# LE TEMPS BALZACIEN

À une amie qui se lamentait de son irrépressible besoin de sommeil — trop tôt dans la soirée, à l’heure même où elle était conviée à quelque réjouissance nocturne qu’elle préférait décliner, de peur de s’endormir à table — j’ai envoyé cet extrait d’une lettre de Balzac :
« Je me couche à six heures du soir ou à sept heures comme les poules ; on me réveille à une heure du matin et je travaille jusqu’à huit heures ; à huit heures, je dors encore une heure et demie ; puis je prends quelque chose de peu substantiel, une tasse de café pur, et je m’attelle à mon fiacre jusqu’à quatre heures ; je reçois, je prends un bain — ne pas se laver avant d’aller travailler — ou je sors, et après dîner, je me couche. »
Elle m’a répondu qu’elle ne comprenait pas comment Balzac pouvait, « après dîner », aller se coucher « comme les poules » à six ou sept heures du soir.
Dînait-il donc à quatre heures ? Mais non : à quatre heures, il reçoit, prend son bain, ou sort…
Je n’ai pas su quoi répondre.
En tout cas, cela n’a guère consolé mon amie.
Il faudra que je cherche.
P.-S. Ce billet n’est peut-être pas aussi anodin qu’il y paraît. Il dit quelque chose des usages sociaux et de l’inscription des comportements dans leur époque. Flaubert — ou peut-être Maupassant, je ne sais plus — évoque quelque part des dîners de neuf plats durant cinq heures. Une chose est sûre : Balzac, avec ses horaires de poule industrielle, n’y aurait sans doute pas été convié.