# HINDOUISME, FEMMES, JUDAÍSME, CHANA TOVA !

INDE. PHOTO MICHEL BÉJA.

Le grave incident survenu à la Tour Eiffel (des salariées ont été priées de s’écarter pour la visite d’une délégation de moines du mouvement hindou BAPS (Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha) m’a donc fait fabriqué un billet(ci-dessous dans les « articles récents) et m’a, au surplus , interpellé, mes séjours en Inde ne m’ayant pas révélé une acrimonie singulière à l’égard des femmes, au contraires magnifiées dans leurs corps et leurs sourires.

En réalité, après recherche, il s’avère que l’incroyable demande, satisfaite par d’incroyables dirigeants du monument, qui devraient être licenciés, est en relation avec une règle monastique qui ne reflète pas la position globale de l’hindouisme à l’égard des femmes.

Cette recherche nous aura permis de rappeler à des proches, ce que peut-être l’hindouisme, et mieux encore, mes interlocuteurs étant des juifs pratiquants, d’aller rechercher la coïncidence entre hindouisme et judaïsme.

HINDOUISME ET STATUT DE LA FEMME

Le statut de la femme dans l’hindouisme est marqué par une différence entre la tradition monastique et celle culturelle.

S’agissant de « l’incident », il est donc lié à l’ascétisme monastique du BAPS qui est fondé sur le vœu de célibat strict (Brahmacharya).

Dans la tradition monastique Swaminarayan, les sadhus (moines) s’imposent une renonciation totale au monde matériel. Leurs vœux leur interdisent tout contact physique, proximité visuelle rapprochée ou interaction directe avec les femmes, perçues comme une source potentielle de tentation ou de rupture de leur discipline d’ascèse. La séparation dans les temples est ainsi mise en oeuvre par les espaces séparés.

L’on peut être en phase avec Gemini qui précise que :

Le principe divin féminin (Shakti) Sur le plan théologique, l’hindouisme est l’une des rares grandes religions mondiales à accorder une place centrale et indispensable au féminin divin La divinité féminine (Devi ou Shakti) est le principe dynamique sans lequel l’univers ne peut fonctionner. Même la triade masculine (Brahma, Vishnu, Shiva) dépend de leurs contreparties féminines (Saraswati, Lakshmi, Parvati).

Il est vraique des déesses comme Durga (la guerrière victorieuse) ou Kali (la force de transformation radicale) incarnent l’indépendance, la force et la protection, rompant avec l’image d’une féminité passive.

Des lois comme le Manusmriti (Lois de Manu) ont théorisé la tutelle patriarcale. Le texte affirme d’un côté que « là où les femmes sont honorées, les dieux se réjouissent », tout en stipulant qu’une femme ne doit jamais être indépendante (sous la tutelle de son père dans l’enfance, de son mari à l’âge adulte, de son fils dans la vieillesse). Ce qui tempère violemment, ce qui précède.

Dans la quotidienneté, l’hindouisme orthodoxe associe souvent les fonctions reproductives (menstruations, accouchement) à des états d’impureté temporaire interdisant l’accès à certains sanctuaires (débat récurrent en Inde, comme au temple de Sabarimala).

Des mouvements modernes et réformateurs (le mouvement Bhakti) valorise la dévotion directe accessible à tous sans distinction de genre), des femmes sont devenues gourous influentes (comme Anandamayi Ma ou Mata Amritanandamayi, dite Amma) et l’égalité des droits est garantie par la constitution indienne.même si les pesanteurs sociales persistent dans les milieux les plus traditionnels.

L’incident parisien relève ainsi d’un rigorisme ascétique monastique propre à un courant particulier, et non d’une hostilité doctrinale générale de l’hindouisme envers les femmes.

Il fallait le préciser.

INDE. PHOTO MICHEL BEJA.

HINDOUISME ET JUDAISME

Nous sommes dans la période de Tichri, mois automnal des grandes fêtes juives (Roch Hachana : Le Nouvel An juif (les 1er et 2 du mois), Yom Kippour : Le Jour du Grand Pardon, marqué par un jeûne de 25 heures (le 10 du mois), Soukkot : La fête des Cabanes, qui commémore la traversée du désert (du 15 au 21 du mois), Chemini Atseret et Sim’hat Torah : Les jours de clôture et la joie de la Torah.

Période propice à la réflexion chez les juifs. L’incident précité permet d’aller chercher dans la comparaison des religions, la vérité première de chacune.

Il y a assez longtemps, je m’étais intéressé à la ressemblance entre les religions, emporté par un mot de je ne sais qui assimilant presque Abraham à Brahman qui le précédait dans le temps. La « collision » sémantique était assez porteuse. Mes séjours en Inde la confortaient

Sur le plan historique et doctrinal, il n’existe aucun lien de filiation direct  entre l’hindouisme et le judaïsme, la géographie, la linguistique, interdisant la pure poésie du Abraham-Brahman. Il n’empêche que que s’agissant de théologie comparée, les spécialistes relèvent des « résonances structurelles frappantes », souvent accompagnées d’oppositions radicales.

Les convergences conceptuelles

– l’Absolu inexprimable et sans forme : Le concept hindou de Brahman (l’Absolu sans forme, source ultime impersonnelle) peut coincider avec l’Ein Sof de la Kabbale juive (l’Infini divin au-delà de toute qualification, transcendant toute représentation).

– une orthopraxie et non une orthodoxie : Les deux traditions valorisent l’acte et le devoir plus que le dogme abstrait. Le judaïsme s’articule autour de la Halakha (la norme et les 613 commandements) et des mitsvot. De son côté, l’hindouisme repose sur le Dharma (l’ordre cosmique et les devoirs rituels/sociaux propres à chacun).

– Pureté rituelle, alimentation, cacher : Les règles de pureté corporelle, les ablutions rituelles (le mikvé juif et les bains sacrés védiques), les interdits alimentaires stricts (la cacherout et en Inde, les régimes végétariens et les prescriptions de pureté culinaire brahmanique) sont très proches.

– Le cycle des âmes : Si le judaïsme classique met l’accent sur la résurrection, la mystique juive (Kabbale) intègre pleinement la notion de guilgoul ha-neshamot (la transmigration ou réincarnation des âmes pour accomplir des réparations), un concept central dans le cycle des réincarnations hindou (samsara et karma).

– Prêtrise héréditaire et textes sacrés : La centralité d’un corpus canonique ancestral en langue sacrée (hébreu biblique / sanskrit védique) confié historiquement à une caste ou lignée sacerdotale (les Cohanim et Lévites / les Brahmanes).

Voilà pour les ressemblances. Mais les divergences sont profondes et peuvent effacer ce billet de joie de concordance.

Divergences fondamentales

– le divin, le monothéisme, l’idolâtrie : C’est le point de rupture théologique majeur. Le judaïsme repose sur un monothéisme strict bannissant absolument toute image de Dieu (interdiction de l’idolâtrie ou avoda zara). L’hindouisme utilise abondamment les représentations iconographiques (murtis) pour honorer les multiples manifestations du divin (Ishvara).

– temps linéaire, temps cyclique : le judaïsme porte une vision téléologique linéaire de l’histoire ( qui absolument mène à l’ère messianique), tandis que l’hindouisme conçoit le temps comme cyclique (yugas, dissolutions et recréations perpétuelles du cosmos).

– action humaine ou illusion terrestre ? Dans le judaïsme, le monde matériel est bon et doit être sanctifié par l’action humaine (tikoun olam). L’hindouisme, bien qu’intégrant la vie terrestre (artha, kama), pose comme finalité ultime le détachement de l’illusion terrestre (maya) pour atteindre la libération (moksha).

LE DIALOGUE JUDÉ0-HINDOU

Je ne le savais pas, mais j’ai pu découvrir, grâce à cette recherche concomitante de l’incident Tour Eiffel et la période de Tichri, l’existence d’un dialogue institutionnel, initié principalement sous l’impulsion de l’American Jewish Committee (AJC), du Grand Rabbinat d’Israël et de la Dharma Master Foundation indienne.

Des sommets se sont tenus, notamment à New Delhi (2007) et Jérusalem (2008), lesquels ont abouti à des déclarations conjointes historiques visant à une clarification.

Une clarification sur le monothéisme et l’idolâtrie (2007)

Le point le plus sensible pour le judaïsme rabbinique concernait l’accusation d’avoda zara (culte étranger ou idolâtrie). La déclaration conjointe de New Delhi (février 2007) a posé une clarification fondamentale : l’existence d’un Être suprême unique : Les autorités hindoues ont réaffirmé que l’hindouisme reconnaît un Principe divin unique et ultime (Brahman), transcendant et immanent, et statut des images : Les délégués ont clarifié que les représentations physiques (murtis) ne sont pas adorées comme des dieux indépendants ou des objets divinisés, mais servent de symboles et de supports méditatifs pour appréhender les manifestations de cet Être suprême unique.

Du côté du Rabbinat, cette clarification a permis aux autorités rabbiniques présentes de reconnaître que le culte hindou authentique ne relève pas de l’idolâtrie primaire proscrite par la Bible hébraïque, mais d’une perception complexe de la réalité divine.

Ainsi, en Février 2008, second sommet à Jérusalem, les points suivants ont pu être exposés qui confortent la convergence

– la tradition légitimée : la reconnaissance explicite que les deux traditions partagent un respect scrupuleux pour la sainteté de la vie, la famille et la pratique de vertus morales fondamentales.

– Rejet du prosélytisme agressif : la structure identitaire et, partant non prosélyte liée à un peuple et à une pratique vécue a été affirmée.

– Sanctuaires et lieux sacrés : Déclaration de respect mutuel pour la centralité spirituelle de Jérusalem pour le peuple juif et de l’Inde sacrée (Bharat) pour les hindous.

QUE CONCLURE ?

Merci aux grévistes de la Tour Eiffel. Ils ont permis de relever l’inconcevable et me faire continuer dans une réflexion très ancienne.

L’on se doit d’ajouter que certains courants juifs orthodoxes plus stricts que le Grand Rabbinat d’Israel maintiennent des réserves halakhiques concernant la fréquentation des temples hindous, comme, au demeurant, celle des Églises chrétiennes.

L’on connait, pour l’avoir lu ici, la réserve radicale que je peux émettre, s’agissant du dialogue judéo-chrétien, lequel ne peut que partir en vrille dès le moment ou la chrétienté s’institue comme continuatrice du judaïsme avec son « Nouveau Testament ».

Cependant la recherche d’une pensée commune aux humains (voir mon billet sur la différence, invariant de la dite pensée) ne peut qu’être opportune et efficiente.

Il serait dommage de ne pas réfléchir.

CHANA TOVA !

INDE. PHOTO MICBEL BÉJA.