# LE VOILE DÉVOILE

1 – La proposition du R.N d’interdire le voile islamique (simple) dans l’espace public a provoqué une levée de boucliers assez inédite dans sa violence.Il fallait s’y attendre et nul ne peut défendre la mesure coercitive qui n’est jamais adéquate, s’agissant d’une pratique collective.
On rappelle les termes du débat : sur le plan juridique actuel, la liberté de conscience et d’expression prévaut dans la rue pour les simples usagers : seul le voile intégral (dissimulant le visage, type niqab) y est interdit depuis 2010 pour des raisons d’ordre public et de sécurité.
Les restrictions sur le voile simple concernent principalement les élèves des écoles publiques (loi de 2004) et et les agents du service public (neutralité stricte).
Le R.N propose l’extension de l’interdiction du voile simple dans l’espace public.
Cette position rejoint, au demeurant, les courants féministes et universalistes, qui considèrent le voile dans la rue comme incompatible avec le modèle républicain français. Il est par ailleurs le symbole d’inégalité des sexes, une marque de la contrainte patriarcale, imposant aux femmes le retrait et une prétendue pudeur.
Il est également pour beaucoup un vecteur de séparatisme ou d’islam politique : Le vêtement est analysé non comme un simple choix individuel, mais comme une autre marque de l’offensive politique et religieuse islamique remettant en cause le modèle républicain, la mixité et l’universalisme citoyen.
Ainsi, dans le cadre de la laïcité, l’espace public doit rester un lieu neutre, sans affirmations identitaires ou religieuses fortes, en maintenant leur invisibilité.
De l’autre côté, la thèse inverse fait appel aux notions de liberté des femmes, de leur choix personnel sur leur tenue vestimentaire (les États -Unis se moquent d’une France qui s’enflamme pour « un morceau de tissu » qu’on est libre de porter) et de la potentielle exclusion sociale des femmes musulmanes assignées à résidence, à leur domicile, pour respecter, de leur propre gré une tradition islamiste.
On tente, ici, de prendre position.
D’emblée, on affirme, au-delà des débats, qulil est difficile pour la loi d’aller à l’encontre de faits, au surplus non delictueux ou criminels. Ici celui d’une réelle augmentation, dans la population musulmane, du port du voile dont l’une des causes réside, manifestement, dans la lutte contre la « domination occidentale » et le pied-de-nez ostensible à la « France coloniale ». Ou encore, plus prosaïquement, à une recherche de racines peut-être déterrées par des organisations islamistes étrangères.
Le port du voile n’est pas neutre, il « dévoile », comme nous le titrons, un fait extérieur à la personne. Lequel n’est, évidemment pas, en relation avec une tradition française. L’on s’interrogera plus tard sur le fait de savoir s’il s’agit d’un problème.
2 – La critique de cette proposition, inopportune (encore une fois dans la coercition) est très facile : stigmatisation, avatar du populisme, aucune menace pour la République, bout de tissu (concept américain), liberté dans le costume, liberté tout court, inapplicabilité de la mesure, anticonstitutionnelle. Je dois en oublier.
3 – En réalité, après avoir rappelé que cette présence du voile, accrue dans l’espace français, est aussi directement liée à celle des frères musulmans, dont l’influence, occulte ou sans complexe, est devenue une donne de l’état des forces idéologiques dans le pays, il devient urgent de s’interroger sur le devenir culturel de la France. Lequel ne peut advenir à coups de décrets.
On se souvient que, dans la lutte contre les frères musulmans, le régime saoudien lui-même avait interdit le voile, avant d’abroger la Loi, après les émeutes et violences qu’elle avait générées.
4 – Deux questions se posent donc en abordant ce « problème » : est-ce véritablement un problème ? Si oui, quelle est la solution pour y remédier, hors de la Loi nationale et la sanction.
A – Identité et diversité. On peut considérer que c’est un problème. Au regard de l’histoire et de la civilisation d’un pays, sauf à clamer, avec d’autres, qu’elles ne sont rien, les temps et périodes se succèdant naturellement, comme les ères; que cette « centralité » d’une culture est un leurre à l’époque d’une nécessaire « créolisation » dans un mélange sans bornes des peuples et des cultures, « le blanc » au demeurant laid (Mélenchon dixit) ne pouvant se considérer maître, y compris chez lui. L’on ne peut adhérer à une telle conception des cultures.
Il n’est pas inopportun, ici, de rappeler ce que Claude Lévi-Strauss – que l’on ne peut taxer de raciste ou de violent extrémiste – avait écrit et prononcé, s’agissant des cultures, de leur permanence, lors de la Conférence de l’UNESCO, reprise dans un opuscule intitulé « Race et culture », publié en 1971.
Ce texte faisait suite à un autre texte émanant également d’une Conférence de l’UNESCO intitulé « Race et Histoire » datant de 1952.
L’intervention de 1971 prenait le contre-pied stupéfiant de ce que les conférenciers attendaient du maître, lequel avait brillamment dans sa première conférence, stigmatisé le racisme,en produisant un écrit de référence. A telle enseigne que les responsables de la Conférence de 1971 ont mis tout en œuvre pour contrecarrer l’intervention de CLS.
Lévi-Strauss affirmait ainsi que pour rester créatrices, les cultures doivent conserver une certaine « imperméabilité » les unes par rapport aux autre, instaurer une relative fermeture culturelle.
Il précisait que ce n’était pas du racisme que de rechercher les conditions nécessaires à la préservation de la diversité humaine, gage de la créativite, exclusive d’une « fusion » globale des cultures.dans un magma désordonné.
Le « métissage » était contre-productif, et, en tous cas pas une panacée, sauf dans sa nécessité géographique, au regard des échanges, notamment dans les îles.
A interpréter jusqu’au bout la proposition de la nécessité de la « fermeture », on pourrait ainsi affirmer que, dans un mouvement d’inversion, la « nouvelle rue » tente d’imposer une nouvelle « fermeture » qui serait nouvelle, en dégageant l’ancienne, en se substituant à une civilisation forgée par les siècles, accompagnée par un christianisme creatif.
Il n’est pas non plus inutile de citer Rousseau sur ce thème de l’unité, même s’il s’agit ici de « patrie », la coïncidence des concepts étant flagrante :
« Ce sont les institutions nationales qui forment le génie, le caractère, les goûts et les mœurs d’un peuple, qui le rendent lui et non pas un autre, qui lui inspirent cet ardent amour de la patrie fondé sur des habitudes impossibles à déraciner […].Un enfant, en ouvrant les yeux, doit voir la patrie, et jusqu’à la mort ne doit plus voir qu’elle. Tout vrai républicain suça avec le lait de sa mère l’amour de sa patrie, c’est-à-dire des lois et de la liberté. Cet amour fait toute son existence ; il ne voit que la patrie, il ne vit que pour elle ; sitôt qu’il est seul, il est nul : sitôt qu’il n’a plus de patrie, il n’est plus ; et s’il n’est pas mort, il est pis. »Jean-Jacques Rousseau, Considérations sur le gouvernement de Pologne, Chapitre IV.
Cependant, pourrait -on nous objecter, ces textes et concepts sont hors-sujet, s’agissant, dans notre débat sur le voile, non pas de métissage culturel (même si ce dernier est magnifié par LFI) ou d’amour de la patrie mais plus simplement d’une coexistence dans l’espace public de communautés différentes, laquelle ne porterait pas atteinte à une unité patriotique, à une culture unifiée dans le temps de son histoire.
Rien n’est plus faux. L’intrusion en masse du voile dans l’espace français (public ou non) dévoile le processus à l’œuvre avec le temps et les idéologies, de « la fin de la France historique » et l’avènement d’une « Nouvelle France »,ou pour le dire autrement, un bouleversement radical du paysage français, dans son centre civilisationnel, qui se révèle dans la « rue » devenant différente et, en tous cas, loin de la France sculptée par des siècles. Une nouvelle « rue ». Ce qui n’est pas rien, s’agissant du peuple. Une « nouvelle France » qui intègre celle du voile.
Dès lors, de deux choses l’une :
– soit l’on considère que l’identité française, ses racines sont des nuages de mots et la réalité, même religieuse, en nombre, doit s’imposer sur le territoire, le réel (qui est imposé par l’étranger à la civilisation qui l’accueille) l’emportant sur la volonté politique ou la tradition historique.Tout ça n’est pas grave, comme le chantait Henri Salvador, dans un autre champ.
– soit l’on affirme que la France doit conserver cette identité et éviter son effritement dans tous les espaces, sa relativisation. Et agir.
Adepte de la seconde solution, celle de la tradition, de la racine, de l’identité, du socle historique, chrétien et occidental, tout en affirmant l’absolue nécessité de défendre la liberté d’une pratique religieuse dans l’espace privé,de moeurs différents, je conclus ainsi pour répondre à la première interrogation que l’installation d’une culture qui n’est pas celle du pays dans l’espace public est un problème.
Il me plaît, en effet, de ne pas me voir imposer ce qui n’est pas de moi.
On ne peut imaginer une interdiction du port de la mini-jupe (même si, en Espagne, sous le régime franquiste, la femme en short dans les rues de la ville pouvait être conduite au commissariat).
Cependant, on peut imaginer, non pas l’interdiction (on y reviendra) du voile mais un rappel à l’ordre culturel du pays qui accueille des étrangers.Dès lors,assimiler le voile à une « tenue vestimentaire » librement portée est une baliverne inventée curieusement, dans le paradoxe, par LFI et les États-Unis.
Au risque de la répétition, « le voile dévoile » l’intrusion, la main -mise sur la rue, et, pour finir au centre, une volonté d’en découdre avec l’Occident, jusqu’à, pour certains, vouloir imposer la charia islamique.
Ce qui précède est acquis. Il n’était pas inutile de revenir sur cette banalité de l’emprise pour en venir à l’essentiel : que faire ?
B – La loi, le référendum, au-delà même de son inconstitutionnalité, contraire à la Convention européenne des droits de l’homme (ce qui n’est jamais un obstacle dans une politique ferme qui peut chambouler le droit positif) n’est pas une solution (un sondage du 3/9/2026 révèle que 80 % des français veulent être, par référendum, un dernier recours, avoir le dernier mot après une censure du Conseil Constitutionnel).
Elle provoquerait rancoeur, rancune, émeutes et effet pervers, augmentant, par une riposte, ce qui serait stigmatisé. Réaction connue et classique.
La seule solution se trouve, en réalité, entre les mains des intéressés eux-mêmes. Et de la fermeté d’une parole publique. Et pour finir du courage des médias.
Ceux qui viennent en France, ceux qui pratiquent une religion qui n’est pas celle du pays doivent respecter l’hôte. En pratiquant très librement leur religion dans leur espace privé et les mosquées qui doivent être construites à la mesure de la communauté.
Le voile islamique (nullement imposé dans le Coran) est bien une pratique culturelle musulmane qui doit rester dans son enclos, comme, au demeurant, à l’identique, les signes des autres religions, étant ici précisé que ni le judaïsme, ni le bouddhisme ne veut imposer ses règles dans le pays.
Ce n’est que par l’action des musulmans modérés, par la répétition à l’envi, dans le discours politique, de la nécessité du respect de la France que peut émerger une « nouvelle culture » qui n’est pas celle d’une « nouvelle France » mais celle d’une nouvelle intelligence de la question.C’est ici que la France doit bouger. Celle des français dit « de souche » qui doivent trouver les moyens de la préservation de leur histoire qui est leur identité. Le discours de Jean-Luc Mélenchon ne doit pas seulement être relaté, il doit être, constamment, conceptuellement, combattu. Sans uniquement faire l’objet de messages ironiques ou violents sur les réseaux.
Une part revient également aux français immigrés qui ne sont pas « une nouvelle France » mais de nouveaux habitants respectueux des us et coutumes du pays qui les accueillent, qui devraient manifester dans la rue contre ceux qui détruisent, même involontairement, l’âme d’un pays qui les reçoit, bénissant cette civilisation qui leur permet de vivre sans misère.
On ne les entend pas trop ces modérés alors qu’ils sont la majorité. Ce qui fait planer un doute sur la capacité de l’islam à se départir de l’islamisme. Et de l’immigré d’aimer la France, nouvelle mère, nouvelle patrie,seule condition d’une paix sociale, sociologique.
La « nouvelle France » n’existe pas.
Seule existe une « France ancienne » qui accueille de nouveaux habitants qui ne peuvent se constituer en nouvelle nation,par un « grand remplacement » autrefois honni lorsque des idéologues en faisaient un slogan d’extrême-droite, désormais devenu le fer de lance de l’ultra gauche qui magnifie cette « Nouvelle France » qui « remplace ».
Le débat, initié il y quelques années, sur l’identité a fait long feu. Il est temps, intelligemment, de le remettre sur la place publique.
Juste la question de l’identité et du respect de l’hôte.Sans discours général inutile sur une immigration installée et pérenne.
On est absolument certain que le kebabier n’a aucune volonté de se substituer au bistrotier. Il n’a fait que s’immiscer dans un espace géographique et identitaire laissé vacant par les français, peut-être avides d’économies au détriment de leur identité. Le « jambon-beurre » a le même prix qu’un sandwich kébab.
La lutte contre la dérive ne passe donc pas par le vote, par la Loi, mais par l’action culturelle et idéologique, personnelle et collective.
A cet égard,la frilosité des journalistes pétrifiés de peur devant le Grand Mélenchon, avides de répéter en boucle la dérive anti-immigré, pour être dans ce qu’ils croient être le vent nouveau est assez lamentable. On peine à entendre un discours objectif qui, paradoxalement, serait dangereux pour l’antenne et son journaliste. Donc, du côté des médias, la peur de l’accusation raciste.
Du côté du peuple, un silence bougon inefficient. Il n’est évidemment pas question de le remplacer par la violence verbale ou physique. Il devrait, en réalité, exister, à côté de » l’empreinte carbone » une « empreinte identitaire » pour jauger l’action (non violente ni criarde) contre l’effritement de ce qui fait la France.
Et arrêter sur certains plateaux TV de vilipender l’immigration installée, française ou légale, sans revenir sur les français qui ne font que voir, attendent de voter et ne recherchent pas par une action idoine, intelligente, ce qui permettrait de remettre la France sur ses pieds français, son piédestal à dire vrai.