SUR CLÉMENT ROSSET

Des conversations récentes ont pu permettre de se référer à Clément Rosset, souvent cité dans ce site, décédé en 2018.
Il est vrai que sa philosophie du réel qui se suffit à lui-même, qui n’a pas de « double », lequel se terrerait dans son interprétation religieuse, idéologique, théorique est assez singulière. Seul le « réel » existe, le reste, son explication n’étant que balivernes pour le fuir. Et il faut l’accepter avec joie.
Je donne donc en format pdf, téléchargeable (double flèche, à droite de la barre, « outils/enregistrer ») ou lecture directe (« full screen ») une petite synthèse de sa philosophie. Bonne lecture.
PS. Pour donner à lire son style clair et facétieux, je colle un extrait de l’un de ses entretiens (avec Alexandre Lacroix de Philosophie Magazine) sur LE CAMEMBERT
LE CAMEMBERT PAR CLÉMENT ROSSET
Qu’est-ce qu’un morceau de camembert ?
Clément Rosset : Mon ami et collègue Vincent Descombes m’a dit un jour : « Toi, tu es un théologien du camembert. On a la théologie qu’on peut… » Il faisait allusion à cette page de mon essai L’Objet singulier, dans lequel je pastiche le passage de la deuxième méditation de Descartes consacré au morceau de cire. Mon argument à propos du camembert est le suivant : chaque objet est singulier et il est impossible de décrire sa singularité. Toutes les descriptions que nous pouvons donner d’un objet procèdent par voie de comparaison avec un étalon, un autre objet servant de référence. Ainsi, je peux comparer le camembert et le livarot ou le pont-l’évêque, mais dire ce qu’il est en lui-même, décrire sa saveur particulière, surtout quand il est bon, j’en suis incapable. Le camembert est à lui-même son propre patron. Un courtisan prétendait qu’il était difficile de louer Louis XIV, puisque celui-ci rayonnait de si merveilleuses qualités qu’il était à nul autre semblable, comparable seulement à lui-même. Cette propriété du Roi-Soleil est aussi celle du camembert au lait cru, comme d’ailleurs de tout objet réel.