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# LA FOCALE GAZA, chapitre 5

GAZA, CISJORDANIE, ISRAËL
PLAGE DE GAZA, 21/06/2026. PHOTO PARIS-MATCH

CHAPITRE V – GAZA AVANT L’ATTENTAT.

il s’agit ici de rappeler l’état des lieux, la situation politique dans les relations entre Israël et ses « voisins » belligérants et/ou hostiles (Gaza, Cisjordanie, Liban du Hezbollah)

GAZA NON COLONISÉE : PLAGES, TUNNELS ET BLOCUS

A – LES HABITANTS, STATUT DE RÉFUGIÉS, UNRWA.

Avant le 7 octobre 2023, la bande de Gaza concentrait déjà environ 2,2 millions d’habitants sur 365 km² (l’une des densités les plus fortes au monde), dont près de la moitié étaient des mineurs et plus de 70 % des réfugiés enregistrés par l’UNRWA avec avantage et subsides en relation avec le statut.

L’on rappelle que cet organisme gère les Réfugiés de Palestine (Toute personne dont le lieu de résidence normal était la Palestine entre le 1er juin 1946 et le 15 mai 1948, et qui a perdu à la fois son habitation et ses moyens de subsistance à la suite du conflit de 1948). Une transmission héréditaire aux descendants de génération en génération : son mandat est régulièrement renouvelé par l’Assemblée générale de l’ONU (généralement tous les trois ans, malgré son statut originellement temporaire

B – BLOCUS ISRAÉLIEN ET ÉGYPTIEN

Le territoire était marqué par un blocus prolongé, (depuis 2007). Après le désengagement militaire israélien de 2005 (on rappelle encore que Gaza n’est pas, comme la Cisjordanie, colonisée, aucun israélien n’étant présent), puis la prise de pouvoir par la force du Hamas face au Fatah en 2007, ​Israël a imposé un blocus terrestre, aérien et maritime très strict, justifié par des impératifs de sécurité et la prévention des tirs de roquettes et du réarmement du Hamas., faits non contestables dans leur réalité

Ainsi, Israël contrôlait les points de passage (check points), notamment Erez pour les personnes et Kerem Shalom pour les marchandises), l’espace aérien, la zone maritime (restreinte entre 3 et 15 milles nautiques selon les tensions), ainsi que le registre d’état civil.

Quant à L’Égypte, ellle maintenait le passage de Rafah (au sud), souvent fermé ou soumis à des autorisations restrictives, en coordination étroite avec les autorités israéliennes.

Il n’est pas inexact d’affirmer que les déplacements des habitants étaient extrêmement limités, soumis à un système de permis (motifs médicaux urgents, étudiants ou rares permis de travail).

Il n’est non pas moins vrai que la volonté du Hamas de détruire et tuer était scandée, clamée et mise en œuvre par le tir de roquettes, heureusement interceptées ou inefficientes.

Les discours sur « la prison à ciel ouvert », comme tout discours pro-palestinien omet, curieusement, de mauvaise foi, ce fait incontournable de la haine d’Israël et ses succédanés. On bloque pas un négociateur. On bloque un ennemi sanguinaire (le Hamas)

​C – L’AIDE, COMME SEULE ÉCONOMIE

​Un taux de chômage de 45%. La quasi – totalité de de la population dépendait des aides de l’UNrwa. Le Qatar finançait également le carburant pour la centrale électrique et distribuait des allocations directes aux familles défavorisées avec l’aval d’Israël.

D – ESCALADES MILITAIRES

​La guerre continuait, le Hamas, qu’on le veuille ou non, refusant l’existence d’Israël, ne voulant pas faire de la Bande Gaza, un premier territoire d’un futur État palestinien.

Ainsi entre 2008 et 2023, Gaza a traversé plusieurs guerres et opérations militaires majeures ainsi que des frappes récurrentes (notamment contre le Jihad islamique en mai 2023 ou contre une « marche du retour »), concomitantes de morts militaires et civiles. Israël n’a jamais frappé pour frapper. Nul ne peut le contester.

E – DOMINATION INTÉGRALE DU HAMAS

Sur le plan intérieur, le Hamas gérait le quotidien d’une main de fer, réprimant toute dissidence politique, les mouvements sociaux (comme les manifestations « Bidna Na’ich » / « Nous voulons vivre » contre la vie chère en 2019 et à l’été 2023) et les journalistes indépendants.

Le mouvement consacrait une grande partie de ses ressources au développement de son aile militaire (les brigades Izz al-Din al-Qassam) : fabrication d’armes, creusement d’un vaste réseau souterrain (« le métro de Gaza ») et préparation armée.

L’ONU avait alerté dès la décennie 2010 sur le risque que Gaza devienne « invivable », un diagnostic largement vérifié par la dégradation continue des conditions de vie jusqu’à l’automne 2023.

Entre sa prise de contrôle de la bande de Gaza en juin 2007 et le 7 octobre 2023, le Hamas a exercé un pouvoir sans partage sur le territoire. Cette gouvernance s’articule autour d’une double nature : gérer l’administration civile d’une population sous blocus tout en maintenant sa priorité idéologique et militaire de « résistance armée ». Censure de la Presse, des ONG, de la Société civile, détentions.arbitraires, service de sécurité intérieure type KGB, étouffement des contestations sociales : Les mouvements populaires spontanés réclamant de meilleures conditions de vie — notamment le mouvement « Bidna Na’ich » (« Nous voulons vivre ») en 2019 puis à l’été 2023 — ont été violemment réprimés par la police du Hamas (arrestations massives, passages à tabac).

F – ISLAMISATION DE L’ESPACE

​Sans imiter l’Iran, regime théocratique, le Hamas a mis en œuvre une islamisation contrainte : tentatives d’imposer le port du voile aux avocates ou aux lycéennes, séparation des sexes dans certains espaces publics, interdiction pour les femmes de fumer le narguilé dans les cafés en plein air, révision des programmes scolaires pour y inclure une doctrine religieuse et nationaliste stricte, mise en place de cours d’entraînement militaire pour les adolescents dans les écoles secondaires (futuwwa), et montée en puissance de tribunaux appliquant une lecture conservatrice du droit islamique (charia) pour le statut personnel.

​G – TAXATION LOURDE

​Pour financer son appareil d’État et sa branche armée, a lourdement taxé les biens de consommation courante, le carburant, les cigarettes et les importations transitant par le point de passage commercial de Kerem Shalom (avec Israël) ou par Rafah (avec l’Égypte).

L’économie des tunnels (jusqu’au milieu des années 2010) : Avant leur destruction massive par l’Égypte, le Hamas gérait et taxait les centaines de tunnels de contrebande sous la frontière avec le Sinaï, source majeure d’enrichissement pour ses cadres.

 À partir de 2018, avec l’accord d’Israël, le Qatar injectait des dizaines de millions de dollars mensuels en espèces pour payer les salaires des fonctionnaires civils du Hamas et distribuer des aides directes aux familles pauvres, ce qui permettait d’éviter, il est vrai (l’on tempéra ici notre propos sur le Qatar), un effondrement complet du tissu social.

​H – MILITARISATION​

Les brigades Izz al-Din al-Qassam : L’aile militaire fonctionnait de manière presque autonome vis-à-vis du bureau politique civil, captant les ressources technologiques, matérielles (ciment, fer détournés des reconstructions) et financières pour bâtir les tunnels et développer les arsenaux de roquettes.

Sous la direction de Yahya Sinwar (chef du bureau politique à Gaza à partir de 2017), la ligne dure militaire a pris le pas définitif sur la branche politique extérieure, orientant l’ensemble des ressources de la bande de Gaza vers la confrontation armée. Nul, y compris les intéressés, ne le conteste.

Avant le 7 octobre 2023, la bande de Gaza fonctionnait ainsi sous une perfusion financière internationale massive pour éviter un effondrement humanitaire complet. Les flux d’aide annuels se chiffraient entre 1,5 et 2 milliards de dollars, répartis entre plusieurs acteurs aux canaux et objectifs distincts.

UNNRWA : L’agence de l’ONU pour les réfugiés de Palestine représentait la colonne vertébrale des services de base à Gaza (environ 1,4 million de bénéficiaires directs). Gaza absorbait environ 500 à 600 millions de dollars par an sur le budget global de l’UNRWA. Gestion des écoles primaires et secondaires, centres de santé primaires, assainissement des camps de réfugiés et distribution de rations alimentaires trimestrielles à plus d’un million de personnes. Les donateurs principaux : Les États-Unis (environ 300 à 350 millions $/an au niveau global sous Biden), l’Union européenne et ses États membres (notamment l’Allemagne, la Suède, la France), ainsi que le Japon.

QATAR : Mis en place à partir de 2018 avec l’accord explicite d’Israël et le suivi de l’ONU ​un montant d’environ 360 millions de dollars par an (soit environ 30 millions de dollars par mois). Achat de fioul industriel israélien pour faire tourner l’unique centrale électrique de Gaza (environ 10 millions $/mois), ​allocations aux familles pauvres, ​salaires administratifs, y compris le paiement des fonctionnaires civils de l’administration du Hamas (santé, éducation).

AUTORITÉ PALESTINIENNE : (Ramallah). Bien qu’en conflit politique ouvert avec le Hamas, l’Autorité palestinienne continuait de financer une part importante des dépenses courantes de l’enclave :​Montant : Estimé entre 1,2 et 1,5 milliard de dollars par an (directs et indirects).Destinations :Salaires et retraites des dizaines de milliers de fonctionnaires de l’ex-administration Fatah restés chez eux depuis 2007.Factures d’électricité et d’eau livrées à Gaza par les compagnies publiques israéliennes (déduites directement par Israël sur les taxes douanières collectées pour l’Autorité palestinienne).Envois de médicaments et financement des évacuations sanitaires hors de Gaza.

UMNION EUROPÉENNE ET AIDE HUMANITAIRE BILATÉRALE et l’aide humanitaire. Environ 150 à 200 millions d’euros par an dédiés aux projets d’urgence à Gaza : adduction d’eau, stations de dessalement, soutien au secteur médical et subventions directes aux ménages très vulnérables. Agences de l’ONU complémentaires : Le Programme alimentaire mondial (PAM) injectait plusieurs dizaines de millions de dollars par an en bons d’achat alimentaires.ONG internationales et agences de développement : USAID (jusqu’à son arrêt sous Trump puis reprise partielle), l’Agence française de développement (AFD), la GIZ allemande ou le Croissant-Rouge turc finançaient des projets d’infrastructures locales (épuration de l’eau, cliniques, réhabilitation après les conflits).

​Récapitulatif des flux principaux

Acteur / BailleurMontant annuel moyen estiméDestination principale
UNRWA (US, UE, Allemagne, etc.)~500 – 600 M$Écoles, santé de base, aide alimentaire directe
Autorité palestinienne~1 200 – 1 500 M$Traitements fonctionnaires Fatah, électricité/eau israéliennes
Qatar~360 M$(30 M$/mois)Carburant centrale électrique, cash aux foyers pauvres
UE / PAM / ONG internationalesLe volet militaire (Iran) : Hors circuits civils et bancaires officiels, l’Iran finançait directement la branche militaire du Hamas (les brigades al-Qassam) et le Jihad islamique, à hauteur estimée de 70 à 100 millions de dollars par an, acheminés par cryptomonnaies, valises de billets via des circuits de contrebande (hawala) ou matériels militaire~200 – 300 M$



​Récapitulatif des flux principaux

Acteur / BailleurMontant annuel moyen estiméDestination principale
UNRWA (US, UE, Allemagne, etc.)~500 – 600 M$Écoles, santé de base, aide alimentaire directe
Autorité palestinienne~1 200 – 1 500 M$Traitements fonctionnaires Fatah, électricité/eau israéliennes
Qatar~360 M$(30 M$/mois)Carburant centrale électrique, cash aux foyers pauvres
UE / PAM / ONG internationalesLe volet militaire (Iran) : Hors circuits civils et bancaires officiels, l’Iran finançait directement la branche militaire du Hamas (les brigades al-Qassam) et le Jihad islamique, à hauteur estimée de 70 à 100 millions de dollars par an, acheminés par cryptomonnaies, valises de billets via des circuits de contrebande (hawala) ou matériels militaire~200 – 300 M$



A l’issue de ce chapitre, l’on ne peut que retenir, sans s’appesantir les faits suivants : les palestiniens, du moins le Hamas avait parfaitement la possibilité de construire un début d’État, L’aide, déjà conséquente, aurait été améliorée par cette volonté. Le Hamas a préféré la guerre et la haine d’Israël au détriment du peuple. Il est trop facile pour « les antisionémites » de prétendre qu’une « prison à ciel ouvert » ne pouvait se développer. Il s’agit là d’une contre-vérité.

D’une part, le blocus n’était qu’une riposte à la volonté obsessionnelle de la guerre, Israël ne pouvant être « supportée » sur une terre considérée « d’islam » par le Hamas. Par ailleurs, le blocus n’empêchait uniquement l’argent donné de prospérer dans une économie.

Le Hamas a préféré l’investir dans les armes et, d’abord, dans les tunnels. Ceux qui ont servi, notamment, à isoler, torturer les otages kidnappés lors de l’attentat du 7 octobre, pogrom qui ne sera pas le dernier selon un membre politique du Hamas (cf supra, billet « entracte »). On continue plus tard. On sait encore si l’on va aborder immédiatement la question de la Cisjordanie occupée, dans le même type de présentation que ce qui précède ou plutôt en venir à l’attentat pour exposer ensuite l’état des lieux (État palestinien, colonisation de la Cisjordanie, Iran, houthis, Liban, Hezbollah, ambiance onusienne, européenne etc.) On verra.