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# IRRUPTION DE MICHEL FOUCAULT

Comme Sartre et Levi-Srauss, le délégué aux sciences humaines du Maitre de l’Univers a accordé à Michel Foucault une descente rapide sur terre pour participer à un entretien sur l’IA, d’un point de vue épistémologique. Notre agent IA (GEMINI) se trouvait là, derrière un rideau et nous a envoyé le texte brut, qu’on reproduit ici

Michel Foucault — IA, Déni de la « mort de l’homme » cybernétique et triomphe de la norme.

Voyez-vous, je m’amuse toujours beaucoup — ou plutôt, disons que je m’agace poliment — de la façon dont les journalistes et les demi-philosophes s’empressent de fabriquer des ponts là où il n’y a que des fossés.

On vient me voir, l’œil humide d’effroi prophétique, en me disant : « Regardez, Monsieur Foucault ! Ces machines à calculer, ces cerveaux électroniques dont on remplit les usines et les bureaux, n’est-ce pas enfin la réalisation concrète de votre fameuse “mort de l’homme” ? N’entrons-nous pas dans une nouvelle épistémè, l’épistémè cybernétique, qui vient clore l’âge moderne ? »

À cela, il faut répondre le plus fermement possible : non. Absolument pas. Tout cela relève d’une confusion historique grossière, pour ne pas dire d’un contresens complet.

Quand j’écrivais, à la fin des Mots et les Choses, que « l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable », je ne prophétisais nullement l’avènement triomphant du robot, ni l’extinction biologique de l’espèce, et encore moins le remplacement de la chair par la tôle ou le transistor. Je décrivais un fait d’archive, une mutation du savoir. Je montrais simplement que cette figure qu’on appelle « l’homme » — ce curieux doublet empirico-transcendantal, à la fois sujet qui connaît et objet de la connaissance — n’est qu’une invention récente, apparue au tournant du XIXᵉ siècle dans le pli des sciences humaines, de la philologie, de la biologie et de l’économie politique. Une invention qui n’a pas deux siècles d’existence et dont les conditions de possibilité historiques étaient déjà en train de se défaire sous nos yeux, notamment avec la linguistique et la psychanalyse.

Or, que fait-on aujourd’hui avec cette prétendue « intelligence artificielle » ? Loin d’inaugurer une nouvelle épistémè, elle n’est rien d’autre que le dernier spasme, l’ultime avatar hypertrophié de l’épistémè moderne.

Elle ne détruit pas « l’homme » : elle le reconduit sous une forme maniaque, bureaucratique et comptable. Regardez comment fonctionnent ces dispositifs. Que mesurent-ils ? Que modélisent-ils ? Des performances, des flux langagiers, des régularités statistiques du comportement.

La machine n’est pas un nouvel être métaphysique ; elle est un instrument d’enregistrement des énoncés déjà produits par cet homme moderne qu’on prétend dépassé. Ce n’est pas une rupture de l’ordre du savoir : c’est l’aboutissement logique de cette immense volonté de savoir, de cette obsession du calcul et de l’aveu qui caractérise l’Occident depuis le XVIIIᵉ siècle. Parler d’une « épistémè de la mécanique » ou de la « pensée-machine », c’est commettre une lourde erreur de méthode archéologique. L’âge classique — celui de Descartes, de Port-Royal, de Leibniz — connaissait déjà l’automate, mais il l’inscrivait dans l’espace du tableau, de la taxinomie générale des représentations.

Aujourd’hui, votre intelligence artificielle ne fonde aucun nouveau régime de vérité : elle ne fait qu’industrialiser les règles discursives existantes.

Elle s’insère avec une docilité parfaite dans ce que j’ai appelé les dispositifs de sécurité et la gouvernementalité biopolitique. Car c’est là que se trouve le véritable enjeu, et non dans des rêveries métaphysiques sur la conscience des ordinateurs : à quoi servent réellement ces algorithmes ? À gérer les populations. À anticiper les flux de criminalité, à réguler la circulation des marchandises, à trier les normaux et les anormaux, à optimiser la productivité du travail.

Ils ne sont pas l’aurore d’un esprit machique : ils sont le raffinement technique du panoptisme. Un panoptisme moléculaire, diffus, intériorisé, où chaque individu alimente lui-même le registre chiffré qui servira à le surveiller et à le classifier.

Alors, de grâce, cessons de faire de l’IA une eschatologie. La machine ne pense pas plus qu’une fiche cartonnée dans un bureau de police du XIXᵉ siècle ne pensait le délinquant qu’elle fichait. Elle est seulement le lieu d’exercice d’un nouveau pouvoir disciplinaire, infiniment plus souple, plus silencieux, plus insidieux.

L’homme de l’humanisme traditionnel disparaît peut-être, oui, mais il ne laisse pas sa place à un successeur en fer-blanc : il laisse sa place à un réseau d’assignations, de contrôles statistiques et de corrélations où la question du « sujet » ne se pose même plus. Ce n’est pas le règne de la machine ; c’est le triomphe absolu de la norme.