’envi, Place de la République à Paris, par ceux dont on parie qu’ils ne savent pas de quel fleuve il s’agit, prenant le slogan, comme le terme de « génocide » comme un support magistral du discours anti-juif.
Cette expression révèle, à elle seule, « une intention correspondante de destruction caractérisée par la violence » envers l’État d’Israël. Il considère l’attaque du Hamas contre Israël du 7 octobre 2023 comme n’en étant que le dernier avatar.
Le diplomate américain Mark A. Green (en) du Woodrow Wilson International Center for Scholars fait, lui, remarquer que si le Hamas a déclaré dans sa charte de 2017 qu’il « rejette la persécution de tout être humain ou l’atteinte à ses droits pour des raisons nationalistes, religieuses ou sectaires », le groupe a néanmoins mené une attaque terroriste contre Israël le 7 octobre 2023, qui a fait au moins 1180 morts en Israël ;
Dans le prochain chapitre, on abordera l’analyse des discours qui surgissent après les attentats du 7 octobre.
Dans l’écriture de ce qui précède, on a simplement affimé que la circonvolution sémantique ne pouvait rien contre le désir diabolique de tuer les juifs maudits (« malédiction sur les juifs », comme le clament les houthis.
Les palestinien haineux du Hamas, adulés dans les universités américaines et européennes ne pouvaient, trop longtemps « s’empêcher », comme on dit dans un autre champ.
Il lui fallait, vite, revenir à son discours nodal, celui de sa charte originelle, qui lui manquait. Il s’est rassasié du retour de cette parole dans l’atrocité du 7 octobre, sur laquelle l’on reviendra évidemment.
Gaza allait devenir le seul discours dans le conflit, dans son analyse, Gaza et le « génocide ». Gaza, nom d’une bande géographique devenue presque le sigle fédérateur de la haine du juif. On posera la question.