THINK

# LA FEMME DU KÉBABIER

I – PAGNOL

Dans son film mythique, la « femme du boulanger », Marcel Pagnol nous avait enchanté, même si sa Provence n’est pas celle de Frédéric Mistral.

On se souvient encore des acteurs, des images, Raimu le boulanger, Ginette Lefèbvre, la femme du boulanger.

On rappelle l’intrigue :

Dans un petit village de Haute-Provence, Aimable Castanier, le nouveau boulanger, fait le bonheur des habitants avec son excellent pain. Mais un matin, sa jeune et belle épouse, Aurélie, s’enfuit avec un berger du marquis. Effondré, le boulanger refuse de rallumer son four tant que sa femme ne sera pas revenue. Privé de pain, tout le village — malgré les rivalités ancestrales entre le curé et l’instituteur — s’unit dans une quête solidaire pour retrouver la fugitive.

II – LE KÉBABIER

La revue « Le point », dans ses excellentes revues d’Été, nous offre un article bien écrit, intelligent, de Joseph Le Corre, dont je livre ci-dessous quelques extraits :

« Au village, il y a le troquet, le boulanger et maintenant le kébabier » : la France vue d’un kebab rural….

L’HEXAGONE SOUS NOS YEUX (4/5). Dans les communes rurales, à l’image d’Ancenis, le kebab s’est glissé dans le paysage du quotidien, aux côtés des cafés et des boulangeries. Signe d’un nouveau lien social ou reflet du délitement des centres-bourgs ?

Estimation de 10.000 kebabs en France et 300 millions avalés

La cloche de l’église résonne. « Oh merde, il est 13 heures, faut que je file », lâche Cyprien, la vingtaine, en refourrant ses affaires dans les poches de son jogging de foot. Il était resté accoudé au comptoir à papoter avec les kébabiers, bien après avoir fini son sandwich. Devant le beffroi de granit qui domine les toits des halles, les quelque 11 000 habitants d’Ancenis (Loire-Atlantique) se sont accoutumés au crépitement des grills et au ronronnement du couteau électrique d’Erdal Kir et de sa sœur Orezel, propriétaires du seul kebab de la ville.

Dans cette commune, l’Authentic Kebab, fait office de pôle central au cœur d’un territoire rural. Il en est presque devenu le troquet du coin : quelques tables trônent sur la place des Halles, on y vient dire bonjour, prendre des nouvelles, se frotter à la répartie mordante d’Orezel ; et bien sûr, croquer dans un sandwich. En ce vendredi midi, les ouvriers et artisans ne traînent pas, il faut repartir travailler. Beaucoup passent en coup de vent, le temps d’attraper un sac plastique à emporter.

La scène se rejoue chaque midi dans des centaines de bourgs français. Le kebab serait-il le dernier sandwich populaire ? « Sans doute », acquiesce Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop. Tandis que le burger s’embourgeoise – « une formule basique chez Big Fernand coûte 16 euros » – et que la cuisine de grand-mère migre vers la bistronomie, « le kebab est resté fidèle au portefeuille des ouvriers, des lycéens et des travailleurs pressés ».

.(..)

300 millions de kebabs avalés chaque année

Le cabinet Gira Conseil estime à près de 360 millions le nombre de kebabs avalés en 2019 en France, troisième fast-food préféré des Français après le hamburger et la pizza. Un plat de jeunes, d’abord, car selon l’Ifop, 78 % des 18-24 ans fréquentent un kebab, contre 46 % de l’ensemble des Français.

(…)

Cet enracinement dans le paysage français n’allait pourtant pas de soi. Quand ces broches servies avec des crudités sont arrivées en France dans les années 1980, l’accueil s’est fait en deux temps : la curiosité pour l’exotisme venu de Turquie, puis la crainte, chez certains observateurs, du symptôme d’un délitement de l’identité française en général et de l’art de la table en particulier.

Le maire de Béziers, Robert Ménard, entame en 2015 une croisade contre la « kébabisation ». Il résumera son combat d’une formule : « Quand il y a trop d’immigrés dans un pays, c’est trop d’immigrés […]. Dans le domaine de la restauration, je trouve que trop de kebabs, c’est trop. » La perspective peut être renversée, en adoptant une grille de lecture commerciale plutôt qu’identitaire. « Le kebab se révèle être un indice de dévitalisation commerciale plus que de concurrence communautaire », note Jérôme Fourquet. Car au-delà des chiffres, c’est un imaginaire qui inquiète. « Toute une partie de la population décode ça comme un signe de déclin : à partir du moment où les kebabs arrivent, ça dit aussi une forme de paupérisation », ajoute-t-il.

Pourtant, en novembre dernier, une pétition a circulé parmi les commerçants du coin. Ils apprenaient qu’un nouveau « potentiel kebab » allait s’implanter dans l’ancienne parfumerie. Il s’agissait en réalité d’un fast-food de nems et de pizzas. Mais la crainte de voir un nouveau kebab en a fait bondir certains : « Tous les restos du centre-ville ne font pas toujours le plein. Si on en ajoute un supplémentaire, encore plus un kebab, alors qu’il en existe déjà, cela risque de fragiliser des restaurateurs », s’inquiétait un commerçant dans la presse locale. Ironie du sort, Erdal lui-même a signé la pétition. « On ne voyait pas l’utilité d’un autre kebab », se défend celui qui compte treize ans de broche au compteur.

(…)

Chez Erdal, on ne vient pas que pour manger. Au comptoir, on partage « les trains de la vie », dit-il joliment : « Les bonnes choses, les mauvaises choses. Ils viennent te passer le bonjour, te raconter un peu la journée, même des fois sans manger. » En 2012, à peine installé, il organisait un concert sur la place des Halles : « Ça a permis d’allumer la vie. » À la mairie, on valide le diagnostic : « De fait, il est dans une position qui fait que c’est un carrefour du centre-ville. Ils ont même carrément une terrasse. C’est un lieu de vie, clairement », observe Mireille Loirat.

Jérôme Fourquet, lui, met un bémol de sociologue : « La micro-terrasse du kebab, ce n’est pas le comptoir d’un zinc de bistrot. » On y est souvent de passage, sac plastique à la main, et la clientèle qui s’attarde reste d’abord jeune. Si le kebab a recueilli l’héritage du troquet, c’est faute de mieux. Un moindre mal, symptôme de ce qui déserte les bourgs plus que remède à leur solitude. Cyprien peut bien rester accoudé au comptoir, et José y raconter ses histoires de chasse, mais la chaleur d’un bistrot bondé, où l’on venait trinquer ensemble, ne se remplace pas. On ne trinque pas avec un sandwich.

III – COMMENTAIRS RAPIDES (MB)

Si l’on s’est attardé sur ce phénomène, ce n’est pas pour pousser des cris d’orfraie incontrôlés et jamais efficients sur le « grand remplacement » à l’œuvre dans notre pays, lequel au demeurant, après avoir été vilipendé comme un vil apanage d’ extrême-droite est, désormais, magnifié et appelé de ses voeux par le chercheur de voix Mélenchon.

Apologie de la « Nouvelle France qui serait celle des immigrés, qui se substitueraient aux « blancs et moches » (ses mots), « la créolisation » du pays étant, selon lui, son avenir.

Le discours sur ce thème devient impossible en France.

Soit l’interlocuteur est « de gauche » et perçoit dans l’exposé un « Lepenisme » de mauvais aloi, malsain par réflexe.

Le Lepenisme est un concept inexistant qui empêche la discussion, en la ramenant à l’idiotie d’une posture verbale statufiée dans les mots. Le Lepenisme est coupable d’empêcher un débat tant l’impression idéologique l’emporte sur les exposés sereinement analysés

Soit le dit interlocuteur est de droite et s’immisce, se faufile dans cette réalité du kebab pour hurler et la prendre comme support d’une critique virulente, sans nuances, de l’immigration incontrôlée, pronée par le mélenchonisme antisémite, anti-français,rabatteur de suffrages. qui met au pinacle l’immigré « chance de la France » après avoir clamé que le flic tue.

Le mélenchonisme, comme le Lepenisme, bloque, d’emblée la discussion laquelle s’installe dans la posture de circonstance ici encore minimaliste, sans nuances, dans le cri, le bannissement de l’analyse.

L’immigration est un fait, la tentative des frères musulmans d’instaurer la charia en France un autre fait, avéré et non démenti.

Devant le fait de l’islam, devenu 2 ème religion dans notre pays, il ne sert à rien de le regretter. Le regret n’apporte rien, sauf de la rancoeur. Il fallait, avant, suivre le mot de Michel Rocard et ne pas accueillir toute la misère du monde. Il est trop tard pour regretter.

C’est donc dans cette réalité et dans le champ civilisationnel, celui de l’identité française que le débat devient crucial et nécessaire.

Au-delà de la réalité quantitative, désormais acquise, l’interrogation doit se concentrer non pas sur les méthodes d’empêcher l’immigration illégale ou sur la transformation d’un fait divers (un immigré violeur) en fait sociétal.

Ces problèmes sont très facilement réformables. Et l’on ne doute pas que les mesures dans l’ordre de la quantité illégale ou inappropriée seront, par l’une ou l’autre des politiques, mises en œuvre.

C’est donc dans l’ordre de l’identité que le point nodal surgit. Et pas seulement sur le port du voile ou la construction de mosquées pour les habitants légaux croyants, thèmes sur lesquels se concentre la brute critique.

Mon titre n’est pas simplement ironique.

Que faire pour la femme.du bistrotier, la femme du boucher, la femme du boulanger si elles ne sont plus celles de quiconque, leur époux ayant disparu du monde français, du paysage du bourg.

C’est ici que la France doit bouger. Celle des français dit « de souche » qui doivent trouver les moyens de la préservation de leur histoire qui est leur identité.

Et aussi, celle des français immigrés qui ne sont pas « une nouvelle France » mais de nouveaux habitants respectueux des us et coutumes du pays qui les accueillent, qui devraient manifester dans la rue contre ceux qui détruisent, même involontairement, l’âme d’un pays qui les reçoit, bénissant cette civilisation qui leur permet de vivre sans misère. On ne les entend pas trop ces modérés alors qu’ils sont la majorité. Ce qui fait planer un doute sur la capacité de l’islam à se départir de l’islamisme. Et de l’immigré d’aimer la France, nouvelle mère, nouvelle patrie. La « nouvelle France » n’existe pas. Seule existe une « France ancienne » qui accueille de nouveaux habitants qui ne peuvent se constituer en nouvelle nation. Ils ont le droit de pratiquer, de se retrouver, en clamant leur chance.

Le débat d’il y quelques années sur l’identité a fait long feu.

Il est temps, intelligemment, de le remettre sur la place publique. Juste la question de l’identité et du respect de l’hôte.Sans discours général inutile sur une immigration installée et pérenne.

On est absolument certain que le kebabier n’a aucune volonté de se substituer au bistrotier. Il n’a fait que s’immiscer dans un espace géographique et identitaire laissé vacant par les français, peut-être avides d’économies au détriment de leur identité. Le « jambon-beurre » ou le sandwich juif -tune ont le même prix qu’un sandwich kébab.

La lutte contre la dérive ne passe donc pas par le vote, mais par l’action culturelle et idéologique. Et, partant, par la création non bistronomique (trop cher). Par des enseignes.

Il devrait exister, à côté de  » l’empreinte carbone » une « empreinte identitaire » pour jauger l’action (non violente ni criarde) contre l’effritement de ce qui fait la France .Et arrêter sur les plateaux TV de vilipender l’immigration installée, sans revenir sur les français qui ne font que voir, attendent de voter et ne s’insurgent pas par l’action idoine dans une recherche intelligente qui permettrait de remettre la France sur ses pieds français, son piédestal à dire vrai.

PS. Je suis persuadé que la femme du kebabier est aussi jolie que celle du boulanger. Et que le kébabier est un homme sympathique.

PS2..Ce billet est concomitant d’une conversation sur l’islamisation désormais sans complexe jusqu’aux nom des devantures des magasins dans le Nord de notre pays.

IV – POUR S’AMUSER UN SCENARIO EN COLLABORATION AVEC GEMINI (I.A) SUR LA FEMME DU KEBABIER. UNE PETITE PIECE RAPIDEMENT ÉCRITE A DEUX MAINS (CELLE DE L’IA EST IMMATÉRIELLE)

MOI :

On y va, agent IA. Un article du Point, dans ses séries d’été plonge dans un bourg où le kebabier pas cher a détrôné bistots.et autres commerces de bouche. On va écrire, ensemble ,sur le mode Pagnol,  » la femme du kebabier »Proposition d’un scénario ( heure du lourd, adultere, dans la France dite nouvelle.

JE DONNE LES SCÈNES ET CORRIGE LE TEXTE AU FUR ET A MESURE DE LEUR ÉCRITURE. OK?

L’IA et moi, avons assez bien travaillé…

VOICI LE RÉSULTAT :

« Sous le cagnard de juillet qui fait fondre l’asphalte du cours, la broche tourne comme le monde : lentement, sûrement, en grésillant.

On est loin de la Canebière, mais la chaleur y a le même accent. Ici, Le Mistral d’autrefois est devenu Le Royal Kebab.

Aux terraises, les zincs se sont tus ; on ne sert plus le petit blanc sur le comptoir en étain, on emballe des galettes sauce algérienne pour huit euros.

Les personnages:

Momo (Le Kebabier) : Brave homme, l’œil doux et le geste vif avec son grand couteau à viande. Il bosse quatorze heures par jour pour financer le bac de son grand.

C’est le Raimu du sandwich, bon homme mais fier.

Samia (La Femme du Kebabier) : La beauté du quartier. Trente-cinq ans, des yeux noirs à couper le souffle, une robe légère sous son tablier. Elle encaisse, rit avec les clients, mais s’ennuie à mourir dans la fumée d’oignons.

Antoine (Le Boulanger) : Le dernier artisan de l’ancienne France du cours. Trente ans, le torse blanc de farine, le regard sombre. Son four à pain ne chauffe plus grand-chose depuis que les jeunes achètent des naans au fromage.

Acte I — L’Heure du Lourd. Treize heures. La France d’en bas cuit à l’étouffée. Sur le cours, la cigale mécanique d’un scooter livreur fait son manège. Momo est au fond de la cuisine, assommé par le coup de feu du midi et la chaleur des radiants.Samia sort sur le pas de la porte pour respirer un peu d’air marin.

En face, Antoine balaye la devanture vide de sa boulangerie. Leurs regards se croisent à travers le miroitement de la chaleur. C’est l’heure où les hommes raisonnables dorment, l’heure où les cœurs faibles flanchent.

Antoine s’approche, prétextant emprunter un sac d’oignons. Trois mots chuchotés à l’ombre du store : « Tu viens cet après-midi ? Il dort. »

Acte II — La Faute

Pendant que Momo assoupi ronfle doucement sur une chaise en plastique dans l’arrière-boutique, Samia traverse la rue. Dans le fournil désert, la farine vole comme une neige d’été. L’adultère a le goût du pain chaud et de la harissa. Ce n’est pas de la méchanceté, c’est l’ennui du cours, la solitude des après-midis sans fin

.Acte III — La Broche Inerte. Au réveil, Samia n’est plus là. Son tablier est accroché au clou. La nouvelle fait le tour du village plus vite qu’une rumeur de comptoir : La femme du kebabier a foutu le camp avec le boulanger.

Accablé de honte et de chagrin, Momo baisse le rideau de fer. Plus de viande qui tourne, plus de frites croustillantes. Le cours s’éteint. Sans le kebab, le centre-ville n’a plus de cœur qui bat. Les jeunes du coin traînent sur les bancs, déœuvrés : « Il rouvre quand, Momo ? On mange où ?

»Acte IV — Le Conseil des Sages.

Les anciens — le retraité de la mairie, le coiffeur et le livreur Uber — viennent frapper au rideau de fer. Momo, en maillot de corps, refuse de sortir

.« Momo, dit le coiffeur à travers la grille, une femme, ça va, ça vient, mais le quartier a faim ! Sans toi, le cours est mort. »

Momo répond avec des sanglots dans la voix : « Que le cours crève ! Ma viande ne tournera plus tant que ma femme ne sera pas rentrée. »

Le village comprend alors qu’il faut retrouver Samia. Non pas pour la morale, mais pour que la broche tourne à nouveau.

ON DÉVELOPPE une scène précise avec les dialogues en pagnolade moderne (mélange d’accent du Midi et d’argot urbain)

Voici le dialogue central de l’Acte IV, quand la délégation du cours vient supplier Momo de rouvrir.

(Devant le rideau de fer à demi baissé du « Royal Kebab ». Il fait une chaleur à crever. Momo est assis à l’ombre, sur un cagibi renversé, le couteau à kebab à la main, qu’il essuie machinalement avec un chiffon gras. On entend le ressac lointain des voitures sur la départementale.)

MÉSÉ (le vieux retraité du cours, chapeau de paille et marcel blanc) :

— Oh, Momo ! Tu vas pas rester là à croupir comme un melon gâté sur l’étal ! Regarde-moi ce cours… Il est plus triste qu’un jour de pluie à Paris. Même les cigales ont honte d’avoir chaud.

MOMO (sans lever les yeux, la voix lourde) :

— Laissez-moi, Mésé. Le rideau est baissé. La broche est froide. Et mon cœur, il est plus sec qu’un falafel de trois jours.

YOUNÈS (20 ans, le livreur Uber, son casque sous le bras) :

— Mais Momo, frérot, fais un effort ! On mange quoi, nous, le midi ? Le bistrot d’en face, il a fermé il y a cinq ans, et le grec de la gare, c’est du pneu ! On va pas aller s’enfiler des salades Sodebo à la station-service, quand même ? Tu peux pas nous faire ça !

MOMO (se levant d’un coup, le couteau pointé vers le ciel) :

— Mais qu’est-ce que vous voulez que ça me foute, vos estomacs ? Ma Samia est partie ! Elle a traversé la rue pour aller se rouler dans la farine de l’autre emplâtre d’Antoine ! Un boulanger, Mésé ! Un homme qui fait du pain blanc, sans mie, sans âme ! Qu’est-ce qu’il a, lui, que je n’ai pas ? Ah, il a le fournil frais, peut-être ? Moi, ma broche, elle m’a brûlé les yeux, mais c’est pour elle que je cuisais !

MÉSÉ (posant une main apaisante sur l’épaule de Momo) :

— Vé, Momo… Écoute-moi bien. Une femme, c’est comme la sauce blanche : si tu mets trop d’ail, ça pique ; si tu n’en mets pas assez, ça n’a plus de goût. Samia, elle s’emmerdait, voilà tout ! L’été sur le cours, la chaleur qui monte du goudron, ça tourne la tête aux plus sages. Mais Antoine, c’est pas un homme pour elle. Un type qui pétrit de la baguette de supermarché, ça tient pas la distance.

YOUNÈS :

— Grave ! En plus, il met même pas de harissa dans ses sandwichs. C’est un boloss, Momo. Reviens, wallah. On va aller la chercher, ta femme. On va lui dire que le quartier s’éteint sans elle.

MOMO (les yeux mouillés, regardant la broche immobile) :

— C’est pas la viande qui me manque, Mésé… C’est le bruit du tiroir-caisse quand elle l’ouvre en me souriant. Sans elle, la sauce algérienne n’a plus aucun piquant.

MÉSÉ :

— Alors va la chercher, bougre d’imbécile ! Mais avant, allume les radiants. Un cours sans odeur d’oignon grillé à midi, c’est plus la France !

​ MB. On enchaîne sur la scène où la délégation va déloger Samia du fournil

Au fournil de la boulangerie « Le Pain d’Antan ». La chaleur y est moite, lourde, suffocante. L’odeur du levain se mêle à celle des oignons frites qui colle encore à la peau de Samia. Elle est assise sur un sac de farine de cinquante kilos, le regard vague. Antoine, en maillot de corps plein de poudre blanche, essaie de façonner des baguettes, mais ses mains tremblent.)

ANTOINE (épongeant son front du revers de la main) :

— Tu devrais manger un morceau, Samia. Une brioche, ou un pain au chocolat… C’est du pur beurre, pas de la matière grasse végétale.

SAMIA (soupirant, le regard fixé sur la grille du fournil) :

— Garde ta brioche, Antoine. Elle me reste en travers de la gorge.

ANTOINE :

— Mais qu’est-ce qui te prend ? Ça fait trois jours qu’on est ensemble, trois jours que tu ne desserres pas les dents ! Tu voulais fuir la fumée, non ? Tu me disais que Momo ne te regardait plus, qu’il n’y en avait que pour ses broches et ses frites ! Ici, c’est le calme. C’est le pain qui lève tranquillement…

SAMIA (se levant brusquement, faisant voler une nuée de farine) :

— Le calme ? Mais c’est pas le calme, ça, c’est un cimetière ! On s’enterre sous ton terreau blanc ! Chez Momo, au moins, ça criait, ça riait, ça vivait ! Il y avait le bruit des pièces dans la caisse, les jeunes qui racontaient leur vie, la musique du bled qui sortait du poste… Ici, qu’est-ce qu’on entend ? Le tic-tac de ton minuteur et tes soupirs !

(Soudain, un grand silence s’abat sur la rue. Le bruit ambiant du cours s’est tu. Samia s’approche de la petite fenêtre haute du fournil et regarde dehors.)

SAMIA (la voix tremblante) :

— Regarde-les… Ils sont tous là.

ANTOINE (s’approchant, anxieux) :

— Qui ça, « tous » ?

SAMIA :

— Le quartier. Mésé, Younès, les minots, les vieux… Et Momo. Il est assis sur le banc en plein cagnard, sans son tablier. Il a l’air d’un petit garçon qu’on a privé de dessert. Et le rideau du Royal est toujours baissé. Il n’a même pas allumé le gaz.

ANTOINE :

— Laisse-les ! Qu’est-ce qu’ils croyaient ? Qu’on allait leur faire du pain et des sandwichs jusqu’à cent ans ? Qu’ils aillent au supermarché !

SAMIA (se retournant vers Antoine, le regard dur) :

— Tu comprends rien, toi. Tu pétris de la pâte, mais tu n’as pas de cœur dans le ventre. Un homme qui laisse mourir son village parce qu’on lui a pris sa femme, c’est un homme qui aime. Toi, tu m’as prise comme on prend une baguette chaude à quatre heures : par gourmandise.

(Elle détache le tablier d’Antoine qu’elle avait noué autour de sa taille et le laisse tomber au sol.)

ANTOINE (affolé) :

— Samia ! Tu vas où ? Tu ne vas pas retourner là-bas ? Tout le monde va se moquer de toi !

SAMIA (poussant la lourde porte en bois du fournil) :

— Qu’ils se moquent ! Au moins, la harissa me brûlera la gueule, et ça me rappellera que je suis vivante.

(Samia sort sur le cours assommé de soleil. La porte en bois claque. Dans la rue, le silence est absolu. Tous les regards se tournent vers elle alors qu’elle traverse l’asphalte en direction du Kebabier.)

On enchaîne sur la retrouvaille devant le Royal Kebab

Samia traverse le cours sous les yeux figés du quartier. La chaleur tremble sur l’asphalte.

Momo se lève lentement de son banc, le chiffon à la main, les yeux embués de larmes et d’espoir.)MOMO (la voix cassée, écartant les bras) :— Samia… Tu es revenue. Le cours était mort, ma fille. La viande ne voulait plus tourner sans toi.SAMIA (s’arrêtant à deux pas, redressant la tête) :

— Je suis revenue pour le quartier, Momo. Et parce que le pain sans sel de l’autre là-bas me donnait envie de vomir. Mais me regarde pas comme si j’étais un sandwich emballé : je suis une femme libre.

MÉSÉ (mouchant un sanglot dans son mouchoir à carreaux) :— Peuchère… C’est plus beau qu’à la télévision. Allume la broche, Momo ! Envoie les frites !(Momo esquisse un sourire immense, prêt à serrer Samia contre son tablier. La réconciliation est totale, le pardon est cuit à point.

Mais soudain, le grondement grave d’un moteur de cabriolet italien déchire le silence du cours.

Une Alfa Romeo vintage rouge rutilante se gare en double file, pile entre la boulangerie et le Kebab. Le moteur s’arrête. En sort un homme d’une quarantaine d’années, chemise en lin ouvert jusqu’au nombril, cheveux gominés plaqués en arrière, lunettes noires et œil de félin :

Gilles, l’ancien bistrotier du cours, parti tenter sa chance sur la Côte après avoir revendu son comptoir à Momo.)

GILLES (retirant ses lunettes d’un geste lent, fixant Samia d’un regard de prédateur) :

— Dites-moi pas que c’est pas vrai… Ça sue encore la graisse de mouton ici ? Salut Momo. Toujours en train de trimer pour trois pièces jaunes ?

(Momo se refige, la clé du rideau de fer à la main. Gilles pose un coude nonchalant sur le toit de sa voiture, ne quittant pas Samia des yeux, parcourant sa silhouette avec une assurance insolente.)

GILLES :

— Mademoiselle… Enfin, Madame. Qu’est-ce qu’une fleur pareille fout au milieu des effluves de friture et de la farine de ce pauvre Antoine ? La Côte d’Azur manque de reines comme vous. J’ouvre un lounge-bar à Cannes la semaine prochaine. J’ai le siège passager qui est bien seul… Et de l’air conditionné.

Samia s’arrête net. Son regard glisse de la broche grasse de Momo à la poussière de farine d’Antoine qui sort la tête de sa boulangerie, puis se fixe sur le cuir rouge du cabriolet et les yeux noirs du bistrotier. Un silence électrique s’installe. Le cours retient son souffle.)

YOUNÈS (chuchotant à Mésé) :

— Wesh… La sauce vient de tourner, là.

Samia pose une main sur sa hanche, un léger sourire énigmatique aux coins des lèvres. Elle regarde Momo, puis la route qui file vers le Sud.

MB On coupe ici, sur ce doute suspendu sous le soleil de plomb.