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# FRANCE INTER-DICTION, SUITE

Suite de notre billet sur Radio France et Charles Sapin, journaliste de Vlzurs Actuelles.

On donne l’excellent l’article du Figaro, souvent excellent journal, auquel on peut s’abonner pour quelques euros par mois, en numérique.

« Ils sont invirables et se considèrent comme les propriétaires de la radio » : ces salariés de France Inter qui mettent la pression sur la direction pour interdire un chroniqueur de droite

Par Amélie Ruhlmann

Publié le 04/09/2026 à 19h23

RÉCIT – Faute d’obtenir la tête d’un éditorialiste venu de Valeurs Actuelles, les syndicats de Radio France ont déposé un préavis de grève le dimanche 13 et le lundi 14 septembre.

Pas une seule fois le nom de Charles Sapin n’a été prononcé, jeudi soir, lors de la conférence de rentrée de Radio France. C’est de manière détournée que Sibyle Veil a plaidée en faveur du maintien du directeur adjoint de Valeurs actuelles sur les ondes de France Inter. « Un groupe de radio, ça ne se dirige pas en cochant des noms sur une liste », a revendiqué la présidente du groupe, après avoir égrené ceux de Patrick Cohen, Sophia Aram et Alain Finkielkraut. Autant de personnalités « dont on (lui) a demandé la tête ».

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« Il nous est arrivé de décider de nous séparer d’une personnalité ou d’une autre pour une décision qu’on estimait juste, mais on ne l’a jamais fait sous pression extérieure », a assuré la dirigeante, prônant une « maison ouverte, indépendante et impartiale. C’est comme ces dîners du samedi soir. Il y a toujours quelqu’un pour vous dire : “Si untel vient, je ne viens pas.” Finalement, tout le monde vient, et on finit par passer tous une excellente soirée. »

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Aucun signe d’apaisement n’est pourtant en vue au sein de la première radio de France, où l’arrivée sur la grille de Charles Sapin, passé par L’Opinion, Le Figaro et Le Point, a suscité une réaction épidermique. Le 28 août, deux jours avant le premier billet du chroniqueur, la Société des journalistes (SDJ) a prétendu qu’une « ligne rouge » avait été franchie. « Confier une mission d’éditorialisation au représentant d’un média condamné notamment pour injures racistes est une ligne rouge », écrivait-elle. En dépit de son intitulé pacifique – « Halte au feu » -, le mail interne envoyé jeudi par la direction pour justifier le maintien du chroniqueur a jeté de l’huile sur les braises. Jeudi soir, l’intersyndicale a mis sa menace à exécution en déposant un préavis de grève pour dimanche 13 et lundi 14 septembre.

« Je trouve cette polémique totalement lunaire, confie un éditorialiste. France Inter fait quelque chose de bien en apportant des voix nouvelles sur une radio de grande écoute, et on veut crucifier Charles Sapin. Le service public n’est pas censé éliminer des voix, sauf si elles sont à l’extérieur de l’arc républicain ou dans l’illégalité. Je n’aime pas Valeurs actuelles, mais Charles Sapin n’est pas un fou furieux. Sa première chronique portait sur la dette publique, pas sur le voile. » Un autre journaliste renchérit : « Les syndicats agitent son nom comme un chiffon rouge, mais Charles Sapin n’est pas Alain Soral. Il est à droite, mais il n’est ni raciste ni fasciste. »

Le pluralisme de France Inter, un sujet central et explosif

Mardi, lors d’un échange à bâtons rompus avec la rédaction, l’éditorialiste a condamné les « papiers indéfendables » qu’avait pu publier Valeurs Actuelles par le passé, et rappelé son intention d’en faire évoluer la ligne… « Je déteste tout ce que représente Valeurs Actuelles mais je me battrai pour que Charles Sapin puisse s’exprimer à Radio France, commente l’écrivain Frédéric Martel, qui anime l’émission « Soft Power » sur France Culture. À partir du moment où Jean-Luc Mélenchon demande son renvoi de France Inter, il est difficile de céder à son diktat. »

« On est vraiment chez les fous, grince un habitué de l’antenne. Marine Le Pen est à plus de 30 % d’intentions de vote dans les sondages, et on débat de la présence à l’antenne d’un journaliste de droite. Les débats sur le positionnement du service public ne sont pas spécifiques à la France : il y en a aussi à la BBC. Mais se focaliser sur une personne, c’est indigne de France Inter. » Indigne sans doute, mais pas rare : à la rentrée dernière, c’est le recrutement de Benjamin Duhamel qui avait fait hurler les syndicats. Son tort ? Venir d’une chaîne de télévision privée. « C’est effarant, commente un ancien dirigeant de l’audiovisuel public. Cette énième levée de boucliers donne de l’eau au moulin de tous ceux qui veulent se débarrasser du service public. La direction a raison de répondre par la fermeté. Elle ne peut pas, pendant des mois, être accusée de manquer de pluralisme, puis s’interdire toute initiative dès qu’elle essaie de répondre à cette critique. »Une partie de la rédaction a vécu la commission d’enquête comme injuste et diffamante, voire comme une offensive fasciste contre France Inter

Créée dans le sillage de l’affaire Legrand-Cohen, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public a fait du pluralisme de France Inter un sujet central et explosif. Même si la direction s’en défend vigoureusement, beaucoup de salariés de Radio France soupçonnent un lien entre les critiques formulées par le rapporteur ciottiste Charles Alloncle et la décision d’ouvrir le micro à un journaliste de Valeurs actuelles… « C’est ce qui pose problème à la base, assure un journaliste. Une partie de la rédaction a vécu la commission d’enquête comme injuste et diffamante, voire comme une offensive fasciste contre France Inter. » Ainsi, pour le SNJ (Syndicat national des journalistes), Radio France s’est comporté comme un « paillasson » en recrutant Charles Sapin et en écartant de l’antenne l’éditorialiste Thomas Legrand.

Ce contexte explosif, couplé à l’image de Valeurs Actuelles, explique pourquoi la chronique confiée à Charles Sapin a mis le feu à la Maison ronde, quand la pastille « En toute subjectivité », lancée en 2021 et interrompue en 2025, n’avait « pas fait le moindre scandale », rappelle un habitué de l’antenne. À l’époque, les journalistes estampillés à droite se succédaient pourtant au micro de France Inter plusieurs jours par semaine : Guillaume Roquette (Le Figaro Magazine), Alexandre Devecchio (Le Figaro), Natacha Polony (Marianne), Étienne Gernelle (Le Point)… «Pour cette rentrée, non seulement les chroniqueurs extérieurs ne sont plus officiellement subjectifs, mais trois d’entre eux se voient confier l’édito politique, dont Patrick Cohen avait jusqu’ici le monopole », souligne un connaisseur de la Maison ronde.

« Si la direction le maintient, elle aura la guerre en interne »

Inventée pour faire passer aux équipes de Radio France la pilule d’intervenants pas toujours en phase avec la ligne maison, l’appellation « en toute subjectivité » est restée en travers de la gorge de certains chroniqueurs. « Si je suis subjectif, c’est que vous vous considérez comme objectif », avait ironisé l’un face à ses hôtes il y a quelques années. Un autre avait pris moins de gants, pointant ainsi leur posture éditoriale : « je suis votre ami noir ». Le politologue Dominique Reynié, qui s’est frotté à l’exercice en 2023, en garde un souvenir amer : « En pleine saison, la direction m’a signifié la fin de ma chronique au motif que le problème de pluralisme qui avait motivé mon recrutement était réglé, rapporte-t-il. Je n’ai jamais senti de tensions directes avec la rédaction, mais pas de cordialité non plus. Le slogan implicite, c’est : “On est chez nous.” Vous y êtes éventuellement toléré, mais vous demeurez un intrus, un étranger. Vous arrivez dans une culture politique déjà constituée, à la gauche de la gauche. Dans ce régime d’occupation du service public, il ne peut pas y avoir de réel pluralisme ». Un ancien de la Maison ronde abonde : « Quand ta chronique ne leur plaît pas, l’armée des petites mains refuse de te mettre en avant sur les réseaux sociaux. »

Pas un seul humoriste n’est de droite. C’est dommageable pour l’image de France InterUn chroniqueur

L’humour, à qui la station fait la part belle, n’est pas davantage ouvert aux voix dissonantes. « Pas un seul humoriste n’est de droite, souligne un chroniqueur. C’est dommageable pour l’image de France Inter. » Lundi, deux humoristes de la station ont décoché leurs flèches dans la même direction. « C’est bien Charles Sapin, ça diversifie les points de vue, a ironisé Jessé dans la matinale. Hâte qu’ils invitent des néonazis. » Dans « Zoom Zoom Zen », Ameziane a moqué le physique et l’homosexualité du député RN Jean-Philippe Tanguy.

« Ce n’est pas la tasse de thé de tout le monde au sein de la rédaction, mais là, personne ne monte au créneau pour condamner ces propos », reconnaît un journaliste. « Je ne m’oppose pas à ce qui reste de l’humour », pose un ancien dirigeant de l’audiovisuel public, qui rappelle « qu’on ne peut pas décider, en fonction de ses affinités politiques, ce qui relève de la liberté d’expression et ce qui n’en relève pas ». « Elle fonctionne dans les deux sens. La seule question que l’on peut se poser, c’est celle-ci : les choses se seraient-elles passées de la même façon si la blague avait visé Mathilde Panot ? », s’interroge-t-il.

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Les débats enflammés autour de l’impartialité de l’audiovisuel public n’ont pas fait évoluer d’un iota la culture d’entreprise. « Les types ne se rendent même plus compte. Ils considèrent que si on va de LFI à Glucksmann, le pluralisme est assuré, commente une ancienne figure de Radio France, qui a « vécu cent fois ces AG, toujours pilotées par les mêmes, beaucoup de techniciens et la CGT. Ils sont invirables et se considèrent comme les propriétaires de la radio ». Un bon connaisseur de la rédaction nuance : « il y a une différence entre la base des journalistes, producteurs et casteurs, assez homogènement de gauche, et les signatures et la direction de la rédaction, plus pluraliste, ouverte d’esprit et dotée d’une envie de penser contre elle-même. Mais la base tient beaucoup de choses, et la direction de la rédaction en a assez peur. »

La perspective de plusieurs journées de débrayage fera-t-elle vaciller la direction ? Passée par la tête de la rédaction de BFMTV, la nouvelle directrice de France Inter, Céline Pigalle, entend bien tenir son cap. Même si la tempête s’annonce rude. « Si la direction renonce à Sapin, elle sera accusée par un bord du spectre politique de manquer de courage et de fermer France Inter au pluralisme. Si elle le maintient, elle aura la guerre en interne », analyse un journaliste.