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# EFFET DUNNING-KRUGER

Dans le maniement ironique et clairvoyant du « marteau théorique », je me suis entendu, aujourd’hui, rappeler à un interlocuteur quse plaignait de la radicale arrogance des incompétents, lesquels imaginent pouvoir être à la hauteur de l’enjeu discursif, que « c’est l’effet Dunning-Kruger ».

Évidemment, celui qui se plaignait de l’incompétence, l’inculture, la non-pensée de l’Autre, subissait, lui aussi, très incompétent, cet « effet ».

Je m’étais souvenu de cette théorie, que j’avais exposée, dans un temps professoral. Je clamais qu’il fallait étudier, plonger dans le sujet débattu avant de débattre, l’opinion n’étant pas « innée » et toutes ne se valant pas, que la lutte contre l’incompétence (qui peut être l’apanage d’un intelligent était primordiale.

Donc « Dunning-Kruger ». Ce sont deux noms de psychologues américains (David Dunning  et Justin Kruger), découvreurs, en 1999, de l’effet de « surconfiance » des incompétents.

En bref : les plus incompétents, les moins qualifiés, les ignorants si l’on veut, surestiment leur compétence.

Les personnes non qualifiées possèdent cette non-qualification qui les empêchent de constater leur incompétence. Ils se glorifient de leurs capacités pourtant limitées. Etant observé que l’effet inverse est induit : les personnes les plus compétentes, les plus qualifiées, sous-estiment leurs facultés.

Darwin le disait déjà  « l’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance ». Ainsi (je cite)

  •   la personne incompétente tend à surestimer son niveau de compétence ;
  • la personne incompétente ne parvient pas à reconnaître la compétence de ceux qui la possèdent véritablement ;
  • la personne incompétente ne parvient pas à se rendre compte de son degré d’incompétence ;

Il faut, à cet égard nuancer et donner une mesure. En effet, l’étude n’a pu révéler cet effet que chez les occidentaux. Une étude sur des asiatiques aboutit à un effet contraire : on se sous-estime et on veut s’améliorer. Ce qui ne rend pas, au demeurant compétent, la volonté étant chose difficile et souvent un simple mot vain et inutile, lancé par les incompétents du sentiment. Les asiatiques sont peut-être « survolontaires ». Ce qui n’est peut-être que rien du tout.

La compétence se cache : à force de se terrer dans la modestie, le compétent finit par tout accepter, y compris l’effet « Dunning-Kruger ». Le pire, c’est lorsqu’il fait semblant. Et n’ose asséner une théorie difficile, pour tenter de convaincre, la peur au ventre de la prétendue immodestie. C’est à ce stade qu’on devient plat. Vaut mieux se poser la question de savoir si, dans une conversation, l’on est dans l’effet DK et son effet contraire. Puis, c’est selon, dire qu’on sait mieux que d’autres.

Moi, par exemple, maniant les effets de l’effet, je dis toujours que je ne sais pas jouer aux échecs. C’est parfaitement vrai. Mais ça rassure ceux qui imaginent que je me targue de savoir. Ce qui, je l’assure n’est pas vrai. Sauf lorsque je sais.

Dans la lignée de l’effet D.K, certains considèrent qu’il devient lassant de voir la parole du monde volée par l’ignorant et que, tant pis pour la modestie, c’est une fausse soeur qu’il faut combattre.