L’ANORMALITÉ DU CHEF (SUR TRUMP)

On se souvient de la volonté de François Hollande d’être un “Président normal“, en comparaison implicite avec la posture très légèrement exaltée ou exacerbée de Nicolas Sarkozy.
Cette locution était à la mesure du personnage,dont l’on connait le triste passage, assez primaire et ridicule, pâlot, dans les allées du grand pouvoir. Comme si un lion jurait, pour être le dominant du groupe, de ne manger que des asperges.
Un Président ne peut être “normal”.
Le parcours, le désir, les mille postures, les mensonges, les trahisons, la mégalomanie d’une personne qui ose se présenter à la première fonction ne peuvent émaner d’un homme normal. Le président, dans tous les pays, est un animal (politique) anormal. Parce qu’il se présente, sûr de lui et dominateur. Ce qu’un homme “normal” ne peut accomplir.
Cette déviation de la normalité est une excellente faculté, une nécessité inextricable pour un chef.
A défaut, il ne réagirait à la quotidienneté que ” normalement”, et partant sans efficacité, sans cette clairvoyance qui peut être accordée à la déviance à l’égard du centre, lorsqu’elle n’est pas meurtrière.
Seule l’exception, y compris dans le comportement, est gage du fondement de la supériorité de l’action. A défaut, elle ne serait pas action.
Une fois ce liminaire adopté, reste à savoir si ladite anormalité du commandant peut être gagnante ou perdante pour le peuple, pour le monde.
Ainsi, les commentaires sur la “folie” du Président Trump, qui tournent, en boucle, sur les plateaux des chaînes d’infos devraient être accompagnés d’abord de la nécessité de l’anormalité précitée du chef, avant de s’interroger sur son effet, bienfaisant ou malfaisant, de cet écart dans le comportement d’un Président.
Cette anormalité, qualifiée de psychotique par ses pourfendeurs, attribuée à Donald Trump peut, sans haine ni invectives, être analysée au regard de son efficience, étant encore une fois observé qu’elle est l’apanage du chef.
Ainsi, l’anormalité d’un Président iranien (dans le discours du martyr meurtrier) ou soviétique (dans l’obsession du goulag assassin) est dans le champ noir (du “mal” dirait-on aux États-Unis).
Celle de notre Président français (dans l’adolescence et la puérilité théâtrale) n’a pas généré une décennie magnifique.
Celle du Président Trump, plus exacerbée, inattendue et violente, imprévisible, donnée à voir sans complexe au monde, est, peut-être, une force.
L’on ne croit pas, dès lors, s’agissant de la guerre contre l’Iran que l’action et les mots de Trump surgissent d’un individu, pourtant entouré de mille personnes de haut niveau, atteint d’une maladie psychiatrique. Sauf à prendre les milliers de collaborateurs qui l’entourent d’idiots. Ce qu’ils ne sont assurément pas. Sauf à prendre pour une déviance psychiatrique le rejet de l’intellectualité, la vulgarité d’un langage dans le cerveau du Président du pays le plus puissant. L’on sait que les européens sont très habiles pour donner des leçons aux chefs et aux autres, après avoir démontré leur impéritie.
Ceux qui, notamment sur LCI, qui en fait son leitmotiv par la bouche de ses généraux à la retraite ou de ses spécialistes de la technicité de la guerre qu’ils ne mènent pas, devraient arrêter de claironner, en s’appuyant sur la prétendue déviance du Président des États-Unis, sa défaite et jouir, d’une joie mauvaise, inavouée, nauséabonde, de la victoire d’un pays qui veut en détruire un autre, dirigé par des gardiens “anormaux” et meurtriers.
Pour résumer : un chef est anormal. De Gaulle l’était parfaitement. Comme Churchill. Ce qui est en jeu n’est pas la parole ponctuelle, éventuellement désordonnée d’un chef, normalement “anormal” mais plus simplement l’action, son fondement, ses effets, laquelle, structurelle, absorbe la réalité qu’un Président ordonne, au sens de son ordonnancement. En réalité sans la guider, dans sa nécessité structurelle mais, simplement, en l’accompagnant, à sa façon qui peut être “anormale”, justement pour aider à son accomplissement.
Ici, dans cette guerre, au-delà des conseils récurrents que donnent nos généraux LCI en ligne au Pentagone, se joue un futur structuré du monde. Les écarts de langage du Président qui peuvent être aussi une stratégie, ne sont que périphériques au regard des enjeux.