ÇA ÉCRIT… SUR THÉLISON ORÉLIEN

Les vrais débats sont rares. Il en est un qui passionne, qui désespère, c’est selon. Celui de l’écriture par l’I.A, présentée comme celle de soi.
Il existerait un logiciel (Pangram) qui détecterait, immédiatement, l’écriture « I.A »
Thélyson Orélien, auteur d’un roman considéré comme le « phénomène de la rentrée littéraire », présent sur la plupart des listes des pré-nommés des grands prix, déjà vendu à 35 000 exemplaires et très présent dans les médias, a été couronné, il y a quelques jours, du prix Fnac, (lequel, en vérité est un petit prix de lecteurs de d’auditeus de France Inter, prix sans commune mesure avec celui de l’Académie française, mais je m’éloigne de mon sujet).
Il était aux anges Thélyson.
Cependant, drame et catastrophe ! Dans l’après-midi, un compte sur X, dénommé « Balance ton Claude », suivi alors par moins de 100 personnes, qui sont devenus des millions depuis, l’accusait : son livre avait été écrit « à 100 % par de l’IA ». Le logiciel Pangram, dédié à ce repérage l’avait décelé.
Samuel Fitoussi, chroniqueur au Figaro, très souvent énervé pour faire le buzz, écrivait, grand manitou de la morale que :
« Les victimes de l’affaire Orélien sont les 35 000 lecteurs qui ont cru passer des heures en compagnie d’un homme et de sa subjectivité, et qui découvrent, trahis, qu’ils les ont passées en compagnie d’un robot. Il y a une rupture du pacte moral qui lie un auteur à ses lecteurs. »
Les français, amateurs de débats souvent inutiles, se sont emparés de celui-ci, ce qui est une excellente chose, tant il est nodal.
La majorité accable Thélyson, les écrivains et les lecteurs téléchargent Pangram. Beaucoup démontrent son absence de fiabilité.
Thélyson Orélien et son éditeur, Grasset, nient catégoriquement. Thélyson assure avoir débuté l’écriture de son roman en 2017 et l’avoir achevé en 2019, bien avant l’I.A. avant que les intelligences artificielles accèdent au grand public. Ses « rythmes ternaires », que Pangram décèle comme étant « de l’I.A » constituent sa marque de fabrique littéraire, qu’il « rattache à la tradition littéraire haïtienne et caribéenne ».
Tous les articles, billets, chroniques se concentrent sur la fiabilité de Pangram.
Certains, ce qui devient assez grave dans l’intellectualité et le commentaire, osent prétendre (Élise Lepine, Le Point 22/09) que ;
« La récupération politique presque immédiate de l’affaire dit quelque chose de l’appétit d’une certaine classe politique pour ce type de scandale. La droite identitaire et les pourfendeurs du wokisme éditorial se sont emparés de l’affaire, instruisant un autre procès : celui d’un milieu littéraire qui aurait consacré un mauvais livre, écrit par un écrivain noir, parce qu’il raconte le parcours d’un migrant haïtien. Le soupçon technique sert un récit idéologique. La possible fraude d’un auteur devient celle de l’édition tout entière, coupable de préférer les bons sentiments à la littérature ».
Ce propos est assez ridicule. Cette chroniqueuse ferait mieux de passer à Télérama. Mais elle se rattrape et ne mérite pas cet opprobre.
En effet, persuadée de l’inanité de son texte, elle se reprend en écrivant que : Certains créateurs – comme le réalisateur Paul Schrader (scénariste de Taxi Driver et réalisateur de Oh, Canada), qui déclarait le 20 janvier 2025 dans une interview au Figaro : « Pourquoi les écrivains devraient-ils rester assis pendant des mois à se creuser la tête pour de bonnes idées alors que l’IA peut le faire en seulement quelques secondes ? » – revendiquent déjà un usage raisonné de l’intelligence artificielle. La prestigieuse école des Gobelins, consacrée aux métiers de l’image et de l’audiovisuel, propose quantité de formations incluant l’IA, comme « L’IA au service de l’écriture du scénario ».
Mais dans le monde littéraire, « écrit avec l’IA » devient la marque de l’infamie, quand bien même la formule recouvre un vaste champ de pratiques différentes : chercher une information, un synonyme, reformuler une phrase ou faire avancer une intrigue n’est pas la même chose que générer des chapitres entiers. Entre l’écrivain qui utilise un logiciel et celui qui lui confie clé en main la rédaction de son roman, il existe une immense zone grise que l’ère dans laquelle nous sommes entrés abolit allègrement.
« Écrit avec l’IA » signifie surtout une chose : dans le milieu de l’édition en crise, marqué par la chute des ventes, détraqué par les rachats par de grands groupes et les idéologies qu’ils défendent parfois, tous les coups sont désormais permis.
Elle a raison ici. Comme elle a tort d’écrire en convoquant la Loi et l’absence d’interdiction que :
« Déclare-t-on qu’une personne est laide, fausse ou moralement condamnable parce qu’elle a fait des injections de Botox ? Pris du Mounjaro pour maigrir ? Il n’existe, pour l’instant, aucune loi interdisant aux écrivains d’utiliser l’IA, tout comme il n’existe aucune loi interdisant de modifier son apparence physique en se faisant des injections. On peut dire que le résultat arnaque l’œil ou l’esprit, on peut le condamner moralement, mais on ne peut pas le rendre légalement invalide. Il n’existe pas plus de loi contre l’IA en littérature qu’il n’en existait au Moyen Âge contre les sculpteurs ou les peintres faisant travailler un atelier entier à leurs œuvres, contre les manuscrits produits par des moines copistes travaillant en collaboration, ni contre l’invention de l’imprimerie qui les a rendus obsolètes. Il n’existe pas de loi contre les dictionnaires de synonymes, contre les éditeurs qui interviennent sur les textes, contre les écrivains qui, comme Ken Follet, s’entourent d’une armada de collaborateurs pour produire leurs romans »
Le débat n’a rien à voir avec la loi ou la légalité.
Comme il n’a rien à voir avec le style (« Une prose trop lisse, trop régulière, trop riche en métaphores ou trop conforme aux attentes peut être versée au dossier. Un succès trop rapide peut devenir un indice de félonie. Un profil peut être pris pour cible par des détracteurs particuliers, pour des raisons idéologiques ». Elise Lepine, ibid).
Il n’a rien à voir, non plus avec l’infamie et la réputation entachée d’un écrivain.
Il n’a à avoir qu’avec le PLAISIR DE LA LECTURE.
S’il est réel, peu importe le sujet de son déclenchement, l’individu qui le crée.
Ça écrit, dirait Lacan.
Ça suffit, la gloire de l’intime, l’acclamation du « je ». La publicité du « moi » a fait long feu. C’est un lecteur de Flaubert qui vous l’écrit. Le temps n’est jamais le même.
Et si Thélyson Orélien a pu écrire avec l’I.A, par des prompts ingénieux (Un prompt est une instruction, une question ou une consigne )
Si notre auteur utilise une I,A pour qu’elle exécute une tâche et produire un roman agréable à lire, il ne peut qu’en être félicité.
Il devient lassant de lire ou d’écouter des spécialistes de l’écriture qui n’ont rien écrit à part la critique dans leur spécialité, tenter de s’instaurer moralisateur du vrai dans le récit.
Le monde est une aire qu’on capte, peu important l’instrument de la captation, Ecriture personnelle ou écriture guidée, seul le produit (le plaisir) compte.
PS ; Je reviendrai longuement sur ce sujet. En l’état ce billet d’humeur me convient, tout en précisant, comme je l’ai déjà écrit que je n’écris pas avec l’I.A, mais que je « converse’ » (voir mes billets de « conversation ») avec elle, ce qui génère un plaisir immense.